une vie de merde

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Elle nous a demandé d'écrire la suite de l'histoire qu'elle venait de nous lire. On participe à un concours. J'aime bien les ateliers d'écriture. c'est calme. Curieusement, alors qu'on est capable de mettre une pagaille de fous dans les cours, ici, on travaille. Chacun sur notre pc, on s'évade.

Aujourd'hui, je n'arrive à rien. Elle nous laisse mettre un peu de musique, j'écoute mon groupe préféré, mais les mots ne me viennent pas.

Elle s'approche, me demande si ça va. J'aime bien sa gentillesse. elle n'en fait pas trop, ne cherche pas à faire semblant de nous comprendre, de nous connaitre.

— Je ne sais pas quoi dire. je n'ai pas envie de mentir, on attend de nous une suite style: je vais l'aider, le pauvre...

Le petit texte démarre ainsi : tu descend dans le parking de ton immeuble, tu as oublié un livre dans la voiture et tu vois un gamin de ton âge dans un coin. Il a essayé de faire du feu, il tremble il te dit "pas appeler police, j'ai faim, s'il te plait. Tu le reconnais, c'est celui qui fait parfois la manche au coin de la rue. chez toi, tout le monde t'attend, c'est le soir de Noël.

— Et toi tu ne veux pas l'aider ?

je réponds brusquement

— Non, chacun sa merde, la vie y'a pas que pour lui que c'est compliqué.

— Et bien, écris le

Je la regarde étonnée, elle a l'air sérieuse.

— Des fois, on ne peut pas aider les autres. Soit on n'en a pas envie, comme tu dis, ou on ne peut pas. C'est un angle de vue intéressant, vas y fonce, comme tu dis, les textes qu'ils vont recevoir risquent d'aller dans le sens des bons sentiments, alors toi surprends les par autre chose.

Un sourire, elle s'éloigne. Je me retourne vers l'écran, place mes doigts au dessus du clavier. Je le vois, ce gamin de mon âge, frissonnant dans un coin sombre. Je prends le livre dans la voiture, d'ailleurs ce concours n'est pas fait pour les jeunes comme moi, qu'est ce qu'on a en à faire des livres, hein ? bon je réfléchis, ça peut être un livre que j'ai piqué pour ma petite sœur, vu que c'est Noël. Je remonte sans lui dire un mot, ce qui fout là j'en ai rien à foutre. Et puis c'est pas de la police qu'il devrait avoir peur, elle vient rarement par ici, de toute façon c'est pas mon problème, qu'il se démerde on m'attend chez moi. Tu parles, on m'attend c'est un bien grand mot, mon père est avachi sur le canapé, la bouteille de whisky qu'il s'est achetée un peu plus tôt dans la journée est posée sur la table basse, à moitié entamée. Ses yeux sont injectés d'alcool, il pue. Je le regarde avec un mélange de dégoût et de pitié. En passant devant la cuisine, j'aperçois Stéphanie, sa copine. Elle me fait un sourire. Comment a t'il fait pour se trouver une meuf, dans l'état où il est ? Et elle, comment fait elle pour rester ? Ils passent leur temps à s'engueuler, sans compter le nombre de gifles qu'il lui balance quand elle lui tient tête trop longtemps. Je m'en fiche, au moins c'est plus sur ma mère qu'il cogne. Elle, elle s'est tirée il y a deux ans. La plupart du temps, on vit chez elle, juste quelques immeubles plus loin. Elle s'est trouvée un nouveau Jules, le cinquième ou peut être le sixième, je ne compte plus, et ils ont décidé de prendre quelques jours de vacances. Tant pis pour Noel, vous pouvez bien allez un peu chez votre père, il a le droit de vous voir lui aussi. Tu parles, belle excuse pour se débarrasser de nous oui ! Depuis qu'elle a quitté le foyer, elle se rattrape, comme elle dit, elle veut profiter de la vie. On ne rentre pas souvent dans son programme.

Moi je pense qu'on devrait avoir le droit de voir ses enfants à condition de bien s'en occuper. Il faut maintenir le lien familial, bla bla bla c'est le baratin de l'assistante sociale quand j'ai demandé si je pouvais être placé dans un foyer.

Mon pote m'appelle, me propose de le rejoindre

— Ramène toi, on est juste en bas.

J'enfile mon blouson que j' avais jeté sur une chaise.

— Où tu vas encore, gueule mon père, on va bientôt passer à table

Je ne réponds pas, claque la porte derrière moi. Fuir.

Mes potes, je les connais depuis l'enfance. Pas facile de grandir dans une cité, ses murs gris et la saleté comme horizon. Mais l'amitié est là, aide à passer le temps, même si elle peut être exigeante et cruelle.

Ils sont cinq, assis sur la murette devant l'entrée du bâtiment. Un joint circule. Soudain, je repense au gamin dans le sous sol. Il peut pas rester là. La cité a sa loi, ceux qui n'y vivent pas n'ont pas de droit d'entrée. Et lui, il fait partie du clan des gitans. Ils vivent en amont de la cité, je les vois parfois mendier au coin de la rue du supermarché. Je sais qu'ils ont la réputation d'être de très bons voleurs, mais ici ils n'entrent pas. Chacun son territoire. Eux revendent de la ferraille entre autres, ici c'est la dope, un business bien plus lucratif. Je marmonne une vague excuse et je vais le rejoindre. il est toujours au même endroit, son regard apeuré croise le sien. Si t'a peur, t'es fichu, ai je envie de lui crier. Je me laisse tomber à coté de lui, sort un paquet de cigarette et lui en propose une.

— Tu dois partir d'ici, si les plus grands te trouvent, tu vas passer un mauvais quart d'heure, tu comprends ?

Il hoche de la tête.

— Moi pas bien parler français mais bien comprendre.

— Qu'est ce que t'es venu foutre ici ?

Il ne me répond pas, tire quelques tafs puis me fixe. L'envie de tout déballer doit être la plus forte car soudain il me déverse son histoire. j'ai presque envie de l'arrêter, je n'ai pas demander à tout savoir mais je n'en fais rien. Malgré son français approximatif j'arrive à saisir l'essentiel de son récit. J'apprends qu'il s'appelle Diego, il est arrivé dans ce camp il y a deux ans suite au décès de ses parents en Espagne. C'est son oncle qui s'occupe de lui maintenant. Mais il est une bouche de plus à nourrir alors il doit ramener tous les jours 20 euros. Sinon, il ne mange pas, sinon on le bat. Aujourd'hui il a réussi à avoir bien plus , le supplément il l'a mis dans sa cachette, il économise sous par sous pour pouvoir se barrer. où il sait pas, il veut juste partir. La suite ? Classique, son oncle a trouvé sa cachette et a commencé à lui mettre une branlée terrible. Aujourd'hui il s'est rebellé, ses sous, c'était son espoir. Il a craché sur ce fumier. Tous les autres lui sont tombés dessus, il a réussi à leur échapper. il s'est réfugié dans la cité,

— Ils ne viendront pas me chercher ici.

Là il a raison. l'animosité est telle entre les deux groupes que les gitans ne franchiront pas la limite qui leur est impartie.

je me lève, je vais partir. Et puis soudain, je m'entends lui dire :

— Allez viens.

Il me suit sans hésitation. de toute façon, il n'a pas trop le choix, autant me faire confiance. je le ramène dans l'appartement, mon père n'a pas bougé de son canapé et lève à peine un regard vers nous. Il s'en fout de ce que je peux faire, du moment que je lui fiche la paix. Je regarde mon téléphone, pas un appel de ma mère, merde ce soir c'est un peu spécial non ? J'ai quinze ans et j'ai envie de pleurer. J'ai la rage, comme on dit. Je sais où le vieux planque son fric. Il est au RSA mais quand il est dans de bons moments, de plus en plus rare, il est mécano. Au black. Je prends l'enveloppe, je sais qu'il y a mille euro dedans, il s'en est vanté ce matin. Et il n'a certainement pas pioché dedans pour nous acheter des cadeaux, à ma frangine et moi, non plutôt pour s'acheter sa bouteille...

Je la donne à Diego.

— Tires toi maintenant et...

Soudain, quelqu'un me tape doucement sur l'épaule, je sursaute. je mets un moment à revenir à la réalité, c'est la prof.

— Ca vient bientôt sonner, tu as été inspiré finalement.

Je m'écarte un peu pour qu'elle puise lire.

— Et bien, tu as décidé de l'aider.

— J'ai juste une dernière phrase à écrire.

Oui, la fin de cette histoire. Car c'est juste une histoire, pas vrai ?

Diego prend l'enveloppe, regarde rapidement à l'intérieur, me regarde. Je vois l'émotion dans son regard, je sens l'espoir qui renaît en lui. Peut on vivre sans cela ? Croire que demain sera différend, n'est ce pas cela qui nous permet d'avancer, coûte que coûte ?

Il est devant la porte d'entrée, il va sortir, sortir de ma tête, Il se retourne et me dis avec son sourie si confiant

— Toi, venir  ?






































Elle nous a demandé d'écrire la suite de l'histoire qu'elle venait de nous lire. On participe à un concours. J'aime bien les ateliers d'écriture. c'est calme. Curieusement, alors qu'on est capable de mettre une pagaille de fous dans les cours, ici, on travaille. Chacun sur notre pc, on s'évade.

Aujourd'hui, je n'arrive à rien. Elle nous laisse mettre un peu de musique, j'écoute mon groupe préféré, mais les mots ne me viennent pas.

Elle s'approche, me demande si ça va. J'aime bien sa gentillesse. elle n'en fait pas trop, ne cherche pas à faire semblant de nous comprendre, de nous connaitre.

— Je ne sais pas quoi dire. je n'ai pas envie de mentir, on attend de nous une suite style: je vais l'aider, le pauvre...

Le petit texte démarre ainsi : tu descend dans le parking de ton immeuble, tu as oublié un livre dans la voiture et tu vois un gamin de ton âge dans un coin. Il a essayé de faire du feu, il tremble il te dit "pas appeler police, j'ai faim, s'il te plait. Tu le reconnais, c'est celui qui fait parfois la manche au coin de la rue. chez toi, tout le monde t'attend, c'est le soir de Noël.

— Et toi tu ne veux pas l'aider ?

je réponds brusquement

— Non, chacun sa merde, la vie y'a pas que pour lui que c'est compliqué.

— Et bien, écris le

Je la regarde étonnée, elle a l'air sérieuse.

— Des fois, on ne peut pas aider les autres. Soit on n'en a pas envie, comme tu dis, ou on ne peut pas. C'est un angle de vue intéressant, vas y fonce, comme tu dis, les textes qu'ils vont recevoir risquent d'aller dans le sens des bons sentiments, alors toi surprends les par autre chose.

Un sourire, elle s'éloigne. Je me retourne vers l'écran, place mes doigts au dessus du clavier. Je le vois, ce gamin de mon âge, frissonnant dans un coin sombre. Je prends le livre dans la voiture, d'ailleurs ce concours n'est pas fait pour les jeunes comme moi, qu'est ce qu'on a en à faire des livres, hein ? bon je réfléchis, ça peut être un livre que j'ai piqué pour ma petite sœur, vu que c'est Noël. Je remonte sans lui dire un mot, ce qui fout là j'en ai rien à foutre. Et puis c'est pas de la police qu'il devrait avoir peur, elle vient rarement par ici, de toute façon c'est pas mon problème, qu'il se démerde on m'attend chez moi. Tu parles, on m'attend c'est un bien grand mot, mon père est avachi sur le canapé, la bouteille de whisky qu'il s'est achetée un peu plus tôt dans la journée est posée sur la table basse, à moitié entamée. Ses yeux sont injectés d'alcool, il pue. Je le regarde avec un mélange de dégoût et de pitié. En passant devant la cuisine, j'aperçois Stéphanie, sa copine. Elle me fait un sourire. Comment a t'il fait pour se trouver une meuf, dans l'état où il est ? Et elle, comment fait elle pour rester ? Ils passent leur temps à s'engueuler, sans compter le nombre de gifles qu'il lui balance quand elle lui tient tête trop longtemps. Je m'en fiche, au moins c'est plus sur ma mère qu'il cogne. Elle, elle s'est tirée il y a deux ans. La plupart du temps, on vit chez elle, juste quelques immeubles plus loin. Elle s'est trouvée un nouveau Jules, le cinquième ou peut être le sixième, je ne compte plus, et ils ont décidé de prendre quelques jours de vacances. Tant pis pour Noel, vous pouvez bien allez un peu chez votre père, il a le droit de vous voir lui aussi. Tu parles, belle excuse pour se débarrasser de nous oui ! Depuis qu'elle a quitté le foyer, elle se rattrape, comme elle dit, elle veut profiter de la vie. On ne rentre pas souvent dans son programme.

Moi je pense qu'on devrait avoir le droit de voir ses enfants à condition de bien s'en occuper. Il faut maintenir le lien familial, bla bla bla c'est le baratin de l'assistante sociale quand j'ai demandé si je pouvais être placé dans un foyer.

Mon pote m'appelle, me propose de le rejoindre

— Ramène toi, on est juste en bas.

J'enfile mon blouson que j' avais jeté sur une chaise.

— Où tu vas encore, gueule mon père, on va bientôt passer à table

Je ne réponds pas, claque la porte derrière moi. Fuir.

Mes potes, je les connais depuis l'enfance. Pas facile de grandir dans une cité, ses murs gris et la saleté comme horizon. Mais l'amitié est là, aide à passer le temps, même si elle peut être exigeante et cruelle.

Ils sont cinq, assis sur la murette devant l'entrée du bâtiment. Un joint circule. Soudain, je repense au gamin dans le sous sol. Il peut pas rester là. La cité a sa loi, ceux qui n'y vivent pas n'ont pas de droit d'entrée. Et lui, il fait partie du clan des gitans. Ils vivent en amont de la cité, je les vois parfois mendier au coin de la rue du supermarché. Je sais qu'ils ont la réputation d'être de très bons voleurs, mais ici ils n'entrent pas. Chacun son territoire. Eux revendent de la ferraille entre autres, ici c'est la dope, un business bien plus lucratif. Je marmonne une vague excuse et je vais le rejoindre. il est toujours au même endroit, son regard apeuré croise le sien. Si t'a peur, t'es fichu, ai je envie de lui crier. Je me laisse tomber à coté de lui, sort un paquet de cigarette et lui en propose une.

— Tu dois partir d'ici, si les plus grands te trouvent, tu vas passer un mauvais quart d'heure, tu comprends ?

Il hoche de la tête.

— Moi pas bien parler français mais bien comprendre.

— Qu'est ce que t'es venu foutre ici ?

Il ne me répond pas, tire quelques tafs puis me fixe. L'envie de tout déballer doit être la plus forte car soudain il me déverse son histoire. j'ai presque envie de l'arrêter, je n'ai pas demander à tout savoir mais je n'en fais rien. Malgré son français approximatif j'arrive à saisir l'essentiel de son récit. J'apprends qu'il s'appelle Diego, il est arrivé dans ce camp il y a deux ans suite au décès de ses parents en Espagne. C'est son oncle qui s'occupe de lui maintenant. Mais il est une bouche de plus à nourrir alors il doit ramener tous les jours 20 euros. Sinon, il ne mange pas, sinon on le bat. Aujourd'hui il a réussi à avoir bien plus , le supplément il l'a mis dans sa cachette, il économise sous par sous pour pouvoir se barrer. où il sait pas, il veut juste partir. La suite ? Classique, son oncle a trouvé sa cachette et a commencé à lui mettre une branlée terrible. Aujourd'hui il s'est rebellé, ses sous, c'était son espoir. Il a craché sur ce fumier. Tous les autres lui sont tombés dessus, il a réussi à leur échapper. il s'est réfugié dans la cité,

— Ils ne viendront pas me chercher ici.

Là il a raison. l'animosité est telle entre les deux groupes que les gitans ne franchiront pas la limite qui leur est impartie.

je me lève, je vais partir. Et puis soudain, je m'entends lui dire :

— Allez viens.

Il me suit sans hésitation. de toute façon, il n'a pas trop le choix, autant me faire confiance. je le ramène dans l'appartement, mon père n'a pas bougé de son canapé et lève à peine un regard vers nous. Il s'en fout de ce que je peux faire, du moment que je lui fiche la paix. Je regarde mon téléphone, pas un appel de ma mère, merde ce soir c'est un peu spécial non ? J'ai quinze ans et j'ai envie de pleurer. J'ai la rage, comme on dit. Je sais où le vieux planque son fric. Il est au RSA mais quand il est dans de bons moments, de plus en plus rare, il est mécano. Au black. Je prends l'enveloppe, je sais qu'il y a mille euro dedans, il s'en est vanté ce matin. Et il n'a certainement pas pioché dedans pour nous acheter des cadeaux, à ma frangine et moi, non plutôt pour s'acheter sa bouteille...

Je la donne à Diego.

— Tires toi maintenant et...

Soudain, quelqu'un me tape doucement sur l'épaule, je sursaute. je mets un moment à revenir à la réalité, c'est la prof.

— Ca vient bientôt sonner, tu as été inspiré finalement.

Je m'écarte un peu pour qu'elle puise lire.

— Et bien, tu as décidé de l'aider.

— J'ai juste une dernière phrase à écrire.

Oui, la fin de cette histoire. Car c'est juste une histoire, pas vrai ?

Diego prend l'enveloppe, regarde rapidement à l'intérieur, me regarde. Je vois l'émotion dans son regard, je sens l'espoir qui renaît en lui. Peut on vivre sans cela ? Croire que demain sera différend, n'est ce pas cela qui nous permet d'avancer, coûte que coûte ?

Il est devant la porte d'entrée, il va sortir, sortir de ma tête, Il se retourne et me dis avec son sourie si confiant

— Toi, venir  ?





































Elle nous a demandé d'écrire la suite de l'histoire qu'elle venait de nous lire. On participe à un concours. J'aime bien les ateliers d'écriture. c'est calme. Curieusement, alors qu'on est capable de mettre une pagaille de fous dans les cours, ici, on travaille. Chacun sur notre pc, on s'évade.

Aujourd'hui, je n'arrive à rien. Elle nous laisse mettre un peu de musique, j'écoute mon groupe préféré, mais les mots ne me viennent pas.

Elle s'approche, me demande si ça va. J'aime bien sa gentillesse. elle n'en fait pas trop, ne cherche pas à faire semblant de nous comprendre, de nous connaitre.

— Je ne sais pas quoi dire. je n'ai pas envie de mentir, on attend de nous une suite style: je vais l'aider, le pauvre...

Le petit texte démarre ainsi : tu descend dans le parking de ton immeuble, tu as oublié un livre dans la voiture et tu vois un gamin de ton âge dans un coin. Il a essayé de faire du feu, il tremble il te dit "pas appeler police, j'ai faim, s'il te plait. Tu le reconnais, c'est celui qui fait parfois la manche au coin de la rue. chez toi, tout le monde t'attend, c'est le soir de Noël.

— Et toi tu ne veux pas l'aider ?

je réponds brusquement

— Non, chacun sa merde, la vie y'a pas que pour lui que c'est compliqué.

— Et bien, écris le

Je la regarde étonnée, elle a l'air sérieuse.

— Des fois, on ne peut pas aider les autres. Soit on n'en a pas envie, comme tu dis, ou on ne peut pas. C'est un angle de vue intéressant, vas y fonce, comme tu dis, les textes qu'ils vont recevoir risquent d'aller dans le sens des bons sentiments, alors toi surprends les par autre chose.

Un sourire, elle s'éloigne. Je me retourne vers l'écran, place mes doigts au dessus du clavier. Je le vois, ce gamin de mon âge, frissonnant dans un coin sombre. Je prends le livre dans la voiture, d'ailleurs ce concours n'est pas fait pour les jeunes comme moi, qu'est ce qu'on a en à faire des livres, hein ? bon je réfléchis, ça peut être un livre que j'ai piqué pour ma petite sœur, vu que c'est Noël. Je remonte sans lui dire un mot, ce qui fout là j'en ai rien à foutre. Et puis c'est pas de la police qu'il devrait avoir peur, elle vient rarement par ici, de toute façon c'est pas mon problème, qu'il se démerde on m'attend chez moi. Tu parles, on m'attend c'est un bien grand mot, mon père est avachi sur le canapé, la bouteille de whisky qu'il s'est achetée un peu plus tôt dans la journée est posée sur la table basse, à moitié entamée. Ses yeux sont injectés d'alcool, il pue. Je le regarde avec un mélange de dégoût et de pitié. En passant devant la cuisine, j'aperçois Stéphanie, sa copine. Elle me fait un sourire. Comment a t'il fait pour se trouver une meuf, dans l'état où il est ? Et elle, comment fait elle pour rester ? Ils passent leur temps à s'engueuler, sans compter le nombre de gifles qu'il lui balance quand elle lui tient tête trop longtemps. Je m'en fiche, au moins c'est plus sur ma mère qu'il cogne. Elle, elle s'est tirée il y a deux ans. La plupart du temps, on vit chez elle, juste quelques immeubles plus loin. Elle s'est trouvée un nouveau Jules, le cinquième ou peut être le sixième, je ne compte plus, et ils ont décidé de prendre quelques jours de vacances. Tant pis pour Noel, vous pouvez bien allez un peu chez votre père, il a le droit de vous voir lui aussi. Tu parles, belle excuse pour se débarrasser de nous oui ! Depuis qu'elle a quitté le foyer, elle se rattrape, comme elle dit, elle veut profiter de la vie. On ne rentre pas souvent dans son programme.

Moi je pense qu'on devrait avoir le droit de voir ses enfants à condition de bien s'en occuper. Il faut maintenir le lien familial, bla bla bla c'est le baratin de l'assistante sociale quand j'ai demandé si je pouvais être placé dans un foyer.

Mon pote m'appelle, me propose de le rejoindre

— Ramène toi, on est juste en bas.

J'enfile mon blouson que j' avais jeté sur une chaise.

— Où tu vas encore, gueule mon père, on va bientôt passer à table

Je ne réponds pas, claque la porte derrière moi. Fuir.

Mes potes, je les connais depuis l'enfance. Pas facile de grandir dans une cité, ses murs gris et la saleté comme horizon. Mais l'amitié est là, aide à passer le temps, même si elle peut être exigeante et cruelle.

Ils sont cinq, assis sur la murette devant l'entrée du bâtiment. Un joint circule. Soudain, je repense au gamin dans le sous sol. Il peut pas rester là. La cité a sa loi, ceux qui n'y vivent pas n'ont pas de droit d'entrée. Et lui, il fait partie du clan des gitans. Ils vivent en amont de la cité, je les vois parfois mendier au coin de la rue du supermarché. Je sais qu'ils ont la réputation d'être de très bons voleurs, mais ici ils n'entrent pas. Chacun son territoire. Eux revendent de la ferraille entre autres, ici c'est la dope, un business bien plus lucratif. Je marmonne une vague excuse et je vais le rejoindre. il est toujours au même endroit, son regard apeuré croise le sien. Si t'a peur, t'es fichu, ai je envie de lui crier. Je me laisse tomber à coté de lui, sort un paquet de cigarette et lui en propose une.

— Tu dois partir d'ici, si les plus grands te trouvent, tu vas passer un mauvais quart d'heure, tu comprends ?

Il hoche de la tête.

— Moi pas bien parler français mais bien comprendre.

— Qu'est ce que t'es venu foutre ici ?

Il ne me répond pas, tire quelques tafs puis me fixe. L'envie de tout déballer doit être la plus forte car soudain il me déverse son histoire. j'ai presque envie de l'arrêter, je n'ai pas demander à tout savoir mais je n'en fais rien. Malgré son français approximatif j'arrive à saisir l'essentiel de son récit. J'apprends qu'il s'appelle Diego, il est arrivé dans ce camp il y a deux ans suite au décès de ses parents en Espagne. C'est son oncle qui s'occupe de lui maintenant. Mais il est une bouche de plus à nourrir alors il doit ramener tous les jours 20 euros. Sinon, il ne mange pas, sinon on le bat. Aujourd'hui il a réussi à avoir bien plus , le supplément il l'a mis dans sa cachette, il économise sous par sous pour pouvoir se barrer. où il sait pas, il veut juste partir. La suite ? Classique, son oncle a trouvé sa cachette et a commencé à lui mettre une branlée terrible. Aujourd'hui il s'est rebellé, ses sous, c'était son espoir. Il a craché sur ce fumier. Tous les autres lui sont tombés dessus, il a réussi à leur échapper. il s'est réfugié dans la cité,

— Ils ne viendront pas me chercher ici.

Là il a raison. l'animosité est telle entre les deux groupes que les gitans ne franchiront pas la limite qui leur est impartie.

je me lève, je vais partir. Et puis soudain, je m'entends lui dire :

— Allez viens.

Il me suit sans hésitation. de toute façon, il n'a pas trop le choix, autant me faire confiance. je le ramène dans l'appartement, mon père n'a pas bougé de son canapé et lève à peine un regard vers nous. Il s'en fout de ce que je peux faire, du moment que je lui fiche la paix. Je regarde mon téléphone, pas un appel de ma mère, merde ce soir c'est un peu spécial non ? J'ai quinze ans et j'ai envie de pleurer. J'ai la rage, comme on dit. Je sais où le vieux planque son fric. Il est au RSA mais quand il est dans de bons moments, de plus en plus rare, il est mécano. Au black. Je prends l'enveloppe, je sais qu'il y a mille euro dedans, il s'en est vanté ce matin. Et il n'a certainement pas pioché dedans pour nous acheter des cadeaux, à ma frangine et moi, non plutôt pour s'acheter sa bouteille...

Je la donne à Diego.

— Tires toi maintenant et...

Soudain, quelqu'un me tape doucement sur l'épaule, je sursaute. je mets un moment à revenir à la réalité, c'est la prof.

— Ca vient bientôt sonner, tu as été inspiré finalement.

Je m'écarte un peu pour qu'elle puise lire.

— Et bien, tu as décidé de l'aider.

— J'ai juste une dernière phrase à écrire.

Oui, la fin de cette histoire. Car c'est juste une histoire, pas vrai ?

Diego prend l'enveloppe, regarde rapidement à l'intérieur, me regarde. Je vois l'émotion dans son regard, je sens l'espoir qui renaît en lui. Peut on vivre sans cela ? Croire que demain sera différend, n'est ce pas cela qui nous permet d'avancer, coûte que coûte ?

Il est devant la porte d'entrée, il va sortir, sortir de ma tête, Il se retourne et me dis avec son sourie si confiant

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