Youma

il y a
4 min
1
lecture
1

Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

Dans ce lieu règne en maître Youma, une fille chat qui se ballade sans string, les fesses à l'air dans une nonchalante impudeur, arrachant le papier peint, griffant à tout va les murs, les tapis, explosant dans une incroyable férocité les dessous des fauteuils, attaquant le sac poubelle avec une virtuosité digne de la baguette d'un chef d'orchestre, genre Herbert Von Karajan fou, bondissant de mur en cloison, filant à fond de train dans le couloir, repartant de plus belle, tel un feu follet bourré au crack.

Il semble que tout lui soit pardonné, Youmette est la chatte de la maison, lunatique et prostrée sur Son fauteuil collé à un un radiateur, affairée à dévorer ses croquettes (spécial cat stérilisé), ouvrant ses pattes dans le soleil, se grattant le dos sur le sol en ciment de la réserve de vivres, comme un kangourou femelle en chaleur, se vautrant sur le dessus de lit avec des postures improbables, dans cette indifférence digne et incroyable de la gente féline.

Elle rôde dans la nuit à la recherche d'invisibles souris, se rabat alors sur des objets de la maison, avec une incroyable attirance pour les bougies et les fleurs fraîchement cueillies.

A l'heure du déjeuner, elle se huche sur le dessus du comptoir de ses WC privés où est installée sa litière absorbante, litière spéciale, car, Madame peut bouder, si la marque ne lui convient pas, il faut s'attendre à trouver ailleurs le résultat de l'erreur commise.

Assisse, attentive, sa queue frétille comme celle d'un cobra afin d'obtenir un p'tit morceau de la viande que les humains mangent. Elle obtient satisfaction, mais, il faut lui donner des petites bouchées ; après avoir dévoré, elle retourne à ses occupations principales : dormir tranquille avant de retourner au saccage tel un Hun en manque, accro au Mac Do.

La Youmette est plutôt vernie dans cet appartement, aux terrains de jeux innombrables, avec certaines préférences comme la destruction systématique des vases de fleurs, jouer au foot avec les tubes d'homéopathie, grignoter des revues, mettre à terre les CD et autres objets laissés malencontreusement sur la table basse du salon, venir en catimini se servir sur le plan de travail d'une venaison qui allait passer à la poêle avant de s'écrouler sous le lit, sorte de nid fait de couvertures, à l'origine protégées de housse en plastique.

On l'a vu, la bête adore cette matière, du coup, personne n'ose plus regarder sous le sommier d'y peur de découvrir une innommable déchetterie.

Ne parlons plus des poils qu'elle sème à tout vent, le carrelage ressemblerait à de la moquette si l'on oubliait de passer l'aspirateur deux fois par jour. Le coin gamelle est plus vicieux, fabriquée façon labyrinthe, elle doit utiliser sa patte (la droite) pour en extraire sa pitance ; sadique, mais, efficace face à son embonpoint naissant. Il faut dire qu'assisse, elle a tendance à ressembler à une grosse poire Conférence.

A l'heure des repas, son mode cobra devient attendrissant, mais aussi, il faut bien le reconnaître, légèrement flippant, va t-elle sauter à la gorge des convives ? Cela lui permet d'obtenir les derniers morceaux du plat du jour, pire, elle peut terminer aussi les desserts, le museau enfoui dans le pot de yaourt, affligeante de gourmandise, un vrai vice, incorrigible à l'heure d'aujourd'hui.

De cette gloutonnerie sidérante résulte parfois des jaillissements, spécial vomito, la bestiole ayant tendance à s'empiffrer, même si elle n'a pas faim, dans une peur de manque, une résurgence provenant de ses premières semaines de vie passées à la DDAS des chats perdus, plus communément connue sous le sigle SPA.

Il en résulte des reliefs pestilentiels, colorés, lâchés non pas dans un coin sombre, mais sur la nappe fraîchement repassée de la table de la salle à manger, au pied du canapé déjà flagellé de coups de griffes et dans le meilleur des cas, sur l'une des descente de lit.

La préférence ultime de ce joyeux rendu, provenant également de l'engloutissement des feuilles des plantes vertes, est située sur le tapis du salon déjà mortifié, agonisant, ajourée de trous et de starifications diverses suivant les signes de la Lune et le l'humeur du fauve.

Pas sauvage, elle adore jouer au catch avec une main humaine et plaisanter avec un cache-cache au meilleur moment de la soirée : celui de se mettre au lit ; il faut alors la chercher à minuit passé, accaparé par le fait qu'elle soit « encore » restée sur la terrasse fermée. Pauvre bête griffant vainement les parois de verre de la porte-fenêtre, les pupilles en forme de chouette, seule au monde ; elle pourrait attraper un rhume des boyaux de la tête, pire une sinusite et des cauchemars dans cette certitude d'avoir été carrément abandonnée. Ratée, cette fois, elle est ailleurs.

Seule solution, lorsqu'elle se planque quelque part pour méditer sur son sort, l'attirer en secouant la boite Tupperware à croquettes, rangée à « l'abri » dans un placard du haut de la cuisine. Cela marche à chaque fois, mais gare au récurrent vomito à venir ; mais non, elle semble reconnaissante devant ce geste de bonté en dressant la tête, car, en plus, il lui faut une caresse.

D'autres moments, en mode chasse, elle reste maître Zen à fixer un mur blanc, voyant l'invisible pour les humains : une fée Clochette ? Un papillon de nuit mutant en plein vol nuptial ? Un mini Batman en chasse de méchants ? Un mécréant qui veut attaquer ses maîtres ?

Nul ne le sait, elle fonce alors sur l'inconnu, frondeuse, assassine et gourmand, mais, en fait, il ne s'agit dans la plupart des cas qu'un pauvre moucheron égaré par la lumière de la lampe de chevet ou une lubie improbable du monde des chats.

Mortifiée par sa battue futile, elle retourne se coucher dans le giron des draps en prenant bien soin de marcher sur les corps couchés avec ses pattes veloutées qui pèsent une tonne, puis, se met à jouer du piano avec ses coussinets, malaxant consciencieusement le dessus de la couette avec un très léger ronronnement de satisfaction.

Forcément, ensuite vers les deux heures du matin, c'est l'heure de sa douche, façon chat ; comme elle ne peux pas utiliser un gant de toilette, elle se sert de ses pattes, préalablement humidifiées avec sa langue râpeuse et baveuse pour se nettoyer dans un ordre aléatoire le dessus des oreilles (signe de pluie) ou la raie des fesses avec une conviction totale, frôlant l'indécence.

Cela ne se passe pas dans la salle de bain, mais, évidemment sur le lit, où ensuite, elle se vautre entre les jambes de ses maîtres, imposant le fait qu'elle ne veut plus être dérangée après cette immense fatigue liée à sa journée de dingue et sa toilette nocturne.

Chatte d'intérieure, elle force l'admiration (une catastrophe) dans ses ablutions, va savoir, si un mec matou tatoué se pointe, elle se doit d'être au top, encore que cette possibilité lui semble étrangère, car, elle a été stérilisée par les tortionnaires de la SPA, excluant ainsi toute libido.

Elle ne connaitra jamais les joies du sexe et de l'enfantement. Un peu triste, non ? Mais aussi un soulagement pour les habitants de l'appartement, des bébés chats à son image seraient terrifiants, un film à la Walt Disney, genre les 101 Dalmatiens, version Catyouma.

Madame Youma qui file vers ses trois ans, plus de trente balais en conversion humaine, est une sacrée branleuse et c'est pour cela qu'on l'aime.
1

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de JAC B
JAC B · il y a
Un portrait pittoresque, une écriture humoristique au style parfois familier qui nous rend l'animal encore plus attachant...chez les autres ! Je like Edouard.