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Unies pour l'éternité

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Plumette

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Octobre 2019

- Je stress, je stress, je stress... ! murmura Liz.
- Ne t’inquiète pas, tout se passera bien, la rassura Mme Empère.
Liz, vingt-cinq ans, s’apprêtait à passer son examen d’entrer à l’hôpital en tant qu’infirmière.
Soudain, la porte s’ouvrit.
- Liz Empère ? l’appela-t-on.
- Allez, vas-y. Je croise les doigts, l’encouragea Mme Empère.
- Merci, mamie !
Liz l’embrassa sur la joue et partit.
Mme Empère attendit pendant un quart d’heure, puis, elle décida de marcher. Elle se leva et se promena dans les couloirs. Ceux-ci étaient chargés de brancards sur lequel des patients attendaient. D’autres étaient inconscients. Lorsqu’elle passa devant l’un d’entre eux. Mme Empère se figea.
- Pardon Madame, j’aimerai passer ! dit une infirmière en la bousculant presque.
Une fois que l’infirmière fut partie, Mme Empère s’approcha du brancard qui avait attiré son attention.
Là, tout s’écroula.
***
Juillet 1953

Comme tous les dimanches, en rentrant de l’église, Mme Dubrelle avait préparé son poulet acheté chez le boucher le matin même.
La famille se réunit autour de la table et parla tout en savourant le repas.
- Ça y est, les Baurfel ont déménagé, annonça M. Dubrelle.
- Je me demande qui seront nos nouveaux voisins, pensa à voix haute sa femme.
- Je crois qu’ils arrivent aujourd’hui. Ils ont des enfants du même âge que vous, répondit M. Dubrelle en regardant ses enfants.
Il y avait Henri, l’aîné âgé de vingt-deux ans. Venait ensuite Elizabeth, puis Jean et enfin Georges.
- On pourrait les inviter à manger ce soir, proposa Mme Dubrelle
- Ma foi, je n’y vois aucun inconvénient !
Mme Dubrelle alla chez leurs nouveaux voisins pour les inviter, ceux-ci acceptèrent, et c’est comme ça que les enfants Dubrelle fit la connaissance des Marquez.
Elizabeth s’entendait surtout avec Marie, qui avait le même âge qu’elle.
Les deux jeunes ne cessèrent de discuter et de rigoler toute la soirée.
Mme Dubrelle et Mme Marquez furent enchanter de voir leur fille qui s’entendait aussi bien.
Elizabeth et Marie se voyaient très souvent. Tous les jours même.
Lorsque l’école reprit, elles ne se séparaient jamais. On les appelait même « les inséparables » tellement Elizabeth et Marie étaient collées l’une à l’autre.
Un jour, les deux jeunes filles étaient invitées à un bal qu’organisait le village. Elles passèrent tout l’après-midi à essayer des robes et à rigoler.
Le soir arrivant, elles allèrent à la soirée. Elizabeth trouvait Marie ravissante dans sa robe bleu et avec ses longs cheveux roux bouclés.
Elizabeth et Marie dansèrent toute la nuit. Vers trois heures du matin, alors que tous les adultes étaient partis se coucher, certains jeunes avaient profité de leur absence pour ramener de l’alcool.
Marie commença à boire une coupe de vin.
- Qu’est-ce qui te prend ? Tu es folle ! On n’a pas le droit ! lui dit Elizabeth.
- Oh, allez ! Une petite coupe ! Tiens, lui dit-elle en lui tendant une.
- Marie, je ne sais pas si nos parents seraient...
- Ils ne sont pas là ! On peut bien enfreindre les règles une seule fois.
Après un soupir, Elizabeth bu le liquide. Elle trouva qu’il avait un goût amer.
Marie prit un autre verre d’alcool, puis un autre... Elizabeth se laissa convaincre et fit la même chose que son amie.
Soudain, après une bonne dizaine de verres, elle sentit sa tête tournée. Elizabeth faillit s’évanouir mais Marie la retint.
- Viens, on va dans un endroit plus calme si tu veux, lui dit-elle.
Les deux jeunes filles s’éloignèrent de la fête.
Le mal de tête de Elizabeth s’apaisa mais elle était comme sonnée. Soudain, Marie caressa la joue de son amie.
- Tu es tellement belle...
- Quoi ?
Marie ne répondit rien et continua à caresser sa joue. Elle rapprocha sa tête de celle de Elizabeth jusqu’à ce qu’il ne restât plus qu’un millimètre qui les sépare.
- Qu’est-ce que tu fais ? murmura Elizabeth.
- Je t’aime, chuchota Marie.
Et, sans crier gare, elle posa ses lèvres sur celle de Elizabeth.
Cette dernière trouva que c’était plutôt agréable comme sensation. Soudain, une petite voix lui dit que ce n’était pas bien, que c’était « contre-nature » ce qu’elle était en train de faire. Elizabeth se décala.
Marie se ressaisit.
- Pardon... Je... Je n’aurais pas dû... C’est l’alcool qui me monte à la tête...
- Ce n’est pas grave... N’en parlons plus...
Elizabeth et Marie rentrèrent chacune chez elles.
Cependant, Elizabeth repensa à ce doux baiser avant de plonger dans un sommeil profond.
Par la suite, Elizabeth et Marie ne parlèrent plus de ce baiser.
Elles faisaient comme s’il ne s’était rien passé.
Comme toutes les filles de leur âge, Marie et Elizabeth essayèrent de s’intéresser. Mais, elles n’y arrivaient pas.
Au fond d’elles-mêmes, elles étaient chacune attirée par l’autre.
- Plus tard, disait Josiane une fille de leur classe. J’aimerai épouser Claude, vous savez, le garçon en terminal B. Je lui ferais de bons petits plats et je m’occuperai de nos enfants !
Elizabeth et Marie, elles, elles avaient beau essayer de s’imaginer en compagnie d’un homme, elles n’y arrivaient pas.
Elles se voyaient juste vivre toutes les deux, ensemble, pour l’éternité.
Un soir, n’y tenant plus, Elizabeth se glissa dans la chambre de Marie. Elle était en train de brosser ses longs cheveux roux.
- Ah ! Tu m’as fait peur ! Que fais-tu ici à cette heure ? Il y a un problème ?
- Ecoute, Marie... Je... Depuis la toute première fois que l’on s’est vu, je ressens énormément d’affection pour toi, énormément d’amour... Mais pas comme une amie ou une sœur... Non... Un peu comme... Des époux... C’est étrange de dire cela, mais, c’est vrai... Cette soirée où tu m’as embrassé, je ne sais pas si c’était un vrai baiser ou seulement l’effet de l’alcool mais j’ai apprécié... Oh, Marie, je t’aime !
Et, soudain, Elizabeth embrassa Marie.
- Elizabeth..., murmura Marie une fois que leur bouche fut séparée.
- Je savais que mon geste était totalement... déplacé ! Je suis désolée ! s’écria Elizabeth en s’éloignant.
- Non, ne le sois pas ! dit Marie en se rapprochant d’Elizabeth.
Elle mit ses mains autour du cou de son amie.
- Cette déclaration que tu m’as faite, c’est ce que je ressens aussi. Quant au baiser du bal, ce n’était pas du tout l’alcool. T’avoir là, près de moi, je ne pouvais plus résister. Je t’aime Elizabeth.
Marie l’embrassa avec fougue.
- Tu as conscience que, pour la société, c’est mal ce que nous sommes en train de faire ? dit Elizabeth en reprenant son souffle.
- Je me fiche de ce que pense la société, pas toi ?
- Oui, mais... nos parents ? Que diront-ils ?
- Profitons de l’instant présent ! Le reste, on verra plus tard ! dit Marie en embrassant une nouvelle fois Elizabeth.
Soudain, le frère de Marie l’appela.
Elizabeth sortit précipitamment par la fenêtre. Elle revint le lendemain soir ainsi que le suivant.
Le jour, Elizabeth et Marie étaient aux yeux de tout êtres humains deux amies inséparables et proches.
La nuit, elles étaient aux yeux de la lune, des étoiles et des insectes, deux amoureuses qui manifestait leur amour profond l’une envers l’autre.
Cela dura trois mois.
Un matin, Elizabeth attendit Marie afin d’effectuer, comme à l’accoutumé, le trajet pour aller à l’école.
A la place de Marie, ce fut sa mère qui apparut sur le seuil de la porte.
- Bonjour Mme Marq...
- Marie ne viendra pas, aujourd’hui, coupa-t-elle d’une voix sévère.
- Elle va bien ?
Mme Marquez ne répondit pas et ferma la porte.
Elizabeth trouva le comportement de Mme Marquez étrange. Elle qui était si douce et si polie.
Le soir, au dîner, la mère se plaignit :
- Geneviève Marquez m’ignore complètement, c’est étrange... J’espère ne pas l’avoir contrarié...
Soudain, Elizabeth comprit.
Elle espérait que ce n’était pas ce qu’elle pensait... Le repas fut interminable. Lorsqu’elle eut l’autorisation de quitter la table, Elizabeth alla dans sa chambre. Elle observa la fenêtre de la chambre de Marie. A l’intérieur, c’était le noir complet.
Etrange. Marie n’éteignait pas avant dix heures du soir.
« Pourvu que ce ne soit pas ce que je pense » pensa Elizabeth.
Soudain, elle entendit quelqu’un l’appeler. La jeune fille se précipita à sa fenêtre. Marie était en dessous !
Elizabeth lui fit signe de monter. Le problème, c’était que Marie n’était pas du tout cascadeuse, contrairement à elle.
Elizabeth décida donc de descendre. Elle inventa une excuse à ses parents comme quoi elle avait laissé son sac de cours dans le jardin.
- Elizabeth, franchement... Tu ne pourrais pas faire plus attention à tes affaires ! Ça coûte cher, un cartable ! rouspéta son père.
- Excuse-moi, papa. Je vais vite aller le chercher.
- Et après, au lit ! Il est tard et tu as école demain, dit sa mère.
- Oui, maman.
Elizabeth sortit de la maison.
Son cœur battit à vive allure, comme à chaque fois qu’elle voyait Marie. Cette dernière avait revêtu une veste sur sa chemise de nuit blanche. Le vent faisait voler ses beaux cheveux roux.
Elizabeth embrassa passionnément Marie. Ce court instant prit fin ; cette dernière se recula.
- Elizabeth... Je vais partir...
- Quoi ?
- Mon frère nous a vu nous embrasser... Il a tout raconté à mes parents. Ils veulent m’envoyer dans une pension en Suisse. Mon père s’est mis dans une colère noire en apprenant que...
La voix de Marie se brisa et elle fondit en larmes.
- Il a crié : « Non seulement tu as perdu ta virginité, mais en plus tu as couché avec une... Avec une fille ! » il m’a ensuite dit que je lui faisais honte et qu’il ne voulait plus me voir. Ma mère n’arrêtait pas de pleurer tout en suppliant mon père de cesser de crier et de ne pas m’envoyer en Suisse, et en me suppliant de promettre que je ne tomberai plus jamais amoureuse d’une fille et que je ne te fréquenterais plus. Mais, pour moi, cette promesse était impossible...
- Marie... Je suis désolée... Tout est ma faute je n’aurais jamais dû venir, je n’aurais jamais dû... Maintenant, ta famille te renie et on ne se verra plus..., dit Elizabeth avant de fondre en larmes elle aussi.
- Non, ce n’est pas ta faute... C’est la faute de cette société, de tous ces préjugés...
Soudain, la mère d’Elizabeth l’appela :
- Elizabeth ! Où es-tu ? Viens te coucher !
Heureusement, il faisait sombre et elle ne distinguait pas que sa fille était en compagnie de Marie.
- J’arrive ! cria-t-elle.
- Ecoute, reprit Marie. Nous ne pouvons pas nous parler plus longtemps mais... Sache que je t’aime plus que tout et que je ne t’oublierai jamais !
- Moi aussi, Marie, je ne t’oublierai jamais, je t’en fais le serment ! Tu es et tu resteras à jamais mon unique amour. Chaque jour de ma vie je penserai à toi...
- Elizabeth ! appela à nouveau Mme Dubrelle.
Marie et Elizabeth s’arrachèrent un ultime baiser.
Il fallut que Marie use toute ses forces pour qu’elle puisse sortir de l’étreinte d’Elizabeth.
- Marie, je veux venir avec toi ! sanglota Elizabeth.
- C’est impossible ma Lizzie... Mais n’oublie jamais : unies pour l’éternité, murmura Marie tout en glissant quelque chose dans les mains d’Elizabeth.
Elle embrassa Elizabeth sur le front et partit en lui jetant un dernier regard.
Prise de douleur, la jeune fille vacilla et tomba à genoux dans son jardin en pleurant toutes les larmes de son corps.
Puis, Elizabeth découvrit que Marie lui avait laissé un bracelet fait avec de la ficelle.
La jeune fille l’accrocha à son poignet et se releva avec difficulté avant de rentrer dans sa maison.
- Pourquoi faut-il que tu mettes autant de temps pour chercher un cartable ? gronda son père.
- Et au fait, où est-il ? demanda sa mère.
Elizabeth ignora ses parents et alla dans sa chambre. Elle s’endormit avec l’image de sa belle Marie en tête.
Les années passèrent. Elizabeth devint coiffeuse. Elle se maria à un homme, Gaspard Empère. Il était dentiste. Elle n’a jamais éprouvé d’amour pour lui, elle l’appréciait juste. Un peu comme un ami.
De tout façon, Elizabeth savait que le seul être au monde qu’elle aimait par amour était Marie Marquez.
***
Octobre 2019

Elizabeth Empère caressa de sa main ridée la joue de Marie. Elle l’aurait reconnu entre mille. Marie avait les yeux clos. Elle était aussi belle que dans les souvenirs de Mme Empère.
Soudain, Elizabeth vit une infirmière ainsi que des personnes se diriger vers le brancard de Marie. Mme Empère s’éloigna mais ne quitta pas des yeux cette dernière.
- Est-ce qu’elle va bien ? demanda paniquée une jeune femme ressemblant trait pour trait à Marie.
L’infirmière se contenta de déplacer Marie dans une chambre. La famille suivit.
Elizabeth attendit qu’elle sorte pour pouvoir revoir celle qu’elle aimait depuis toujours.
Lorsque la famille ressortit, tout le monde pleurait.
Elizabeth faillit s’évanouir. Elle n’avait pas besoin d’explication pour savoir que Marie était aux portes de la mort.
Une fois que la famille fut assez éloignée, Elizabeth se précipita dans la chambre de Marie.
- Bonjour Marie, sanglota-t-elle en la serrant très fort contre elle.
Elizabeth se rendit soudain compte que Marie avait le même bracelet en ficelle que cette dernière lui avait offerte, des décennies plus tôt.
Marie ne l’avait jamais oublié. Elizabeth embrassa Marie avec passion, puis, elle arracha les tuyaux. Ils reliaient sa bien-aimée aux machines servant à faire battre son cœur encore quelques heures.
Ensuite, Elizabeth ouvrit ensuite son sac à main et se tailla les veines à l’aide d’un couteau suisse.
Puis, elle s’allongea sur Marie et l’embrassa, une dernière fois.
« Unies pour l’éternité » murmura-t-elle.
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