Une vie gravée

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Emma a 25 ans, des cheveux courts et noirs et un visage angélique surplombe son grand corp frêle, sa peau est d’une extrême blancheur, apparaît sous une belle robe en dentelle et elle a toujours le sourire. Elle est ce matin là devant ce café de quartier et attend gaiement l’ouverture.
La gérante, Berthe il est difficile de lui donner un age, car son visage autoritaire et froid paraît avoir traverser les siècles mais son corps solide et robuste semble jeune et vigoureux tant les aléas de la vie et la dureté de son métier lui ont fait garder une santé physique hors du commun.
Les deux femmes semblent bien se connaître même si Emma n’est jamais bavarde. Berthe se dépêche de lui ouvrir sa buvette, composée d’une simple pièce avec un modeste comptoir en zinc et un choix de deux bières locales en tireuse.
Emma s’assoit discrètement dans le coin le moins éclairé de la salle elle semble avoir ses petites habitudes. Pendant ce temps la Berthe s’affaire déjà à lui préparer un café.
Emma sort de son sac un grand carnet avec une reliure noir en cuir et elle se met rapidement à écrire avec un stylo rouge et au fil des mots qui glissent sous sa main son visage s'éclaircit d’un large sourire.
Berthe vient discrètement lui déposer son café sur sa table et en profite pour jeter un oeil bienveillant à son écrit. Emma écrit toujours son conte pour enfant et elle apprécie le regard froid mais sincère de la tenancière sur son travail.
Au bout de quelques heures et de nombreuses pages remplis d’encre, Emma remercie la tenancière et rentre chez elle.
Elle n’habite pas très loins, dans un complex HLM. Elle est au coeur d’un corps énorme de bétons. Son appartement de 40 m² n’est qu’une réplique des 253 autres qui compose ce bloc au longs couloirs lugubre.
On retrouve Emma une semaine plus tard toujours attablé avec son carnet. Ses jolies robes de couleurs ont laissé place à un long manteau noir qu’elle garde en s'asseyant malgré la chaleur. En lui apportant son café, Berthe prend conscience de la froideur et du silence inhabituelle d’Emma et lui demande si tout va bien du regard en lui posant une main maternelle sur l’épaule. Emma lui sourit comme sourirait un enfant malade, elle semble endormi. Cette fois-ci Emma rajoute un petit cachet blanc dans son café, en la voyant faire Berthe part dans son arrière et revient avec une petite fiole. Elle la dépose sur la table et explique à Emma que son mari était un botaniste et que depuis sa mort il y a quelques années elle a gardé tous ses flacons dont celui la qui fait des miracle pour combattre la dépression. elle lui ajoute :
“Sans celui la je me serais jamais remise de son départ ma petite Emma !”
Emme la regarde d’un air honteux, son visage pâlit, lui dit merci d’un signe de tête et part brusquement sans prendre le flacon et en tirant sur les manches de son long manteau.

Une semaine plus tard.
Ce matin là en arrivant Berthe remarque au loin Emma qui attend devant son bar, elle semble impatiente que la gérante vienne lever son rideau de fer. Elle a déjà commencé à écrire agenouillé contre la grille de la buvette.
Berthe est surprise de la voir si tôt elle lui demande si tout va bien : “Surtout que ça fait une semaine que je t’ai pas vu ma petite”.
Emma ne répond pas et se faufil à sa place, Berthe lui prépare son café tout en la surveillant du coin du regard, elle remarque que cette fois-ci Emma écrit de manière frénétique sans jamais marquer de pause.
En lui apportant son café Berthe tente d’engager une conversation et lui jette un “Eh ben dit donc t’es drôlement inspirée aujourd’hui !”
Emma semble muette ce qui ne surprend pas Berthe mais quand cette dernière vient regarder par dessus son épaule Emma fait un mouvement brusque pour cacher ses écrits.
Les heures passent et quand vient le soir Emma est toujours là, à écrire elle semble appuyer de plus en plus fort sur la pointe de son stylo rouge. Et ce n’est qu'après avoir reçu un bref appel, qu’elle décide de quitter l'établissement de manière inquiète après avoir rajouté quelques lignes en écrasant fortement son stylo sur les dernière pages de son carnets.
Emma dit à Berthe :
“Marco, mon mari, s’inquiète ! je dois y aller... A demain ma Berthe !” puis claque la porte de la buvette sans attendre de réponse.
Il est une heure du matin quand le dernier client de Berthe quitte son établissement, elle se met alors à nettoyer les tables une par une comme chaque soir et elle découvre, gravé légèrement dans le bois de la table ou s’assoit Emma : “ME TUER, ME TUER, ME TUER, ME T”.
Il reste des morceaux de feuilles du carnet d’Emma coincé dans les rainures de ces mots.
Berthe a la sang qui se glace, s’assoit et fixe pendant un long moment, les mots d’Emma, gravés au travers de son carnet.

Le lendemain Emma ne revient pas au bar, les jours se suivent et cela fait maintenant cinq jours que Berthe est dans l’attente. Chaques jours elle espère entrevoir Emma mais tous les soirs elle ne voit que ses mots gravés sur la table qui l’angoisse de plus en plus.
Une angoisse qui se trahit sur son visage et qui va atteindre son paroxysme quand le lendemain Berthe utilise son jour de repos pour aller rendre visite à Emma.
Devant l’appartement Berthe hésite à sonner et, prête à rebrousser chemin, elle croit entendre Emma sangloter. Elle sonne alors à la porte, une voix d’homme lui demande qui est la, elle lui explique et elle lui dit qu’elle voudrait avoir des nouvelles d’Emma.
Marco lui ouvre, c’est un homme grand, d’une trentaine d’années les cheveux courts comme un militaire, des yeux noirs couplé à un regard dur lui donne une stature imposante. Il semble en sueur et légèrement rouge. Il la scrute de manière agacé et lui dit avec un sourire forcé : “Emma va très bien elle a juste besoins d’un peu de repos ne vous inquiétez pas, elle a attrapé froid cette nigaude.”
Sur ces mots il referme la porte. Berthe reste un peu assommée, elle a rarement eu peur d’un homme mais cette fois ci c’est différent il s’agit d’Emma, elle est comme sa fille.

Le lendemain Emma revient au bar juste avant la fermeture c’est une heure inhabituel. Ses beaux yeux bleus semblent vraiment noircis par autre chose que la fatigue. Mais avant qu’elle n'ait pu répondre à toute les questions angoissé de Berthe Marco surgit dans le bar et tout en faisant un grand sourire à Berthe et en s’excusant de la part d’Emma, il empoigne fortement Emma qui ne se défend pas et se laisse emporter sans dire un mot en dehors du bar en oubliant même son sac à main.

Berthe remarque le sac et en l’empoignant, le carnet d’Emma tombe. Elle le saisit et la curiosité l’emportant, elle se décide à le lire. Le carnet est gribouillé de partout, les jolies contes ont laissé place à des phrases qui se répètes et qui décrivent le quotidien affreux d’Emma.
La dernière phrase la glace : “Je crois que je ne supporterai pas de tomber enceinte de ce démon.. je ne le supporterai JAMAIS JAMAIS JAMAIS JAMAIS”

Quatre jours plus tard Berthe apprend qu’une femme est malheureusement morte par accident dans son village, elle aurait glissé dans les escaliers
de son immeuble. Berthe reconnaît, horrifiée, le visage d’Emma sur le journal.

Quelques jours après, durant les funérailles d’Emma, Berthe remarque la désinvolture de Marco et à quel point il semble faire semblant d'être impacté par cette tragédie.

Le lendemain Berthe décide d’offrir un verre à Marco. Elle vient le voir chez lui et lui propose de venir le soir même pour le réconforter et lui rendre des affaires personnels d’Emma qui pourrait l’intéresser. Marco accepte à contre coeur et se rend au bar.
Berthe l’accueil avec un grand sourire et lui propose de s’assoir a la place habituel d’Emma. Il s’assoit et une bière mousseuse l’y attend déjà. Il commence à la boire sans remercier Berthe mais remarque après quelques gorgés que le bar est bien silencieux. En effet il est maintenant seul dans la pièce. Il appelle Berthe mais elle ne répond pas. Il reconnaît soudainement sur la table le carnet d’Emma. Il l’ouvre, le lit puis se met à commenter à haute voix les passages les plus horribles le concernant : “Non mais vous allez pas me dire que vous croyez cette connasse ? Ah mais mentir mais c’est ce qu’elle savait faire de mieux ça ! Même dans la mort elle vient m’accuser avec ses conneries ! Putain !”
Sur ses mots Marco se lève pour se diriger vers l’arrière boutique du bar mais se rend compte que toutes les portes sont verrouillées. Il tente alors d’en défoncer une mais finit par s’écrouler et se met à convulser sur le sol.
A quelques mètre de là, Berthe est figée et grelottante derrière la porte de son arrière boutique elle serre de toutes ses forces un flacon presque vide ou l’on peut lire “Strychnine”.
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