YANNICK LE GUIREC (destin d'un marin breton) - suite-2

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Qui suis-je ? Bof, un voyageur, un curieux, peut-être un voyeur… nobody, nemo, personne finalement, bien que Personne n’était pas n’importe qui, c’était quelqu’un qui savait voyage  [+]

Les vieux chiens de mer présents patientaient en silence comme s’ils attendaient l’heure de la célébration d’une bénédiction. Seul le joyeux crépitement des braises de la flambée résonnait dans la salle.
Yannick, tête baissée vers la flamme tremblotante de la chandelle posée devant lui, était indifférent aux visages interrogateurs qui l’observaient discrètement. C’est ainsi qu’il reprit son récit.
― Ce fut lorsque la forêt devint moins dense que j’ai pu découvrir au loin les premiers contreforts d’un horizon montagneux. Malgré une intense fatigue j’ai longuement marché en revenant vers la côte. Heureusement mes pieds nus foulaient un épais tapis de mousse ce qui facilitait ma progression. Bien évidemment, mes amis, comme tout naufragé j’ai cherché un abri de fortune pour passer la nuit et si mon estimation était juste, je devais me trouver sur un atoll au sud des îles Laquedives. Dans ce cas, je finirais peut-être par atteindre un comptoir de ces bâtards d’angloys ou bien être recueilli par un de ces navires Bataves des Provinces-Unies qui croisent sur la route du Kerala.
Un murmure approbateur s’était mêlé au chaud grésillement du foyer.

Un gabier un brin choqué de lambig, profita de l’interruption pour demander à la servante de relancer le feu d’une bonne brassée de bois sec et de placer dans l’âtre quelques patatas piquées de clous de girofle. Il la remercia d’une magistrale claque bien sonore sur sa croupe rebondie.
Le ramassis de vieux soudards accompagna ce geste d’un tonitruant rire de baleine.
Sourd à la scène, profondément plongé dans ses souvenirs et le nez dans son gobelet de tafia au miel salin, Yannick poursuivait sa narration.
― Il était déjà tard dans l’après-midi quand soudain... un iguane à la crête écarlate avait surgi des hautes herbes pour me filer entre les jambes. En un éclair, il avait disparu dans un amoncellement de ronces et de bruyères. J’avais faim mais pour chasser mon couteau ne me servait guère, avec une bonne lance peut-être aurais-je pu tuer l’animal qui venait de passer. Dans la branche d’un jeune frêne oriental, je me suis aussitôt mis à façonner un épieu à la pointe effilée. Le sourcier de mon village prétendait que cet arbre avait des propriétés énergétiques et spirituelles.
J’avais réalisé là une arme très correcte, presque droite dont je devais faire durcir au feu son extrémité pointue.
C’est alors que le premier rayon du soleil couchant, pénétrant le mince feuillage, m’avait dévoilé l’entrée d’une grotte à flanc de falaise.
Explorer une cavité dans le noir n’était jamais chose aisée, quelques diableries risquaient de s’y trouver cachées. Fort de cette précaution je m’étais cantonné à son entrée. Après avoir amassé une bonne poignée de mousse sèche et un fagot de bois mort, de mon ceinturon j’ai sorti un silex que j’ai percuté sur la lame de mon couteau. Les étincelles produites ont eu tôt fait de donner naissance à de petites flammes bleutées puis à une flambée tout-à-fait acceptable.
Comme toujours sous les tropiques, la nuit était soudainement tombée. Au loin, là d’où je venais, le chant de la cascade était perceptible. Un bruissement qui me rappelait l’harmonie des harpes celtiques de ma chère Armorique.
Des baies acides, quelques escargots grillés et des fruits ronds puants comme des fromages que seuls osent faire ces marauds de Normaundie furent mon seul dîner.
Oubliant le peuple des ténèbres, j’ai creusé le sol sableux pour m’y faire une place au plus près du foyer. Lové sur moi-même je m’étais promptement endormi, non sans avoir adressé à Notre Dame de la Pitié un « Ave Maris Stella » que seuls elle et moi pouvions entendre.

Reprenant conscience de l’endroit où il se trouvait, d’un regard circulaire, Yannick avait parcouru la salle. Les uns après les autres, les consommateurs avaient fini par prendre le chemin de leur masure à l'odeur de poisson en saumure. La nuit était tombée depuis bien longtemps, dans l’estaminet il ne restait plus que quelques buveurs affalés sur les tables. Quelques ivrognes, certes, et aussi... assise face à lui, la servante du bouge qui le regardait avec un tendre sourire. Les coudes sur la table, son doux visage reposait entre ses mains. L’admirable ovale de son visage était encadré d’une sauvageonne chevelure auburn. La flamme vacillante de la chandelle faisait danser des étoiles dans son regard. Yannick se demanda s’il y avait beaucoup de ses clients qui avaient remarqué que ses ravissants yeux avaient la couleur de la mer au large des Seychelles.
Elle l’écoutait.
― Comment t’appelles-tu, maraude ?
― Je suis Jehanne, fille de Magdaleine la boiteuse. Monsieur Yannick, s’il vous plait... continuez votre récit, pour moi... rien que pour moi.
Dans l'esprit du marin, sa douce voix lui avait rappelé le clapotis des vaguelettes dans un lambi échoué sur une plage.
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez mes voix.'' '' '
ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
*Le lien du vote*
👇👇👇👇.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-village-doukourela

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Firmin Kouadio · il y a
Peu de lecteurs, c'est vrai, mais j'avoue que j'ai beaucoup apprécié votre style d'écriture !
Belle plume !

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DUCIMETIERE · il y a
Je suis frustré. Comme pour " les Damnés de Terra Mater " je vais devoir attendre la suite de cette captivante histoire avec impatience.
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Alain de La Roche · il y a
Moi aussi je suis frustré. Peu de lecteurs, peu de voix...
Inutile que je poste la suite, ce texte n'intéresse pas suffisamment.
Merci quand même ami Ducimetière.

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DUCIMETIERE · il y a
C'est bien dommage...
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Ousmane Waraba Sanoh · il y a
Cœur sur ce beau texte !
Je vous invite à lire et soutenir le mien déjà en finale
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/la-quete-du-depassement-de-soi

Recevez mes meilleures salutations.

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A KM · il y a
Je m'abonne et espère ainsi vous relire plus posément pour en prendre de la graine.
Je vous invite à lire ma nouvelle et à apporter vos critiques :
« ...- Il m’a embrassé par surprise, je me suis laissée faire comme pour voir jusqu’où il voulait aller, il m’a déshabillé mais avant que le pire ne se produise je me suis sauvée.
Au fur et à mesure qu’elle me décrivait la scène, une peur grandissait en moi, la peur de l’entendre sortir les mots : « J’ai couché avec un autre homme », et à la fin elle laissa bientôt place à des suspicions... »
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/les-mots-du-coeur-1
Merci

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Alain de La Roche · il y a
Êtes-vous réellement sincère AKM ?
Vous n'avez même pas lu le début ni la « suite 1 » de ma nouvelle et vous vous prononcez sur la "suite 2".
Finalement, vous utilisez le même stratagème que Clémence Gnintedem (et autres tricheurs) pour obtenir des lecteurs et des votants.
C'est un peu faux-cul comme méthode, non ?
Shortédition le tolère ? Fort bien !
Mais, sachez que personne ne sera dupe, la place que vous aurez sera usurpée.

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A KM · il y a
Prenez le temps de bien lire ma première phrase, peut-être qu'après ça vous comprendrez.

Bonne soirée

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Clémence Gnintedem · il y a
Vous m'avez vraiment fait voyager Alain, merci 💚
Je invite, si ça vous tente, à découvrir ma nouvelle en compétition
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/amour-ou-raison

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Alain de La Roche · il y a
Curieusement vous n'avez pas commencé par lire le début :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/yannick-le-guirec-destin-d-un-marin-breton
Ni la suite 1 mais étant particulièrement sensible aux éloges, compliments et autres flatteries, je m'en vais de ce pas lire votre texte.
😊

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Chateau briante · il y a
eul'Yannick et la Jeanne ont ben fini par s'nâcheu ? quelle ribouldingue !
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Merina Biwoni · il y a
Felicitations pour ce beau texte, je me suis régalée. C'est pourquoi je vote et je m'abonne.
Si le temps vous le permet, n'hésitez pas à faire un tour sur ma page.
Bonne et heureuse année !

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Alain de La Roche · il y a
Sympa Merina mais au moins commencez par le début du roman, pas par la suite 2.
😊

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Chorouk Naim · il y a
C'est joli
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