XI - l'enfer (interlude)

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

Allez, faut que je le crache ! Ça me travaille franchement de rester enfermé dans cette piaule qui prend la flotte à écrire des histoires crasseuses. Un de ces jours, je vais me noyer et ça sera rudement regrettable parce qu’un macchabée, ça ne pourrit pas que sa caisse. J’ai envie d’aller tirer le coup de fusil dans les jupes de la Providence parce que celle-là, elle est franchement agaçante à me faire tourner en rond au bien milieu de nulle part, à me rendre fou. C’est à regretter d’être né une chose pareille. Je porte mon corps comme un bouton de fièvre et je me dit que le jour ou ça sera bien, c’est le jour où il ne sera plus là. Franchement... Je suis là, pauvre machin miteux, et je me triture les doigts en attendant que ça passe. Je dois supporter mes confrères humains qui piaillent comme une couvée de poussins. Je traîne le fardeau de pièce en pièce et je ramassent les pièces qui tombent au passage. Allez...On va dire que je me plains ! Mais je ne me plains pas ! Je constate ! Mes yeux m’offrent des visions, ma cervelle les analysent et mes mains écrivent ce que la caboche déduit. Je pourrais faire une chose merveilleuse tiens. Sortir dans la rue, faire sauter ces maisons vaporeuses ou les aspirer dans un flacon de formol en traquant les passants fous jusqu’au seuil de l’enfer. On traverserait bien quelques allées désertes et boueuses mais du reste, on s’arrêterait chez Satan et on attendrait qu’il nous fasse rôtir. Et le pauvre, il verrait nos mines déconfites et il faudrait bien qu’il prenne pitié et qu’il nous engueule pour notre bien. Que oui, c’est pas des manières d’ériger sa race en beauté sur des piédestals branlants, de transformer nos gueules en plaisirs à croquer, de se gaspiller le cul en chasteté hypocrite, de parler en sachant qu’on ne dit rien. Il serait bien malheureux Satan de voir une race aussi paumée que la nôtre tandis que le voisin d’en face, perché sur son trône blanc, il se fendrait la poire devant les simagrées des damnés avec toute sa meute de crétins angéliques et souriants jusqu’aux oreilles. Et après, vas-y que je te fiche un coup de pied au derrière ! Et tu dévales dans les limbes, t’entends les cris, les hurlements, et ça descend, ça descend, ça ne s’arrête pas. Toi t’est là, dans le toboggan infernale, tu sais que tu vas cramer, que ta vie à prendre l’eau, c’était pour mieux te faire entuber en rendant les clés. Tu sais bien tout ça, t’en a craché tes tripes de désarroi et pourtant ça continue. La course infernale se poursuit sur des autoroutes géantes, enflammées comme au cirque, et autour de toi, ça grouille ! Des centaines de milliers de types glissent en beuglant. Tu les avais pas vu ceux-là. Et ça colle, ça pue la sueur, la merde, l’alcool, la clope, les remords, jouissances, les regrets... La pente se fait plus raide. Le conduit est étroit, gluant, il t’aspire, te bouffe. Dans l’enfer, les trous ne sont jamais bouchés. Ils t’amènent à des trous toujours plus hideux. Bientôt, c’est l’odeur des morts qui vient remplir tes narines. Ça exhale, cette chair verdâtre et rôtie, ça te monte au cerveau...et puis rien, le noir. En face de toi, subitement, le rideau se rouvre. Le spectacle continue ! Comme au cirque ! Des paquets de putains, enlacées dans une ronde lascive et lente comme pas permis, t’exhibent leurs cuisses nues et font jaillir leurs orifices dans lesquels, de dépit, la fange des pauvres types s’est soulagée. Mais pour toi, c’est trop ! Après la chair morte, la chair vive. Bon Dieu ! Ces cuisses, ces reins, ces orifices, c’est trop pour ton humanité. C’est bon pour les discours, l’humanité, c’est bon pour les culs bénis, l’humanité, c’est bon pour ceux qui ont la tête dans les étoiles, l’humanité mais toi, tu t’en fous. T’es décadent. On a jamais autant de plaisir à redevenir une bête. On a plus de conscience, que des instincts. La mort, la philosophie, tout ça, ça n’existe plus. C’est bon comme pas possible de redevenir rien ! Alors tu les revois, les putains, et ça te démange d’abdiquer tout pour te vautrer dans ce fatras de corps humains. Ça te monte au cerveau, encore, ça bouille, ça crame...tes milliards de neurones sont en extase dans leur plume...et puis t’éjacule. Alors là, le rideau se ferme pour de bon. Les lumières se rallument. Tous ces types beuglants, ces n’importe qui embarqués dans le n’importe quoi, ils te fixent. Ils ont fermé leur clapet. Un rire démoniaque parcours les rangées. Un rire putride qui s’enfonce dans tes oreilles comme un glaive dans ton bide et qui te prend au dépourvu. T’est là, comme un con, l’engin à l’air. Le canon de la vie en décoration, c’est ça qu’il aime Satan. Il t’a surpris Satan. Il ne pleure plus Satan. Le voisin d’en face, il se tait maintenant, il sait à quoi s’en tenir avec l’autre. Il a pas trop aimé le coup d’ailleurs. Et Satan, il est toujours là, il jouit, il est tellement heureux qu’il fait dans son froc. Il claque du doigt. Zlouc ! La course infernale repart, les énergumènes se remettent à beugler. T’est débraillé au milieu de tout ça, tu deviens fou. Bigre ! Oh, crever dans l’emmerde, ça t’allais. Pioncer dans une caisse en sapin, ça t’allais. Mais non ! Ils avaient remis le couvert ces vauriens-là. Il fallait que tu dégueules tes entrailles jusqu’au bout ! Même mort, le sort se faisait des petits plaisirs sur ta trombine. C’était bien la peine de se décarcasser dans des allées boueuses poursuivi par moi, le fou au formol, et d’aller toquer aux portes de l’enfer pour se faire gracieusement rôtir. Si c’était pour subir des vacheries pareilles ! Tu cherches la sortie, tu la trouves au coin d’un corridor poussiéreux. Le Space Mountain des damnés, ça va trois secondes. Faut pas déconner. Te voilà sorti. Moi, je suis là, je dérive sur un radeau en ramassant mes boulons qui se cassent la gueule. J’ai laissé les maisons. J’ai laissé le formol. Je navigue sur des centaines de capsules de cyanures collées les unes aux autres. L’arsenic est ma voile. Je n’en prend pas. Je veux juste me dissuader d’espérer et avoir l’optimisme d’une fin nombreuse et variée. Quel luxe ! Tu fais trois pas. Je suis là, je te guette. Trois autres, je te cours après. Et tu déguerpis ! Tu fais demi-tour ! T’as les foies. Tu rentres par la sortie. Te revoilà. C’est trop d’avoir été pondu. Satan t’accueille une seconde fois, sourire narquois aux lèvres rougeaudes et te dit juste : ‘’ Bienvenue au paradis ‘’.

T’inquiète mon pote, y’a pas d’ambiguïté possible. Satan, c’est un drôle, il te fait morfler pour son petit bonheur mais c’est un brave au fond. Sa rôtisserie est ouverte toute la semaine, même le dimanche. Les congés, pas besoin. Il aime trop son boulot. D’ailleurs, te revoilà parti. C’est pas beau, ça ?
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