Vilain, acte 2

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Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

Ils m’ont appelé Vilain.

Le premier acte joué, il fallait passer à la suite du plan Fatal.
Car, c’est comme ça, la vie est fatale.

Après dix ans de recherche, j’ai retrouvé le principal instigateur de mes tortures scolaires.

Non, pas un des élèves du dortoir du second étage et de la cour de récré, mais Judas, le pion sadique.

Celui qui rallumait les néons en pleine nuit sous prétexte qu’il avait entendu un bruit suspect.
Celui qui nous obligeait à nous mettre à genoux sur une règle en fer, les bras en croix.
Celui qui d’une gifle expliquait qu’il ne fallait pas manger dans le dortoir.
Celui qui volait nos réserves dans les placards en fer.
Celui qui coupait l’eau chaude en pleine seule douche hebdomadaire.
Celui qui ne surveillait pas la cour en fumant des gitanes sans filtre.
Celui qui avait toujours des costumes gris avec des chaussures noires très brillantes.
Celui qui avait les cheveux gominés avec la raie sur le côté.
Celui qui ne souriait jamais.
Celui qui était toujours lisse sur lui.
Il préparait, soi-disant, une thèse pour devenir prof.

Je l’ai retrouvé dans un bistrot enfumé, en train de jouer au billard accompagné d’une blondasse aux gros nichons.
Evidemment, il ne m’a pas reconnu.

En trente ans, on change pas mal, lui, il n’avait pas bougé d’un pouce, figé dans son armure. Avec le recul, on aurait dit une sorte de SS maquillé, façon musée Grévin.
Toujours les mêmes costards débiles des années 70, les mêmes pompes cirées, toujours la clope au bec, l’œil torve et noir, ses mains qui me semblaient énormes, à l’époque, sont tâchées de marron. Signe de vieillesse.
Sur le bord du billard, un verre carré où nage un glaçon flottant dans un liquide caramel.

La pouffe qui l’accompagne à l’air à l’Ouest, elle, sûr, elle ne prend pas le train, mais, juste les lignes vers les neiges éternelles.
Vulgaire, sans classe, je déteste les blondes, mais, on ne peut pas lutter.

Je balance un billet de 100 sur le tapis en disant que je prends le tour suivant à trois contre un.

Judas relève la tête et me regarde avec ses yeux de merlan frit.
Sa voix n’a pas changé, style doberman en rut.
Les amygdales râpées à la nicotine, les dents jaunes et l’air mauvais ; je pense qu’il n’a pas du réussir son examen, il ressemble plus à un dealer paumé qu’à un prof de lettres.

Il hoche juste la tête pour dire qu’il est d’accord, d’ailleurs, la dernière boule vient de plonger dans le trou et la blondasse est partie faire le plein au bar pour lui et sans doute aux chiottes pour un nouveau ticket vers loin, pour elle. Zone oublie.

Y’a un énorme ventilateur qui brasse les odeurs de ce mélange si essentiel, fait de tabac et d’alcool, de sueurs et de mauvais parfums.
Deux heures du matin, dans cette faune de la nuit, je vais devoir faire attention.
Même, avec mon air pas cool, cuir usé et lunettes noires, je ne ressemble pas au gratin du bordel environnant.

Je prends une queue que j’enduis de craie et installe dans le triangle les boules à jouer.

Je m’appelle Vilain et toi ?
Lucas, mais, ici, c’est Jo.
Judas, oui, c’est bien mon bonhomme, celui qui a renié Jésus pour empaler les gosses de l’internat. Notamment, les premières années, ceux qui avaient 12, 13 ans.

Il aura fallu encore une heure pour décider le pervers à venir boire un dernier pot dans mon auberge.
Il s’est décidé, à condition de venir avec sa pouf, enfarinée.
Pas de problème, y’a de la place dans mon van au moteur gonflé.

Maintenant, ils sont au sous-sol, en prison, en cage. Nus et affamés.
Y’a tout le temps de la musique techno à fond et des spots, genre lasers à larges faisceaux, qui balayent la zone, sans relâche. Façon camp de la mort. Terrible.
La cage est très spéciale, dès que l’on touche les barreaux, une décharge de 10 000 volts survient. Y’a aussi des barbelés sur toutes les surfaces.
Elle est suspendue à trois mètres de hauteur ; la seule façon de ne pas se faire mal est de rester assis sans bouger sur des cubes en acier fixés sur une pointe.

La blonde est en manque, la seule manière de se poudrer est de mettre la main dans une boite translucide où se trouve un mamba noir.
Mais, je suis sûr qu’elle doit le prendre pour un gros vers de terre.
Elle hésite, néanmoins.

Judas est moins énervé depuis son ablation des deux oreilles au couteau de chasse.
Je leur jette de la nourriture pour bébé, une fois tous les trois jours.
Je les regarde grâce aux caméras de surveillance.
Il est temps de passer à l’acte un.

La table d’autopsie est prête à recevoir le corps de la fille. Grâce à un produit chimique, elle pourra tout entendre sans pouvoir bouger. Même pas besoin de l’attacher. J’ai mis du Pink Floyd dans les enceintes.
Les yeux exorbités après l’injection d’une dose de morphine, elle se demande ce qu’il lui va lui arriver.
J’aime bien les dissections sur les corps vivants et surtout l’idée de les pratiquer sans les outils conventionnels.
Pour la pouf, je me sers d’un couteau électrique à dents pour lui couper les seins.
Les oreilles et les lèvres sont tendres et finiront dans ma fondue du soir.
Je fais des incisions dans le ventre pour y insérer des cafards et je recouds ensuite avec du fil de pêche attaché à un hameçon à requin.
Je lui coupe les pieds et les mains après avoir fait des garrots, puis, je jette son corps flasque dans un coin.

C’est l’heure du thé.

Judas va attendre demain, je dois nettoyer le jus rouge.

La pouf est morte et pue.

Direction le trou derrière dans le jardin, avec les taupes, ça va faire de l’engrais, après dissection à la scie circulaire.

A l’autre. Comme il a renié Jésus, je vais le crucifier à l’ancienne mode romaine.
Les clous de charpentier dans les poignets et les pieds l’ont fait hurler.
Je suis étonné qu’il soit encore en vie, suspendu ainsi sur une croix en verre pilé qui lui ouvre les chairs à chaque mouvement.

J’aime bien mon katana, il lui scarifie le ventre et le ruban gris de ses intestins se déroule doucement, comme un serpent.

Il ne peut plus hurler, son sexe dans la bouche ressemble à un saucisson rabougri ; avec les testicules, j’ai fabriqué des boucles d’oreilles qui pendouillent lamentablement, suspendus à ses tétons.
Il faut en finir, c’est donc avec un chalumeau que je brule son corps, ça sent le cochon grillé comme le porc qu’il est.

Je mets le feu, comme d’habitude à l’auberge éphémère et repart en chasse, j’ai un autre sadique à mettre à mon tableau.
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