Vue d'en bas

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Vu d’en bas


Pierre n’avait encore jamais vu une météo pareille. Du grand bleu prévu pour les trois semaines à venir, pas un nuage, pas un poil de vent, une douceur inhabituelle pour cette fin septembre, d’avoir pris ces deux semaines de congés six mois plus tôt ne relevait plus de la chance, c’était clairement un signe.

D’avoir en plus réussit à convaincre sa dulcinée de le rejoindre la deuxième semaine relevait carrément de l’exploit, non pas que Stéphanie n’avait pas besoin de repos, elle était sur les genoux depuis le début de l’année, mais lui faire passer une semaine complète à la montagne, là chapeau, il n’y avait pas cru au départ, mais après plusieurs relances par mail les semaines suivantes, elle avait fini par confirmer. Par superstition, Pierre avait même archivé le mail envoyé entre deux meeting à New York par son Executive VP de nana.

Ils avaient donc planifiés le séjour comme on schedule une opération, dans leur jargon commun, la check list avait été relativement facile à drafter, Pierre avait envoyer une pre-list des stuffs nécessaires , Stéphanie avait validé ce qu’elle avait déjà en stock et commandé le reste sur le site de Patagonia (les seuls à être réellement sustainable et faire trade) et Pierre avait achevé les booking d’avion et TGV de même que la chambre d’hôte dans un petit chalet idéalement situé à deux pas du centre du village et du départ du téléphérique.

Avec des weather forcast pareils, c’était du nominal de chez nominal.

Bon, en même temps, c’était pas non plus la top ambiance, ca s’était passé quand même à l’arrache, trois semaines en Inde pour lui en même temps que trois allers-retours aux US pour Stéphanie en deux mois, ça avait été chaud pour tout le monde, déjà qu’ils n’avaient pas beaucoup de temps pour se causer, là on avait atteint les sommets.

Question sommet justement, il allait falloir s’y pencher sérieusement. Pierre avait prévu de se dégourdir les pattes la première semaine sans chercher le pépin non plus, et de mitonner un planning de randos varié et pas trop exigeant pour l’arrivée de Stéphanie,

Le but c’était pas de la casser, plutôt de le remettre d’aplomb, enfin plutôt de se remettre en phase l’un et l’autre. Certes ils avaient chacun la vie dont il avaient rêvés en Ecole de Commerce, engagés dès la sortie dans des grandes compagnies multinationales, gros salaire, grosses responsabilités, des opportunités d’évolution quasi tous les ans, mais une vraie vie de dingue. A trente-cinq ans chacun, c’était comme qui dirait le moment de se poser certaines questions, comme par exemple « stop ou encore ».

Mais dans le même temps, l’idée que Pierre se faisait de ce que devait être un couple était aussi remise en cause par un mode de vie pareil, non pas qu’il y ai de l’eau dans le gaz, non, plutôt moins d’eau que d’habitude, un sentiment diffus d’incomplétude d’autant plus sensible que dans un job où on est à donf de 6h du mat jusqu’à pas d’heure le soir, la moindre baisse d’intensité est une sensation inhabituelle et donc inévitablement inquiétante.

Bref, time to break s’était-il dit quelques moins plus tôt, et les faits lui donnaient clairement raison, le break en question ne pouvait qu’être profitable à tout le monde.

Arrivé au dernier TGV de Bourg St Maurice la veille au soir, bonne idée d’avoir réservé un taxi pour monter jusqu’au village, la valise posée dans l’entrée de la chambre, une douche et au lit sans réveil. La lumière vive en plein dans l’œil vers les 7h du mat lui avait fait un drôle d’effet, puis s’en était suivi une phase transitoire de rêverie entrecoupée de somnolence jusqu’à la sensation totalement inhabituelle d’être totalement réveillé. On traine encore un peu, il n’y a pas le feu, on se retourne on s’étire et on se réveille une heure et demi plus tard, bon OK, maintenant on arrête de trainer et on passe à l’action.

Un rapide check sur ses mails, bonne idée d’avoir choisit un chalet avec le wifi, rien de spécial, la Chief Operational Officer, COO pour les intimes, n’avait rien posté, pas étonnant si elle a subit trois strategic comitee en trois jours, elle devait avoir autre chose à faire que d’envoyer des petits mots, même à son mari, a fortiori en intégrant le décalage horaire, normal, ça sera pour demain.

Un petit dej dans la cuisine du proprio, courtois mais distant, pas de familiarité, mon Pierrot, t’es pas un pote, juste un client. Il va être temps d’aller faire un tour prendre l’air, d’ailleurs plus frais qu’attendu, forcément à 1600 m d’altitude, c’est pas comme à Paris.

Une petite balade au dessus du village pour remettre les chaussures en forme et on rentre vers 5 heures après être passé acheter quelques journaux. Tiens, aucun mail, ça doit être encore plus dense que prévu là-bas, c’est déjà arrivé.

On va lui envoyer un petit coucou, ça lui fera du bien de voir qu’il y en a qui pensent à elle dans son pays. En même temps, comme elle se balade à longueur d’année dans tous les pays, son pays il doit y avoir des fois où elle ne sait plus trop où il est. Et d’avoir en plus accepté la responsabilité opérationnelle North America en plus de l’EMEA qu’elle avait déjà sur les bretelles, pourquoi LATAM et ASIA tant qu’on y est, il y a des fois où on se demande ce qu’ils ont dans le crâne, ces demeurés du comité exécutif. Mais bon Peter le CEO a vraiment insisté d’après Steph, il lui a filé un package en or massif, le genre de truc impossible à refuser. Et puis il n’y en a que pour 6 à 9 mois maxi, le temps qu’un nouveau Senior VP US soit nommé, patience, patience.

3.45 AM local time : désolé de ne pas avoir répondu, mais ce devient très compliqué ici. Pas sur de pouvoir venir, t’expliquerai ASAP. Steph.

Comment ça pas sûr, mais c’est quoi ce mail ? non mais je rêve, je cale tout aux petits oignons, nickel et elle est prête à me planter tout ça ? non mais qu’est-ce qu’elle croit la COO ! heureusement que je l’ai pas vu arrivé en temps réel, son mail, sinon je te lui répondais dans la foulée. Bon aller, en même temps elle fait pas exprès, ils doivent pas la lâcher et elle va pas non plus les renvoyer tous bouler, faut savoir ce qu’on veut aussi. Du calme, on lui répond gentiment qu’on comprend, qu’on est désolé pour elle, mais qu’elle peut arriver le lendemain, si ça lui permet de bien cleaner tous ses dossiers, ca sera pas plus mal.

2.20 AM local time : ça s’arrange pas, préfère remettre à une autre fois, sinon je vais au clash. Te donnes des détails ce soir si possible. Steph.

Alors, ça y est, c’est planté ! non mais j’y crois pas, comment elle peut me faire un truc pareil, comme ça, sans problème, on va remettre !, mais y a rien à remettre. Même moi quand des trucs me tombent dessus au dernier moment, je fais passer la vie privée avant, le business d’accord mais il y a des limites. Et c’est là que généralement elle répond, oui mais c’est pas pareil, si on t’avait donné les responsabilités qu’ils m’ont données, tu serais bien obligé de faire pareil et c’est là que je m’énerve encore plus, mais qu’est-ce qu’elles ont tes responsabilités, t’es mieux payée, t’es au Comex et pas moi, mais moi aussi j’en ai des responsabilités, alors comme ça il faudrait être strictement au même niveau que toi pour te comprendre, on peut pas comprendre ta vie vu d’en bas ?, c’est ça. ?

Il faut bien admettre que ce ne sont pas des sommets de dialogue au sein d’un couple, surtout que pendant longtemps c’était exactement le contraire qui se passait, mais n’empêche que le vieux féministe que je suis se retrouve bien coincé.

Tout ça commence à me courir sérieux, mais comme je n’ai rien d’autre à faire que marcher, je vais marcher. Parcours moyen, 800m de dénivelé, une belle boucle de 5 ou 6 heures en passant par la crête au dessus du village, carte postale garantie, il me faut bien ça pour me calmer.

Finalement, j’ai plutôt bien marché. Paysage au rendez-vous, bon dieu que c’est beau, ca remplit, ca évacue, ca régule et surtout cette espèce de rythme qui s’installe dès les premiers pas doit mettre en route quelque chose en nous, une sorte de gyroscope mental qui nous remet d’aplomb, on retrouve les verticales et horizontales, on se relocalise, on redevient un lieu pour soi-même, un lieu de réflexion aussi.

Ca tombait bien, la réflexion Pierre en avait bien besoin.

Ah enfin, un mail, ou non, plutôt un document joint, Pierre ouvrit le fichier Word et vit apparaître une longue lettre, quatre pages, jamais vu ça de Steph auparavant. Il ne put s’empêcher de laisser son regard sauter d’un ligne à l’autre, cherchant des horaires d’arrivée et il tomba sans crier gare sur le fragment « relation avec Peter,... histoire ancienne,...nécessité de clore définitivement,... trop trainé,...essayer de se retrouver,... besoin de recul.

Jamais sans doute de toute sa vie, Pierre ne passa autant de temps sur un texte d’à peine quatre pages, en français qui plus est, à sauter d’un fragment à l’autre, revenir en arrière, essayer de relire l’ensemble dans sa continuité et quelques secondes plus tard retomber sur des mots en formes de poignards, relire pour avoir mal encore et encore, et finalement au bout d’une bonne heure, parvenir à le suivre du premier au dernier mot et la, seulement là, à le comprendre.

Steph avait commencé à le trompé avec Peter il ya presque trois ans, et venait de lui annoncer la fin définitive de leur « love affair », après presque un an de palabres d’autant plus insistants qu’ils émanaient de son propre CEO.

Pour Pierre, l’heure suivante consista à simplement rester assis, le Macbook sur les genoux, le document Word ouvert en pleine page, son contenu en pleine figure. Se lever eut été sans aucun doute une erreur, la certitude de tomber par terre, encore plus bas. A tout prendre, le siège était préférable.

Et puis, le cerveau se remit en marche, étape par étape, la lumière revint dans chacune de ses pièces les unes après les autres, sa pièce principale, lui-même en premier, toujours vivant, puis sa chambre, Steph dans les bras d’un autre, de Peter qui plus est, ce vieux schnock bedonnant, avec ma Steph, impossible, impensable, et là, la lumière revint bien plus lentement, avec de grandes tâches d’ombres entre quelques points plus visibles, Peter qui la prenait par derrière, elle bougeait avec lui, puis Pierre passa sans s’en apercevoir au salon, sa famille, ses parents, bien plus flous que les pièces précédentes, mais la au moins son contenu en était évident : la honte. Enfin, son entrée et vestibule à la fois, par où il faut passer pour sortir, pour continuer à vivre, aller voir ses potes, les couples d’amis aux vies inextricablement mêlées à Steph et lui, même pas la peine d’essayer de s’avancer dans cette pièce là, Pierre n’était même plus certain d’y trouver une porte.

Un léger répit, cette histoire serait finie depuis un an et c’est seulement son terme officiel qui vient d’advenir, et ça repart de plus belle, elle est nue, elle le suce, il l’embrasse, la pénètre, dispose d’elle comme il le veut, et pire que tout, insupportable, inacceptable, elle en a envie, elle jouie, plusieurs fois. Ca s’arrête, le temps qu’ils reprennent leur souffle et ça recommence. Pierre se fait même la remarque que si en français, on dirait encore et encore, l’expression américaine est again and again and again, trois fois et pas seulement deux, comme souvent, la version originale est décidément la plus violente.

Les dernières phrases de la lettre tentaient même de démontrer qu’appartenant au passé, l’histoire avait perdu forcément de sa dureté, elle en aurait gagné un début de prescription, que c’était loin pour elle désormais, même si bien sûr elle avait eu tord de ne pas l’arrêter plus tôt, Peter avait tellement insisté que seule la perspective de plainte pour harcèlement l’avait calmé pour de bon.

Pierre se trouvait en position d’incompréhension totale, mais c’était pas l’arrêter plus tôt qu’il fallait faire, c’était de ne pas la commencer du tout, de ne pas se laisser toucher par ce connard, de ne même pas en avoir envie.

La suite fut pire. Pierre commença alors à recaler la chronologie indiquée dans la lettre, très évasive d’ailleurs, d’avec ses propres repères, ça avait commença quand, il était où, il faisait quoi. Donc c’était pendant ma semaine à Cincinnati chez P&G, super chiante d’ailleurs, j’attendais que ça se termine pour retrouver Steph à New York pour rentrer ensemble et elle avait annulé la veille au prétexte d’un nouveau strategic comitee, elle n’était rentrée que le lendemain.

Putain le coup de poing dans le ventre, le coup de couteau même, qui s’attarde, qui redécoupe, les tripes qui sortent, on dirait même que quelqu’un leurs tire dessus pour que tout s’arrache à l’intérieur, et ça dure des heures. Donc pendant que je me faisais chier en correspondance à Newark, elle baisait avec cet enculé. Ils avaient du goupiller leur coup, la chambre d’hôtel, elle avait du frapper discrètement à la porte, il avait ouvert, et après selon les versions du metteur en scène, soit il lui avait directement sauté dessus comme dans leurs putains de films amerloques, pour la porter sur le lit, l’allonger et la déshabiller en même temps et la prendre d‘un coup, soit ils avaient procédé par approches successives, caresses, contacts plus serrés, baisés légers d’abord, puis profonds ensuite, il l’avait faite monter en température inexorablement avant de la prendre, elle à moitié nue et pantelante, et lui en rut et dominateur.

Comme il connaissait bien leur sens pratique, Pierre opta pour la version courte director’s cut bien plus américaine, tout de suite et sans aucun préliminaire. Mais ça cadrait pas du tout avec la Steph qu’il connaissait, pour qui ça allait toujours trop vite, il était toujours trop impatient, « il ne savait pas faire monter son désir ».

Cette version du scénario ne pouvait pas correspondre avec sa Steph, ou alors c’est qu’il ne connaissait pas si bien que ça.

Et puis, il y eu les fois suivantes, bien qu’aucune indication ne vienne en aide à Pierre, il reconstruisit une logique intrinsèque à l’histoire, les séjours aux US ou ailleurs avec son CEO, les moments où lui-même était occupé à autre chose et où ils avaient convenu plus ou moins implicitement de se mettre à fond dans leur taf et de se reparler la semaine suivante, une fois rentrés touts les deux à Paris.

Ca faisait au bas mot une vingtaine d’opportunités sur les deux années supposées correspondre à l’histoire, putain elle a baisé avec lui vingt fois, des nuits entières à chaque fois, peut-être même un petit coup en fin d’après-midi avant de remettre ça après diner.

Au bout d’un très long moment, Pierre s’aperçu qu’il faisait nuit. Il referma son Macbook, alluma la petite télé dans un coin de la chambre, zappa sur les chaines d’éco, toujours les mêmes, traina sur CNBC un peu plus que sur les autres, seules les chaines US retenaient son attention, sans doute une sonorité dont il ne pouvait, ou ne voulait pas se séparer.

La même lumière violente dans son œil droit le réveilla le lendemain matin, il ne se souvenait pourtant pas d’avoir dormi, bien plus d’avoir soupiré dans son lit à s’en casser les côtes, même d’avoir eu envie de vomir, mais rien n’était sorti, hormis un dégout insupportable au fond de la gorge. A peine 7heures et demi, il faillait faire quelque chose, vite, absolument.

Un petit dej sur le pouce, comme presque tous ses petits dej depuis bien des années. Pierre s’arrêta au Sherpa du village, y remplit son sac de rando de tout ce qu’il fallait pour la journée et s’engager sur le chemin n°4, le grand tour, celui qu’il voulait faire avec Steph le dernier jour, le plus difficile, le plus beau, une sorte d’épreuve qui s’imposait désormais à lui sans aucune discussion possible.

Vu d’en bas, ça n’avait pas l’air si méchant. Le début grimpait tout seul, tout de suite à gauche après la petite cascade, bien frêle à cette saison, les croix rouges et blanches, pas d’erreur possible, et la lente montée vers les alpages, une bonne heure sans problème. La salope, comment elle a pu me faire ça, pendant tout ce temps, comment elle a pu me mentir comme ça, toutes ces fois où elle avait baisé avec lui et se pointer comme si de rien n’était peut être même juste le lendemain et faire l’amour avec moi comme ça, sans problème. Ca dépassait l’entendement. Et comment lui, Pierre, si sensible à sa présence, toujours aux petits soins, comment il n’avait rien vu, ça c’était encore moins compréhensible.

Voilà le croisement avec le n°8 qui monte au Pic du Glacier. Moi je continue mon n° 4 et je tâche de maintenir l’allure. Mais c’est pas possible, ce n’est tout simplement pas possible.

Pierre marchait maintenant depuis deux heures, aucun sentiment de fatigue, plutôt une hargne, une violence qui montait en lui comme il n’en avait jamais connu auparavant. Il était presque tenté d’accélérer le pas pour avoir moins mal, ou pour souffler pour quelque chose, au choix.

Mais si ça a duré tout ce temps, c’est que ça n’était pas un moment d’égarement, une soirée trop arrosée et on se laisse emballer par ce connard de Peter, on se retrouve dans sa chambre d’hôtel en pleine confusion de sentiments, le recul devant l’adultère et en même temps que l’excitation de la scène et là, on lâche prise, on se laisse faire. Elle lui avait assez dit que les filles c’était pas pareil, se laisser faire n’avait pas du tout le sens que les mecs lui donnaient, c’était pas se donner corps et âme, rien à voir avec une vraie relation amoureuse, c’était seulement faire plaisir à l’autre, sans plus.

Faire plaisir à l’autre, c’était pire que tout. Alors comme ça, le corps de sa femme pouvait devenir accessoirement un objet de plaisir pour un autre, pas celui du contrat de mariage, non, un intrus, un de passage, un qui se pointerait un beau jour sans histoire ni passé, tout auréolé d’une projection de mystère, d’une aura de fantasmes et ça n’irait pas plus loin.

Mais non, clairement non, c’était pas du tout comme ça que ça marchait pour un mec, et à fortiori un mari, définitivement non. Putain, ça commençait à grimper sec, Pierre arrivait en haut des derniers alpages, les clarines baissaient de volume progressivement, seuls leurs échos montait encore, se mélangeant aux bruits des roulement de cailloux du sentier, plus encaissé qu’avant, plus casse-gueule aussi, Pierre se dit que décidemment, il fallait qu’il commence à faire attention à où il mettait les pieds.

De fait, le territoire intérieur qu’il abordait ne ressemblait à rien de connu. Pas seulement cette douleur qui étouffait, qui enserrait les côtes et empêchait de respirer, certes l’altitude faisait cet effet, mais non, là, ça n’était pas qu’une question d’altitude. C’était une question de haine.

Comment elle avait pu lui mentir pendant tout ce temps ? Comment elle avait pu se donner à ce type, lui laisser faire ce qu’il voulait d’elle, il avait fallu qu’elle y trouve du plaisir, qu’elle se donne à lui en pleine connaissance de cause, sinon ça n’aurait jamais duré aussi longtemps. Le premier mot qui lui venait à l’esprit, c’était trahison. Mais en même temps, ça sonnait vraiment bizarre, décalé par rapport au problème, c’était pas une histoire d’honneur, c’était une histoire de sentiment, de désirs, et la trahison, à bien y réfléchir, ça collait pas vraiment.

Désir donc, si c’était une histoire de désir, c’est donc qu’elle n’en avait plus du tout pour lui, qu’elle faisait semblant, mais alors dans ce cas, pourquoi rester ? Si son Peter lui en donnait tant que ça du désir, qu’est-ce qu’elle attendait pour rester avec lui, facile, pas de risque de perdre son job, pas de gosse, juste un mari minable qui n’a rien compris au film, et d’ailleurs s’il l’avait compris, le film en question, tout ça ne serait pas arrivé.

Et pourtant, sa lettre parlait d’une histoire qu’elle venait enfin de clore définitivement, de son retour à Paris en début de semaine prochaine, impossible, incompréhensible.

Putain, la salope, elle a baisé des dizaines de fois avec lui (une vingtaine, ça faisait bien plusieurs dizaines, c’était pas contestable). Elle savait ce qu’elle faisait, elle le prévoyait, elle en avait envie, et maintenant qu’elle avait terminé ses affaires, elle tournait la page, comme ça, et elle se pointait l’air de rien, avec la certitude que j’allais la pardonner, forcément la pardonner !

Eh ben non, c’était pas possible, c’était trop facile, le pardon ça ne se décrète pas, ça se ressent, ça s’éprouve même, mais en aucun cas, ça ne peut être un dû. Comment elle avait pu imaginer que leur histoire allait repartir du bon pied, comme ça, par la simple magie de l’aveu et de la prescription du temps, pour un peu, tout ça avait été nécessaire, plus qu’un mal pour un bien, une sorte d’épreuve dont il ne faudrait surtout rien regretter, pour un peu si c’était à refaire...

Mais comment elle fait pour ne pas comprendre qu’un mec, ça a besoin de posséder sa nana, c’est bien d’ailleurs le besoin de possession du Peter en question qui a du l’exciter, se sentir désirer comme ça, difficile d’y résister, mais du coup, si on se laisse posséder par quelqu’un d’autre, le mari, le cocu, celui qui n’a rien compris et dont tout le monde se moque sans vergogne, qu’est-ce que tu veux qu’il possède encore, c’est juste fini, terminé, kaput, over, ça ne peut plus redémarrer, toute la confiance qu’il avait dans sa nana, comment veux-tu qu’il la retrouve, hein ? Comment ?

Par contre, l’amant, lui, aucun problème, c’est même le double effet kiss kool, non seulement il prend ce qu’il veut quand ça lui chante, mais en plus il prend la femme à quelqu’un d’autre, inconnu ou pas, peu importe, en attendant il conquiert, il enlève, il possède doublement. Etonnez-vous après que ça excite doublement les nanas !

Eh ben non, la seule certitude de Pierre, à l’instant d’entamer la montée finale vers la crête à presque 3000m, c’était que quelque chose en lui s’était définitivement brisé.

Le bruit de la pierre se détachant d’un coup du sentier, sans prévenir, lui resta un bon moment dans la tête, ça et l’hélicoptère qui le survola plusieurs minutes, le temps qu’un sauveteur soit posé à 20m de là où il gisait, en contre bas du sentier, en plein dans un amas de cailloux. Le reste fut des plus flous et indistincts et il ne se remémora que quelques images fugaces, du fond de son lit, un ballet de blouses blanches, des voix confuses, il ne reprit vraiment ses esprits que trois jours plus tard, toujours dans sa chambre à l’hôpital de Bourg St Maurice où on l’avait envoyé directement une fois son brancard attaché au patins de l’hélico.

D’abord, l’interne vint le voir le matin après la visite, vers les 8h30. Il resta un bon moment avec un paquet de radios et de scanners sous le bras et tenta d’expliquer à Pierre ce qu’il avait dû subir. Pas d’amputation, c’était déjà ça, mais pas mal de bobos quand même. Outre la double fracture du tibia péroné gauche, il y avait une fracture du fémur droit, sans déplacement heureusement, mais c’était ce qu’il avait senti en premier, car le moindre mouvement du bassin dans son lit faisait un mal de chien.

La fracture de l’avant-bras gauche était moins grave, quelques côtes aussi, le reste n’étaient qu’ecchymoses et balafres, le temps effacerait tout ça. Mais avec le retour de la conscience revint la douleur. Pas la douleur physique, non, celle-là, il y avait des médicaments pour ça, l’autre douleur, celle de l’intérieur, elle au contraire, ça ne s’arrangeait pas.

Pourtant l’interne était resté prudent sur la suite, il l’a bien prévenu qu’une casse pareille, ça ne se répare pas en deux coups de cuillère à pot. C’était bien son avis aussi. L’interne lui dit aussi que côté boulot, la boite avait été informée et l’assurance couvrait tout sans problème, tout ça par la grâce d’une petite carte plastifiée portant le doux nom de Mondial Assistance.

Mais même avec eux, pourtant spécialistes des emmerdes en tous genres, il n’y avait rien à faire, pas de rapatriement des sentiments qui l’habitaient encore trois jours plus tôt, pas d’indemnisation pour ce genre de sinistre.

Le lendemain, enfin l’interne entra, suivi de la silhouette de Stéphanie, même pas elle en chair et en os, juste son ombre, aucune expression sur son visage pourtant si craquant d’habitude, les bras croisés sur sa poitrine, pas un mot, pas un souffle.

L’interne eu sans doute la pudeur d’attribuer la tension ambiante bien palpable à la peur rétrospective d’être passé tout près de la catastrophe et tâcha de résumer la situation.

Pierre remarcherait certainement, d’ici trois ou quatre mois, mais il n’était pas certain qu’il n’y ait aucune séquelle. Quels genres de séquelles dit Stéphanie dans un souffle à peine audible, ses premiers mots depuis son entrée dans la chambre. Une boiterie éventuelle, peut-être légère, au bout d’une rééducation intensive, peut-être plus marquée, ça va dépendre de la consolidation des fractures de la jambe, en plusieurs morceaux et avec de gros déplacements, et aussi de celle du fémur, mais là, normalement ça devrait moins poser de problème.

Suivirent quelques bavardages du même tonneau entre Stéphanie et l’Interne, dont Pierre ne put s’empêcher d’évaluer l’intérêt qu’il lui portait. Non, ça semblait strictement professionnel, ses sourires discrets et attentionnés devaient faire parti de sa panoplie d’interne. Pierre se dit que désormais il risquait de voir le mâle partout, mais le rire qui naquit à l’instant fût immédiatement arrêté par la douleur au côté droit, il avait oublié les deux côtes cassées.

L’interne se retira discrètement.

Puis Stéphanie s’approcha du lit et s’assit à mi distance, vers le milieu, comme pour se prémunir d’un ultime sursaut de l’éclopé, avant que la douleur ne l’empêche de terminer on ne sait quel geste fatal.

- Tu vas remarcher, c’est l’essentiel
- Peut-être, mais avec qui ?
- Avec moi
- Pourquoi ?
- Parce que je suis là
- Et alors, ça prouve quoi ?
- Ca prouve seulement que je suis là
- Je ne suis pas du tout certain d’y arriver
- Pourquoi tu n’y arriverais pas ?
- Parce que j’ai trop mal
- La douleur va disparaître, progressivement
- Pas celle-là, cassé comme je suis, ça ne sera plus jamais comme avant
- Et c’était mieux avant ?
- Te fous pas de ma gueule, Steph,
- Je veux dire, les sentiments que tu éprouvais pour moi avant, est-ce que tu es sûr que c’était mieux, ou est-ce qu’on se mentait seulement l’un l’autre sans s’en rendre compte ?
- Moi je ne t’ai jamais menti
- A moi non, mais à toi ?
- Et alors, qu’est-ce que ça pouvait faire, que je me mente, hein ? Si ça m’allait comme ça, c’était toujours moins pire que ce que tu m’as fait, hein ? tu veux vraiment le savoir ?

Pierre ne pu continuer, ses yeux étaient désormais entièrement embués, son visage se laissait envahir par un rictus de plus en plus déformant, en quelques secondes, Stéphanie ne le reconnut presque plus. Il s’en suivit un long silence, il reprit petit à petit son souffle, le rictus s’effaça très lentement, le regard fixé sur la télé éteinte sur le mur en face de son lit. Il ne parvint seulement qu’à conclure « comment tu as pu me faire ça ? »

Stéphanie resta un long moment sans bouger, Pierre fixa un long moment l’écran éteint, puis il murmura :

- toutes ces années où tu m’as menti, comment veux-tu que je vive avec ça maintenant, qu’est-ce je vais faire de tous ces souvenirs que je croyais tout beaux et tout propres et qui me donnent envie de vomir ?
- Je suis là désormais
- Et tu crois que c’est ça qui va m’enlever l’envie de vomir ?


Sous la violence de la réplique, Stéphanie vacilla insensiblement, puis elle ajouta
- Je suis là désormais et je ne repars pas
- Comment ça tu ne repars pas
- J’ai donné ma dem hier
- Hein ? Mais ça va pas, abandonner un job pareil ?
- J’ai choisis entre ce que je préférais abandonner et ce que je n’abandonnerai jamais
- Ce qui veut dire ?
- Imbécile

Pierre resta en rade quelques secondes, les choses se mélangeaient à nouveau dans sa tête, comme sous l’effet des analgésiques post opératoires.

- Mais comment tu peux croire qu’on peut encore rester ensemble ? t’as cassé notre histoire, c’est foutu, elle ne remarchera jamais comme avant
- Elle marchera peut-être différemment
- Elle marchera beaucoup moins bien, ça c’est sûr...

S’en même s’en rendre compte, Pierre avait repris une de ces citations classiques comme celle de Bourvil devant les restes d’une 2cv en pièces détachées, et le petit rire qui aurait du la suivre fut immédiatement interrompu par la douleur.

Stéphanie avait rit aussi, ce qui d’ailleurs ne s’était plus produit depuis longtemps, les mêmes blagues dans les mêmes circonstances avaient usés sa patience et transformés ses sourires en agacement, du moins jusqu’à ce matin.

- Stéphanie, je te jure que n’y comprends rien, après ce que tu as fait, tu n’as aucune raison d’être là à me plaindre, je vais peut-être te paraître dur, mais ta culpabilité, j’en ai rien à foutre
- C’est pas de la culpabilité
- Ah bon, parce qu’en plus tu culpabilises pas ? c’est ça ? t’es venu jusqu’ici me dire que t’étais fière de toi, que tu ne regrettais rien ? putain j’y crois pas !
- C’est pas de la culpabilité, c’est de l’amour
- Quoi, ah non, c’est...

La douleur cloua Pierre pour de bon sur le dos, le souffle coupé, le regard dans le vide, quand est-ce que ça allait s’arrêter, c’était pas supportable.

En fait Pierre ne pouvait plus rien entendre non plus, ce que Stéphanie ne mit que quelques secondes à comprendre.



Elle s’approcha alors de lui, doucement, autant pour éviter les soubresauts du matelas que pour ne pas braquer Pierre, tout à sa douleur intérieur, tout près de la haine comme au bord d’un précipice, un rien pouvait l’y faire tomber. Elle senti qu’il lui faudrait des trésors inépuisables de patience et de tact, mais sa décision était prise. A cet instant, rien d’autre n’avait d’importance pour elle.

Seulement à l’autre bout du lit, la douleur incarnée braquait fixement son regard vide vers le mur d’en face et sa petite télé éteinte. Elle ne pouvait accéder à Pierre, il ne le voulait pas, et quand bien même il l’aurait voulu, il n’y serait pas parvenu. Elle commençait tout juste à prendre conscience du fossé qui s’était créé entre eux. Pas la distance physique de ces dernières années, les décalages horaires, du boulot et toutes ces choses qui constituaient l’essentiel de leurs vies à tous les deux.

C’était plutôt la divergence de leurs histoires respectives qui commençait à émerger à sa conscience. Sous les apparences de deux vies professionnelles alignées sur des standards communs, et même d’un jargon franglais partagé s’immisçant dans le moindre recoin de leurs vies quotidienne, leurs chemins respectifs étaient désormais bien plus éloignés qu’il n’y paraissait.

Pourtant toute cette histoire avec Peter avait un côté superficiel et futile, un amusement plus qu’une véritable aventure, une histoire parallèle à celle de Pierre aucunement destinée à la remettre à cause, bref une page qu’on tourne à un moment ou à un autre dans sa vie, sans plus. Mais une page qui resterait collée à une autre dans son album de vie, c’était là mais on ne le voyait plus quand on feuilletait sa mémoire, donc on n’y pensait plus vraiment, c’était seulement du passé.

Seulement ce passé n’avait manifestement pas la même valeur et la même force pour Pierre. Même en faisant abstraction du choc de la révélation, en se disant que ça allait se tasser, elle le connaissait un peu, son bonhomme, elle l’avait déjà vu ressasser des vieux trucs un temps infini, se demandant même à quoi ça pouvait lui servir.

Sauf que là, le truc c’était elle. Et cette foutue page allait rester grande ouverte un bon moment tel que c’était parti. Elle avait beau se dire que le temps allait forcément améliorer les choses, il ne fallait pas être grand devin pour voir qu’entre les rendre moins négatives et les rendre vivables, il y avait un sérieux gap.

C’était sans doute ce sentiment qui désarçonnait le plus Stéphanie, elle qui était habituée depuis belle lurette à analyser des situations de managers désorientés, concevoir avec et pour eux des plans d’actions, les exécuter, les contrôler et être (très confortablement) payée pour précisément assurer ce job et remettre tout au carré, la voilà qui se trouvait face à une mission dont elle ne voyait pas du tout comment la mener à bien.

C’était d’ailleurs pour forcer Peter à admettre la fin de leur histoire qu’elle avait envoyé cette lettre juste avant son retour des US, sous ses yeux pour qu’il comprenne vraiment, la couardise de son Chief Executive Officer avait alors fait le reste.

Même dans des situations qu’on ne pouvait pas rattraper, des cassures irrémédiables, on pouvait toujours jeter à la poubelle la partie la plus encombrante de l’existant ou encore régler le problème par la voie juridique ou financière, et repartir quasiment d’une page blanche, from scratch, selon leur jargon commun.

C’était d’ailleurs de cette manière qu’elle avait entamé la mission « back to my man », elle avait balancé sa dem direct à l’Executive Comitee, les laissant tous plantés là comme des benêts, le Peter en tête, vue qu’elle s’était fendue d’une allusion à peine voilée à la raison de cette démission.
Voilà, ça c’est fait, c’était-elle dit en claquant la porte derrière elle, maintenant time go to back home... Y a pas à dire, quand on sait prendre des décisions difficiles sans hésitation, on a une longueur d’avance sur les autres, ceux qui hésitent, qui tergiversent, qui tâtent le pour et le contre à n’en plus finir.

C’était même devenu un peu sa marque de fabrique, Lady Kill qu’elle avait été surnommée par ses collègues, et il fallait bien reconnaître que les faits lui avaient donné raison, renforçant encore un peu plus sa détermination à analyser et trancher très vite, comme sur un champ de bataille Tous les bons livres sur l’art de la guerre le disaient bien, c’était avant tout un art d’exécution dont la rapidité était la clef.

La roadmap lui était apparu évidente, tout remettre à plat avec Pierre, ne rien lui cacher des épisodes précédents s’il le voulait, en omettant quand même ça et là quelques détails dont elle se doutait de leur rémanence dans l’esprit de son polytraumatisé et sur lesquels il ne manquerait pas de revenir encore et encore.

Elle le voyait d’ici, avec des questions du genre « et alors c’était bien avec ton Peter ? t’as pris ton pied, combien de fois par nuit ? etc. Les hommes avaient souvent une tendance au voyeurisme qui les rendaient accros à ce genre de détail, tout le contraire des femmes pour qui l’instant d’après chassait assez vite l’instant d’avant, et les souvenirs d’éventuelles jouissance s’évanouissaient irrémédiablement, à quelques très rares exceptions près.

Une fois sorti du confessionnal, elle pourrait alors entamer la reconstruction d’une histoire avec lui, elle en avait sincèrement envie, il en valait la peine, il était honnête, fiable, solide, elle pouvait compter sur lui en toutes circonstances. Elle lui trouvait de l’allure, un charme réel auquel certaines de ses collègues n’étaient d’ailleurs pas tout à fait insensibles et se voyait bien continuer à avancer dans la vie avec lui.

Elle avait même certaines difficultés à comprendre en quoi une histoire aussi superficielle et ancienne qui plus est que ces quelques nuits avec ce Peter, pouvait empêcher son homme d’avoir envie d’elle à nouveau. Au contraire, s’était-elle dit dans l’avion du retour, il devrait y voir la preuve que c’est lui que j’ai choisit pour de bon et j’aime même balancé tout le reste par dessus bord pour revenir à lui. Puisqu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour, si ça n’en était pas une, une décision pareille, c’était à n’y rien comprendre.


Elle se réveilla lentement avec un mal de crâne qui envahissait tout. Il lui fallu même de longue minute pour reprendre conscience de l’endroit où elle était, du fauteuil inconfortable dans lequel elle avait fini par trouver refuge devant le mutisme de Pierre. Le décalage horaire avait fait le reste. Et elle constata qu’elle se retrouvait seule dans une chambre d’hôpital, un lit vide en face d’elle.

Son hébétude dura sans doute de longues minutes, avant que le crissement de roulettes en caoutchouc sur le lino du couloir achève de la réveiller. Le lit entra dans le chambre et acheva son demi tour pour se caler entre les deux petites tables de chevet, avant que l’aide soignant ne se retire sans bruit, laissant le regard de Pierre fixer à nouveau le mur d’en face.

La minute suivante, l’interne entra et ouvrant l’enveloppe des examens radios, un rapide coup d’œil lui confirma la réduction satisfaisante des fractures et donc le pronostic plus favorable de la guérison. Sous huit jours au maximum, il pourrait être transféré dans un centre de convalescence plus près de leur domicile et entamer la longue marche vers son complet rétablissement.

La réponse ne tarda pas :
- ca n’est plus mon domicile, je n’ai aucune envie de retourner à Paris. Je veux être transféré au centre de rééducation de Kerpape, à côté de Lorient. J’ai de la famille là-bas et j’y resterai le temps qu’il faudra.
- on va vérifier ça avec votre mutuelle mais à priori ça doit être faisable. Mais c’est plutôt un bon choix, ils sont très réputés en rééducation post traumatique.
- merci beaucoup en tout cas pour ce que vous avez fait, je vous dois sans doute de pouvoir remarcher un jour,... je veux dire sans qu’on m’aide.



L’interne se retira discrètement après un rapide sourire à Stéphanie. Elle commençait seulement à intégrer ces nouveaux paramètres dans son champ de vision à court terme, quand Pierre sorti une enveloppe de la petite table de chevet et lui tendit.

Elle déplia la simple feuille écrite d’une main manifestement maladroite, à peine quelques phrases aussi émouvantes qu’un compte de résultat. Ce qu’elle considérait comme une douloureuse mais simple péripétie dans leur vie de couple s’avérait pour lui un obstacle infranchissable. Ainsi donc cette histoire aurait changé la nature même de leur relation, elle n’apparaîtrait jamais plus à ses yeux comme un objet de désir en même temps qu’une personne de confiance, ces deux faces du désirs étaient toutes deux irrémédiablement souillées, il ne pouvait simplement plus avoir envie d’elle, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse. Elle l’avait fait tombé bien trop brutalement de là où il était auparavant pour qu’il ait la moindre envie de retourner à cette position précédente.

Son regard parcouru trois fois de suite le contenu de la petite feuille avant qu’elle celle-ci ne finisse par glisser de ses mains et tomber à terre juste devant ses pieds. La petite lettre partiellement repliée la regardait.

Stéphanie se demanda alors à quoi elle pouvait bien ressembler ainsi, vue d’en bas.

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