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Vilain chat

La vie à New York n’est pas déplaisante lorsqu’on a un bon emploi et une maison convenable. Les petites balades à Central Park sont amusantes surtout en été. Les New-yorkais, ceux qui animent la ville sont des gens chaleureux et qui, par conséquent, socialisent avec tous ceux qui croisent leur chemin. Cela m’est arrivé d’innombrable fois, mais la rencontre qui me mis dans cette situation fut celle d’Anat Faraj. Cette femme m’épatait. D’une part, sa beauté orientale dépassait tout ce que j’ai pu connaitre et de l’autre, elle était d’une intelligence incroyable et connaissait l’Histoire comme si elle l’avait vécu. Elle savait s’y prendre avec les hommes et ne se retenait jamais lorsqu’il était question de discuter de choses qu’elle voulait. La plupart du temps, son comportement n’était pas des plus normaux, mais puisque je suis un homme ouvert cela ne me dérangeait pas le moindre du monde. Un beau jour, un mois après notre premier baiser, elle amena cette chatte chez moi. C’était un petit félin orange. Elle semblait apeurée par ma présence et miaulait à chaque tentative dans laquelle j’essayais de la caresser ou de la prendre. Cette situation était pénible à la longue, mais au cours des semaines, le problème semblait avoir disparu. Maintenant, la bête était étonnamment plus à l’aise avec moi et ne me lâchait plus. Son miaulement était transformé en un ronronnement lourd, les coups de griffes étaient remplacés par les frottements de son corps poilu sur le mien et ses yeux agressifs n’étaient plus que des miroirs par lesquelles je pouvais voir l’affection de l’animal envers moi.

Anat et moi étions sorti pour notre premièr anniversaire de couple. Trois mois étaient passés et cette soirée signifiait beaucoup pour elle et moi. Ce soir-là, nous laissâmes Biscuit le chat à l’appartement et réservâmes 2 places au River Cafe. Quand nous entrâmes dans le restaurant, je fus impressionné par la vue de la rivière sous l’immense pont de Brooklyn. Nous avons pris nos places respectives et commencèrent à déguster les entrées. C’est à ce moment qu’elle prononça ces mots :

- Promets-moi de m’aimer quoi qu’il arrive Taahir.

Sa voix était devenue inquiétante et pendant un bref instant, j’ai cru qu’elle était atteinte d’une maladie grave qu’elle dissimulait depuis notre première rencontre.

- Qu’y a-t-il mon amour? lui répondis-je perplexe.
- Je veux te l’entendre dire Taahir . Répliqua t’elle maintenant avec un ton autoritaire qui me mit mal alaise devant les autres couples du restaurant.
- Je te le promets. Lui répondis-je.

Ensuite, elle tira subitement mon collet et me donna un long baiser. Je sentis que ce baiser inattendu n’était pas sincère, mais je ne dis rien et profita du moment avec celle que j’aimais le plus au monde.
Rendu à l’appartement, les choses se calmèrent. Nous montâmes dans la chambre à coucher et nous fixâmes l’un et l’autre un moment sans rien dire. Puis, elle ouvrit enfin la bouche. « Je ne veux rien faire ce soir. » dit-elle. Après m’avoir prévenu, elle prit la couverture et se retourna à mon opposé sans me toucher ou me donner un baiser. Il fallu peu de temps avant d’entendre son ronflement à travers la pièce. Les ronflements réveilla Biscuit et la fit venir dans la pièce. La chatte grimpa le lit et se coucha sur moi en ronronnent faiblement. Cet animal était adorable quand il voulait.

Le lendemain, je ressentis une douleur atroce au visage, comme un couteau transperçant ma joue. Cette foutue chatte m’avait griffée assez fort pour que je saigne pendant une heure. Anat m’avait faite un bandage et m’apportait régulièrement de la glace pour rendre la douleur supportable. La cicatrice recouvrait la moitié de mon visage et comme vous pouvez le constater, elle est encore visible aujourd’hui. Les jours qui suivirent l’accident étaient pires. La chatte urinait dans mes chaussures, elle faisait tomber mes guitares accrochées au mur en les brisant en morceaux et puis encore, me griffait à chaque fois qu’elle me croissait. Je n’en pouvais plus et j’ai décidé qu’il était temps de s’en débarrasser. Mais Anat n’était pas du même avis que moi, elle m’a même ignoré pendant une semaine pour avoir suggéré l’idée. Elle était vraiment attachée à cette chatte tout comme moi envers elle.
Pour me faire pardonner, je lui ai acheté une barrette que j’ai eu un mal de chien à trouver et ce jour-là, nous avons fait l’amour pour la première fois. Les yeux dans les yeux avec nos corps en harmonies l’un contre l’autre. Elle semblait me dépasser hautement en expérience, ce qui me surpris et d’une façon m’intimidait.
Cette barrette n’était pas n’importe quelle attache-cheveux, cette barrette était identique à celle de sa petite sœur Israa lorsqu’elle était enfant. Anat accordait une grande importance à l’objet en bois puisque sa sœur maintenant disparue depuis plusieurs années lui manquait terriblement. D’après ce qu’elle m’a dit, elle était disparue sans laisser de trace lorsqu’elles habitaient en Égypte, il y a plusieurs années. Aujourd’hui, Israa aurait le même âge que sa sœur. Une bien triste histoire pour une femme si formidable, c’était dommage. Notre relation c’était fortifier. Elle faisait tout pour que l’atmosphère de l’appartement soit légère. Je ressentais son bonheur à chaque matin et jamais plus je me plaignais des agissements de Biscuit qui empiraient malgré moi.

Un jour, je rentrai du travail plus tôt et c’est à ce moment que j’entendis des cris, ceux d’Anat. Sans retirer mes chaussures, je me précipitai vers la toilette là où les cris de souffrance provenaient. Je frappai à la porte bloquée une et puis deux fois pour finir par la défoncer avec mon épaule. Le sol était couvert de vomis et quant à Anat, elle était dans le bain la tête accotée sur le mur.

- J’appelle les urgences tout de suite! s’écrit ai-je.
- Non, ne le fais pas! Répliqua-t-elle.
- As-tu vu l’état de la salle de bain? Dis-je.
- Je t’ai dit non bordel! Cria-t-elle en me regardant droit dans les yeux

Je ne sais pas pourquoi, mais je me tu lorsqu’elle me dit ses mots. Je ne l’avais jamais vu dans cet état et je dois l’avouer que j’étais terrifié à l’idée de la perdre.

Elle aimait bien lorsque je lui ramenais du lait chaud au lit et me récompensait toujours avec un baiser qui me semblait encore s’y diffèrent des autres. Ses faux baisers ne me rassuraient pas et engendraient une multitude de questions dans mon esprit. Est-elle encore amoureuse de moi ? A-t-elle trouvé un autre homme? Est-ce que je la dégoute? Toutes ces questions sont restées sans réponse puisqu’elles n’osaient pas sortir de ma bouche. J’ai dû la laisser seule un moment pour aller acheter la nourriture de Biscuit qui mangeait assez beaucoup pour un petit chat.

De retour à l’appartement, je mis le patté pour chat dans le garde-manger et ne pensais qu’à mon lit à présent. Je m’apprêtais à entrer dans la chambre, mais des chuchotements s’échappèrent de celle-ci entrouverte, ceux apparemment d’Anat qui était encore réveillée après son accident. Les chuchotements étaient clairement adressés à quelqu’un et sans ouvrir la porte, j’écoutai attentivement la conversion.

- Je crois qu’il se doute de quelque chose. Si c’est le cas, je ne sais pas ce qui se passera. Je crains le pire... Je le supporte le mieux que je peux pour être avec toi alors ne te fâche pas. Je te reparlerai plus tard, je dois me reposer maintenant.

Je n’eus pas la force d’entrer, de faire face à la situation qui avait détruit mon cœur en quelques secondes. Au lieu de cela, je m’installai sur le sofa du salon et ferma les yeux en essayant d’oublier les phrases que je venais d’entendre en espérant un lendemain meilleur.

La semaine fut plus difficile à traverser que je ne le pensais. On se parlait rarement Anat et moi. Son regard n’était plus posé sur moi et elle évitait tout contact lorsqu’elle le pouvait. Biscuit me réconfortait toujours lorsqu’elle voyait ma peine qu’Anat ignorait. J’étais inquiet que notre relation ne tint pas jusqu’à la fin de l’année. Malgré la situation, je conservais une lueur d’espoir au plus profond de moi, surtout lorsque je la voyais régulièrement avec la barrette que je lui ai offerte.

Le premier Décembre arriva. Ce jour-là, Anat avait radicalement changée de comportement avec moi. Comme si les derniers mois de méfiance n’avaient jamais existé. Elle faisait tout pour ce faire pardonner en allant jusqu’à me préparer le petit déjeuner tous les matins. Elle me bombardait de blague à n’en plus finir pour me remonter le moral et m’amenait souvent dans la chambre pour me redonner le sourire. Lorsque je voulus l’interroger à propos de son comportement bizarre, elle me sortait la même excuse.

- Ce sont les menstruations bébé. Me disait-elle innocemment.

Vous me diriez que j’étais naïf aveuglé par l’amour, et bien vous avez raison. J’étais resté trop dans l’ombre et ne m’étais pas préparé à ce qui allait suivre.

La Momie passait à la télévision et bien sûr, nous l’écoutâmes avec nostalgie tandis que Biscuit dormait dans la chambre à coucher. C’est à cette instant qu’elle poussa un cri intense, un cri qui me rendit presque sourd. Je n’eus pas le temps de lui demander ce qu’elle avait qu’elle était déjà dans la toilette en train de vomir encore et encore sans reprendre son souffle. La panique me prit comme elle prit Anat allongée sur le sol de la salle de bain. Elle était rendue hystérique et racontait des choses qui ne faisaient aucun sens.

-Pour l’amour d’Osiris pas maintenant! Je maudis cette malédiction! Ne me regarde pas Taahir, ne me regarde pas! Jamais je n’aurais dû accepter l’or de ce prêtre! Malédiction!

Tel était ses derniers mots puisqu’après cela, je n’entendis plus de paroles sortir de sa bouche, mais de faibles miaulements... Anat se tenait maintenant sur quatre pattes, des poils oranges commençaient à pousser sur son corps mince et une longue queue sortit de sa jupe. Sa taille diminuait au fur et à mesure qu’elle se débattait comme une sauvage. Je voyais la peur dans son visage monstrueux qui me regardait. Ses yeux de félin perçants me fixaient durant toute la durée de son supplice. J’étais figé sur place incapable de bouger un membre. Après ce qui fut une éternité pour moi, la chose arrêta de bouger. Ce n’était plus Anat qui était devant moi, mais une copie conforme de Biscuit. J’étais horrifié. J’avais perdu tout contacte avec la réalité et ne pensais qu’a une seule chose, à fuir. Ma peur prit le dessus. J’agrippa une guitare accrocher au mur du couloir et la fracassa sur l’animal encore faible. C’était fini, le sang coulait sur le plancher.

Je ramassai tremblant de peur le cadavre brisé de Biscuit et le mit dans un sac noir pour dissimuler la chatte morte. Je ne pouvais plus retenir mes larmes après ce que j’avais vécu. Ces larmes n’étaient pas causées par mon chagrin, mais par la peur qui envahissait mon corps. Le cauchemar que je pensais être fini ne le fut pas. La chambre à coucher était proie à des bruits effrayants, un mélange de voix humaine et de rugissements aigus. Peu importe ce qui était dans cette pièce, la douleur le rongeait. Le manche de ma guitare était toujours intact et je pensais bien m’en servir pour tuer de nouveau. Je courus en hurlant avec tout le courage qu’il me restait dans la pièce sombre. Ce qui y était présent me procura à la fois un grand soulagement et une confusion totale. Je lâchai le manche de ma guitare brisée et avançai vers la personne qui était devant moi. Elle était là, nue et couverte d’un liquide transparent et gélatineux.

- Anat... mon amour! S’écriais-je.
- Oui, c’est moi Taah...

Elle ne finit pas sa phrase. Le sac noir dégoulinant de sang que je tenais dans la main gauche attira son attention.

- Qu’est-ce que c’est ? Me demanda-t-elle
- C’est Biscuit, elle était.. elle était... toi. Balbutiai-je
- Tu l’as tuée ?! Me demanda-t-elle sous le choc.

J’hésitai avant de répondre.

- Oui je l’ai tuée.

Elle se rua vers moi et me déversa une rafale de coup.

- Va en enfer! Qu’Anubis n’ai pas de pitié pour ton âme maudit! Répéta-elle.

Je dû agir vite. Je voulu la pousser sur la chaise, mais sans le vouloir, son pied accrocha le tapis et Anat trébucha la tête première sur la table de chevet. Elle ne bougeait plus.

- Non non non! Anat réveilles-toi! Réveilles-toi!

Je secouai son corps inerte dans tous les sens, mais elle ne bougea toujours pas. Elle était morte. Je pris sa tête et la serra contre ma poitrine en suppliant le ciel de la ramené. J’était resté près d’elle jusqu’à ce que les policiers viennent et m’arrête.

*

- Voilà, je vous ai tout raconté monsieur l’inspecteur. Dit Taahir el-Harroun.
- Alors vous me dite que votre copine Anat Faraj était en faite votre chat et que votre chat était Anat Faraj?
- Non... pas tout à fait...
Il regarda Taahir avec mépris et pendant ces douze heures d’interrogation au milieu de ces quatre murs gris, sa patience diminuait.

- Un des deux était surement Anat ? Soupira-t-il en essayant de suivre le meurtrier.
- Oui, Anat était bien réelle.
- Dernière question monsieur el-Harroun. Pourquoi la victime était-elle nue et portait uniquement cette barrette en bois lorsque vous l’avez tuée?
- Cette barrette appartenait à sa sœur, Israa.

Les policiers entrèrent dans la pièce et emmena Taahir les mains derrière le dos or de la salle d’interrogation.
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