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Veilleuse du soir

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Gnabazargaf

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D'aussi loin que je me souvienne, ma mère m'a toujours bordé le soir. Le rituel était toujours le même, si bien que lorsque vint cette horrible nuit de juin, j'avais douze ans et jamais je n'étais allé me coucher d'une autre manière.

Mon quotidien d'enfant était rythmé par cette routine du soir, réglée comme du papier à musique, et perfectionnée par ma mère au fil des ans. Après avoir dînés tous les deux en tête à tête, à vingt heures pile nous nous rendions à l'étage. Nous passions par la salle de bains, où elle me faisait ma toilette et s'assurait que je me brosse bien les dents et aille à la selle avant le coucher. Sa tendresse était telle que toute sévérité de sa part était inutile, et ayant pris grand soin de m'élever en garçon obéissant, elle n'en avais pas le recours. Aussi je faisais docilement ma toilette sous ses yeux, le plus naturellement du monde. Après quoi, je me rendais machinalement dans ma chambre, et vêtu de mon pyjama bleu ciel, je m'allongeais dans mon vieux lit aux ressorts grinçants, un bruit si familier qui provoque chez la plupart des adultes un sentiment de douce nostalgie, mais qui déclenche encore dans mon esprit une profonde angoisse au seul souvenir de cette chambre maudite.

Je restais là, immobile, attendant que ma mère termine son œuvre : elle faisait le tour de la chambre, inspectant les meubles et les jouets sur le sol, puis elle fermait les volets avec une force herculéenne qui me surpris toujours au vu de sa silhouette gracile. Il s'agissait de lourds panneaux de bois, des mastodontes en chêne, si massifs et imposants que je m'étais moi même trouvé incapable, durant mes après-midi de jeux, de les faire bouger d'un millimètre. Ces volets étaient d'une efficacité redoutable, et jamais un rayon de soleil ne put seulement les traverser. Je n'eus jamais le droit à une veilleuse, une lampe de chevet ou même une ampoule au plafond, car ma mère avait condamnée toutes les prises électriques de la chambre, de peur que je ne m'électrocute, et voulais me soustraire à la tentation de me lever en douce durant la nuit. Après la fermeture des volets, la chambre était donc seulement éclairée par l'ampoule du couloir, à travers la porte ouverte. Ma mère s'asseyait alors au bord du lit, m'embrassait sur le front, et me couvrait tendrement avec deux duvets, chacun si épais que leur somme devait être égal à une partie non négligeable de mon poids. Engoncé entre le matelas moelleux et une quantité absurde d'oreillers, enseveli sous les couvertures comme sous une couche de béton fraîchement versée, j'étais parfaitement paralysé.

Elle me donnait un dernier baiser, puis elle sortait quelques instants, pour revenir en traînant derrière elle la pire des abominations : un convecteur électrique d'un autre âge, aux roulettes usées et à la peinture écaillée. Ma mère le rapportait tous les soirs, quelle que soit la saison, et l'installait au fond de ma chambre. Elle se penchait pour ouvrir le clapet de sécurité de la prise avec une petite clé qu'elle gardait dans sa poche, puis elle branchait l'engin démoniaque. Celui-ci se réveillait dans un vrombissement sourd, ponctué de caquètements métalliques insupportables, avant de cracher dans toute la pièce son souffle brûlant aux relents de charbon. Elle me souhaitait alors une bonne nuit, et sortait en fermant à clé la porte derrière elle, me plongeant dans le noir. C'est ici que commençait mon tourment, car malgré toutes mes protestations, ma mère m'a toujours imposée la présence du radiateur. Je détestais cette machine avec chaque fibre de mon être. Crevant de chaud des nuits entières, plongé dans l'obscurité sans pouvoir bouger, je ne pouvais qu'attendre, terrifié. Car, immanquablement, le souffle rauque du convecteur s'estompait, et une série de claquements secs perçait le silence, qui aujourd'hui encore me privent de sommeil, à leur simple souvenir. Tac Tac Tac ! Ce bruit hanta toutes les nuits de mon enfance, et caché sous les couvertures, j'endurais la terreur jusqu'à m'endormir de fatigue à force de pleurer. Au matin, ma mère venait me libérer, et dès que les volets étaient tirés, il ne subsistait rien dans mon esprit de gamins que les vagues souvenirs d'une nuit de cauchemars, et une crainte terrible de cet appareil infâme.


Avec les années, la peur se changea en haine. Comme j'approchais de l'adolescence, je décidais d'en finir. Accablé comme chaque nuit par la chaleur, je réussissais un soir à soulever les grosses couvertures qui m'asphyxiaient. Encouragé par cette première victoire, il m'était venu à l'esprit pour la première fois que je pourrais atteindre le convecteur, surmonter ma peur et l'éteindre, pour enfin dormir. Je descendais du lit grinçant. Connaissant chaque recoin de ma chambre, dans laquelle je passais mes journées, j'avançais vers le radiateur. Je ne trouvais rien. Je continuais à avancer, à l'aveugle. A ce stade, j'aurais dû rencontrer la porte, un meuble, ou au moins un mur. Mais j'avançais dans le vide, sans qu'aucun obstacle ne vienne à ma rencontre. Je marchais ainsi toute la nuit. J'essayais toutes les directions, je repartais même en arrière. Abandonnant toute prudence, je finissais même par courir comme un dératé en hurlant. A bouts de nerfs, je me recroquevillais sur le sol, et éclatais en sanglots. Alors que je gisais ainsi, je pris conscience d'un écho fendant le néant. Je calmais mes pleurs avec peine, et tendais l'oreille. Un grincement . Un grincement qui semblait porter en lui toute la rouille du monde, si aiguë qu'il me faisait mal au crâne. Un grincement qui se rapprochait de moi, à travers l'abîme. Je restais immobile sur le sol, incapable de faire un geste. Je connaissais ce bruit, mieux que ma propre voix, c'était celui des affreuses petites roulettes du convecteur, glissant tant bien que mal sur le plancher en faisant craquer le bois. Il s'arrêta près de mon oreille, et je retins mon souffle. Tous les poils sur mon corps se hérissèrent, et mon ventre se tordit douloureusement comme je compris ce qui allait se produire. TAC TAC TAC TAC TAC ! Je perdais connaissance.

Le lendemain, je faisais face au courroux de ma mère. Elle m'avait trouvé prostré sur le sol, le pyjama souillé par mon urine, et elle me reprochait le vacarme qu'avait causé mon errance de la veille. Pour la première fois, elle me giflait, et m'assaillait d'un torrent de reproches et de larmes furieuses. Je mettais à mal tous ses efforts pour m'élever et me protéger de tous les dangers du monde. Accablé de remords, j'écartais alors toute idée de jamais recommencer. Les petits garçons sages obéissent à leur mère.

Durant les mois qui suivirent, je me tenais à carreaux. J'endurais chaque nuit en serrant les poings, rongé par la culpabilité, tentant en vain d'ignorer les claquements maudits et cette terrible sensation qui me fait encore froid dans le dos. Je venais d'entrer au collège, et mes professeurs s'inquiétaient : le sommeil dont j'étais privé la nuit, je le récupérais en classe, je devenais agressif, colérique, et parfois même violent. J'avais peu d'amis, car ma mère craignait que mes petites camarades aient une mauvaise influence sur moi, comme elle craignait aussi les jeux dangereux auxquels s'adonnent parfois les garçons. Ainsi ,je n'avais pas le droit de jouer avec les autres, et je restais le plus souvent seul. Pour ma sécurité. Une fois à la maison, j'étais confiné dans ma chambre. De ma fenêtre, je pouvais voir mes camarades de classe passer à bicyclette ou en rollers, jouant à chat ou se bousculant pour prendre leur tour à un jeu vidéo sur une console portable. Peu à peu, devant l'injustice de ma situation, je rapportais mes ressentiments à la maison. J'entrais dans des accès de rage terrible et brisais tout sur mon passage. L'atmosphère étais transformée, les gifles de ma mère étaient devenues monnaie courante et nos dîners autrefois joyeux se changèrent en batailles de silences fielleux et de regards empoisonnés. A ma colère bouillonnante, elle opposait un calme glacial. Lors du rituel de mon coucher, elle s'était mise à inspecter ma chambre d'un œil terrible, qui me faisait froid dans le dos, comme un gardien inspectant la cellule d'un détenu.

Ma mère avait toujours été maniaque. A l'époque, je n'y avais jamais prêté attention, mais cela me frappe aujourd'hui : chaque fois que je suis passé devant sa chambre, celle-ci était toujours strictement identique. Au fil des années, les meubles n'avaient jamais bougés. Le lit était toujours impeccablement fait, les draps étaient toujours les même, mais semblaient toujours neufs. Lors de ma toilette, elle montrait la même précision implacable. C'est un de ces soirs, alors qu'elle me lavait, que je pris la décision de me rebeller. Je devenais un jeune homme, et pourtant, elle continuait de me laver et de me caresser, comme elle le faisait depuis ma petite enfance. Cela me devenait insupportable, et son emprise son mon corps m'infligeait une humiliation cuisante à laquelle s'ajoutait le dégoût de la voir s'appliquer à la tâche avec un plaisir à peine dissimulé. Vous comprenez désormais combien il me coûte de vous raconter mon histoire. Jamais il n'y eut de lueur plus malsaine que celle qui dansait dans les yeux de ma mère quand elle me nettoyait le sexe d'un geste vif et sec de son gant de toilette. Mes protestations n'y faisaient rien. Elle ne m'écoutait plus, continuait de m'enfermer dans cette chambre infâme avec l'objet de tous mes cauchemars. L'engin en question ne me laissait pas plus de répit, et il me semblait même que ses claquements immondes avaient gagnés en puissance. C'en était trop. Il y a une limite à ce qu'un être humain peut endurer, avant qu'il ne perde la raison. J'étais dans mes derniers retranchements, et la peur n'avait plus autant d'emprise sur moi, plus que tout, je craignais de devenir fou. Plusieurs nuits d'affilée, je descendais du lit et fonçais dans le noir, à la recherche de la porte. Chaque fois, je me perdais dans l'abysse surnaturelle, poursuivi par le convecteur démoniaque, et ma mère me trouvais recroquevillé sur le plancher au matin. Folle de rage, elle me battait. Comme à chaque fois, je prétextais une envie pressante, elle m'installait un pot de chambre au pied du lit. C'était l'humiliation finale. Je décidais de fuir la maison.

J'appris à contrôler ma rage aveugle. J'avais compris que ma force était insuffisante, et que quand viendrait le jour où mes muscles me permettrais enfin de prendre le dessus sur elle, mon esprit aura depuis longtemps été brisé. Je compris que mes éclats de rébellion ne faisaient que me nuire, et j'apprenais la patience et la duplicité. Je redevins le garçon obéissant que ma mère pensait avoir dompté. J'endormais ses soupçons quand à mon entreprise, et me semblait en tout point irréprochable. Je redoublais d'efforts en classe pour revenir dans les bonnes grâces de mes professeurs, car je sentais naître chez ma mère une envie à peine dissimulée de me retirer du système scolaire pour me garder enfermé à la maison à tout jamais. Cela ne devait pas arriver, car pour la suite de mon plan, j'avais besoin de l'aide de mes camarades de classe. Auprès d'eux je faisais milles et un efforts pour leur paraître sympathique, et j'effaçais de leurs esprits mon image de paria et de reclus. Une fois membre de leur bande, je récoltais des informations sur la géographie de notre petite ville. Je comprenais avec horreur à quel point j'avais été séquestré, à douze ans je ne connaissais du monde que ma rue et celle de mon collège. J'empruntais à l'un de mes nouveaux amis une petite lampe torche. Je la dissimulais avec une patience et un soin infini, l'acheminant d'une cachette à l'autre sur le cours d'une semaine entière, afin qu'elle arrive dans ma chambre sans être repérée. J'avais scruté chaque centimètre de ma chambre et j'avais trouvé une cachette en l'état d'une latte du plancher à peine décollée, où je la dissimulais avec une grande appréhension. Il était très important que la lampe soit dans la chambre, mais la récupérer dans la nuit était la partie du plan qui me terrorisait le plus, et je manquais de peu de tout laisser tomber. Car ma cachette était à l'emplacement exacte où se trouverait le convecteur, le soir venu.

C'est avec une certaine fierté que je peux vous affirmer aujourd'hui que je su alors surmonter l'angoisse qui menaçait de me submerger. Un aspect très pragmatique de ma personnalité, que je ne me soupçonnais pas, prit le dessus, et je tournais le problème dans tous les sens avec un calme inédit. Logiquement, le détestable phénomène ésotérique qui se répétait chaque soir prendrait place à nouveau. Aussi terrifiant qu'il fut, c'était un fait que je ne pouvais ignorer. D'expérience, Je savais qu'il me serait alors impossible de retrouver la lampe. Ne pouvant pas la garder sur moi sans qu'elle ne soit confisquée par ma mère, la cachette était la seule solution. Mais comment l'atteindre dans l'obscurité sous la garde de l'engin maléfique et de son sortilège ? Je trouvais une petite voiture, un de mes jouets de toujours qui n'éveillerait pas la méfiance, et je la plaçais sous mon lit. Je coinçais discrètement les deux roues de droite dans l'interstice entre deux lattes du plancher qui partaient de mon lit jusqu'à ma cachette. Une fois munie de la torche, j'ouvrirai la porte, dont j'avais déjà bloqué l'intérieur du loquet avec des boulettes de papier. Durant les derniers jours, le verrou avait donc été défectueux, sans que ma geôlière ne l'ait remarquée, ce qui m'avait rempli le cœur d'espoir. J'allai en avoir terriblement besoin. Une fois dehors, je me faufilerai à pas de loup jusqu'à la porte d'entrée, dont je connaissais l'emplacement des clés, puis je disparaîtrai dans la nuit. J'irai me réfugier dans la cabane d'un copain durant les premiers jours, et pour la suite, peu m'importais.
Enfin, la nuit funeste arriva. Nous étions au mois de juin, le temps était doux et le ciel clair. Parfait pour une évasion. Je me tenais à carreaux et réprimais ma furieuse envie de m'enfuir sous le coup de l'excitation. Je supportais bravement les indignités de mes ablutions, et contenais ma colère et mon dégoût pour ne pas éveiller les soupçons de ma folle de mère. Elle me mit au lit, et sans un mot, sans un baiser, elle fit sa ronde dans la chambre. Ma gorge se serra quand elle trouva la petite voiture, mais heureusement pour moi, elle n'y prêta pas attention. Elle ne vit pas plus le défaut dans le plancher où j'avais dissimulé ma petite lampe, et elle sortit sans rien dire. Une vague d'émotion manqua de me faire faillir. Tous les bons moments, les jeux, les baisers du soir, et les dîners en tête à tête revinrent à ma mémoire. C'est ainsi que je faisais mes adieux à ma pauvre mère, en silence, jusqu'à ce que les roulettes du convecteur viennent empoisonner l'air ambiant de leur grincement sinistre. J'écartais ma peine, ma nostalgie, mes remords. Le dos courbé grotesquement par l'effort, les yeux fous et la démarche tordue, l'être qui ramenait à nouveau le convecteur n'était plus vraiment ma mère. Alors qu'elle l'allumait malgré la chaleur étouffante de l'été, je me défaisais de toute la pitié que j'avais pu avoir pour elle. Je voulais partir. Je ravivais ma haine pour me donner de la force, et je fermais les yeux, prêt à attendre.

La porte se ferma, la clé tourna dans la serrure. Je restais immobile. Une heure. Deux heures. Dans la maison silencieuse, je repoussais les couvertures avec minutie, je me relevais et m'asseyais sur le bord du lit, centimètre par centimètre, à l'affût du moindre craquement du sommier ou des vieux ressorts. Avec une infinie précaution, je posais un pied à terre. Je restais immobile dix bonnes minutes, ajustant mon équilibre, puis je posais le second pied, directement sur la petite voiture. Je restais aux aguets. Rien. Du bout des orteils, je poussais la voiture en avant, suivant la ligne de l'interstice entre les planches, avançant pas à pas. Tac Tac Tac ! Les poils se hérissèrent sur ma nuque. Je me doutais que la confrontation aurait lieu, mais il m'était difficile de garder ma concentration avec cette mélodie détestable. Mon objectif se trouvait sous les entrailles de métal de la bête et je devais rester calme. J'avançais. Une part de moi me criais intérieurement de courir trouver refuge sous les couvertures abjectes, mais si familières. Une autre voulait se ruer en avant, charger l'ennemi de front, compenser mes maigres forces par la violence et la haine, pour en finir. Je n'écoutais pas. J'avançais. Tac Tac Tac ! Le bruit semblait plus proche, mais je n'avais pas entendu les roulettes, mon stratagème fonctionnait. La petite voiture sous le pied, j'arrivais à la fin de la latte, juste devant mon but. Je sentais une vague de chaleur terrible sur mes cuisses, sans savoir s'il s'agissait de l'action du convecteur, ou si ma vessie m'avait trahie à nouveau. TAC TAC TAC TAC TAC TAC TAC TAC TAC ! Comme par le passé, la machine me crachait toute sa fureur à mon approche. Mais cette fois, je restais fermement sur mes deux pieds.

Je descendais sur mes genoux, et passais une main tremblante sous les tuyaux de fers. J'attrapais la lampe torche. Un cri terrible, que je ne saurais décrire encore aujourd'hui, résonna dans toute la pièce, me vrillant les tympans, tandis qu'une chose se saisissait de mon poignet encore tendu sous l'appareil. Je tombais en arrière, hurlant à plein poumons. Je tirais mon bras et le dégageais de l'emprise humide et brûlante. Paniqué, j'allumais la lampe. Mon plan initial était de courir vers la porte et de fuir à toute vitesse cette maison maudite. Mais je devais savoir. Je levais lentement le faisceau bleu vers le convecteur. TAC TAC TAC ! Les claquements furieux vibraient dans la nuit avec un écho terrifiant. La chaleur m'enrobais, et il me semblait que ma peau se mettait doucement à cuire. Mais je devais savoir. Même si cela me coûtait la raison, j'inspectais l'engin. Derrière les tuyaux de métal qui semblaient vibrer derrière l'air chauffé à blanc, je promenais le rayon de lumière sur la console en plastique vissé sur le haut du convecteur. Entre les boutons et les voyants cassés, une forme sombre traversa l'air à trois reprises. TAC TAC TAC ! C'était un long doigt écailleux, pourvu d'un ongle noir courbé comme une serre de rapace. TAC TAC TAC ! La griffe monstrueuse tapait négligemment sur le plastique, et à chaque impact, produisait le tintement maudit qui me vrillait le crâne, toutes les nuits. Je le savais. Le cœur au bord des lèvres, je ne pouvais plus hurler. Une douleur aigüe envahit mes poumons, et je renonçais définitivement à l'usage de mes jambes. Je tournais la lampe en tout sens, mais autour de nous, il n'y avait plus rien. Plus de lit, plus de murs, plus de porte. Juste moi, et, perché sur le convecteur, une paire de petits yeux noirs, qui luisaient à la lumière de la torche. Des yeux malfaisants, qui veulent vous voir vous tordre de douleur sur le sol. Des yeux qui vous regardent dormir, à l'affût dans l'ombre. Et autour de ces petites perles de méchancetés, la parodie grotesque d'un visage monstrueux, une beauté, une tendresse tordue, déformée par la haine. Pardonnez-moi, mais je perds la raison. Je ne veux plus rien raconter. Pardonnez-moi, mais je veux me cacher. J'étais bien sous mes couvertures. Partez maintenant ! Non restez, je vous en supplie ! Je ne sais plus. Maman, ma pauvre maman...
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