UNE SOIRÉE (1883) d'après Maupassant

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

Maître Saval, notaire à Étretat,
Jouait du piano, chantait l’opéra,
S’adonnait à la littérature
Et pratiquait avec talent la peinture.

Un jour, il se rendit à Paris
Pour assister à la première
De Nabucco de Verdi.
Avant le spectacle, il dina
Au restaurant La soupière,
Où se réunissent écrivains, comédiens,
Poètes, portraitistes et musiciens.

À côté de lui, s’attabla
Romantin, peintre de renom
Qui venait d’être primé au Salon.
Ce dernier héla le serveur :
-Dans une heure,
Tu porteras au 10 rue des Saints Pères
Pour la pendaison de crémaillère
De mon nouvel atelier
La bière, le jambon,
Le pain, les saucissons
Et le flanc pâtissier
Que je t’ais commandés hier matin.

Vêtus d’une veste de velours noir,
S’approchèrent deux amis de Romantin
Qui l’interrogèrent : « Alors, c’est pour ce soir ? »
-Je vous crois. Ce sera du tonnerre !
Il y aura Guillemet, Gerveix, Bonnat,
Clarin, Béraud, Jean-Paul Laurens, Hébert...

Saval s’interposa,
Se permit de féliciter
Le peintre et osa ajouter :
-Étant moi-même aquarelliste,
Je serai ravi de connaître les artistes
Que vous réunissez ce soir,
Je leur paierai à boire
Et bien sûr, je règle votre repas
J’avais prévu d’aller à l’Opéra
Mais j’irai une autre fois, tant pis.
-Eh bien, venez ! Vous serez bien accueilli !

Quand ils arrivèrent à l’atelier,
Romantin rentra le premier :
-D’abord, nettoyons.
Prenez ce balai, voyons !
Pendant que je m’occupe des lumières.
Saval souleva un ouragan de poussière
Puis mit de l’ordre autour de lui tandis
Que Romantin allumait les bougies.
Sur la table, ils disposèrent en pagaille
Les différentes victuailles.
Ils attendirent un quart d’heure,
Peut-être une demi-heure.
Soudain l’escalier résonna
De cent pas,
Ébranlant la maison tout entière.

Des hommes et des femmes hurlèrent :
Entrez dans mon établissement,
Soldats et bonnes d’enfants.
Puis quand ils virent Saval,
Commença la bacchanale.
Ils tournèrent autour de lui
Dansèrent et firent grand bruit.
Une femme s’écria :
-Larbin, sers-nous, et pas d’histoire !
-Sûrement pas, je suis notaire. C’est non.
Pas question.
Alors, on le déshabilla
Et on le fit boire...

------------------------
Aujourd’hui,
Quand on évoque devant lui
Les beautés de l’opéra,
Maître Saval ne manque pas,
En fin connaisseur,
D’acquiescer mais invariablement
Il ajoute : « Évidemment,
La peinture est un art très inférieur. »
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