Avenue Jean Perrot

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Écrire est une passion, si vous vous ennuyez jetez un coup d'œil, commentez, aimez, détestez. Cela m'aidera toujours. J'aime les thèmes un peu sombres, les histoires qui prennent leur sens à la  [+]

Le spectacle de la ville tardive, une de mes nombreuses fascinations nocturnes.
Au croisement d'un cinéma, lieu de rêve et de mystère, et d'une grande artère sur laquelle le sang courait plus que le bruit assourdissant du trafic. Sous un lampadaire, je le voyais se battre. Il combattait à coups de poing ses démons. Des esprits malveillants imbibés de l'amertume fatale d'une bouteille de whisky bon marché acheté à l'alimentation générale du coin. Un peu espérant il souriait parfois. Il criait beaucoup. Des grognements rauques qui aux yeux du passant lambda ne signifiaient rien. À mes yeux, depuis ma fenêtre, quand le son remontait aussi haut que la fumée de ma Winston déjà consumée, ils prenaient un sens tout autre. Le son guttural exprimait la souffrance que je connaissais. La douleur de ne pas s'intégrer. Porter des vêtements qui nous paraissent beaux et importants et qui nous serrent beaucoup trop. Je le voyais s'étouffer un peu plus à chaque coup, comme un futur noyé qui tente de trouver, dans le fond d'une gorgée, la bouffée salvatrice. On ne peut pas respirer dans l'eau. L'abysse atteint rien ne sert de se battre. Chaque mouvement ne fera que rendre le chemin jusqu'au néant un peu plus douloureux.
Il ne lâchait pas l'affaire pour autant. Tous les soirs de la semaine, il était là. Tous les soirs de la semaine, il se débattait feignant l'espoir au fond de son âme. Tous les soirs de la semaine, je l'observais, là perché sur mon balcon. Bien que plus haut que lui, bien que mieux élevé, je ressentais sa douleur. Il était l'abysse, j'étais l'abîme. Tous deux, nous attendions le néant et chacun de notre côté nous menions une lutte désespérée.
Mais ce soir-là, la lune était pleine amenant quelques lueurs froides sur les nuances chaudes du luminaire urbain. Son cri résonnait trop fort pour que cela finisse bien. Deuxième clope, troisième taf, dernière bouteille et je les voyais arriver. De noir vêtu comme la mort, casquette blanche comme les ennemis de Harris. Sans sommation, la matraque s'était abattue sur la rotule du soulard. Sur la grande artère, au bas de l'immeuble haussmannien, les os brisés fendirent le silence habituel. Le cri était cette fois différent. Un feulement geignard qui disait je ne veux plus me battre. Des mots semblaient s'articuler chez les casquettes blanches. Coke, paiement, crève. Une bouteille qui s'abat sur un crâne et le feulement devenait agonie. Mes yeux se détournèrent de la scène. Incapable de voir je n'entendais que sa douleur. Elle rejoignait la mienne, et dans cet étrange requiem, je discernais des notes mélodieuses. Le glas s'intensifia et rejoignis le grincement de la baie vitrée que j'avais refermée.
Au milieu du salon vautré dans le canapé essayant d'oublier ce film horrifique j'attendais la fin. Mon tour viendra. Peut-être moins violent. Douloureux mais moins sanglant. Elle viendra pour moi. Elle relâchera l'arme de Damoclès qui était suspendue à hauteur de mon crâne depuis bientôt un an. Je l'attendais l'esprit agité mais d'un pied ferme. Assène-moi le dernier coup que l'on en finisse.
Quand le sang du camé rejoignait le caniveau, mon téléphone se mis à sonner.
Enfin.

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Francine · il y a
Du désespoir, difficile de rester indifférent lorsque le miroir nous renvoie à notre propre déchéance. Bonne chance !

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