Voyage de nuit dans mes souvenirs,

il y a
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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

Dans le dernier bus ronflant et malodorant de la journée, un drôle de petit bonhomme venait de s'asseoir juste en face de moi, un drôle d'air, drôle surtout de par son vêtement, rare et d'un exotisme du moins peu courant sur cette ligne et sous nos latitudes, vu à la lumière blafarde des ampoules crasseuses accrochées au plafond, il avait la peau tirant sur le jaune d'ocre, il était petit avec une face lunaire, plate, ronde presque concave, un nez inexistant, de petits yeux chaffouins et une bouche sans lèvres posés là comme un tiret sur une feuille, les traits de son visage concentraient en eux comme une vague bestialité latente, je restais certain que s'il avait ouvert la bouche nous aurions pu voir des dents pointues, comme celles des carnassiers, mais rien, pas de sourire et l'impssibilité du bonhomme faisait un peu froid dans le dos, en jetant de temps en temps un regard furtif sur les traits de cette face, je constatais quelques rides sans significations et qui encadraient son petit nez camus ainsi que ce qui lui servait de bouche, sur son front ridé, pas de sourcils au-dessus des yeux...
L'apparition de ce petit être dont on ne pouvait dire qu'il était laid, mais plutôt presque beau dans son costume très coloré.
Il était là en face de moi et j'en étais comme médusé, rêveur, à le regarder, des images de paysages noyés de soleil, de senteurs d'encens et de vase revenaient en moi titiller mon odorat, des voix résonnaient à mes oreilles...des bribes de paroles, des rushs de films...
Nous venions de descendre tous deux au terminus de la ligne, je sortais mon paquet de cigarettes et allais en allumer une avec mon briquet, le petit bonhomme me regarda et je sentis son regard sur moi, tournais la tête, et là...surprise une voix, la sienne.
_ Un peu de feu, Saheb ?
Et là, subitement mon cœur venait de faire un bond (dans le temps), je me revoyais à l'Oriental-Hötel de Bangkok et à mes oreilles, comme une réminiscence du passé, un hall où dans une cage dorée un perroquet qui de sa voix éraillé appelait le «boy», un boy souvent introuvable...vous savez, le fameux boy qui porte votre valise jusqu'à votre suite de son pas trainant, des images comme des photos vivantes, des petits films en noir et blanc, du super 8 sur une cinette
et qui avec un clac-clac saute d'image en images, je revois dans l'arrière-cours une petite bonne femme qui en vous regardant émettait un petit rire que l'on ne peut oublier, ses yeux rieurs et sur elle le temps qui a passé...
Là à côté de moi le petit bonhomme qui laisse passer entre ses non- lèvres, d'énormes bouffées de fumée, il a le même rire que celui dont je me souviens, un rire qui remonte à des années, un rire qui amène des questions qui se mélanges et se bousculent les unes et les autres...
Ce rire, je le connaissais, je l'avais déjà entendu, il y a tellement longtemps, comme dans une autre vie, et là à mes côtés ce petit bonhomme comme un fantôme de ces temps anciens, mais était ce bien le rire de ce petit bonhomme entendu dans une arrière-cour de l'l Otiental-Hôtel de Bangkok ?... Impossible, ma mémoire me jouait des tours...Je lançais une question.
_ Tu es de Bangkok ?
Il tressaillit à ma question, imperceptiblement.
_ Oui Saheb, comment as-tu deviné ?
_ Connais-tu l'Oriental-Hôtel de Bangkok ?
_ Oui Saheb,
_ Il y avait dans mes souvenirs une petite vieille qui y faisait la cuisine, Mi Sa, la belle Mi Sa.
_ Mi Sa........ je ne connais pas.
Sa réponse était tombée lentement, comme à regret, son regard s'assombrit, juste après qu'une petite lueur dans ses prunelles se soit allumé, et me tournant le dos, il me quitta d'un pas décidé et souple.
Je fus hanté cette nuit-là par des tas de pensées nostalgiques,...
Trois jours plus tard même autobus et même petit bonhomme, toujours à la même place, d'où il me salua d'un sourire, nous échangeâmes quelques mots...
Puis une belle nuit, il ne prit pas le bus, plus personne, il avait disparu de mon monde...
Adieu Oriental-Hôtel et Bangkok.
Un instant de vie dans un temps de vie...
Je ne sus jamais si le petit bonhomme avait un temps été la petite Mi Sa
rencontrée il y avait....mais non....le temps avait effacé le rire que je pensais avoir reconnu.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un labyrinthe , les souvenirs quand on y entre c'est comme entrer dans un dédale et puis souffrir d'en chercher la sortie et point d'ailes pour s'en évader . .
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Alain Derenne · il y a
Oui Ginette, merci de ton passage, bon WEnd à toi.
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Thara · il y a
C'est un voyage bien étrange qui se déroule sous nous yeux, à la lecture de votre texte.
On aurait bien aimé savoir si Mi Sa avait un quelconque rapport avec ce petit bonhomme...

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Alain Derenne · il y a
Ce petit bonhomme est certainement Mi Sa, mais va savoir ? dans les brumes de mon esprit, ce rire, le même rire qui tinte au fond de ma mémoire....Merci Thara d'avoir avec moi fais ce voyage.
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Serge Debono · il y a
Dans un rire, les effluves d'une vie passée (ou rêvée ?) et l'image d'un Bogart dans le Bangkok des années 40 qui s'impose à mon esprit et donne à ton texte une atmosphère de Film noir. Quelle vision ! Merci pour le voyage, Alain !
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Alain Derenne · il y a
Merci Serge comme j'aurais aimé être H.Bogart et vivre comme lui dans ses films.
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Serge Debono · il y a
Ah fondre dans le Faucon Maltais ou Casablanca, comme je te comprends. Il y avait une perfection dans les décors, les plans et les dialogues. Rien de superflu, et ce noir et blanc qui sublimait un esthétisme déjà grandiose, et jamais revu depuis, enfin à mon sens.
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Alain Derenne · il y a
Oui comme tu as raison....Bonne soirée à toi.
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Serge Debono · il y a
Bonne soirée, Alain.
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Sylvie Neveu · il y a
Alain, ton texte est un trouble. Une hésitation et peut-être même une hallucination. Le petit bonhomme est là, il est une apparition puis une disparition. Il se tait, il parle, il questionne, il répond et tes mots sont des souvenirs et des coups de pinceaux. On dirait que ce personnage est ton modèle vivant. Tu lui attribues des postures, des couleurs, des nuances et des vibrations alors, ton texte est un tableau et tu peins comme tu écris et moi, je ne vois rien d'autre que tes mots. Je m'en contente. Ils me suffisent parce que ta toile, parce que tes toiles, je les imagine à travers tes mots. Et ici, le bout du monde est sur le bout de tes doigts et l'Asie me fait face.
Je te remercie de cela, Alain
Dylvie

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Alain Derenne · il y a
Waouh, comme toi aussi tu dépeins mon texte, on peut croire que tu peins avec tes mots un merci avec tout une palette de couleurs
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Sylvie Neveu · il y a
Ces derniers temps, je peins a tempera parce que j'aime bien la sensation douce et fluide du jaune d'œuf qui se mélange aux pigments naturels et sur le bois, c'est un contact très agréable.
Je te remercie mais tu sais, c'est parce que ton texte est là que je peux coller mes mots dessus.

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