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Dimanche vingt mars presque cinq heures
Le jour va bientôt se lever
Grondements des premiers moteurs
Et bruit des oiseaux clabaudeurs
Dimanche vingt mars presque cinq heures
Rumeurs d’une nouvelle journée

Je me lève et je soupire
L’insomnie m’a vaincu
Mes yeux sont lourds les jambes me tirent
Par la fenêtre Paris s’étire
Mes yeux sont lourds les jambes me tirent
Et tout en moi est confus

J’allume un clope bois un café
Et je m’assois sur le lit
Et je regarde la télé
Comme une vache les trains passer
Énième clope troisième café
Je broute mon ennui

Je jette un œil sur notre chambre
Onze semaines gisent à terre
Fringues mégots cadavres cendres
Tout est gelé depuis décembre
Fringues mégots cadavres cendres
Pomme que rongent des vers

Et soudain je suis fatigué
De ce rythme lugubre
L’heure est venue de m’évader
De cette cage insalubre
L’heure est venue de m’arracher
Aux mâchoires de l’habitude

Je suis à jour avec l’ennui
Et tant pis si je suis
Encore à nuit avec l’amour
Je suis à jour avec la nuit
A jour avec ma vie
Que le temps reprenne son cours !

Bientôt trois mois depuis nous deux
Trois mois de doute et de marasme
Mélancolique et ténébreux
Je hantais nos jours heureux
Bientôt trois mois depuis nous deux
Vivre m’a semblé un fantasme

Je m’habille et je descends
Dehors il fait encore noir
Brume légère vent nonchalant
Un soleil brille obscurément
Je m’habille et je descends
Dégourdir ma mémoire

Blotti au froid de ton absence
J’ai hiberné dans la nostalgie
Trimestre noir sombre nuit banche
Je me forçais à l’espérance
Blotti au froid de ton absence
Je rêvassais ma vie

Mais chaque jour plus quotidienne
Elle devenait de plus en plus trouble
Je me soûlais avec moi-même
Et je trinquais avec ma peine
Et peu à peu clone de moi-même
Le cauchemar est devenu double

J’étais aux ordres despotiques
De notre tendre passé
Qui promettait à coups de trique
Un coup de baguette magique
J’étais aux ordres despotiques
De notre avenir désaffecté

Je suis à jour avec l’ennui
Et tant pis si je suis
Encore à nuit avec l’amour
Je suis à jour avec la nuit
A jour avec ma vie
Que le temps reprenne son cours !

Bientôt trois mois depuis nous deux
Noël me semble déjà loin
Jour du printemps j’ouvre les yeux
Bientôt trois mois depuis nous deux
Trois mois déjà que je me deux
Au coin d’un feu éteint

Du pont Saint-Louis je vois la Seine
Qui me fait les gros yeux doux
Non non ça n’en vaut plus la peine
Il ne faut pas qu’il m’en souvienne
Du pont Saint-Louis je vois la Seine
Ce n’est rien c’est fini c’est tout

Je m’enfonce dans le Marais
Et son dédale de rues
Odeur de nuit et de pain frais
Premières mains tendues
Odeur de nuit et de pain frais
De solitude nue

De notre amour ne reste que
Le souvenir de nos étreintes
Main dans la main le cœur joyeux
Nous nous chauffions au même feu
De notre amour ne reste que
Les cendres de nos mains jointes

Je suis à jour avec l’ennui
Et tant pis si je suis
Encore à nuit avec l’amour
Je suis à jour avec la nuit
A jour avec ma vie
Que le temps reprenne son cours !

Et dans le ventre de la ville
Le ciel commence à rougir
Sur la place de la Bastille
Les cafés ouvrent leurs grilles
Je suis dans le ventre de la ville
Enceinte de l’avenir

Rue de la Roquette quelques fêtards
Rentrent chez eux en titubant
Des ouvriers sortent d’un bar
Vers des immeubles chancelants
Des ouvriers sortent d’un bar
Combattre l’usure du temps

Six heures et demie Père-Lachaise
Le métro vibre sous mes pieds
Je pleure de froid le jour se lève
Six heures et demie Père-Lachaise
Je vois passer le long cortège
De nos rêves avortés

Dimanche vingt mars saison nouvelle
Les éboueurs viennent ramasser
Les hottes en plastique bleu ciel
Qu’a déposées le Père-Noel
Les hottes en plastique bleu ciel
Sur les trop tard de notre passé

Mon corps est comme un tombeau
Où gît notre amour
Repose en paix mon bel amour
Toi qui connais des cieux plus beaux
Repose en paix mon bel amour
Toi qui enfin connais le repos

Sept heures l’aurore étincelle
Je bois un bol d’air printanier
Là-bas je vois la Tour Eiffel
Raide et tendue vers le ciel
Là-bas je vois la Tour Eiffel
Prête à décoller

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Le printemps, renouveau de la nature permet aussi le renouveau des âmes. Le soleil pointe son nez et l'envie de rebondir réapparaît !
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Keith Simmonds · il y a
Triste et sombre! Mon vote! Mon poème,UN LINCEUL BLANCHI, est en FINALE pour le Prix Haïkus d’Hiver 2016 et il est le préféré de la plupart de mes lecteurs. Il ne nous reste que quelques heures avant la finale. Alors, je vous invite à venir le soutenir si le cœur vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/linceul-1
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