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Vie d'une autre

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Olessya

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Je n'ai plus peur de me livrer aux gens. J'ai tellement de choses à dire, à raconter, à partager! J'ai tant de talents et de forces! Tant d'amour! Et j'ai envide de le dire, tout ça!

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Encore une demi-heure je dois être à la banque pour la deuxième moitié de la journée. J'aime pas. J'ai pas envie. Mais bon, j'irai et je verrai bien, comment ça se passe. Je vais peut-être y tenir deux mois avant mon départ surtout que j'ai besoin de sou.

Les gens de différentes endroits, diverses niveaux sociales, différentes tailles, âges et revenus. Ils ne se ressemblent pas sauf une seule chose: ils ont tous envie de l'argent. Il y en a ceux qui ont beaucoup, il y en a d'autres qui ont moins; il y en a aussi ceux qui n'ont pas. Alors, ils demandent la possibilité de retirer quand-même. Et c'est triste.

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La douleur me regagne. Elle est dans mon cœur, elle est là. Je l'accepte. Je m'accepte telle que je suis, peut importe ce que les autres pensent et croient. Les autres ce n'est pas important, c'est moi qui m'est important.

Je me vois, je vois cette petite fille: seule, abandonnée, déchirée en deux, silencieuse, peinée. Mon Dieu. Je vis ça aujourd'hui, ou plutôt, je revis. Je revis le viol de mon père à nouveau. Pas avec lui, et pas dans le sens direct du terme, mais je le revis dans mon cœur avec cette douleur, avec les hommes sur mon chemin que je rencontre et je me défende. Je dis: Non! C'est non à tous les coups. Je vous dis Non, et je me dis OUI, à moi. Je dis OUI à mes sentiments, à mes désirs, à mes choses, rien qu'à moi. Je me permets et je me laisse les vivre jusqu'au bout, car je sais qu'après il y a de l'amour qui vient. Il y a de l'amour et du bonheur qui sont là et ils m'attendent pour que je me découvre petit à petit et j'arrive à eux. Ils sont là pour moi. Ils m'attendent et ils ne partiront pas. Ils vont rester avec moi jusqu'au bout.

Pour l'instant ça brûle à l'intérieur, ça me fait de la peine pour cette petite que j'étais. Ca me fait de la peine. Je suis contente que tu sois mort, papa. Sinon, je t'aurais tué, moi. Au moins, c'est ce que je crois.

Olesya, ya lublu tebya. Ya lublu tebya ochen'-ochen'.

Il y a de lumière, rien que pour moi. Je veux dire que la lumière est pour tout le monde, bien sûr, mais là, elle est apparue en réponse à mes prières, à mes demandes, pour m'éclaircir le chemin et pour dire que tout va bien.

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Il faut que je remercie le Dieu pour ce qu'il est avec moi et il me donne ce temps pour vivre cela, pour vivre mes peines et douleurs, tout en comprenant que toute seule je n'aurais pas pu le faire. Et je n'aurais pas pu affronter maintenant les gens, dans cet état d'âme, donc c'est pour ça aussi que personne ne téléphone pour me proposer l'entretien d'embauche.

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J'écoute cette fille et ça me résonne, oui, ça me résonne. Je sais aujourd'hui que l'on a tous quelque chose en commun.

Ce partage, cette appartenance à une autre personne. C'est ce que l'on cherche, c'est ce que l'on a besoin, c'est ce que l'on a envie tous. Et en l'écoutant je comprends que l'on suit tous le même chemin. Que oui, d'un part on est tous différents et tout se joue rien que pour notre histoire. Mais de l'autre part, on est de jonctions d'une grande chaine universelle ou certaines histoires se ressemblent. Et la réponse est toujours - l'amour. L'amour de soi. Croire en soi. Savoir et réaliser que c'est possible. Tout est possible dans la vie et ne dépend que de nous.

Je dois avouer que je suis plus là, j'ai passé par là, donc, je peux la comprendre. Le fait de passer par là, me fait plus comprendre les gens. De les aider, les écouter, les soigner. Mais, je commence toujours avec moi. Moi d'abord.

Je suis en bon endroit aujourd'hui: je suis sur mon chemin de l'amour. J'apprends à me donner, à mettre des limites, à connaître mes vrais envies et désirs et de les réaliser, et c'est magnifique! C'est tellement beau - l'amour de soi.

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Je suis plutôt ravie que je ne travaille pas par ce temps-là car les choses que je traverse ce n'est pas pour tout le monde, mais c'est que pour moi. Je suis contente que je peux dormir car j'en ai besoin avec tout ce que je traverse. J'en ai besoin de repos, de moi, de gens dans lesquels j'ai confiance.
Je peux être moi maintenant. C'est sans danger. C'est comme un réservoir qui s'ouvre à l'intérieur de moi et je ressens de la peine. Je sens cette petite fille que j'ai été et elle a besoin de moi. Moi, j'ai besoin de moi. Olesya, ya lublu tebya.

Je peux débarrasser des illusions désormais. Je n'ai plus besoin. Je suis aimée, je peux faire ce que j'aime et ce que j'ai envie. Je peux être moi à chaque instant. Je dois rien à personne. Je peux faire comme bon me semble pour moi, à mon propre rythme. Je suis libre de faire cela.

Je me laisse le temps d'être, car c'est ça le plus important.

La mer me sauve.

Des idées, c'est pas ça qui me manque. En fait, il y a rien qui me manque. C'est ça, le secret. Je suis plus pressée. Je suis plus pressée nulle part. Je ne suis pas non plus stressée, car je sais que cet Univers prend soin de moi dans tous les instants de ma vie. Cela ne veut pas dire qu'il faut arrêter de faire de choses, c'est à dire, qu'il faut suivre son intuition et de faire ce que l'on aime et de faire confiance à la vie. Oui, c'est le temps de faire confiance à ma vie.
Je me laisse du temps à revivre ces sentiments à nouveau, je me donne du temps. Ces sont des sentiments très douloureux et ils ont besoin du temps de se ressaisir dans le corps et l'âme. Je me laisse temps d'être tout simplement, de les accepter comme ils sont et de les permettre se trouver en moi. Ces sont mes sentiments de la petite fille que j'ai été. D'une petite fille violée par son père. C'est tout à fait normal que j'étais en oubli de ce fait terrible, car une petite fille qui n'a personne pour parler de ça n'est pas capable d'affronter cet horreur. Le cerveau ne peut pas réaliser qu'un père commit une chose pareil. Non.

Aujourd'hui, je peux. Aujourd'hui, je peux regarder en face de ces circonstances terribles de mon passé et je les affronte. Aujourd'hui, je peux. Avec l'aide des autres, avec le partage et la conversation, un travail intérieur que je fais sur moi tout le temps, je peux. Avec l'aide de cette mer qui m'apaise, je peux, même si la douleur et la peine sont immenses. Mais le changement est là, it's just happens. Je sais aussi qu'un jour la peine s'en ira et le bonheur la remplacera. Le bonheur que je connais déjà, mais ensuite il sera plus stable et permanent et me permettra de sourire plus souvent à cette vie, à ma vie.

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L'enfant qui joue au ballon près de la mer, les oiseaux autour, les gens que j'aime et qui m'aiment, le fait de pouvoir respirer - c'est ça, le bonheur! Oui, c'est une partie grandiose de bonheur.
Etre attentive à soi-même et à ses sentiments.

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L'autre jour, j'étais très mal et j'ai bu du vin pour apaiser cette peine. Aujourd'hui, j'étais très bien et je me rends compte que j'ai bu car je sais pas encore comment gérer si grand bonheur. J'apprends.

Je me laisse du temps, oui, je me donne du temps de guérir. J'en ai besoin de ce temps là, pour moi. Car je vis ça, je vis le viol de la petite fille que j'étais, et où personne n'était à ses côtés. Aujourd'hui, je suis là, je suis là pour moi et j'ai des amis qui sont là. Je me donne du temps.
Je me donne du temps à me reposer. J'en ai besoin.

Même le météo m'encourage de rester là, avec moi-même, sous ma couette, ave une tasse de quelque chose chaud et de profiter du moment présent, et le monde à l'extérieur il s'arrête.

Après cette nuit, un peu bizarre, quand j'ai tant voulu de sortir tout ça de moi, mais ça reste là, encore, je la sens, cette boule qui ne sort pas encore, mais ça va venir et ça va me libérer complètement de ce viol, vécu avec mon père. La nuit, où je n'ai pas envie de dormir. La nuit, où j'ai envie de manger (cette-fois ci, parce que j'ai très faim aussi, mais surtout pour ne pas ressentir cette peine à l'intérieur et cette sensation étrange à l'intérieur de moi, celle que j'ai ressenti sûrement après le fait). Et quand après avoir essayé de vomir, et ensuite après avoir mangé quelques trucs, je réussis m'endormir, c'est presque le matin. Il faut que je dorme, il faut que j'accumule les forces pour moi, pour mon avenir, dans lequel aujourd'hui, je crois. Oui, aujourd'hui, je crois en moi, je reste à me côtés, je me soutiens, je ne me lâche pas. Je suis avec moi, je sais que je suis magnifique et superbe et que tout s'arrangera pour l'argent et pour mon biseness et ça ne restera que des souvenirs douloureux, mais aussi nécessaires afin de grandir.

Il pleut à travers, mais il fait bon chez moi, dans mon appartement - pas très grand, mais chaleureux.

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Ratiba Nasri · il y a
Chère Olessya,
Je viens de terminer la lecture de votre témoignage. J’ai été bouleversée par vos mots et admirative de votre courage. Face à un tel traumatisme, il faut en parler à des proches, se faire aider psychologique et ne pas se sentir fautive de ce qui est arrivé. Il faut penser au bonheur et à l’amour qui viendront, un jour. Je suis contente de voir que vous allez mieux et que le feu de l’espoir brûle en vous. Vous êtes sur le chemin de la guérison et du bonheur que vous méritez. Je vous souhaite beaucoup de belles choses et vous embrasse. À très bientôt sur nos pages !

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Adibro · il y a
C'est vrai que vous nous transmettez toute votre souffrance et votre douleur, c'est vraiment très émouvant et fort.
J'ai adoré

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Olessya · il y a
Merci Adibro!
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Adibro · il y a
De rien Olessya
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Mila · il y a
Beaucoup de souffrances et d'émotions dans ce texte, mais surtout une volonté de comprendre, de vivre et de s'aimer soi-même. Bravo Olessya pour votre courage et votre générosité. Vous livrer de la sorte n'a pas du etre facile. Je vous remercie pour ce partage et je suis émue et fière de voir que malgré tout l'etre que vous êtes tend à s'emanciper de toute cette misère humaine pour enfin savourer cette vie qui nous est offerte.
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Olessya · il y a
Merci, Mila, de votre commentaire. En fait, je trouve que pas après pas, cela me libère de plus en plus - de le dire et de l'avouer aux gens. Les gens apportent le soutien, la compassion, la compréhension, l'amitié; et je deviens confiante et j'apprends à m'aimer chaque jour un peu plus - et ça, c'est le cadeau. Et aujourd'hui, je me pardonne. C'est une belle journée aujourd'hui, pour le faire. Tout en sachant qu'il y a tant de gens à mes côtés et que les gens, c'est une grande richesse.
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Antoine Finck · il y a
Bouleversant votre témoignage. J'avais lu juste avant "Dialogue avec mon père" : il n'y est pas question du viol.
C'est pourquoi j'avais laissé un commentaire sur l'absence d'un père pourtant bien présent physiquement.
J'espère que vous êtes bien entourée aujourd'hui. Et surtout n'hésitez pas à parler à des gens compétents, dont c'est le métier.
Cela peut aider à avancer. "Etre attentive à soi-même et à ses sentiments", comme vous le dites si bien.

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Olessya · il y a
Oui, "dialogue avec mon père" était écrit bien avant que je sache que le viol a eu lieu. Ce fait s'est trouvé dans un endroit très profond de mon inconscience, car ce genre de choses on n'a pas vraiment envie de s'en souvenir. J'ai toujours su qu'il y avait quelque chose pourtant qui me dérange de vivre pleinement et heureusement et ça m'a poussé d'aller voir encore un psychologue, faire la thérapie du groupe, faire la constellation familiale, faire la meditation et encore de choses afin de découvrir que-ce que c'est qui me dérange. Enfin, je l'ai découvert il y a d'ici 4 ans presque et depuis je fais le travail pour "réparer" mon âme brisé.
J'ai commencé à en parler aux gens il n'y a pas longtemps et je découvre que plus je le dis, plus je me libère. Au début je ne croyais pas que c'est possible de parler aux autres, que c'est honte et que c'est de ma faute. Aujourd'hui, je réalise que ce n'est pas vrai du tout, et que je peux m'ouvrir aux autres.
J'ai quelques personnes sur lesquels je peux compter dans les moments les plus durs, et ma mère parmi eux (même si elle nie ce fait, mais elle est là) et je suis suivie par une spécialiste car oui, on peut pas affronter seule un fait pareil, ça c'est pas possible.
Je vous remercie profondément de votre commentaire, ça me touche beaucoup. Merci à vous, à votre conseil et à vos gentils mots.

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Jarrié · il y a
On a surtout envie de vous dire <> .( Un arrière grand-père.)
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Olessya · il y a
J'ai pas compris ce que vous voulez dire?..
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Jarrié · il y a
Mon écrit a été coupé. Je vous simplement vous dire <> et continuez d'écrire.
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Françoise Grand'Homme · il y a
J'aime cette dernière phrase :
Il pleut à travers, mais il fait bon chez moi, dans mon appartement - pas très grand, mais chaleureux.
Elle résume ce que vous ressentez.
Il y a la blessure du passé, mais il y a l'amour au présent, les instants de vie, qui réchauffent et sèchent les larmes.

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Olessya · il y a
Je vous remercie de tout mon cœur. Cela me touche - vos belles phrases. Elles me touchent au cœur. C'est tellement soulageant de réaliser, de savoir que je ne suis pas seule, qu'il y a des gens dans tous les coins du monde qui se comprennent! Merci beaucoup!
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Françoise Grand'Homme · il y a
Je crois qu'il y en a beaucoup, mais ils ne font pas beaucoup de bruit. On ne les entend pas. Ce n'est pas facile d'exprimer le mal être et surtout de comprendre pourquoi il est là. Bonne soirée.
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Olessya · il y a
C'est sûrement pas facile expliquer le mal être, mais pour comprendre, pourquoi il est là, je crois que j'ai une idée là-dessus. Je crois que on l'a choisit avant de venir sur cette Terre en tant qu'humaines afin de faire différentes expériences dans la vie.
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