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Une vierge pour mon fils

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Moka

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Lorsque j’ai senti sa main se poser sur ma cuisse, j’ai sursauté. Je ne m’attendais pas à tant d’audace de mon moniteur d’auto-école. J’avais compris, dès mes premières leçons de conduite, que je ne lui étais pas indifférente. Il m’abreuvait de compliments, il aimait mon sourire, il trouvait que j’avais une beauté ensorcelante. Je dois reconnaître qu’il me plaisait aussi, donc au lieu de me révolter, je l’ai gratifiée de mon plus beau sourire. Là, je venais de signer mon arrêt de mort...
Encouragé par mon consentement muet, monsieur devenait chaque jour un peu plus entreprenant, moi, jeune, insouciante, je me laissais peloter sans rechigner. J’étais amoureuse et je buvais ses paroles. C’était mon prince charmant, et en guise de cheval blanc, il avait sa belle et rutilante voiture. Nous étions inséparables. Je le suivais partout, je ne lui refusais rien, je satisfaisais tous ses désirs, lui, il m’abreuvait de promesses, mariage grandiose, lune de miel dans un palace et autres sornettes du même genre. Je vivais sur un nuage et n’étais pas près d’en descendre. J’avais une telle confiance en lui que je n’ai même pas jugé utile de me protéger lors de nos jeux amoureux, je balayais d’un revers de main les conseils de ma pauvre mère, de mes ami(es) ainsi que de tout mon entourage, qui ne cessaient de me mettre en garde contre lui.
Mon univers c’était lui. Jusqu’ au jour où un test de grossesse mit fin à cette idylle et à mes illusions, à l’instant où j’ai annoncé à celui que je considérais comme mon futur époux que j’allais devenir maman. Son visage se décomposa, il blêmit et faillit s’évanouir, il a bafouillé quelques mots inintelligibles avant de détaler me laissant interloquée. Jamais dans mes cauchemars les plus horribles je n’avais pensé qu’il pouvait avoir le courage de m’abandonner à un moment aussi effroyable. J’ai essayé de le raisonner, mais il ne voulait rien savoir. Pour lui j’étais une fille facile, indigne de devenir sa femme ; de plus, il avait des doutes sur sa paternité. Ses paroles infamantes ne faisaient que remuer le couteau dans la plaie, son rejet était sans appel, il ne répondait plus au téléphone, évitait de me croiser, et lorsque que je me rendais sur son lieu de travail, je trouvais porte close.
J’ai appris par la suite qu’il collectionnait les conquêtes et que je n’étais qu’une proie parmi tant d’autres.
La seule personne à laquelle je pouvais me confier était ma mère, mais la pauvre ne pouvait me venir en aide, c’est une femme entièrement soumise au diktat de mon père, un homme autoritaire, colérique et intransigeant sur les questions d’honneur.
En aucun cas il ne doit apprendre la souillure dont sa fille vient d’être victime, il risque de vouloir laver cet affront dans le sang, ni moi, ni celui qui m’a déshonorée ne risquons d’en sortir indemnes.
Ma seule alternative était la fugue. Au début, tant que mon physique ne trahissait pas mon malheur, je squattais chez des amies, et quelques membres de ma famille qui ne risquaient pas de dire à mon père où je me trouvais. Je vivais de petits boulots, je ne pouvais pas me permettre de rester longtemps au même endroit sous peine de voir mon père débarquer. C’était ma hantise.
J’avoue avoir pensé avorter. Les conseils avisés que j’ai récoltés à droite et à gauche pour perdre mon bébé étaient tellement horrifiants que j’ai préféré donner naissance à un merveilleux petit ange. Après l’accouchement, il a fallu le nourrir, l’habiller, le soigner, je n’avais aucune aide, j’ai galéré, j’ai été traitée de tous les noms, les condamnations pleuvaient sur mes frêles épaules, la seule fautive c’était moi, plusieurs portes me furent fermées, je risquais de donner le mauvais exemple, dit-on, j’étais montrée du doigt. J’avais commis l’irréparable et jeté l’opprobre sur ma famille. Je
me sentais sale et coupable d’un acte odieux et pourtant, au fond de moi, je savais que la seule chose qu’on pouvait me reprocher c’est d’être tombée folle amoureuse d’un homme sans cœur.
Toutes ces pénibles épreuves ont forgé en moi un tempérament de battante. Finis les jérémiades et les apitoiements sur mon sort. J’étais décidée à ne compter que sur moi-même. Ma résolution fut vite prise, ceux qui m’ont collé l’étiquette de femme indigne allaient être servis. Jeune et séduisante, je pouvais encore ensorceler pas mal de ces mâles en rut qui se prennent pour d’irrésistibles séducteurs, je vais tirer mon épingle du jeu.
A mon tour d’appâter ces nigauds et de les plumer. Je suis devenue une louve sans scrupules. Je promettais tout et n’offrais rien, que de vagues promesses. Ses messieurs étaient pour la plupart des hommes mariés, je profitais au maximum de leurs largesses, mais dès qu’ils deviennent un peu audacieux, ils sont largués avec menace de tout révéler à leurs épouses, enfants et famille s’ils insistent. La plupart de ces Don Juan en herbe sont des pères de famille respectables et pieux.
Je me rappelle un de ces maquignons, la cinquantaine bien entamée, qui voulait m’épouser deux jours après notre rencontre.
Il voulait abandonner femme et enfants pour se payer une minette de plus de 30 ans sa cadette. Sa bouche était à un égout à ciel ouvert, il me dégoûtait. Rien que de voir sa tronche, l’envie de vomir me prenait. Je l’ai bien allégé de son compte en banque avant de le renvoyer à ses vaches.
Avec l’argent que je soutirais à ces crétins, mon enfant ne manquait de rien. Une nourrice s’occupait de lui durant le temps
que je m’occupais à dépouiller ces vieux débris en retour d’âge. Mon bébé c’est lui mon seul amour, ma fierté et ma raison de vivre.
J’éprouvais une haine démesurée envers celui qui est la source de tous mes déboires. Il n’allait pas s’en tirer à si bon compte. J’ai alors sollicité l’aide d’un avocat et entamé une procédure de reconnaissance en paternité. Pour tout l’or du monde, je n’aurais voulu épouser un être aussi cavaleur, menteur, baratineur et pleutre. Tout ce que je souhaitais c’était laver mon honneur et surtout que mon enfant porte le nom de son géniteur.
Vu qu’il continuait à nier l’évidence, j’ai proposé à la justice par le biais de mon représentant qu’on le soumette à un test
ADN. Ce monsieur qui papillonne et qui sème sa semence au gré des vents sans penser un seul instant aux conséquences qui en résultent a, bien entendu, refusé sachant en son for intérieur que cela allait le démasquer indéniablement, d’ailleurs rien
qu’a voir la petite frimousse de mon petit, on constate qu’il est bien le papa.
Malheureusement ma requête fut rejetée. Sa mère, présente à l’audience, hystérique, la bave aux lèvres, m’a lancé avec hargne que son fils n’allait pas donner son nom à un petit bâtard, et que tant qu’elle sera vivante, je ne deviendrai jamais sa belle-fille, et qu’elle n’acceptera pas que la dévergondée que je suis vienne souiller sa maison. Elle a ajouté devant une assistance médusée par tant de méchanceté qu’elle trouvera rapidement la perle rare, honnête et pieuse à son Mahmoud adoré, et ce, afin de me couper définitivement l’herbe sous les pieds si je caresse encore l’espoir de convoler avec son fils.
Ayant donc perdu en première instance, j’ai fait appel en rappelant encore une fois que je ne voulais pas de cet énergumène, qui se cache encore sous les jupons de sa mère comme époux, mais seulement qu’il reconnaisse son fils. Rebelote, ma requête est rejetée pour la deuxième fois, en plus je dus rembourser les frais de justice. La mégère a tenu parole, quelques mois plus tard on célébra en grande pompe le mariage de Mahmoud et Sabrina, une splendide créature belle à vous couper le souffle. Une fête somptueuse fut organisée à cette occasion, la vieille délia les cordons de sa bourse afin d’épater ses hôtes.
Elle exigea, bien que cela ne se fasse plus depuis des lustres, que son fils sorte de la chambre nuptiale avec le mouchoir taché
de sang afin de prouver à l’ensemble des personnes présentes que l’épouse de son fils était vierge avant le mariage, le disciple exécuta les directives de sa mère, un tonnerre d’applaudissements fut réservé à ce «certificat de pureté», cette démonstration était un message qui m’était destiné. Elle voulait qu’on parle de cette union à travers toute la ville, je reconnais humblement qu’elle avait réussi son challenge. Chapeau bas, «Madame».

(Epilogue)

La seule chose que ne savait pas cette sorcière et son rejeton, c’est que Sabrina est une de mes amies, une femme frivole qui a fait ses 400 coups et qui a couché avec presque tous les mâles séduisants de la ville moyennant finance bien sûr
Le jour où elle me confia qu’elle en avait marre et qu’elle voulait se caser et en me remémorant les vociférations de la mère de mon ex au tribunal, qu’elle voulait bien marier son fils dans les plus brefs délais et qu’elle exigeait une vierge
Je me suis dit que ses vœux vont vite être exaucés
Je viens de lui trouver sa pucelle de ses rêves. J’ai donc invité Sabrina au resto et je lui ai expliqué que si elle souhaitait toujours mettre la corde au cou à quelqu’un, elle n’avait plus besoin de chercher.
J’avais sous la main celui qui fera son bonheur, un moniteur d’auto-école, jeune, beau, issu d’une famille riche qui n’est autre que mon Ex, je lui ai raconté toute mon histoire. Pendant la narration de mes déboires, j’ai vu une petite larme rouler sur sa joue, elle a adhéré à ma proposition en me promettant que ce salaud et sa sorcière de mère allaient en voir des vertes et des pas mûres si elle arrivait à lui mettre le grappin dessus. Pour réussir notre plan, il faudra qu’elle suive mes instructions à la lettre. Comme Sabrina n’avait pas de permis, elle s’inscrira chez lui pour des leçons de conduite, sa tenue vestimentaire doit être stricte : hidjab, robe longue et bras couverts, maquillage très discret. Elle doit aussi surveiller son langage, réprimander tout attouchement, le remettre à sa place après chaque propos salace. Je savais que lorsqu’elle veut jouer à la sainte nitouche, aucune femme ne peut l’égaler.
En ce qui concerne la chasteté de la mariée, pas de soucis à se faire. En contrepartie d’une somme d’argent, l’hymen est
vite reconstitué dans une clinique privée. On n’y verra que du feu la nuit de noces le mari pourra exhiber son trophée et ainsi démontrer la virginité de son épouse
Notre stratagème fonctionna au-delà de nos espérances. Dès les premiers cours de conduite, notre Casanova essaya d’envoûter sa nouvelle proie, mais peine perdue toutes ses avances furent repoussées, il usa de toutes les combines et astuces qui lui permettaient d’arriver à ses fins avec idiotes comme moi, mais avec Sabrina rien à faire, elle restait de marbre. Frustré, rejeté, ridiculisé à chacune de ses tentatives, elle lui ressassait chaque fois qu’elle était une fille de famille et que seul son futur mari aurait droit de la toucher. Il finit par capituler et la présenta à sa mère, là aussi la comédie de mon amie réussit à merveille, la vieille peau fut séduite dès la première entrevue par la beauté, la piété et les tenues vestimentaires de Sabrina et le mariage est donc célébré «Madame» a eu la vierge qu’elle voulait son fils, c’était mon cadeau de mariage.

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Jcjr · il y a
On ne touche pas au fils dans un régime matriarcal. Une histoire de revanche, agréable à lire, mais où l'humanité y laisse toutes ses plumes.
Viendriez-vous me découvrir dans " l'essentiel "...

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Jose · il y a
Ah ! Ah! Un jubilatoire retour de bâton !
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Charles Duttine · il y a
Voilà une histoire bien "enlevée". Bravo ! Et j'aime beaucoup le style fluide ...
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