Overview effect - À Thomas et à ceux qui ont les pieds sur Terre...

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Caviardosophe à mes heures perdues... Je prends soin de mon ikigaï le reste du temps. « Aimer la littérature, c'est être persuadé qu'il y a toujours une phrase écrite qui vous redonnera le  [+]

Par la fin... Oui, je commence par la fin.

Ça fait quoi de revenir ?
D'entendre à nouveau les attentats souffler des villes que tu voyais, de là-haut, à peine délimitées, entre zénith et nadir ?

Ça fait quoi de revenir ?
Et je lis tes messages. Et je m'éreinte les yeux sur chacun de tes clichés.

Et je t'en pose des questions ! Tous azimuts.

Qu'y a-t-il au fond des lacs ?
Sur la photographie,
ce matin,
on n'y voit rien.
Tant pis.

Qu'y a-t-il au fond des volcans ?
Vu d'en haut,
on ne distingue qu'un cratère,
un sombre trou, un mystère.
Ce n'est pas bien clair, vu d'en haut.

Qu'y a-t-il à la cime des arbres, dans les recoins des déserts, à la crête des montagnes, à la pointe de nos cœurs... ?

As-tu trouvé une réponse,
toi animal solitaire et rêveur,
en apesanteur,
ou est-ce que toi aussi tu renonces ?
Pour revenir sur Terre.

Sur Terre.
Moi, j'ai le nez dans mon assiette. Face à ce jaune d'œuf, au milieu, à plat, qui me regarde. Sur le bord, quelques mouillettes. Et par la fenêtre à l'espagnolette, le soleil par-dessus mon épaule expérimente la solitude.

Pour combien de temps reviens-tu ?
Le temps d'un ravitaillement
ou celui de regarder une fois encore dans le fond des yeux des gens,
ceux qui ne rêvent plus, qui ne croient plus,
Ceux qui de leurs mains vides
ne savent pas s'ils doivent donner ou prendre,
s'ils peuvent rêver ou rendre
leur âme candide
à qui elle appartient...
Les âmes sont si légères. En as-tu croisé là-haut, si haut ?

Tes clichés de la Terre, du monde, tes autoportraits de traces d'humanité, par petits bouts,
un peu, beaucoup, passionnément
Ici bas, existons-nous vraiment ?
On ne s'y voit pas du tout
nous les humains... sur la Terre dans tes photos.

Tout a l'air si plat, sans aspérité, à peine quelques chaînes de montagnes, quelques canyons et des canaux en cicatrices. À travers les nuages, on perçoit les éclats d'orages, mais pas ceux de la guerre. Et je comprends mieux pourquoi Dieu ne vient pas nous sauver : il ne se souvient plus nous avoir mis là et ne nous voit pas. Ce n'est pas faute d'éclairer la nuit. Sur Terre.

Sur Terre. Moi, j'ai le nez dans mon chocolat chaud et sur un écran blanc et bleu. Le cœur gonflé, émerveillée, en plein overview effect, j'fous des pouces bleus partout. Le soleil doit s'en foutre et toi aussi.

Sur Terre. Moi, j'ai l'œil sur la météo.
Paraît que tu passes au-dessus, à 28 000 km heure.
À 400 km de hauteur. Entends-tu nos peurs
de derrière ton hublot ?

Sur Terre. Moi, les pieds dans mon Île-de-France, même en tendant les bras, en haut de la tour Eiffel, mes rêves me font voler trop bas.

Sur Terre. Moi, j'ai le cœur à l'amer. Tu me plantes là, au-dessus des nuages. En haut, à gauche, m'attire l'œil d'un cyclone...

Sur Terre, j'ai crevé d'une mouillette l'œil de mon œuf, au milieu, à plat, qui me regardait. Et par la fenêtre à l'espagnolette se faufile un air enjoué :

"Tombé du ciel
à travers les nuages
quel heureux présage..." (Jacques Higelin)

© Renise Charles - juin 2017
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Les Histoires de RAC · il y a
Je l'ai lu de haut en bas puis de bas en haut et j'aime bien les 2 versions ♫
Image de Renise Charles
Renise Charles · il y a
Je n'y avais pas pensé. Merci à vous pour les deux lectures.

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