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Vision stable

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Benjamin Sibille

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« Pour ces raisons, notre politique actuelle... ». Il s'arrêta et déglutit douloureusement, ébloui par la nuée de flashs qui pénétrait jusqu'au plus profond de son cerveau pour y battre la chamade. Ses mots se perdirent, envahi par ses ténèbres intimes.

De ses yeux pourtant clos, il ne voyait plus qu'une vive lumière, l'empêchant de les rouvrir. Il « les » sentait bien autour de lui, occupés à le fixer, charognards affamés de scandales et de nouvelles bizarreries, dont ils repaissaient leur clientèle à longueur de colonnes et flash spéciaux. Leurs sourires rapaces s'élargissaient à mesure que son silence se prolongeait. Il n'en pouvait plus, voulait fuir, hurler, se jeter sur eux telle la bête féroce qu'il sentait rugir en lui.

Il réussit pourtant à rassembler ses dernières forces et, adressant à la foule un de ces regards bleu perçant qui lui avait valu dans les couloirs de l'institution le sobriquet de "blue jasmin", énonça très calmement: « Et voici donc la fin de notre revue de politique macroéconomique. Comme je vous le disais, nous vous communiquerons donc les détails des opérations monétaires dans une intervention prochaine, je vous remercie ».

Il partit sans se retourner. L'esprit un peu plus léger, malgré sa débandade. Il dut toutefois réprimer un dernier haut le cœur, alors qu'il laissait derrière lui la meute de journalistes le pressant de questions.
Son attaché de Presse vite distancé, il fut en un instant de nouveau dans son bureau, ignorant les regards inquiets des fonctionnaires croisés en chemin. Il se jeta dans l'espace lambrissé comme un naufragé sur sa planche de salut, encore tout haletant de l'épreuve, et surtout, enfin seul... La nausée faillit encore une fois le submerger. Des battements sourds et déchirants résonnaient dans sa tête. Il tomba à genoux.

Sans y prendre garde il se retrouva ainsi pratiquement nez-à-nez – ou peu importe le terme exact – avec le postérieur de son assistant-stagiaire, qui rentrait au même moment à reculons dans la pièce, chargé d'une pile de dossiers. Tout étonné de se voir barrer la route si peu noblement, et se redressant vivement sous la colère face à cet affront, il manqua ainsi de faire basculer le jeune homme par-dessus lui.

Reste refoulé d'une pratique martiale passée ou adaptation à un environnement qui, depuis sa convention de stage, chèrement acquise, ne lui avait valu que désagréments et dangers, le stagiaire, surpris, évita in extremis la chute en esquivant d'un geste plein de grâce... Il s'offrit même alors le luxe de rattraper au passage les lourdes boîtes en carton, qui auraient sinon fracassé le crâne de son supérieur.

« Quel maladroit! Faites donc un peu attention! », fut le seul hurlement de remerciement qu'il récolta pour prix de son adresse, proféré par un chef inconscient du danger auquel il avait échappé et se grattant furieusement la joue. Le stagiaire repensa à l'accumulation de données et tableurs Excel qui l'attendaient pour occuper son après-midi et se dit que, perdu pour perdu, il n'aurait pas refusé pour sa part d'être assommé et libéré ainsi du fardeau de ses soucis. La pensée qu’il aurait pu, en étant seulement un peu plus maladroit, se libérer carrément de son supérieur, ne l’effleura qu’à peine. Il était toutefois encore tout surpris de sa propre habileté, plus que de l'incident en lui-même, ou la réaction de l'autre. Il bredouilla donc des excuses maladroites et profita de l'hébétement de son chef, trop occupé visiblement à fixer le mur, pour essayer de s'esquiver discrètement après avoir posé son périlleux fardeau sur le grand bureau.

Il pensait déjà avoir réussi dans sa prudente retraite quand il fut brutalement interrompu par deux yeux acérés le fixant intensément en contre plongée : son chef, toujours, vautré à ses pieds, et qui avait rampé d’un coup pour lui barrer à moitié le passage, et éclater violemment: « qu'est-ce que c'est que ce foutoir? ».

Le jeune homme ne broncha pas. Malgré un calme apparent frôlant très ostensiblement l'indolence, il ne guettait en réalité que le moment opportun. Il profita du fait que l'autre lui tournait le dos, à nouveau par terre et remuant les feuilles éparpillées en répétant « le rouge avec le rouge, le jaune avec le jaune, mais le bleu non, non, non ! », tout en s'efforçant de classer les chemises éparpillées, pour ouvrir la porte et sortir à reculons. Il évita ainsi tout juste la chemise bleue qui vint se fracasser contre le mur à l'endroit où il se tenait un instant auparavant...

Assis par terre en tailleur, fixant intensément ses tas de chemises désormais bien organisées par couleur, en un arc en ciel de dossiers - les chemises bleues, honnies, quant à elles, bourrant la corbeille à papier - le splendide isolement naturel à toute véritable autorité permit de souffler à celui qui restait ainsi maître du champ de bataille. Il le méritait bien après tout, comme homme de pouvoir et Président de la Banque Centrale Européenne. Et tout était finalement revenu à la normale... Il se mit alors à ramper jusque derrière le bureau massif en chêne constituant son espace de travail et se laissa couler sur sa large et confortable chaise en cuir, ses bras ne semblant plus former qu'un avec les grands accoudoirs, laissant échapper un généreux soupir de contentement...

Un peu de temps passa. Le gouverneur était occupé à lire attentivement un article wikipédia consacré aux danses folkoriques grecques, des dizaines et dizaines d'autres onglets ouverts sur le moteur de recherche de son ordinateur, quand on toqua timidement à nouveau à la porte. Il ne répondit d'abord pas, s’efforçant de rester concentré sur sa lecture, mais n'en pensa pas moins de l'importun. En dépit des malédictions mentales dûment adressées, celui-ci insista par des coups redoublés sur la porte, même si cette fois plus légers et discrets encore que les premiers. Il ne récolta comme prix de son effort qu'un furieux « mais allez-vous-en donc ! Je travaille ». Le calme et l'harmonie furent ainsi rétablis un instant, qui cependant ne devait pas durer. Une voix fluette perça le lourd manteau de la porte: « Votre excellence, c'est qu'il y a urgence... Votre rendez-vous grec attend. Vous nous aviez demandé de le faire venir pour 15h ». Et, après un temps d'hésitation, la voix du directeur de cabinet - puisqu'il s'agissait de lui - ajouta, toujours à travers la porte: « il en est tout de même 30 maintenant... ».

Un long silence suivit. Enfin, la voix du responsable de l'institution finit par sortir du bureau pour répondre par un vigoureux « entrez ! ». Le directeur de cabinet, à l'extérieur, avait déjà la main sur la poignée de la porte, quand celle-ci s’ouvrit, de manière tout à fait inattendue, d'un coup – béante – pour laisser passer son supérieur. Ce dernier ne dit pas un mot et ne laissa pas échapper un regard. Le directeur de cabinet sut s'effacer rapidement, avec la discrétion et le zèle qui lui avaient valu jusque-là de garder son poste. Pendant ce temps, sa toute-puissante hiérarchie s'était dirigée d'un pas de sénateur vers le salon officiel.

Son "invité", comme il l'appela ostensiblement en entrant dans la pièce, l'attendait, assis tranquillement. Ce dernier se contenta de sourire poliment aux salutations chaleureuses de son hôte, proférées dans un mauvais grec dorique ancien, que l'infortuné visiteur aurait été, du reste, bien en mal de comprendre. Il préféra aussi ne pas remarquer les quelques pas de danse folklorique traditionnelle qui furent esquissés pour accompagner cet accueil.
Le visiteur était un petit homme, le teint plus pâle que le climat chatoyant de la Grèce continentale ne l'aurait laissé penser possible, les cheveux déjà grisonnants, même s'il n'avait sans doute pas encore abordé la cinquantaine. Sa moustache fatiguée était la seule extravagance d'une allure sinon on ne peut plus classique. C'était un banquier central en mission.

Celle-ci était grave, sérieuse. Il insista bien là-dessus dans le petit discours d'introduction qu'il avait préparé. Des mots lourds et chargés du poids de l'Histoire, tels "urgence", "solidarité européenne", "risque de contagion", "déflation" et "faillite de l'Etat" retentirent au cours de cette conversation au sommet. En fait de conversation il aurait été plus exact d'ailleurs de parler de monologue. Le petit grec terne, puisant dans une éloquence insoupçonnée ne venant que du patriotisme profond animant cette âme sinon tranquille, plaidait en effet sa cause avec ferveur devant le Gouverneur de la toute puissante institution dont dépendait la destinée de son pays. Il n'en récoltait qu'un désintérêt tranquille de son interlocuteur, celui-ci se contentant de sourire poliment, tout en regardant le parc au dehors et les feuilles qui commençaient à tomber des arbres, annonçant l'Automne. Cela ne manqua pas au bout d'un temps de troubler son invité, dont l'Anglais médiocre se faisait de moins en moins clair, jusqu'à ce que lui-même, à mesure, paraisse plus agité, voire inquiet.

Il finit par se taire entièrement et l'entretien tourna ainsi court. La séparation ne fut pas cordiale, du moins d'un côté. Le gouverneur était en effet un homme du monde, malgré ses sautes d'humeur passagère et quelques "excentricités". Le grec, qui s'était vu échaudé des espoirs de tout un Peuple, eut pour sa part l'indélicatesse de refuser la main qui lui était pourtant aimablement tendu – du moins physiquement. Un geste pourtant rare et précieux chez l'imprévisible président de la Banque Centrale Européenne. Le petit homme, très fier, ajouta même avant de partir: "vous porterez la responsabilité historique des forces que vous déchaînez sur mon pays et notre continent". C'était dans la bouche de ce personnage très posé une injonction aussi grossière qu'il pouvait l'imaginer, marque d'un profond dépit. Calme comme il n'en avait pourtant plus guère l'habitude, son hôte accueillit la récrimination de manière bonhomme, et la balaya même d'un sourire, se contentant de répondre joyeusement: "vous avez votre mission j'ai la mienne". Ils se séparèrent.

On n'avait plus vu depuis longtemps le Gouverneur de la Banque Centrale Européenne aussi calme et maître de lui quand il regagna son bureau. Il était même porté, à la grande stupeur de tous ceux qu'il croisa, d'une très apparente joie de vivre (il avait dit bonjour aux secrétaires!) ce qui de mémoire de banquier central constituait un petit scandale, dans des institutions sobres et sérieuses qui n'en avaient guère l'habitude. La plupart du personnel se contenta d'interpréter cet incident comme un répit momentané. Le directeur de cabinet, un des rares à avoir échappé au "turning over" féroce qui gangrenait les services (et qui en avait vu d'autres dans sa longue carrière) soupçonna immédiatement le signe avant-coureur d'un de ces fameux coups de génies, véritables Trafalgar qui avaient ponctué le parcours fameux de la personnalité haute en couleur à la tête de leur vénérable institution.
En attendant les semaines, puis les mois, s’égrainèrent, sans laisser paraître aucun signe d'amélioration de la situation générale, si ce n'était que la reprise était chaque jour un peu plus espérée et attendue, toujours d'une manière plus imminente et entraînant finalement une déception plus profonde. On imaginait effectivement que la situation ne lassant pas de s'aggraver, on ne pouvait que bientôt en atteindre le plancher permettant de rebondir. Les finances grecs allaient mal. La démission très honorable du petit visiteur moustachu n'y avait guère changé grand chose. Tout ce qui aurait pu être vendu pour abonder les caisses de l'Etat grec l'avait été depuis longtemps. On en venait à solder, avec des trésors d'invention, ce qu'il était impossible de vendre ou chiffrer. La chute du pays, immanquablement, en avait entraîné d'autres, heureusement jusqu'à présent seulement tous issus de cette "périphérie" méditerranéenne ayant pourtant constitué, de mémoire d'homme, l'Europe tout court. L'Europe officielle, elle, était restée muette, apparemment confiante dans sa stratégie de résolution de crise, malgré la chute d'un bon bout de ce qui la constituait. "La part du feu" disait entre eux les banquiers centraux.

Le chaos organisé qu'on se plaisait à appeler l'ordre, autrefois, dans les pays touchés avait en effet, devant cette inaction, cédé la place à une atmosphère authentiquement délétère. Les bus et trains ne se contentaient plus d'arriver en retard, ils n'arrivaient plus du tout. On ne sortait plus mort de l'hôpital mais encore malade, faute de salaires versés aux personnels. Les touristes d'Europe du Nord, qui se précipitaient au Sud avec plus de ferveur encore que d'habitude chaque été, attirés par la chute des prix provoqués par un chômage apocalyptique, croyaient même sentir quelques regards d'envie ou peu amènes en se promenant dans les vieilles villes de cultures si abondantes là bas. Et cela assombrissait grandement leurs vacances. Les immeubles d'habitation devenaient d'ailleurs de plus en plus difficiles à distinguer des ruines faisant d'habitude la joie des touristes et plus d'un faillit ainsi ne pas retrouver son hôtel, ce qui ne lassait pas d'être incommode.

Il y avait pourtant encore plus inquiétant, car quelques banques européennes, bien établies, et normalement à l'avant garde de toute entreprise audacieuse de spéculation, avaient été chahutées, et faisaient désormais grise mine. Officiellement on croyait pourtant toujours à leur crédit et solvabilité. Les marchés financiers ne s'en était pas moins retournés. On ne publiait plus ainsi, au Sud du Rhin, les chiffres officiels du chômage. La croissance était molle...

Le jour était donc d'importance pour toute l'Europe quand le Président de la Banque Centrale Européenne annonça solennellement la convocation d'une grande conférence de Presse, non seulement pour faire part des résultats de la politique menée depuis des années, mais, selon ses propres mots "d'un tournant de nature à laisser libre cours à toutes les espérances". On le savait, malgré ses bizarreries, très orthodoxe économiquement, et peu porté à l'optimisme. On s'était murmuré, de couloirs en couloirs, la bonne humeur qui semblait le porter depuis des mois. On en espérait donc beaucoup.

L'Europe se mit à attendre la date fatidique, le souffle coupé. Les marchés financiers frémirent d'aise et déjà tout semblait aller mieux. Les émeutes, à Athènes, Rome, Madrid, Lisbonne, Barcelone, et tant d'autres capitales, semblèrent même connaître un bref répit. Il est vrai pourtant qu'elles frappèrent à la place les rédactions des médias de ces pays, dont les journalistes se battaient pour pouvoir couvrir la conférence à venir, et partir ainsi pour l'occasion auprès de la Banque Centrale Européenne, à Francfort, dont la cantine, si la cuisine allemande manquait peut être de raffinement, avait le mérite d'être abondante en ces temps de vache maigre.

Le jour tant attendu finit par arriver. Tout était prêt: invitations envoyés, excuses reçues de ceux n'ayant pu se déplacer: rares et pour une fois sans doute sincères. La plupart des chaînes télévisées nationales avaient organisé des émissions se déroulant sur toute la journée: qu'on savait devoir être historique. Les plans séquences vides du parvis de la Banque Centrale Européenne s'enchaînaient ainsi, plus ou moins habilement meublés par les envoyés spéciaux. La tension était à son comble...

Enfin parut l'homme, héros ou maudit du jour, la journée en déciderait. Il était très calme, un petit sourire en coin, fixant de son regard bleu perçant le bétail humain s'étalant sous lui dans la grande salle de conférence. On l'avait connu timide face à la presse. Ce jour là il n'avait jamais paru autant à son aise. Plus trace des tics habituels, entièrement disparus. Les crises d'angoisse, même, étaient devenus depuis des mois un mauvais rêve, apaisé par le fait de pouvoir enfin toucher le but si longtemps médité du doigt. La bonne humeur du gouverneur lui fit lancer des blagues à la cantonade, faisant même ricaner au passage quelques vieux briscards de la presse quotidienne et rougir de jeunes stagiaires de télé. Certainement, ce devait être bon signe...

Personne n'aurait pu le jurer toutefois. Car personne n'était dans le secret des dieux et les invitations à déjeuner et petits cadeaux des journalistes aux fonctionnaires sur place étaient restés autant de corruptions inutiles. Jusqu'à la dernière minute le Président avait en effet tenu ses équipes dans l'ignorance du plan général, ne les faisant travailler qu'en effectif réduit, isolés les uns des autres, et lui-même en réalité abattant la plus grande part du travail, avec une énergie apparemment inépuisable. Pour ceux qui avaient pris la peine de lire sa biographie, on voyait resurgir à l'évidence le fantôme du jeune homme qui avait autrefois navigué avec tant de succès dans le jeu byzantin des grands concours français, gravissant les échelons un à un jusqu'à son poste actuel: les yeux de toute l'Europe désormais tournés vers lui.

Le moment tant attendu était venu. Du coin de l'oeil, sur l'estrade, il pouvait voir le décompte marquant le début de son allocution, retransmise sur toutes les télés du Monde. Au grand effroi de son secrétariat général, il n'avait pas de texte préparé. Il n'en avait pourtant pas besoin. Son message se résumait en un mot: le triomphe! Il commença par quelques paroles d'introduction. Elles n'avaient cependant aucune importance et il le savait bien, tout comme la foule haletante devant lui dans l'attente de la révélation. Elle arriva finalement en un torrent de chiffres retransmis simultanément sur tous les écrans de la salle, et au delà, irriguant l'Europe exsangue, qui s'en trouvait sauvée.

Éclipsée en effet les flammes rougeoyantes des émeutiers d'Athènes qui venaient la veille encore jusqu'à lécher l'Acropole, disparues et effacées les files sans fin de mornes chômeurs ibériques! La salle fut pris d'un brouhaha immense, chacun touchant du coude son voisin comme pour se persuader que ses yeux ne lui mentaient pas. Il se passa même quelque chose d'extraordinaire chez ces esprits blasés et cyniques de journalistes, qui la seconde d'avant ne pensaient qu'au cortège de saucisses et choucroutes les attendant au déjeuner, et le bon usage qu'ils pourraient faire des chambres miteuses réservées à la hâte par leurs rédactions. Ils se mirent à applaudir! Un déluge d'applaudissements qui roulèrent avec fracas, en vague ininterrompues et sans cesse renouvelées, pour rendre hommage au sauveur de l'Europe, alors que les bons chiffres continuaient de défiler. Variation de la masse monétaire, taux d'intérêt, croissance - inflation surtout - tous ces signes subtiles si chers aux chamans de l'économie moderne s'alignaient enfin de manière miraculeuse pour prophétiser dès demain les jours heureux et l'avenir chantant d'un continent à qui devenaient promises à nouveau les portes du Paradis sur cette terre.

Le créateur de tout cela, l'esprit d'où avait jailli ce miracle n'en avait cure. Il souriait, il souriait de manière éclatante, se retenant à peine de rire à gorge déployée. Mais rien de tout cela n'avait à voir avec les cloportes amassés en foule à ses pieds et l'encensant après l'avoir voué aux gémonies. Ils auraient bien été effectivement en mal de comprendre ce qui était en jeu. Pour cela, donc, ils n'avaient aucune importance. Ils ne pouvaient comprendre en effet ce que seul son esprit était à même de saisir. La vraie signification des chiffres promis dans l'incrédulité générale pendant des mois, et qui maintenant lui assuraient les lauriers du triomphe. Ils ne pouvaient comprendre surtout le chiffre si important de l'inflation, celui que personne n'espérait plus, si parfait qu'il en paraissait presque suspect, mais n'en était pas moins parfaitement authentique. Il y avait bien veillé, faisant refaire encore et encore les calculs pour être certain. Ce chiffre était le seul qui comptait: 1,910%. Ou du moins le lisaient-ils comme cela ces béotiens hullulants en meute qui désormais l'acclamaient. Pour lui ce serait toujours 19-10; et alors que la myriade d'écrans imprimaient ces chiffres jusqu'au plus profond de sa rétine il laissa éclater un rire enfantin. 19/10, c'est à dire 19 octobre: le jour de son anniversaire. Et son rire tonitruant roula sous les applaudissements jusqu'au délire...
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Lilytop · il y a
Quelle écriture !!!
Merci !

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Ernestinemontblanc · il y a
Ce pourrait être une caricature du pouvoir mais elle est saisissante de...réalisme, et servie par une plume florentine parfaite !
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