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Qualifié

(acrostiche)


J'
ai souvent eu affaire à tes gestes brusques et tes mots sourds.
à tes lèvres rosées et les flocons de neige dans tes cheveux bruns.
la radio qui capte mal, pis toi qui t'fâches avec ton mascara coulant près de tes paupières,
discrètement.
tes phalanges qui s'blanchissent et ton visage fermé.

En
y repensant j't'imagine encore au sous sol, assise sur la chaise branlante avec le vinyle des Rolling Stones qui ne finit plus d'tourner.
pis toi qui peins,
avec la gouache sur tes mains, sur tes joues, dans ton cou, un peu partout sur ta poitrine déshabillée.
je vois ton âme en couleurs et ta toile si pure qui m'sourit.


T'as
souvent été là le soir avec ta poésie,
tes doigts, tes ongles qui parcourent les pages cornées,
ta voix brisée entre le chuchotement et le chant.
c'est dur à imaginer,
mais c'est très joli une voix brisée entre le chuchotement et le chant.
c'est un peu comme une berceuse, c'est doux, apaisant, comme un pansement.
pis toi qui tourne dans la pièce, tes pieds nus sur le bois vieilli, dans la pénombre, avec tes lunettes tombantes sur le bout d'ton nez.


Aglaë
y a ton prénom qui,
comme une ombre vole autour de moi constamment.
depuis que tes yeux ont décidé de voir un avenir sans moi,
ça sent le café partout dans l'appart' et j'pense terriblement au fait que c'matin c'est pas toi qui l'a fait.
le bruit agaçant de la machine, le grille pain, les tartines, le beurre mou, l'horloge, le poste de télévision.
ça empeste les regrets et les coups d'un soir, j'aime pas me dire que le lendemain j'serai seul sans toi.

Il
y a encore les mêmes images qui hantent mon ciel.
ça m'rend un peu triste en sachant que maintenant à chaque fois que je vais sur la plage, tu sais celle avec le phare rouge et les galets,
ton absence me suit, elle ne me lâche jamais.
et souvent mon cœur me fait vraiment mal, c'est pas une expression,
j'ai vraiment un pincement au cœur, un truc qui m'dit « merde Aglaë n'est plus là ».
car j'ai trop trop, beaucoup trop de souvenirs qui m'déchirent, pire que quand on s'engueulait à s'en déchirer les poumons, c'est pire, c'est triste.
c'est Déchirant.

pis j'te vois encore une fois,
toi qui ris, tes bras ballants qui m'attendent, tournée face au vent.
près des vagues, les éclaboussures, l'eau, le sel, ton anorak jaune canard que t'aimes tant.
et j'crois que c'est l'état d'ivresse qui m'fait voir aussi flou,
maladroitement je ne vois que ce que je veux,
tout
sauf
la vérité.
c'est encore plus douloureux au cœur.

la rupture est plus longue à accepter que les séquelles qu'elles ont laissé.

Mais
j'aimerais bien pouvoir oublier le bourdonnement de mes oreilles quand tu m'criais dessus,
et ton regard, et la foudre, et tes « pourquoi », et ton nez rouge.
la cendrier pendant les crises posé malencontreusement sur le rebord d'la fenêtre,
la couverture sur le canapé.
pis toi,
nos rêves tâchés par tes larmes, l'aspirine, le mal de crâne et encore un jour de plus avec la photo qui commence à s'découper.
et moi qui te perds.
et le fil de ma vie qui commence au fur et à mesure à se fatiguer.
j'ai jamais compris jusqu'à aujourd'hui qu'en fait :
c'était toi qui possédais les ciseaux depuis le début.

Et
tout le temps, tout le temps depuis ce jour où t'as pris tes valises, t'as murmuré calmement après cette énième dispute qui a fait briser le vase d'fleurs...
« c'est fini alors ».
alors je sais plus trop ce qui se passe, c'est comme notre photo en miettes sur le sol.
t'as signé les papiers du juge sans m'regarder, tu m'as dit au revoir sans me regarder, tu as rangé la bague dans un carton avec écrit en gros au marqueur noir : « passé » ;
sans me regarder...

depuis ce jour où Aglaë tu ne m'as plus regardé,
plus du tout.
t'as tourné les talons, claqué la porte en emportant tout.
tout tout tout tout

tout ce qui comblait le vide.

et j'me souviens t'avoir dit

« je t'aime » avant que



[plus rien]

PRIX

Image de Printemps 2019
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De margotin · il y a
Mes voix
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Samia.mbodong · il y a
Une forme originale et un phrasé moderne.
C’est presque une nouvelle poétique avec les états d’âmes du narrateur.
Et comme toutes les histoires d’amour … en général.
Bravo à vous je soutiens.
Samia.
Je suis aussi en lice quelque part

·
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Rachel Weintraub · il y a
Un rythme emballant et tourmenté ! Un récit dans lequel je me suis laissée entraîner avec plaisir.
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Maultys · il y a
Toutes mes voix, texte très émouvant !
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Artvic · il y a
Emouvant ! très beau !
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Artvic · il y a
je vous invite si le coeur vous en dit à lire ce texte https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs
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coline · il y a
'est méga bien ,mes trois voix je suis finaliste avec sos terre en détresse ,matinale des lycéens si tu veux passer voir ;)https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/sos-dune-terre-en-detresse
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Nihal · il y a
Superbe ! C'est très original, ambitieux, et touchant ! Bravo, vous m'avez fait voyager ! :)
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Chateaubriante · il y a
le temps est une gomme qui efface les lettres, une à une ; il éloigne la douleur ; il dilue la souffrance ; on ne peut oublier mais un jour, se sentir apaisé
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Marie-Françoise · il y a
Le plus difficile est pour celui qui reste...des regrets, de la tristesse, joliment mis en mots voici mes voix. Je vs invite à lire La danse des sept voiles merci
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J.M. Raynaud · il y a
moderne et ambitieux
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