X - L'alcool

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

23 heures. Il quitta son pavillon. Euphorique, il gagna le square. Son jeune type serait toujours là, pensif sur le banc. Il voulait pousser le bouchon plus loin. Comme toujours, il le trouva. Prudent, il s’exclama :
- Hé, c’est encore moi !
- Ah...
Son blasé qui traduisait sans doute un ‘’ casse-toi ‘’.
- Décidément, toujours à son poste !
- Vous m’avez dans le viseur on dirait...
- C’est que je t’aime bien.
- Merci. Moi, je crois pas. Je suis sûr de rien.
Il vint s’asseoir à coté de lui, comme la veille. Il le tutoya d’emblée. Poli, le gamin avait adopté un vouvoiement quelque peu irritant.
- J’aime pas trop ces vieux types qui viennent observer les gazelles dans les squares, ajouta-t-il.
- Je vais pas te mentir, je te trouve mignon. Fais-en ce que tu veux.
Oh ! Quel soulagement indescriptible...Il ne tournerait plus autour du pot à l’avenir.
- Moi, j’vous trouve vieux.
- T’a quel âge, au fait ?
- 18.
Dialogue au plus bas de l’échelle. Il avait acquis la certitude que le gosse n’était pas loquace pour un sou et cela excitait ses instincts :
- Allez, va. Je sais que tu te gèles sur ce foutu banc. Si tu veux, je t’invite...
- Pourquoi faire ?
- Pour prendre un verre.
- A cette heure, pas certain que ça marche.
Il y eut un instant de silence. Après quelques minutes, le jeune homme se leva précipitamment et l’agrippa fermement par le col :
- Emmène-moi chez toi vieux connard. T’a raison, on se gèle trop ici...

Ils pénétrèrent dans le salon, comme enivrés des quelques kilomètres qu’ils venaient de parcourir ensemble, à se chercher subtilement, mains aux hanches puis aux fesses. Le jeune homme se vautra dans le canapé, fit remarquer l’odeur pestilentielle puis demanda quelque chose à boire. Lui, plus émoustillé que jamais par sa libido renaissante, lui proposa du vin puis du champagne. Finalement, on opta pour le champagne. Il n’y avait concrètement rien à fêter mais on voulait se saouler dans le luxe illusoire d’une nuit de baise. Les coupelles s’enchaînèrent, insouciantes. Quand ils eurent bien bu, ils se traînèrent tous deux jusqu’à la chambre, grisés par les vapeurs de l’alcool. Lui se déshabilla en vitesse, pressé par un besoin urgent de forniquer, tandis que son jeune hôte, habité d’un besoin soudain d’esthétisme, dit juste : ‘’ J’ai envie de faire l’amour ‘’. Quand ils furent nus, ils se contemplèrent hébétés. Les décennies se dressaient là comme des remparts cruels. Lui, misérable tas de chairs flasques et déconfites, faisait face à ce jeune corps rigoureux et sec. Et puis il se souvint qu’il ne voulait plus attendre. Il agrippa, bouffé par un désir primitif, son jeune partenaire et le couvrit d’un torrent sauvage de baisers qui étaient en fait des morsures. L’autre poussa des soupirs, des gémissements et se laissa bien vite dominer. Des assauts violents suivirent, des caresses obscènes et la sueur vint coller les épidermes. Bientôt, le plaisir devint insoutenable et les sexes éructèrent simultanément. Il y eut un cri puis les corps retombèrent, haletants, entre les draps lourds. Aux mouvements mécaniques succéda une grand fatigue. Ils s’endormirent après avoir fixé un temps le plafond crasseux.

Quand il se réveilla au beau milieu de la nuit, il vit que son compagnon était toujours là, ronflant à ses côtés. Il scruta son visage endormi, juste éclairé d’un mince de filet de lumière. Quelle allure juvénile il avait. Il n’était plus le jeune mâle provoquant animé de fausse candeur mais bien l’enfant perdu qui venait satisfaire ses besoins naissants dans les draps de vieux messieurs immondes comme lui. Il songea que, si il avait eu son âge, jamais il n’aurait fait pareil chose avec un type de trente ans de plus. Pourquoi les jeunes gens ne baisaient-ils plus entre eux ? Et pourquoi avait-il accepté d’emmener ce jeune homme chez lui ? Assurément, il n’aurait pas résisté. C’était trop. Sa pédérastie prenait forme dans ces moments-là. Il y eut un ronflement disgracieux puis le jeune hôte se retourna lentement dans les draps. Alors il vint doucement l’enlacer et sentit contre lui la chaleur revigorante du jeune corps. Blotti contre lui, il se rendormit. La vie pouvait offrir de prodigieux instants de bonté.
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