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Marco

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Quand Oscar entrouvrit les yeux, ce fut pour s’apercevoir que la faim tenaillait férocement son estomac. Il entreprit donc de se mettre à la recherche de quelque reliquat de nourriture qu’il ne manquerait pas de trouver dans le frigo ; mais avant même qu’il n’entama le premier geste dans ce sens, son esprit, encore embrumé par les limbes du sommeil, l’avertit d’une dérangeante anomalie dans l’atmosphère, sans pour autant réussir à en préciser l’origine. D’un naturel plutôt placide, Oscar ne s’en formalisa pas outre mesure et poursuivit son mouvement afin de quitter la douillette couche sur laquelle il avait si confortablement dormi. C’est alors seulement qu’il prit pleinement conscience de l’étrangeté de son nouvel environnement : La couche sur laquelle il s’était assoupi ne ressemblait en rien à son habituel vieux lit en bois de pin qu’il traînait depuis son enfance et la pièce dans laquelle il venait de se réveiller n’avait rien à voir non plus avec sa chambre d’adolescent au premier étage de la douillette maison de banlieue de ses parents. Enfin pleinement réveillé, son humeur oscillant entre contrariété et curiosité, il entreprit d’explorer l’étrange pièce dans laquelle il se trouvait. La couchette qu’il venait de quitter était constituée d’un curieux matériau blanc, dur et solide alors que sa surface restait d’un contact moelleux, irrésistible invitation au repos et à la détente. En s’en approchant, Oscar découvrit avec stupeur qu’elle ne reposait sur aucun support ; ni pieds pour la soutenir ni fixations au mur ; elle semblait tout simplement flotter dans l’air. Les sens à présent complètement en alerte, il poursuivit son exploration et réalisa que la pièce ne possédait aucune lampe ni source visible de lumière ; la clarté dont elle était imprégnée semblait émaner des murs eux-mêmes sans qu’il puisse pour autant vraiment en être certain. A défaut d’explication rationnelle, il décida alors de poursuivre l’exploration du reste de la chambre. En dehors de la couchette, la pièce était totalement dépourvue de meubles. Seule une porte se dessinait au milieu du mur latéral. Oscar s’en approcha pour découvrir que bien qu’elle semblait être la seule ouverture vers l’extérieur, elle ne comportait aucune poignée ou anfractuosité qui permettrait d’en actionner l’ouverture. Elle était hermétiquement fermée et rien ne filtrait de ce qui pouvait se trouver derrière. Cette fois, il se sentit pris au piège et tenta de rassembler plus énergiquement ses souvenirs afin de comprendre comment il avait pu se retrouver ici.

La journée avait plutôt bien débuté sous un soleil radieux et avec un bon petit déjeuner avalé comme toujours à la hâte afin de ne pas rater une fois de plus le bus qui l’emmenait tous les matins à son lycée, à quelques kilomètres de là. Rien de spécial donc ce jour là ; les cours s’étaient enchaînés les uns après les autres et à part un devoir en français sur le futur, qui avait particulièrement contrarié Oscar car il avait misé sur un tout autre thème, tout s’était bien déroulé. Bien que fervent lecteur de romans d’anticipation et de science fiction, Oscar ne se sentait pas très inspiré par le sujet de français et après quelques désobligeantes remarques témoignant de sa réprobation, il s’était rapidement désintéressé de la question pour passer à d’autres activités plus captivantes  ; pourtant, bien qu’il n’en ait eu à aucun moment conscience, quelqu’un avait soigneusement noté ses récriminations et semblait ne pas souhaiter les laisser sans suite...

En s’approchant plus de la porte, Oscar découvrit sur le coté une sorte de rectangle plus pâle de la taille d’une main. Soucieux de sortir enfin de sa prison, il décida de tenter le tout pour le tout et de poser sa main sur le rectangle. Après un bref bourdonnement, le rectangle s’illumina et un pan du mur coulissa rapidement, laissant entrevoir à Oscar un spectacle à couper le souffle. Une gigantesque ville futuriste se dressait devant lui. Entre les véhicules surprenants slalomant dans les airs parmi de hauts buildings élancés, les trains filant tels des flèches argentées dans de longs tubes transparents ou encore les innombrables piétons volant dans ce qui semblait être la plus parfaite anarchie, Oscar ne savait plus où porter son regard ! Le ciel grouillait d’engins de tous gabarits, dont certains à la géométrie définitivement non humaine. Des édifices de plusieurs centaines de mètres s’élançaient vers le ciel alors que le sol était recouvert d’un indéfinissable revêtement artificiel. Mais où était-il donc et comment était-il arrivé là ?

Voyons... après le lycée, il était rentré directement chez lui, quoique... non, en fait il se rappelait maintenant avoir été abordé à la sortie par un drôle de garçon de sa classe, un nouveau qui cherchait probablement à se faire de nouvelles relations. Il lui avait dit s’appeler Nicolo et avoir la solution pour écrire sans problème le devoir de français sur le futur. Intrigué, Oscar avait accepté de le suivre jusqu’à son domicile et... et là ses souvenirs étaient plus confus... le drôle de garçon, Nicolo, lui avait donné un objet qu’Oscar devait essayer et puis...pas moyen de se rappeler !

Heureusement qu’il n’était pas garçon à perdre facilement la tête ; il lui fallait avant tout rencontrer quelqu’un pour savoir quelle était cette monumentale ville futuriste. Ensuite il chercherait à savoir comment il s’était retrouvé ici. Il commença donc à s’intéresser de plus près aux modes de déplacement des piétons afin de pouvoir aussi à son tour déambuler à travers cette titanesque cité et peut-être trouver une réponse à ses questions. Certains piétons étaient harnachés d’un petit appareil dorsal qui les propulsait telles d’innombrables petites fusées à travers les airs de la cité ; d’autres semblaient simplement léviter sans aucun artifice matériel ou d’autres encore exhibaient de magnifiques ailes blanches. Rien de tout cela ne lui paraissant accessible, il se concentra sur le mode de transport qui lui sembla le plus compatible avec ses propres capacités et qui consistait en une série de tapis roulants disposés en parallèle et défilant à des vitesses variables, le tapis le plus intérieur étant le plus rapide ; il suffisait juste de bien calculer le passage d’un tapis à l’autre pour se retrouver au final sur le tapis central à filer à une vitesse vertigineuse ! Oscar prit donc son courage à deux mains et sauta sur le premier tapis à sa portée. Plutôt en bonne condition physique, il n’eut aucun mal à rapidement retrouver son équilibre ; il put alors mieux observer les autres utilisateurs et remarqua qu’ils portaient tous d’épais casques sombres recouvrant la moitié supérieure de leur visage. Pensant d’abord qu’il s’agissait de casques de protection, il réalisa qu’ils n’auraient pas eu besoin de recouvrir ainsi leurs yeux, et qu’ils devaient avoir une toute autre fonction. Après plusieurs tentatives infructueuses pour entamer la conversation avec l’un de ses voisins, Oscar dut se rendre à l’évidence : ces individus étaient totalement hermétiques au monde qui les entourait et paraissaient accaparés par une activité invisible à ses yeux ; ce n’était décidément pas ici qu’il trouverait des réponses.

C’est à ce moment qu’Oscar reprit à nouveau soudainement ses esprits. Il portait encore sur le visage le tout nouveau casque de réalité virtuelle que Nicolo lui avait prêté pour lui donner un aperçu de la ville du futur de son dernier jeu et il lui fallut plusieurs longues minutes avant de réaliser enfin l’origine de ses dernières visions futuristes. A défaut d’avoir réellement fait un voyage dans le futur, il aurait au moins matière à commencer son devoir de français...
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