Arrêt sur vie ( Hommage à mon époux, subitement décédé )

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"Toi qui veut trouver l’essentiel, Cherche-le dans le rire de l'enfant Cherche-le dans la goutte de rosée Cherche-le dans une nuée passant Dans un ciel immaculé; Interroge le chat qui  [+]

Un soir, c'était si bon de vivre
La table était mise, le dîner savoureux
Le chat ronronnait à nos pieds
Les enfants autour de toi s'affairaient
Le bébé gazouillait sur sa chaise
Je t'écoutais poursuivre
Le récit de ta journée
En te servant le plat que tu aimais
Tu mangeais, parlais, riais
Tu étais très à l'aise
En silence, je remerciais le ciel
De ce tableau douillet que tu présidais.
Dehors, il faisait froid, peu importe
Le bonheur est là, derrière ma porte
Que Dieu me garde ces êtres chers
Mes enfants et leur père!
Que demander d'autre à la vie
Si, chaque soir le dîner est servi
Dans des bols de rires, comme ce soir-là?
Puis, tu es monté te changer, quoi de plus habituel ?
Le café, la TV, les palabres anodins
Rituel du train-train quotidien
Je t'attendais.

Je t'attendais en tournant machinalement
La cuillère dans ce café que tu ne boiras jamais.
Je ne le savais pas encore
Je ne savais pas encore que ton corps
Ne descendra plus jamais les escaliers
Comme il les a montés!
Je ne savais pas encore
Que le compte à rebours
Avait commencé
Je ne savais pas encore que mademoiselle la mort
Avait mangé dans ton assiette
Et qu'elle t'avait précédé là-haut
Pour faire sa cueillette !
Je ne savais pas encore que la maison était envahie
Par les anges qui devaient prendre ta vie !

Arrêt sur image
Arrêt sur vie !

Que s'est-il donc passé dans cette chambre
Où nous comptions vieillir ensemble?
Comment as-tu fait pour passer de l'autre côté
En une fraction de seconde, sans le moindre bruit
Comment as-tu fait pour vaincre la vie et t'en aller en héros absolu
Alors que le passage vers la mort est si ardu !
Lorsque j'ai trouvé ton corps endormi sur le tapis
J'ai eu un cri invisible
Qui a déchiré toutes les feuilles d'écriture
Non! c'est impossible!
Tu ne feras pas ce coup-là!
Mourir sans crier gare!
Réveille-toi !
C'est une arnaque, n'est-ce pas?

Mais mademoiselle la mort
Avait déjà posé sa grâce sur ton visage
Et sa fraîcheur sur ton front
Tu dors comme un enfant qui rêve
Dans les bras de sa maman
Oh, mon Dieu, je suis orpheline
Trop tôt, trop brusquement!
Et ce cri qui déchire mes artères
Et ce goût âcre de la terre
Et ce plomb fondu entre mes dents!

Nous ne vieillirons pas ensemble
Comme nous nous l'étions promis
Nous n'aurons plus ce blablabla à l'infini
Ni ces silences de connivence
Je suis seule pour la vie



Mes condoléances, Monia
Lui, il est parti et la morte, c'est toi !
Maintenant, il s’agit de ressusciter dans le gris
Car mon arc-en-ciel a rejoint le ciel
Je tourne et retourne la cuillère dans la tasse de café noir
Que nous ne boirons plus jamais ensemble
J’y lis un avenir écrit au passé

Arrêt sur image
Arrêt sur vie
Je survis.
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