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Vroutt ! RRRon ! Pfft ! Baoum baoum ! (2ème partie)

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Bellinus

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Il souffle où il veut, le souffle, et tu entends sa voix.
Mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va ;
Ainsi de tout natif du souffle.

Parole de Jésus à Nicodème,
chapitre 3, verset 8
Traduction d’André Chouraqui.



VROUTT ! RRRON ! PFFT ! BAOUM BAOUM !



(2ème partie)



À propos de cette toute nouvelle science – la Flatuologie –, je ne suis pas peu fier d'annoncer à mes fidèles abonné(e)s shortien(ne)s et j’espère eux (elles) aussi pétomanes affranchi(e)s, que je viens d'achever ma thèse de Flatuologie fondamentale. Enfin ! Après douze années de labeur ! Je viens d’ailleurs d’en proposer un extrait significatif au Monde (pour sa rubrique Enquête Décryptages) ; pour le moment, le Comité directeur réserve sa réponse car le sujet est explosif. Par contre Science et Avenir s'est jeté sur l'essai comme sur du pain béni, ainsi que Géo, L'Écho des Savanes et même la Dépêche du Midi : enfin la Flatuologie à la portée de toutes les bourses (avec triple DVD Blu-raie dans l'édition du week-end) ! Oui, oui, par avance j'en suis tout excité, un scoop scientifique, une avancée ré-vo-lu-tion-nai-re !


Tant d'efforts qui vont être enfin récompensés. Imagine-t-on les mois de labeur, toutes ces heures passées à la BNF, les tonnes de documents visionnés et jusqu'à une interview exclusive de Munroe Scott au fin fond du Népal ! Ce bagne pour une thèse en béton - LA thèse - qui s'intitule : « Himalaya danger : High Altitude Flatus ». En fait, ma démonstration s'appuyait au départ sur une recherche consacrée au mal aigu des montagnes. Cette étude décortique, observations cliniques et examens médicaux à l'appui, les effets de l'altitude sur l'organisme humain (lieu de l'observation : la fameuse "zone de mort" que constituent les 7000-8000 mètres). Hélas une mission pseudo scientifique et au final décevante puisque, dans cette enquête pluridisciplinaire qui se voulait exhaustive, un paramètre de premier ordre a été négligé par excès de pudeur. Une omission soufflante ! D'où mon effort pour rétablir la vérité et, conséquemment, rectifier courbes et statistiques.
Trêve de précautions oratoires sur la genèse de l'œuvre, voici la thèse radicale que nous avançons – et que vont contester les négationnistes de droite et tous les pudibonds du Fillon, pardon, du fion : D'UN STRICT POINT DE VUE ECOLOGIQUE ET GEOPOLITIQUE, LES FLATUS HIMALAYENS SONT LES ACCELERATEURS N°1 DE L'EFFET DE SERRE.


À la base de mon cri d'alarme, cette simple constatation qui n'est niée par aucun chercheur mais qui est passée sous silence dans les médias : dès 3500 mètres, le circuit intestinal chez l'être humain s'inverse et les gaz du sang, du fait de la pression atmosphérique, passent directement dans le circuit gastrique (High Altitude Flatus). C'est ainsi que des études récentes ont démontré que chez les pilotes militaires leur production-heure de gaz intestinaux passe rapidement de 111 millilitres à 500 millilitres. Prodigieux, non ? Dangereusement exponentiel. Les montagnards quant à eux flatulent toutes les 11 minutes à partir de 7000 mètres, ce qui fait précisément dire à Scoot dans l'interview en question (page 3240 de ma thèse) : « Plus l'alpiniste monte, plus se renforce sa propulsion autogène. »


Mon étude se fonde aussi sur le phénomène des flatulences bovines : folles ou non, les vaches pètent, une moyenne de 4 à 5 m³ par jour et par animal. Tous les bovins s'expriment et c'est un signal fort. Connaissez-vous l'anecdote que vient de rapporter le très sérieux Times, dans son édition spéciale consacrée au réchauffement climatique ? Son correspondant dans le Kent a interviewé le n°1 du cheptel, un animal superbe et qui avait gardé une solide mémoire de la pandémie. Question du journaliste : l'éminent ruminant se sentait-il encore personnellement concerné et préoccupé par la progression de la maladie de Creutzfeldt Jacob ? À l'aise devant le micro transgénique qu'on lui tendait, la vache, très british, a meuglé placidement en battant des cils : « Moi, je m'en fous, j'suis un canard ! » Hallucinant, non ? C'est dire la gravité du problème dans les prochaines décades, non seulement concernant la fragilité mentale des bovins, mais aussi la santé colorectale des citoyens. Un problème que nul écolo sérieux ne conteste ni Hulot ni Duflot ni même Allègre naguère, ce pourfendeur de mammouths (heureusement surgelés, ces pachydermes dits curiaux ne menacent plus la biosphère de leurs bulles cycloniques).


Bref, ce qui est fondamental, ce ne sont pas les vaches pétomanes, ni feu la brebis Dolly, mais bien les conséquences environnementales des sourdes émanations sphinctériennes himalayennes, qu'elles soient humaines ou animales. Il faut imaginer sur les pentes de ce massif bientôt plus fréquenté que le parc des Buttes-Chaumont toutes ces exhalaisons sournoises et potentiellement dangereuses pour la couche d'ozone : quand on constate le nombre de yacks processionnant sur le tapis neigeux, quand on additionne les alpinistes, toutes nationalités confondues, qui bouchonnent le long des cordes fixes (« Chaque pas est une torture » gémit le directeur du CHU de Munich - que je cite dans mon étude - et qui a tenu à accompagner en personne les chercheurs), on imagine aisément que tout ce petit monde n'exhale pas que des plaintes ! L'heure est donc grave et le protocole de Kyoto plus que jamais impérieux.


Ce nonobstant, notre inquiétude environnementale ô combien légitime ne devrait pas entraîner de panique ni d'inhibition, encore moins de régression. On ne pourra plus revenir au black-out anal, au culte du secret, à une flatuophobie rampante, à cet assourdissant déni qui défraie régulièrement l'actualité de la part d'un parti unique en déroute, odieuse clique de lèche-culs et de suce-pets, j’ai nommé feu l'UMP (Union de la Minorité Pétocharde). Par contre, cette liberté fondamentale, si chèrement conquise par les Écologistes, singulièrement la jeune et pétulante Europe Flatuologie, ne peut donc plus être remise en question. Il nous faudra, non seulement manifester encore et toujours pour la paix sociale et « Le Pet pour tous », mais aussi innover, nous exprimer haut et fort, non seulement dans la rue, les forums, les blogs, l'espace public mais aussi – osons l'affirmer – dans les chambres à coucher. Car il en va non seulement de l'identité nationale des immigrés, principalement Rebeus et Roms, mais aussi et surtout de l'affirmation et de la fierté rectale chez TOUS les inhibés de la 1ère, 2ème ou 3ème génération, y compris bien sûr nos Auvergnats de souche, réputés taiseux (même postérieurement) et dont la multiplicité en tout cas posait problème à l’ami de trente ans de notre feu Président enfin dégagé, farouche partisan – souvenez-vous de son odieux discours de Grenoble – du renvoi de tous les pétomanes étrangers récidivistes ainsi que leurs parents jugés trop laxatifs, pardon, trop laxistes.


Précédemment, je me suis permis de revendiquer et surtout d'illustrer ce nouvel humanisme par les performances de l’ami Gaspard éminent soliste devant l’Eternel, docteur ès alizées, en la matière Maître incontesté et zélé mystagogue. Souvenez-vous : ses prouts furent à notre cantilène amoureuse ce qu’est à Proust la goûteuse madeleine, une sensation puis une remémoration enfin une subliminale réactivation. Et puisque, bis repetita placent, pour être valide, un témoignage doit être double, j'appelle maintenant à la barre un autre de mes amis, un grand pro du lyrisme pyrotechnique décomplexé : j'ai nommé Isidore. À tout Seigneur, tout Honneur : c’est à lui que je laisserai le mot de la fin.


Par souci de décence ici, et pour aller droit au but, délaissant le prélude debussyste ou le double concerto brahmsien, je veux d'emblée en venir à la péroraison du dernier mouvement, le plus poignant, celui de la symphonie Résurrection quand retentit sempre crescendo Auferstehn, ja auferstehn wirst du, mein Herz, in einem Nu ! Durant ce final mahlérien, tandis qu'avant-hier il me défonçait le balafon dans le Bois de Boulogne, Isidore pétait, pétait dru, pétait fort, assidument et polyphoniquement, ses valseuses en liesse à l'unisson avec ses coups de boutoir. Et, comme avec Gaspard dans le Marquenterre, nous riions, nous pouffions, nous boyautions en chœur à en perdre le souffle, non plus dans le Bois où en janvier il faisait décidément trop froid, mais à deux pas, dans l’accueillante touffeur des serres d'Auteuil ! Nul répit pour mon tambourinaire, double carburation : rugissements par-devant, explosions par derrière tandis que sa bouche lippue chantait, chantait, psalmodiait le prodige : « A ita ti m'bi, mifelo tou n'ba a nafissa tou diallo ! » Et nous roulions tous deux sous la tornade, enchevêtrés, vibrant sous le djembé qui martelait sa joie.


Durant nos furieux ébats, je vous assure, j'en oubliai tous leurs débats foireux, l'écologie, la politologie, le dégagisme, et jusqu'à la déchéance de la nationalité... Bref, ce qui me ravit surtout – et c'est par là que je termine ma thèse (à paraître prochainement aux Editions du Zéphyr. Cf. bibliographie générale infra. ) – ce furent les tout derniers mots du cher Isidore, l'estocade, “la” petite phrase, celle qui emporte l'adhésion, l'ultime envolée des discours électoraux quand la Victoire est à la portée des burnes. Une telle ingénuité heureuse chez cet homme, une telle émancipation postérieure, une si tonitruante exultation !!! Ce pourrait être notre cri de ralliement à nous autres, groupies et adeptes de la vesse en liesse et du coupe-cigare hilare. À quand la Manif pour tous ? Ou, mieux, notre joyeuse Fart Pride ? Ce jour-là, à pied ou sur des chars, femmes girondes et éphèbes callipyges, toutes et tous libérés du trou de balle, heureux et fiers de l’être, manifestant pacifiquement à Paris entre Nation et l’Étoile contre tous les tenants obscurantistes de la flatuophobie, nous pourrons une fois l’an pétarader en chœur en faisant monter vers les cieux notre tonitruant bonheur !


Bref, foin de lyrisme républicain, retour à mon Vulcain-bis. Ce jour-là, comme je l’ai narré plus haut, Isidore avait varié longuement les plaisirs, sans se presser, modulant savamment ses allègres détonations jusqu'à cet instant – j'en fus pétrifié – où soudain jaillit dans mon dos le cri légendaire : l'appel de la brousse. (Ici une parenthèse cinéphilique : jugée trop détonante, cette scène dite « séquence des serres d'Auteuil » a été coupée au montage final de Tarzan, the Ape Man à la demande de l’actrice Maureen O'Sullivan, la partenaire de Johnny Weissmuller – en fait jalouse de Cheeta. On attend sans trop y croire une version intégrale enfin restaurée, sortie prévue : Noël 2018, avec les prouts du seigneur de la jungle en 3D et dolby surround.) Retour aux serres d’Auteuil où notre fantasme et notre frilosité nous avaient poussés par effraction le jour de fermeture hebdomadaire. Là, sous l'imposant dôme de verre et d'acier, dans un entêtant camaïeu d'azur et de turquoise, une ivresse de chlorophylle exhalée et un troublant entrelacement tactile, tout le palmarium frémissant autour de notre chair en rut, depuis les buissons d'Asplénium nidus jusqu'à la cime du Carypha umbraculifera ; là, dis-je, au moment de son ultime et fracassante déflagration, voici que mon grand black (dédicataire de ma thèse, faut-il le préciser !) fut décidément implacable jusqu’au bout  : se redressant en nage d’entre mes reins, mon impérial amant s'écria – fantastique retour aux fondamentaux et à leur densité lexicale, touchante évocation de l'Éden et du retour à Bonne Nature, éclatant point d'orgue d'une Flatuologie moderne, résolument altermondialiste, existentielle et solidaire (ce récurrent vivre ensemble si cher à l’ex-Première Secrétaire qui se morfond à Lille) ; bref, j’en termine pour de bon, mon Isidore en or conclut hilare ses prouesses poil aux fesses avec cette péroraison en forme d’accord parfait, cet éclatant coup de timbale final, Dieu m’empale ! ce rrrrrrrrroulement de tonnerrrrrrrre en guise de commentaire post-coïtal :



« Y'a bon ! Toi, Jane ; moi, Tarzan.
Nous deux, miam-miam !
Quand ki ki content, cul cul tam-tam !!! »





Bibliographie



"Autant en emportent les vents" [nouveau titre], mémoire de DEA, université Paris I, version intégrale aux Editions du Zéphyr, coll. Les Affranchis, Paris, juin 2015. Digest pour kindle/Amazon, septembre 2015.


Larges extraits mis en ligne sur Short édition, fin janvier 2016. Version revue et corrigée en mai 2017.

Publications internationales :

Londres, “Gone with the Bellinus’Wind” Viking, juin 2015 ; New-York, Columbia University Press, (à paraître) ; Roma, “Via coi venti di Parigi”, Savelli, (à paraître) ; Dubaï, ان رياح التغيير الصحراء [Le souffle du désert], été 2017 ; Pékin 我觉得要下雷暴雨 [Tonnerre sur la steppe],Tong Li Publishing, décembre 2017.

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Chironimo · il y a
un vent de liberté souffle sur Short!
NB: pour les amateurs, il faut lire "Euguénie Sokolov" de Serge Gainsbourg, c'est pas mal non plus! parole d'expert! :=))

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Granydu57 · il y a
Faire des galipettes, c'est pétaradant...(rires)
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Claudine Vautrelle · il y a
génial et...pétant !
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Bellinus · il y a
... je dirais même plus : pétaradant !
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