une vie sans Nelly

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lire est un de mes sports préférés !Mais je suis passée à l'écriture qui me donne plus de fil à retordre que de paresser dans un fauteuil un bon bouquin à la main!!Rêveuse oui mais rêveuse  [+]

C’est le soir, il fait chaud, c’est encore l’été. Agathe marche lentement sur le sable maintenant presque noir dans le crépuscule. Elle s’amuse à le sentir couler entre ses orteils, c’est une sensation tellement plaisante qu’elle ne s’en lasse pas. Cela lui rappelle que petite elle jouait avec sa sœur dans ce même sable. Elles s’enterraient mutuellement jusqu’au cou jusqu’à ce que leur mère pousse un grand cri et leur dise d’arrêter, effrayée par le risque d’étouffement. Elle n’a jamais compris que justement c’était le risque qui leur plaisait. Elle ne savait pas prendre de risques, ce n’était pas inscrit dans ses gènes. Elle avait une existence bien réglée, sans surprises, sans extravagance, toute en routine. Une vie ordinaire quoi !!!!Elle avait rencontré le père d’Agathe et de Nelly, sa sœur cadette, un jour de Carnaval il y avait 30 ans à ce jour, une éternité pour les deux filles qui ne voyaient pas ce que leur père avait bien pu trouver à cette jeune fille jolie certes mais toujours angoissée par la nouveauté. Ce fameux jour de Carnaval elle n’était même pas déguisée, elle n’avait pas osé .C’est son attitude réservée qui avait attiré l’œil de leur père, au milieu d’une foule déchaînée et grimée, se déhanchant sur une musique rythmée, des confettis masquant leurs déguisements.
Il s’était approché, lui avait adressé la parole poliment sans essayer de flirter : il avait déjà compris que la demoiselle n’était pas de ce genre-là .Après l’avoir invité à prendre un pot avec lui pour se rafraîchir, il l’avait raccompagnée jusqu’à son domicile Ils avaient parlé de tout et de rien, mais en son for intérieur il s’était juré d’essayer de la convaincre de le revoir, il la trouvait très séduisante. A sa grande surprise elle avait accepté aussitôt de le revoir le lendemain, les jours suivants et ce pendant plusieurs mois. D’une petite amourette, leur histoire s’était transformée en quelque chose de plus sérieux et il lui avait demandé de l’épouser. Déjà
à cette époque-là pourtant elle ne manifestait pas beaucoup d’enthousiasme, elle avait dit oui à sa demande mais pourquoi ??A vrai dire il la trouvait un peu timorée mais elle était si jolie !!!
Les années avaient révélé que c’était effectivement une erreur que de l’avoir choisie mais il était trop tard, le mariage avait déjà donné deux fillettes dont il était fou. Pour elles il s’efforçait de faire bonne figure même si certains jours il lui venait des envies de fuir. De tout cela Agathe et sa sœur n’avaient pris conscience que tardivement même si elles se rendaient compte qu’il y avait toujours une certaine retenue dans l’attitude de leur père vis-à-vis de leur mère, une froideur qu’elles ne comprenaient pas.
Il est certain que vivre avec une femme toujours effrayée par la nouveauté ou l’inconnu était pénible, de même que devoir assumer toutes les décisions inhérentes à la vie du ménage. Elle n’avait jamais d’avis personnel et renvoyait les questions qu’on venait de lui poser à son interlocuteur en disant qu’elle ne savait pas ! En réalité elle ne se donnait pas la peine de se déterminer pour une réponse quelconque, c’était devenu un réflexe pour elle de ne pas répondre. Elle avait une petite vie tranquille, monotone, sans intérêt, faite de routine et d’à priori bien ancrés. Ses deux filles lui portaient une affection très limitée. C’était leur mère et cela ne se faisait pas de dire qu’elle était inintéressante. Leurs souvenirs d’enfant étaient teintés de mélancolie, elles avaient beau chercher dans leur mémoire, elles ne pouvaient trouver une seule fois où leur mère aurait accompli pour elles quelque chose qui serait sorti de l’ordinaire, aurait inventé un jeu, ou aurait tout simplement joué avec elles .Elles s’étaient habituées à ne jouer qu’entre elles. Elles n’avaient pas la permission de jouer avec d’autres enfants : trop dangereux en raison de microbes potentiels, parents trop permissifs, enfants mal élevés, activités source de dangers etc. etc.....On aurait pu établir une liste de tous les dangers qu’elle redoutait, elle aurait réussi à en trouver de nouveaux !!
Peu à peu Agathe et sa sœur s’étaient inventé un monde bien à elles dont l’adulte était exclu, un monde fait de codes spécifiques impénétrable même par les autres enfants. De toutes manières elles n’avaient que très peu de contacts avec leurs semblables puisqu’il ne fallait pas contrarier leur mère .C’est ainsi qu’on pouvait les croiser sur le chemin qui descendait à la plage, l’été, dans cette petite station familiale, où chacun se connaissait du moins de vue. Elles marchaient loin devant leur mère, qui portait le matériel de plage, les mains enlacées, épaule contre épaule, semblant poursuivre un conciliabule connu d’elles seules. Elles éclataient de rire parfois, au grand dam de leur mère, qui aurait voulu savoir ce dont il retournait ! Ce qu’elles se disaient n’avaient d’intérêt que pour elles seules. Sur la plage, elles avaient une routine immuable .Elles récupéraient leur serviette auprès de leur mère, l’installaient avec soin sur le sable, pas trop loin de l’océan, dont elles n’avaient pas du tout peur, au contraire de leur génitrice qui poussait des cris d’orfraie lorsque des vagues un peu fortes venaient cogner sur ses mollets. Une fois leur serviette posée, elles se dévêtaient, révélant un maillot de bain qu’elles avaient voulu semblable ne concédant aux adultes que le choix de la couleur .L’une était un peu plus grande que l’autre ; Agathe étant l’aînée c’est elle qui avait l’avantage de la taille, Nelly la suivait de près. Elles se regardaient ensuite d’un air rieur, et, en poussant des hurlements de sauvage à faire dresser tous les cheveux de leur mère sur sa tête, elles se jetaient dans les vagues, que l’eau soit ou non à la bonne température. Cela faisait bondir leur mère qui avait tranquillement posé elle aussi sur le sable ses affaires de plage Elle leur criait des recommandations que ni l’une ni l’autre n’écoutait, elles avaient déjà la tête sous l’eau, et plongeaient encore et encore sans relâche. C’était pour elle le bonheur, pour la mère c’était une angoisse sans fin jusqu’à ce que les deux fillettes sortent enfin de l’eau et viennent s’essuyer .On aurait pu croire qu’elles allaient se calmer mais pas du tout ! Elles se mettaient ensuite à creuser ce trou dont Agathe se souvient ce soir en se promenant. Au début elles se contentaient de creuser et creuser encore jusqu’à qu’elles aient mal aux mains, en se disant que peut être elles réussiraient à faire descendre leur mère dans » leur trou » mais elles ont vite renoncé en entendant ses récriminations. C’est là qu’elles ont décidé de s’enterrer mutuellement pour profiter de leur travail, et un peu vicieusement aussi, pour que leur mère ait de quoi s’affoler. Elles n’ont pas été déçues ! Lorsque celle-ci s’est aperçue soudainement qu’elle ne voyait plus ses filles elle s’est mise à crier ; elle a alors entendu un éclat de rire venant du sable et baissant la tête s’est aperçue qu’elle ne voyait plus que la tête d’une d’elles. La seconde s’était mis un peu à l’écart cachée derrière un parasol voisin, laissant à croire qu’elle aussi avait disparu. Ce petit jeu ne fut pas du tout du goût de leurs parents. Pour une fois leur père ayant été mis au courant se fâcha sérieusement et leur fit promettre de ne pas recommencer afin de ne pas effrayer de nouveau leur mère. Bien entendu elles n’en tinrent pas compte, c’était bien trop amusant. Et les jours suivants, elles s’enfouirent mutuellement dans le sable sans écouter les lamentations de leur mère qui n’en pouvait plus.
Le soir elles avaient droit aux remontrances de leur père qui finit par les menacer de raccourcir les vacances et de les ramener chez elles. Cela serait beaucoup moins drôle sans la plage ni la mer avec la seule perspective de longues journées et les murs de leurs chambres pour tout horizon, puisqu’elles n’avaient pas le droit d’aller jouer à l’extérieur avec leurs amis. Au lieu de cesser leur activité, cela ne fit que décupler leur désir de s’amuser aux dépens de leur mère et c’est sans hésitation qu’elles continuèrent à s’enterrer. Leur père était reparti. Ses congés étant terminés, il les avait laissées en compagnie de leur mère pour deux ou trois semaines supplémentaires. (Non sans les sempiternelles recommandations d’usage avant de partir, auxquelles elles avaient acquiescé comme de gentilles petites filles sages !!!)Agathe se souvient de ces jours de vacances ensoleillés, ce sont les derniers souvenirs qu’elle conserve de Nelly. Les journées se déroulaient immuablement de la même manière. Le matin elles se levaient tard, après avoir discuté et ri jusqu’à une heure tardive de la nuit, cachées sous leurs draps, pour que leur mère ne les entende pas. Elles déjeunaient sur la terrasse de la petite villa qu’elles occupaient, écoutant d’une oreille distraite le bavardage de l’adulte qui leur posait des questions auxquelles elles n’avaient pas envie de répondre. Elles étaient dans un autre monde, celui des rêves et des fantasmes, un monde dans lequel tout était possible, où il n’y avait pas de place pour les obstacles et les difficultés, où seuls leur désir et leur volonté semblaient être les maitres. Les journées étaient lisses, sans faille, et demain semblait aussi facile à appréhender qu’aujourd’hui ! Leur petit déjeuner pris, elles se préparaient ensemble, l’une prenant sa douche pendant que l’autre s’habillait, tout en entendant la mère récriminer que ce n’était pas correct de se trouver ensemble dans la salle de bains .La nudité posait problème à l’autorité maternelle. Elles étaient tellement semblables qu’elles auraient pu être jumelles, et, ne voyaient pas pourquoi elles auraient dû sacrifier à cette autorité leur désir de se trouver ensemble dans la salle de bains .Leur corps n’était pour elles qu’un moyen de se déplacer et de jouer, elles ne voyaient rien d’inconvenant à se montrer l’une à l’autre. Une fois leur toilette terminée et habillées, elles revenaient dans leur chambre où elles avaient entrepris de mettre par écrit toutes les aventures qu’elles se racontaient le soir dans leur lit. Agathe dictait, Nelly écrivait non sans tirer la langue, l’orthographe n’étant pas sa matière préférée, mais l’œil exercé de son aînée venait rectifier les fautes qui parsemaient le texte. Elles prenaient plaisir à cette activité et s’étaient juré que devenues adultes elles continueraient à écrire ensemble. Leurs histoires racontaient toujours à peu près les mêmes choses ; pas question de prince charmant ou de princesses éplorées à délivrer, elles étaient bien plus réalistes ! Il était question de parents qui n’aimaient pas leurs enfants, qui les empêchaient de faire ce qu’ils voulaient, et par ricochet de ce que ces enfants allaient faire pour se venger .Bien entendu elles ne se nommaient pas expressément dans ces récits, elles ne tenaient pas à ce que leurs parents les reconnaissent si par hasard ils tombaient sur leurs cahiers ! C’était pourtant cousu de fil blanc mais elles étaient tellement naïves encore. Leur imagination n’avait pas de limites, et les solutions proposées pour se venger de parents indignes, étaient plutôt redoutables. Elles se complaisaient à donner des détails sur ce qu’elles feraient subir à leurs victimes et s’en régalaient. Elles n’étaient pourtant pas malheureuses avec leurs parents ; elles auraient aimé simplement que leur mère cesse de geindre sans arrêt, et que leur père prenne sa défense.
C’est ainsi qu’un soir, lors de leurs discussions nocturnes, elles mirent au point un plan pour échapper à l’atmosphère pesante que faisait régner leur mère avec ses plaintes et ses interdits constants. Elles en discutèrent longuement, mais ne voulurent pas le mettre par écrit au cas où le cahier serait découvert. Tout était prévu : les vêtements pour partir, les sacs à dos emportés habituellement pour faire des excursions les weekends quand leur père venait, des provisions prises ici et là dans les divers placards de la maison, une lampe de poche, un couteau oublié sur la plage et qu’elles avaient récupéré sans le dire, et des serviettes de plage pour se tenir chaud ,les sacs à dos n’étant pas assez grands pour contenir duvet ou petite couverture. Elles avaient réussi à prendre de ci de là un peu d’argent dans le porte-monnaie de leur mère lorsque celle-ci les envoyait chercher le pain, et le soir, leur mère endormie, elles avaient pris les billets qui restaient dans son portefeuille sachant qu’elle ne s’en servirait pas de suite, les courses étant faites pour plusieurs jours. C’était parfait comme préparation. Elles savaient qu’il leur faudrait d’abord marcher sur un petit chemin sombre pour gagner la gare routière mais à deux se sentaient tous les courages. Le lendemain elles passèrent une journée normale, les rituels familiers en place, ce n’était pas la peine d’éveiller les soupçons. Elles jouèrent, se moquèrent de leur mère qui les exhortait à ne pas recommencer à s’enfouir dans le sable, allèrent se baigner en poussant des cris de sauvages, bref une journée ordinaire !!Le soir venu, elles se mirent en tenue de nuit, dirent bonsoir, et partirent dans leur chambre. Leur mère vint vérifier qu’elles étaient bien endormies, les trouva respirant paisiblement chacune dans leur lit les draps remontés jusqu’au menton.
Une fois qu’elle fut sortie de la chambre, elles repoussèrent d’un seul élan les draps et se dressèrent comme deux petits diables hors de leur boîte .Sans parler elles enfilèrent la tenue prévue, mirent les sacs sur le dos, en tenant leurs chaussures à la main, de peur de faire grincer les lattes du parquet, et à pas de loup sortirent de la maison. Jusque-là c’était un jeu d’enfant. Une fois à l’extérieur elles enfilèrent les chaussures de sport et se mirent en route. Tant qu’elles furent dans la rue, tout sembla facile ; les réverbères les éclairaient suffisamment, elles marchaient d’un pas assuré. Elles croisèrent deux ou trois personnes, qui les regardèrent un peu curieusement mais ne firent aucune remarque. Sans doute avaient-elles une allure tellement déterminée, qu’elles savaient sans nul doute où elles allaient. Et puis il n’y eut plus personne dans les rues. Le monde s’offrait à elles, elles étaient libres. Elles s’engagèrent sur le petit chemin, dans l’obscurité la plus totale. Agathe sortit la lampe de poche de son sac, et prit la main de Nelly dans la sienne, sans doute autant pour rassurer sa sœur que pour se rassurer elle-même. Elles ne parlaient pas, attentives seulement à ne pas trébucher sur les pierres .Elles entendaient au loin les vagues qui venaient se briser sur la grève et le bruit familier les rassurait. Des branches craquaient, des oiseaux de nuit poussaient des hurlements à les faire frémir, mais elles restaient attentives à leur marche ne voulant pas tomber dans le fossé empli d’une eau stagnante et nauséabonde.
Agathe pourtant se risqua à poser une question :- tu crois qu’on va y arriver ? Pour une fois c’était elle, la plus grande, qui avait besoin d’être rassurée. Nelly lui prit la main, la garda étroitement serrée dans la sienne et cette pression suffit à Agathe .Le chemin se divisait en deux au bout d’un bon kilomètre, elles restèrent hésitantes à la bifurcation, ne sachant trop quelle direction choisir, pour elles il n’y avait qu’une possibilité, c’était la gare routière. Or elle n’était pas indiquée sur les panneaux, seuls le nom de deux petits villages étaient notés ! Dans lequel des deux se situait donc la gare ??Sur le panneau de gauche il était écrit :Avezay :2kms,sur celui de droite :Bastre :2kms également. Il fallait choisir et ne pas se tromper.2 kms dans la nuit cela faisait à la fois peu et beaucoup pour des jambes de fillettes. Comment se décider ??C’est alors qu’Agathe prit la décision qui allait changer le cours de sa vie à jamais, elle dit à sa sœur :-toi tu vas rester là devant les panneaux, et moi je vais aller jusqu’au virage là-bas voir si j’aperçois un autre écriteau qui indique la gare. Tu ne bouges pas, je te laisse la lampe de poche, la lune est grosse ce soir, il y aussi des étoiles j’y verrai assez pour marcher .Tu n’auras qu’à faire clignoter la lampe de temps en temps, comme ça je verrai en me retournant que tout va bien .Elle n’était pas aussi sûre d’elle qu’elle semblait le laisser croire à Nelly, mais elle ne voyait pas comment elles allaient faire pour trouver cette fichue gare ! Il était impossible de prendre le premier sentier et de courir le risque de ne pas se trouver au bon endroit. Il faudrait alors rebrousser chemin, emprunter le second ce qui accumulerait les kms et la fatigue pour sa petite sœur. Elle ne pensa pas une seconde que ce n’était pas une bonne solution, elle était l’aînée, il fallait qu’elle ménage sa cadette. Elle prit sa sœur dans ses bras, l’embrassa très fort pour lui insuffler un peu de son courage. Si seulement elle avait pu savoir que les bonnes intentions ne suffisent pas toujours pour que le destin s’en accommode !
Nelly s’installa au croisement devant les panneaux indicateurs, la lampe tenue d’une main tremblotante, de l’autre main elle adressa des signes à Agathe qui commençait à avancer en se retournant régulièrement pour montrer qu’elle respectait ce qui avait été convenu. Au bout d’une centaine de mètres, Agathe commença à marcher plus lentement. L’obscurité la gênait, elle devait prendre garde où elle posait les pieds au risque de se tordre la cheville. Elle ne pouvait plus se retourner pour voir le signal lumineux de la lampe. Elle ne savait pas du tout où elle allait, et elle commençait à avoir un peu peur. Le noir de la nuit, malgré la pleine lune et les étoiles, ne suffisait pas à la rasséréner, et elle avait très envie de revenir en arrière. Mais sa fierté et l’assurance de vouloir mener à bien la décision prise en tant que sœur aînée l’empêchèrent de céder à son désir. Elle continua d’avancer sur le chemin et aperçut au loin les lumières tant convoitées de la gare routière. Elle fit demi-tour aussitôt pour aller porter la bonne nouvelle à Nelly ,mais mit un peu plus de temps au retour qu’ à l’aller, de gros nuages ayant momentanément caché la lune. Elle trébucha de nombreuses fois, tomba même une ou deux fois en poussant de grandes exclamations, qui devaient signaler à sa sœur qu’elle se rapprochait d’elle. Elle fut enfin en vue de la fourche où elle avait laissé Nelly, se réjouit de lui dire qu’elle n’aurait pas à tester les deux routes et finit les derniers mètres en courant pressée de la revoir.
Elle ne comprit pas de suite. Le sac à dos était là par terre, la lampe de poche aussi toujours allumée, mais pas de Nelly. Elle pensa d’abord que la petite l’entendant arriver au pas de course s’était cachée derrière un buisson, et sourit. Elle se mit à fredonner doucement d’abord puis plus fort pour signaler qu’elle était vraiment de retour. Aucune réaction, le silence d’apaisant devenait oppressant .Elle appela Nelly, Nelly, ça suffit maintenant sors de ta cachette je suis là, il faut qu’on se remette en marche pour aller à la gare si on veut partir. Toujours aucune réponse. Soudain elle réalisa qu’elle avait laissé Nelly seule alors qu’elle n’avait que dix ans. Elle avait certainement eu très peur et sans doute était-elle repartie à la maison sans attendre le retour de son aînée. Pourtant elle n’en était pas sûre malgré tout et elle ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il était arrivé quelque chose. Elle hésita sur la décision à prendre : fallait-il retourner vite jusqu’à la villa, fouiller les alentours, ou demander de l’aide ? Elle n’avait que 13 ans, sa détermination ainsi que les griefs envers leur mère disparaissaient derrière l’angoisse d’avoir conduit sa sœur vers quelque chose de terrible et d’irréversible.
Elle réitéra ses appels : « Nelly, Nelly où te caches tu ? Je ne te vois pas, tu me fais peur, allez viens ».Sa voix n’était plus aussi assurée, elle chevrotait un peu, elle sentait qu’elle était au bord des larmes. Après plusieurs appels, les larmes se mirent à couler le long de ses joues, elle tournait en rond ne sachant plus que faire. Elle avait parfaitement conscience que jamais sa sœur ne serait restée cachée aussi longtemps dans l’obscurité, qu’elle n’aurait pas abandonné son sac au milieu du chemin avec la lampe de poche à côté c’était stupide. Pourquoi aller se faufiler dans les buissons sans avoir de lumière pour trouver la cachette idéale? Nelly était maligne et elle était aussi très joueuse mais pas cette nuit-là ! Le but était trop important .Elle ne voulut pas renoncer à chercher, et, sa lampe allumée elle s’avança sur la plage, scrutant le noir de la nuit et essayant de trouver des indices qui lui prouveraient que sa sœur était passée par là. Mais tout ce qu’elle vit, ce fut une étendue sans fin de sable où qu’elle porte son regard, des débris charriés par la mer car la marée descendait et laissait les cadeaux empoisonnés des navires au large (poches plastique, bouteilles en tout genre, bouts de bois, bidons etc. etc.).Cette plage qui lui semblait tellement familière sous le soleil lui paraissait hostile et dangereuse. Elle marcha quelques centaines de mètres sans trouver la preuve que Nelly était bien passée par là, puis décida de repartir en arrière et de regagner le chemin.
Elle ne pouvait pas continuer l’aventure projetée, il fallait qu’elle aille chercher de l’aide. Elle récupéra le sac à dos de sa sœur ainsi que sa lampe et se remit en marche jusqu’à leur maison de vacances. Elle pleurait toujours sans s’en rendre compte, ses pensées tourbillonnaient dans sa tête : où était donc sa petite sœur qu’elle aimait si fort, pour laquelle elle aurait fait n’importe quoi, celle qui était toujours là quand elle se faisait gronder, qui venait la trouver le soir dans son lit pour se rassurer et qui se blottissait contre elle pour dormir ? Qui ou quoi avait pu se trouver sur son chemin ??Elle arriva hors d’haleine en vue de leur rue ; elle avait couru tout le long du chemin, pensant que si elle allait très vite peut-être y aurait-il un espoir que tout s’arrange ?Elle fut obligée de frapper à la porte d’entrée ,leur mère avait poussé le verrou après leur sortie, ignorant que les fillettes n’étaient plus dans leur chambre. Toute ensommeillée, celle-ci vint ouvrir, et trouva Agathe sanglotant sur le pas de la porte : »Nelly a disparu Nelly a disparu, je suis désolée, je ne voulais pas, je ne voulais pas, il faut la retrouver maman s’il te plaît, s’il te plaît !! »Elle hoquetait tellement fort que sa mère ne comprenait pas bien ce qu’il se passait, mais la vue de son aînée devant la porte suffit à la réveiller complètement. Elle l’attrapa par le bras et se mit à la secouer de toutes ses forces : « où est ta sœur ??Hein où est ta sœur ? Qu’avez-vous imaginé toutes les deux encore ? Vous croyez que je ne m’inquiète pas assez sans doute ? Réponds-moi : où est Nelly ?où est-elle, tu vas me le dire oui ou non ? »
Agathe ne pouvait que pleurer et pleurer encore, sans pouvoir s’arrêter. Entre deux sanglots, elle arriva à expliquer qu’elles étaient parties toutes les deux sur le chemin qui menait à la gare routière sans donner le motif réel de leur départ ni leur destination ce n’était pas important .Leur mère devait croire que ce n’était qu’une petite escapade sans lendemain. »Mais qu’est ce qui t’es passé par la tête Agathe ? C’est toi qui l’as entraîné là-dedans ??Reconnais le c’est toi ? Tu es l’aînée pourtant, tu veux ma mort c’est ça, tu veux ma mort ! « 
« Maman, maman arrête s’il te plaît il faut prévenir la police, les voisins, il faut retrouver ma sœur, vite, vite .Elle doit avoir tellement peur. » »
« C’est ta faute, c’est ta seule faute tu n’avais qu’à réfléchir avant de l’entraîner dans tes bêtises. »
Et la mère continua sa litanie de reproches pendant que le temps précieux où on aurait pu se mettre à la recherche de la petite disparue s’écoulait. Elle se décida enfin à prendre le téléphone sur la tablette de l’entrée et composa le numéro de la gendarmerie. Au bout du fil elle eut le planton de service qui ne comprenait rien à ce qu’elle tentait de lui expliquer. Agathe lui arracha le combiné des mains et fut concise mais très claire. »Monsieur, ma petite sœur et moi avons voulu partir de la maison ce soir, nous avons pris le chemin qui mène à la gare routière et au croisement d’Avezay et Bastre nous nous sommes séparées. J’ai voulu aller jusqu’au premier virage voir si nous étions dans la bonne direction, j’ai laissé ma petite sœur Nelly seule sur le chemin avec son sac à dos et sa lampe de poche allumée mais quand je suis revenue en arrière elle n’était plus là ; il ne restait que son sac et sa lampe toujours allumée. Je l’ai cherchée partout en l’appelant, je suis allée aussi sur la plage : elle était déserte. Il faut la chercher Monsieur s’il vous plaît et la retrouver elle n’a que 10 ans et elle a peur toute seule dans le noir »
Après cette longue tirade Agathe se tut, au bout du fil elle entendit le gendarme de service appeler ses collègues et leur répéter de ce qu’elle venait de lui expliquer clairement. »Ne bouge pas ma petite lui dit-il gentiment nous arrivons .Elle reposa le téléphone, regarda sa mère et lui dit : »c’est à cause de toi, moi j’ai convaincu Nelly de faire une fugue, mais c’est toi la responsable ! Tu es toujours en train de te plaindre, tu ne nous laisses jamais rien faire, tu as
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien écrite et réussie ! Mon vote ! Vous avez voté une première fois pour “ De l’Autre Côté de Notre Monde” qui est en Finale pour la Matinale en cavale. Une invitation à confirmer votre soutien si vous l’aimez toujours ! Merci d’avance et bonne journée !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/de-l-autre-cote-de-notre-monde

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Philshycat · il y a
Prenant !
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Reveuse · il y a
donc il faut être persévérant ou pas c'est comme on veut!!!
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Reveuse · il y a
la nouvelle est en trois parties je n’avais pas le nombre de signes requis