VII - Le type

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" Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde. " Louis-Ferdinand Céline Pour me retrouver : noirceur652092088.wordpress.com  [+]

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il ressentit une vague envie de gens. Il se leva, bouffi. Quel migraine atroce ! Il faisait nuit. Quel heure était-il ? Il traversa le couloir, alluma la télévision et se laissa bercer une demi-heure par le flot discontinu et débilitant des informations. Des voix, des voix...Une balade nocturne, ça le branchait bien. Il n’avait jamais autant marché. Rencontrer ses pairs dans l’humanité, ça le réconfortait un peu. Il revint dans le couloir, doux antre de pénombre, et décrocha sa veste, son chapeau. Le tic-tac maniaque de l’horloge trottait, imperturbable, à travers les cloisons du pavillon. Il sortit et vit le quartier désert, le ciel noir. Au loin, le miaulement strident d’un chat en rage. Il ne pleuvait plus. Il marcha, déterminé, vers le square. Il avait l’habitude des balades nocturnes et puis il savait. Il savait qu’il le trouverait assis sur ce banc, seul. Comme chaque nuit.

Il l’avait dans la vue depuis quelques mois déjà. C’était un soir. Il était saoul et déambulait, éclairé par la lueur blafarde de quelques réverbères quand il le vit pour la première fois. La haute grille du parc les séparait. Il vit d’abord une silhouette indistincte, prostrée. Il s’avança, frappée de curiosité et il le vit... Un jeune homme qui devait avoir 19 ans se tenait assis là, à quelques mètres de lui. Silencieux, immobile, le regard vide, il illumina le sien, embué. Bref, le regard d’un alcoolique égaré. Il n’osa pas approcher. Pendant quelques minutes, il resta planté contre la grille, hébété et invisible. Il avait finalement quitté sa contemplation, chancelant. Il était revenu les soirs suivants, intrigué, et toujours le jeune homme était là. C’était un mystère extraordinaire au milieu d’une montagne de désolation. L’amour ? Ou juste une copieuse envie de copuler... Paralysé d’effroi, il l’observait comme un prédateur guette sa proie. Comparaison maladroite. Il était la proie. Envoûté par cette allure, ces yeux noisette, ce nez aquilin et ces cheveux noirs corbeau, il oubliait son statut de rat en sursis et ses fantasmes obscènes. Elle était là, cette foutue lueur. Elle brillait, violente et atrocement intrigante : un jeune type seul dans un square. Ses désirs sortaient d’outre-tombe tel une marée incontrôlable et se sentant défaillir, il suffoquait. C’était l’effroi et le bonheur qui le prenaient. C’était inexplicable. Quand il rentrait, tout reprenait son cours. Le corps redevenait lourd et sale, les pensées morbides assaillaient la caboche. Et quand il le revoyait, au hasard d’une promenade...
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