2e épisode VACUUM, la Fée à l'Envers. La panique s'installe sur la Terre. La naissance de Vacuum

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Auteur-compositeur-interprête en tous genres. Nouvelles, romans, poésie, stratégie, blues, rocks et ballades https://www.youtube.com/user/FayardPierre  [+]

Durant les premiers millénaires d’après la Chute des humains sur la Terre, l’équilibre s’y maintenait tant bien que mal car leur nombre demeurait raisonnable. Les épidémies et les famines éclaircissaient leurs rangs au besoin. Mais, avec les progrès de la médecine, de l’alimentation et la prolifération des bébés, les choses évoluèrent si vite qu’elles franchirent un seuil critique au tournant du Siècle Vingt.
Une surproduction endémique encombra la Terre sans guère d’espoir de cheminement inverse. La planète débordait de gens qui se querellaient, elle s’empoisonnait de gaz inutiles, s’obscurcissait l’horizon de pollution et se peuplait de déchets qui se reproduisaient à une vitesse autrement fulgurante que les timides tentatives qui les recyclaient.

Jusque-là, pour faire face aux évolutions de la société des humains, les fées avaient réussi, bon an mal an, à s’adapter, par exemple à l’industrialisation des Temps dits Modernes bien que ce fut au prix d’un effort prodigieux tant le principe de rentabilité leur était étranger tout comme le "ready made" ou la réplique à l’identique. Intégrant sans état d’âme cet impératif d’efficacité, elles optimisèrent leurs enchantements, leurs sortilèges, leurs charmes et baumes bénéfiques au moyen d’une division du travail et d’une spécialisation des tâches pour traiter en flux tendus les tares et les débilités en masse que les descendants d’Ève et d’Adam débridaient sans compter en totale inconscience et irresponsabilité.
Qu’elle était loin la glorieuse épopée des Élégantes et des Gracieuses créatures féériques qui voletaient au hasard des faits, et qui se travestissaient selon l’inspiration dans une lampe d’Aladin ou les soupirs alanguis d’une Vénus en manque !
Désormais leurs interventions se planifiaient et déclinaient selon des procédures inflexibles dont il était très mal vu de se distinguer. D’ingénieuses qu’elles étaient, la nécessité les avait mis à l’école d’une ingénierie sans faille et sans originalité. Puis, à la fin du Siècle Vingt, que d’aucuns orthographiaient Vain, la Globalisation les contraignit à des ruptures plus fondamentales encore. Les fées se virent obligées de repenser de fond en comble leurs missions et d’innover résolument sous peine de disparaître devant la concurrence de ces humains qui ne respectaient plus rien, pas même les fables, ni même les légendes !
Des croyances récentes et des mythes inédits, mille écarts et plus encore d’intolérances, des trahisons et forfaitures conçus et mis en œuvre par les pêcheurs et les prêcheurs de tous poils, de toutes espèces et de toutes origines, s’hybridaient tant et tant que les fées ne savaient où donner de la tête et encore moins de la baguette. Dans ces galimatias de races, de cultures et de mœurs, sans oublier les idéologies, les religions et les cartes de crédit en forme de promesses de paradis à bas prix, comment maintenir la belle et juste préséances des dénouements de fées qui intervenaient jusque-là par luxe et en toute gratuité ?

Qui et quoi traiter car le bien d’ici se revendiquait en simultané comme un mal là-bas... Tout s’imbriquait, tout se contredisait dans l’espace et le temps à un point tel qu’on ignorait, ni qui, ni quoi, ni comment soigner utilement, sans parler d’embellir car les agences de publicité avaient terni le prestige des fées sous prétexte de leur gratuité. Un comble !
Dociles et flexibles, en créatures bienveillantes, elles s’accommodèrent pourtant. Elles apprirent les langues étrangères, la bureautique, les alphabets secrets. Elles voyagèrent et participèrent de manière très volontaire aux colloques des fées et magiciens du monde. Certaines publièrent des bouquins, réservés exclusivement aux fées bien sûr, mais en usant de pseudonymes délibérés. "La fée bien dans ses baskets face aux défis du genre humain", fut un super best-seller au gynécée des fées, même que les elfes, les lutins, les magiciens et les sniffeurs de poudre de perlimpinpin en achetèrent les droits pour en faire des adaptations à leurs fonctions.
Mais toute cette bonne volonté, loin de suffire, demeurait vaine face à l’absence de sagesse qui régnait désormais sur la Terre. Il fallait, comme on aime à le dire dans la Modernité, il fallait opérer un véritable bond qualitatif. Une mutation génétique profonde s’imposait car les capacités évolutives de l’ADN des fées de l’après-Chute du Paradis Perdu, ne parvenaient plus à répondre à des besoins dont la croissance menaçait jusqu’à la quiétude de ce fameux Gardien de la Bibliothèque qui ne parvenait plus à se maintenir serein dans son Jardin. L’écho des vociférations et des inventions des humains se rapprochait dangereusement des enceintes de l’Éden où il régnait en maitre exclusif depuis qu’il en avait chassé Ève, Adam et tous leurs descendants.

Dans leur grande majorité, les fées s’estimaient dépassées et en rien préparées pour affronter la C2G, cette Confusion Globale et Galopante comme la nommeraient bientôt les historiens s’ils en avaient le temps. Une forte minorité d’entre elles, celle dite des fondamentalistes orthodoxes, courut se réfugier dans les légendes et les fables délaissées qui sommeillaient muettes dans les livres bien rangés de la Bibliothèque du Gardien, et dont les humains ne voulaient rien savoir. Se refusant à toutes concessions, elles y restèrent résolument chevillées sans intention d’en déhotter alors que les problèmes et les troubles s’amplifiaient sans perspectives de solution étant donné la rareté, et bientôt la précarité, des magies disponibles et opérationnelles des fées.
Dans ce climat d’urgence, il devenait urgent d’innover sans s’encombrer des pesanteurs et des habitudes du passé. C’est ainsi qu’une fée d’un genre inusité vit le jour et que son prototype fut dénommé Vacuum.

Dans le Panthéon des Fées, sorte de Mont Olympe où originellement il ne se passait pas grand-chose d’autres que des banquets peu frugaux et encore moins fraternaux, la particularité de Vacuum ne fut pas de créer, ni de donner ou même de transformer l’indigence en richesse. Grace à un gène-zen habilement implanté au plus profond de son ADN de fée, son principe central consistait à nettoyer, à débarrasser, à faire le vide, à supprimer, et c’est pourquoi elle fut la toute première Fée à l’Envers de l’Univers. Le Gardien, qui avait du souci, s’en déclara ravi au point de la gratifier gentiment du petit nom amical de Fale tant il comptait sur elle.
À l’envers, mais elle se situait à l’envers de quoi ? L’envers de la fée, son contraire, c’est la sorcière, or cette fée d’un genre si particulier était une vraie fée, n’est-il pas ? Que l’on se rassure, il s’agissait bien d’une fée qui assurait des tâches de fée mais selon un concept unique et singulier comme l’auraient affirmé les marchands de publicité qui auraient tant aimé la récupérer.
Pour bien comprendre les raisons qui conduisirent à cette création, il faut revenir aux origines du monde alors que le premier homme et la première femme faisaient encore bon ménage dans le Jardin d’Éden avec le Gardien de la Bibliothèque qu’ils durent abandonner sous le prétexte fallacieux d’une histoire de serpent et de pomme, dont la véracité demeure encore à démontrer.

À SUIVRE. 3e épisode : L’inflation d’ADN bouleverse les équilibres sur Terre et en Éden !
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