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Une simple soirée

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KL64

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1 - Une intense lumière. Une douleur fulgurante qui la transperce. Un cri tellement effrayant qu'elle ne saurait dire s'il venait d'ailleurs ou si c'était elle même qui avait poussé ce lugubre hurlement. Puis le noir. Une musique, des voix qui résonnent, quelques sons diffus, puis la douleur qui disparaît, lentement, et plus rien.

Alors c'est ça la mort ? Elle arrive sans prévenir, personne ne s'y attends, on s'imagine beaucoup de choses la concernant, et rien ? Plus aucun son, plus aucun mouvement, plus aucune émotion, plus aucune douleur, juste... le néant. Alors ce n'est que ça ? la mort ne serait qu'un néant infini ? Tout ce qu'on vit ne nous prépare finalement... à rien ? Et est-ce si terrible ? On penserait que non... mais alors pourquoi tout cela est tellement terrifiant ? Pourquoi a t'elle l'impression d'être prise au piège ? Non ça ne peut être la mort. Ca ne serait pas juste de vivre une vie entière, de connaître des moments magnifiques et les moments les plus douloureux comme lorsqu'elle a accompagnée sa mère dans son dernier souffle après avoir appris quelques mois plus tôt son cancer contre lequel rien n'avait été possible ? Non ce n'est pas juste. Devoir vivre tant de haut et tant de bas pour en arriver là. Pour arriver dans ce grand néant.

C'est curieux la mémoire. Rien ne lui revient. Sauf une phrase apprise à l'école qui tourne et qui tourne et qui d'un seul coup prend tout son sens « JE PENSE DONC JE SUIS ». Alors la mort n'a pas encore fait son œuvre. Non je ne suis pas morte. Je suis prisonnière je ne sais où, coincée dans je ne sais quoi, je ne vois rien, je n'entend rien, je ne ressent rien... mais je pense. JE PENSE. C'est tout ce que sais, c'est tout ce à quoi je peux me raccrocher. Cela peut sembler fou, c'est véritablement effrayant mais c'est le seul élément positif auquel me raccrocher. Je m'appelle Nathalie et il faut maintenant que je comprenne ce qui m'arrive, il faut que j'arrive à sortir de... de quoi ? Mais où suis-je ? Que s'est-il passé ?


2 - Hélène détestait la sonnerie des réveils. Dire qu'elle n'était pas matinale était tellement en dessous de la réalité que cela ne serait pas plus stupide de dire d'un poisson qu'il aime se balader au bout d'une canne à pêche en plein soleil. Non, décidément, cette sonnerie du réveil lui déplaisait au plus haut point. Mais ce matin, ce qui l'a le plus dérangée quand le réveil avait sonné, c'est justement qu'elle n'avait pas reconnue la sonnerie qu'elle détestait tant chaque matin. Non, cette sonnerie là lui était totalement inconnue. Au désagrément de devoir se lever, se rajoutait celui de ne pas savoir où elle se levait, sans aucun souvenir de la veille. Où était elle ? Chez qui ? Avec qui ? Qu'avait-elle fait la veille et pendant toute la nuit? Et pourquoi ces douleurs partout dans son corps ? Et ce réveil qui n'en finissait pas de sonner, ces bips qui semblaient résonner partout dans la chambre, ce bruit partout autour d'elle.

Soudain elle commença à prendre conscience de la réalité. Ces bips ne ressemblaient pas à la sonnerie d'un réveil. Ils lui rappelaient plutôt les sons effrayants de l'hôpital. Alors tous les bruits devenaient logiques. Le brouhaha ambiant, les sirènes au loin, les bips des machines, les douleurs. C'était évident. Hélène se réveillait à l'hôpital, mais pourquoi ? Que s'était il passé ? Pourquoi ne se rappelait elle de rien ?

Elle commença à réussir à ouvrir les yeux, bien plus difficilement que le pire des matins qu'elle avait vécu auparavant. Elle était déboussolée, affolée, elle avait peur, elle avait mal, et finalement, le pire était de ne même pas savoir pourquoi.

Autour d'elle tout semblait être d'un blanc immaculé. Les murs, le plafond, la lumière juste au dessus d'elle, et ce qui devait être des médecins qui s'agitaient autour d'elle, avec de longues blouses blanches. Il n'y avait pas de fenêtre dans la pièce, aussi était elle incapable de savoir si c'était le matin ou n'importe quel autre moment de la journée ou de la nuit. Elle repéra un médecin qui semblait la regarder et voulu lui demander ce qu'elle faisait là mais c'est alors qu'elle réalisa que quelque chose l'empêchait de parler. Elle était incapable d'émettre le moindre son et malgré tous ses efforts, personne ne semblait la remarquer le moins du monde. Tous la regardaient en passant devant, tous s'agitaient à toucher des machines autour, des tuyaux, des seringues, mais absolument aucun ne semblait la voir. C'est étrange comme on se sent impuissant et transparent dans ces moments là, comme inexistant. On à l'impression d'être le centre du monde mais que curieusement ce centre est un immense trou noir. Tout le monde gravite autour en essayant autant que possible d'éviter d'y être aspiré.

Voila donc ce qu'elle était aujourd'hui. Un trou noir. C'est curieux la vie. Elle était sûre qu'hier encore, elle était quelqu'un d'extraordinaire, que tous les regards se posaient sur elles dès qu'elle pénétrait quelque part. Bien sûr elle n'était pas la plus belle, loin de là. Quand elle pénétrait dans une soirée, personne ne prêtait réellement attention à elle, ou en tout cas, pas plus qu'à n'importe quelle fille qui fini bien par plaire à quelqu'un et qui à ce moment là commence à se sentir importante parce que ce « quelqu'un » est trop beau, trop classe, trop etc. Bref, Hélène était comme toutes les autres filles de son âge. En un mot, elle était normale. Une jeune femme de 30 ans qui n'avait pas encore trouvée chaussure à son pieds et qui du coup, était bien décidée à prendre du bon temps tant qu'elle le pouvait. De fête en « after », d'apéritif dinatoire en vernissage, de sortie en boite aux rendez-vous meetic, oui, Hélène était devenue une véritable professionnelle de la bringue en tout genre. Elle avait connu l'ivresse de danser sur les comptoirs, la honte de se réveiller à côté d'un inconnu, la joie et les éclats de rires lors de retrouvailles avec de « vieilles copines » perdues de vue depuis au moins six mois mais ce qui s'était passé la veille, elle était incapable de s'en souvenir, et cela l'inquiétait autant que l'atmosphère étouffante de l'hôpital.


3 - Cela faisait plus de quinze jours que tout avait été soigneusement organisée. Il était hors de question que ce moment tant attendu puisse être un de ces moments ratés faute de préparation. Parce qu'on se dit qu'on aura toujours le temps de voir, que de toute façon ce n'est pas grave, que le plus important est d'être ensemble. Tous ces clichés étaient réellement impensables pour Nathalie. Sa meilleure amie se mariait et elle était bien décidée à tout préparer d'une main de maître, comme un véritable orfèvre préparerait son plus beau bijou. Cette soirée devait être mémorable et tout semblait se présenter pour le mieux. Nathalie ne supporterait pas que l'on puisse lui reprocher quoi que ce soit concernant cette soirée, alors il était hors de question de laisser l'imprévu pointer le bout de son nez pour l'évènement.
- Tu as bien appelé l'agence pour confirmer ? On sait comment il sera ?
- Ne t'inquiètes pas, lui répondit Hélène, tout est prévu. Il arrivera à 23H.
- J'espère que ça va lui plaire, je sais que Justine voulait vraiment se « ranger ». Je me demande si on n’y va pas un peu fort.
- oh ça va, déstresse un peu. On ne va pas faire un enterrement de vie de jeune fille sans y mettre un peu de piquant. Tu voulais faire venir un clown comme pour un gouter d'anniversaire ? Moi je te dis qu'elle va s'éclater et que cela lui fera du bien !
- Ouais tu as surement raison. N'empêche que ça me fait bizarre. J'espère surtout qu'il sera bien. T'imagines s'il nous envoi un gros tout moche ?
- Ca serait craignos, déjà qu'elle en épouse un comme ça !

Les deux filles partirent d'un éclat de rire. Jean Marc, le futur marié, n'était pas moche. Il n'était même pas gros. En plus il était sympa. Son seul véritable problème, c'est qu'il leur avait piqué leur copine. Et ça, dans un monde de fille, ça ne se fait pas. Alors, il aurait beau faire tous les efforts du monde pour être gentil ou amusant, ça ne serait jamais à leurs yeux qu'un gros nul tout moche. C'était injuste bien sur, mais tant pis pour lui. A la guerre comme à la guerre et dans ce genre de guerre les filles ont toujours une longueur d'avances sur les mecs.

C'était un mercredi après midi, la journée était ensoleillée. De ces soleils de printemps qui vous réchauffent agréablement et vous donne envie d'aller rêvasser sur une terrasse de café, à regarder les gens passer en commentant leurs looks, leurs attitudes, les couples qui sont plus ou moins bien assortis. Aucun de ces commentaires ne sont jamais dit méchamment bien sur, mais on tient toujours à les dire discrètement pour que personne ne puisse les entendre par inadvertance. Finalement, peut être sont ils plus méchants que l'on veut bien le reconnaître.

- Allez, il faut qu'on retourne au boulot, dit enfin Nathalie en se levant de table. Je passe te voir en sortant ?
- Non c'est bon, répondit Hélène. Ne t’inquiètes pas pour moi, je vais voir avec les filles qui sont arrivées si elles peuvent me filer un coup de main. Tu en as bien assez fait. Et puis il faut que tu passes voir Justine pour l'organisation du mariage non ?

Autant Nathalie était aux anges de préparer la soirée d'enterrement de vie de jeune fille, avec tout ce qui pouvait y avoir de délurée, autant le cérémoniel du mariage, l'organisation des buffets, de la décoration, du placement de la mamie et du papi, du tonton et du lointain cousin, créait en elle comme un sentiment de désespoir face à la stupidité de la chose.

- Que l'on veuille vivre toute sa vie avec le même type, ok, je comprends. Mais pourquoi est on obligé de se coltiner toute une journée aussi stéréotypée ? On sait bien qu'ils vont divorcer bientôt de toute façon, non ?
- T'es vache Nath ! Allez, pour ce soir je me débrouille, soit tranquille. Pour le reste, bon courage à toi, dit elle d'un air malicieux. A plus.
- Ouais c'est ça, à plus.

4 - C'est fou comme une journée de travail peut sembler longue et ennuyeuse quand on ne pense qu'à ce qui viendra ensuite. Toute la semaine avait été bien occupée mais en cette journée de vendredi, la suite, justement, était parfaitement prévue. Hélène allait se refaire une beauté, enfiler une tenue légèrement (ou extrêmement ?) sexy puisqu'après tout on était jamais à l'abris d'une belle rencontre, puis elle allait retrouver les filles dans ce bar où elles avaient pu réserver une salle juste pour elles. C'était soirée « open bar ». L'objectif, bien sur, n'était pas de se mettre minable comme on dit. Il s'agissait simplement de se laisser aller, sans penser à rien, comme si demain n'existait pas. Alors, pour ce genre de chose, l'alcool n'est pas seulement souhaité, il est indispensable. Elle devait donc retrouver les filles vers 20H, pour que chacune ait le temps d'arriver toute pomponnée, et la nuit promettait d'être longue et chaude.

En attendant, assistante de direction, Hélène était coincée là, derrière son bureau en verre, buvant café sur café afin d'être en pleine forme pour la fin de journée, quand son patron l'appela.
- vous pouvez mettre à jour les dossiers des clients et les avertir de notre prochain déménagement ? Il faudrait adresser un courrier à chacun et y joindre une invitation pour l'inauguration.
- Ok, ça marche, j'essaye d'en faire le maximum avant 18 heures. Répondit-elle d'un ton un peu trop enjoué. Ce coup ci c'était sur qu'il allait remarquer qu'elle se moquait de lui. Mais il n'en fut rien. C'est étonnant cette capacité qu'on les hommes à prendre tout au premier degré sans jamais discerner la réalité derrière les mots ou les intonations.

Pour Hélène, ce qu'il y avait de passionnant dans son boulot, c'était rien ! Rien n'était même ne serait-ce qu'un peu intéressant. Son travail payait son loyer, payait surtout ses loisirs et ses nombreuses sorties. Sans dire qu'elle détestait ce qu'elle faisait, en tout cas elle détestait son patron. Un petit chef prétentieux et arrogant qui ne lui confiait que des tâches administratives sans aucun intérêt, bien en dessous de ses compétences réelles. Mais en cette belle journée, Nathalie voyait dans ce travail le moyen de patienter jusqu'au soir sans se prendre la tête. Au moins, ses pensées seraient occupées à autre chose qu'à imaginer l'entrée en scène du strip-teaseur qu'elle avait réservé. Et il faut avouer qu'elle aimait bien y penser. C'est elle qui avait insister pour en faire venir un, elle qui avait insister pour s'en occuper elle-même, et elle enfin qui avait choisit quelque chose de « spécial » et tant pis si ça ne plaisait pas à tout le monde. Elle au moins connaissait bien les envies réelles de la future mariée, bien plus qu'aucune autre participante à la soirée, et elle était bien décidée à lui offrir ce qu'elle désirait réellement, et merde pour le politiquement correct.

5 - La soirée battait son plein. Les quelques verres de kir royal et tequila fraise avait bien commencé d'échauffer les esprits et chacune se laissait aller à des confidences presque anodines jusqu'à devenir de véritables secrets inavouables, sur les histoires de filles, la vie de couple, les expériences vécues, les fantasmes à réaliser et ceux qu'elles ne voudraient pas réellement réaliser mais qui nourrissaient parfois leur imagination les soirs où elles se retrouvaient encore planté pour un match de foot, une compétition sportive débile ou une soirée console de ces éternels ados qu'elles appelaient « mon chéri ».

Mais Hélène savait que le plus inavouable secret, plus qu'un fantasme, elle avait bien compris que c'était un véritable besoin, ne serait pas divulguer ce soir. Car dans ce genre de soirée on se lâche, on lâche prise, mais on ne perd jamais contrôle concernant les choses vraiment importantes. Et c'était le cas de ce secret là.

Quelques mois plus tôt, alors qu'elle discutait avec la future mariée, celle ci se plongeât avec nostalgie dans leurs plus anciens souvenirs. Elle lui avait alors avouer qu'elle était vraiment heureuse, dans sa vie comme dans le fait de se projeter dans ce mariage. Pourtant il restait une amertume quelque part. Elle sentait qu'il lui manquait une partie d'elle-même avant de s'engager dans la monotonie du mariage. Oui, la monotonie. C'est bien le mot qu'elle avait employé. Elle s'était vite reprise, tentant de minimiser l'impact de ses propos mais Hélène avait bien compris ce que cela voulait dire. Elle voulait se ranger, mais pas trop vite, pas trop brutalement, pas encore définitivement. Alors, à force de tourner autour du pot pendant toute la soirée, elle avait finit par faire jaillir la vérité. Oui son amie était prête pour le mariage, mais elle se souvenait de cette rencontre avec un goût d'inachevée. De cette aventure sans lendemain qu'elle avait vécu avec Yann. Elle avait rencontré Jean Marc quelques mois auparavant et l'histoire semblait devenir sérieuse, aussi s'en était elle voulu d'avoir ainsi céder à la tentation avec ce bellâtre, ce mec d'une soirée, un ami d'Hélène qui l'avait dragué toute la soirée, comme s'il n'existait qu'elle dans tout l'univers, et elle avait craqué. Oui elle s'en était voulue. Le lendemain matin, alors qu'elle devait regagner son appartement, elle rasait les murs en espérant que personne ne la reconnaitrait, tant elle était certaine que sur son front était écrit : «  je ne suis qu'une garce, j'ai trompé mon mec ». Elle avait honte, de profonds remords, mais ce dont elle se rappelait le plus aujourd'hui, c'est à quel point la nuit fut magique. Il était beau et d'une musculature parfaite, ni trop, ni trop peu. Son Jean Marc, lui, avait une légère tendance à l'embonpoint mais cela ne la gênait pas, elle même n'était pas une gravure de mode, et elle le savait. C'est pour ça que d'être dans les bras d'un homme comme Yann avait été comme un rêve. Il avait un torse parfaitement lisse et musclé sur lequel elle avait aimé se reposer... et le reste. Bref, le reste de cette soirée restera dans ses souvenirs et n'a pas besoin d'être rappelé ici. C'est ainsi qu'elle avait expliquer à Hélène qu'elle aurait vraiment aimé revivre cette nuit là, revoir ce corps de rêve, se sentir désirée par Yann, juste encore une fois avant de faire le grand saut.

Lorsque survint l'entrée en scène du strip-teaseur, tout cela revint à la mémoire de la future mariée. Cette rencontre, cette nuit, ce désir de revivre ce moment mais surtout, surtout, la discussion avec Hélène concernant son immense regret et ce fantasme qu'elle conservait en elle de revivre cette nuit.
La musique entêtante résonnait dans la pièce, une sorte de morceaux de R'n'B lancinant et langoureux, sur lequel le « danseur » semblait avoir du mal à faire onduler son corps, parfait soit dit en passant, de manière gracieuse et/ou érotique. La totalité de la gente féminine était en transe devant ce spectacle, remarquant bien les imperfections des mouvements mais le pardonnant bien volontiers en raison de la perfection du corps qu'elles découvraient en ce moment, essayant par des cris hystériques au milieu de gloussements typiquement féminin de motiver ce beau jeune homme à faire un peu mieux que sa prestation actuelle.
- vas y, chauffe bébé, criait l'une
- oh ouiiii, comme ça, bouge, répondait une autre,
- rapproche toi un peu par ici, semblait baver une troisième.

Alors qu'Hélène tournait la tête vers Justine, le regard en coin et un large sourire aux lèvres, elle vit que celle-ci la regardait avec un regard paniqué. On aurait dit qu'elle avait vu un fantôme et manifestement elle ne comprenait rien à ce qui se passait ici en ce moment même. C'est alors qu'Hélène lui dit, de loin, sans un son mais en articulant bien chaque mot : « C'est pour toi, mon cadeau de mariage ». Justine ne savait pas trop quoi comprendre. Elle était là pour une soirée en son honneur, une soirée avec ses meilleures amies, quelques jours avant d'épouser l'homme qu'elle aimait et qu'elle avait choisit, et devant elle, sous le regard complice de son amie de toujours, Yann dansait à moitié nu devant elle en la dévorant des yeux. Le reste de la soirée semblait avoir été comme avalée dans une nébuleuse alcoolisée et il était difficile de savoir exactement ce qui c'était passé. Tout le monde avait dansé, tout le monde avait bu, toute les filles avaient finalement rejoint la salle principale en espérant rencontrer « du beau monde » et tout le monde avait fini par ne plus faire attention à rien, chacune convaincu de passer une super soirée comme on aimerait en vivre plus souvent.
6 - Il avait été facile de s'éclipser de cette soirée. Ensemble ils avaient pu prendre un taxi, pour partir le plus discrètement possible. Cela semblait la meilleure idée possible. Vivre enfin à nouveau cette nuit dont elle avait rêvée si souvent afin d'arriver au mariage sans aucun regret. Elle n'avait pas forcément prévu ce moment, c'est pourquoi elle ne le voyait pas comme quelque chose d'immoral. Non, cela allait arriver parce que cela devait arriver, parce que l'occasion était là et qu'elle était trop belle. Et puis, de toute façon, personne n'en saurait rien. Elle pourrait toujours dire à ses copines qu'elle avait été malade à cause de l'alcool et qu'elle avait du partir, et elle savait qu'elle pourrait toujours compté sur Hélène pour protéger son secret. Pourtant, le lendemain, elle fut surprise lorsqu'elle essaya de joindre Hélène et que celle-ci en lui répondit pas. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle composa le numéro de Nathalie. Même si celle-ci serait forcément moins compréhensive, elle n'avait plus le choix et il lui fallait obligatoirement pouvoir parler avec ses amies et les rejoindre avant d'aller retrouver Jean Marc.

Mais pourquoi ne répondaient-elles pas ? Cela faisait-il parti d'un jeu ? Etait-ce prémédité pour lui donner un coup de stress en contrepartie de cette nuit qu'elle venait de revivre ? Était-ce une sorte de punition de compensation ? Car c'est bien vrai que l'on a rien sans rien et qu'il serait logique qu'elle soit sévèrement punie pour avoir vécu une si belle nuit, pour la deuxième fois...

Finalement, l'heure avançant, ne parvenant toujours pas à joindre une de ses amies, elle se décida à appeler Jean Marc pour lui dire... pour lui dire quoi d'ailleurs ? Qu'elle allait bien, qu'elle s'était éclatée, que c'était une super soirée et surtout, qu'elle allait bientôt le rejoindre pour ne plus jamais le quitter, tellement elle l'aimait et tellement elle lui manquait.

Jean Marc décrocha à la première sonnerie, avec dans la voix une urgence et comme une incrédulité qui la surpris :
- allo ? Justine, c'est toi ? Ce n'est pas possible ? Comment tu vas? Mais tu es où ?
Elle ne s'attendait pas à tant de question, cela ne ressemblait pas à Jean Marc...
- Je vais bien mon chéri, j'ai passé une super soirée avec les filles, on va bientôt rentrer, ne t'inquiètes pas, répondit-elle l'air peut être un peu trop désinvolte.
- Mais je ne comprends pas. Tu n'étais pas avec les filles hier soir ? Ils ont dit que tes papiers étaient dans la voiture, que tu étais avec elles ?
Décidément elle ne comprenait plus rien.
- Si, j'étais avec les filles, on a passé une super soirée.
- Mais tu es où ?
- Je ne sais pas exactement comment ça s'appelle, c'est une surprise des filles.
- Mais, tu n'étais pas avec elle pendant l'accident ? La police m'a appelé et je vais bientôt arriver à l'hôpital.
7 - Petit à petit, Hélène, dans son état de semi conscience, finit par se souvenir pourquoi elle était là, dans cet hôpital. Elle passait une soirée géniale avec ses amies, pour l'enterrement de vie de jeune fille de sa meilleure amie. Alors que la nuit était bien avancée, elle repartait avec Nathalie et deux autres copines, pour aller récupérer la future mariée suite à sa dernière nuit de douce folie. Elle était fière d'elle et heureuse d'avoir permis à son amie de vivre ce beau moment. Alors qu'elle quittait l'endroit où elles étaient, (elle n'arrivait pas bien à se souvenir du lieu), elle rigolait avec les deux passagères de derrières pendant que Nathalie conduisait. Toutes étaient extrêmement joyeuses, se remémorant les bons moments de la soirée. Toute voulait savoir où était passée Justine mais Hélène leur répondait sans cesse « peut être qu'elle vous le racontera elle même, mais pour l'instant, c'est mon petit secret ».

Soudain, sur le trajet du retour, Nathalie pris le virage un peu trop large, parce qu'elle était plus concentrée sur la conversation à l'arrière mais surtout parce que les nombreux verres ingurgités avaient sérieusement ralentis ses capacités de conduites. C'est alors qu'elle croisa les feux d'une autre voiture qui l'éblouit avant de la percutée de plein fouet. Les deux passagères derrières elles furent comment projetées contre le pare-brise. La mort fut immédiate.

Pour Hélène, elle comprenait maintenant que c'était à cause de l'accident qu'elle était ici. Ce qu'elle ne savait pas, ce que personne ne pourrait jamais lui expliquer, c'est qu'elle continuerait de vivre, de penser mais que plus jamais elle ne pourrait communiquer avec qui que ce soit. Son corps avait été tellement abimé que son cerveau été totalement déconnecté de tout le reste. Pire qu'un coma, elle était pleinement consciente de tout ce qui arrivait. On dit souvent que les yeux sont le miroir de l'âme, les siens ne refléteraient plus jamais la moindre émotion. Sa vie se mettait maintenant en mode « pause », une pause d'une durée indéfinie, sans aucun espoir de redémarrage.

Nathalie était en train de penser, se demandant où elle était prisonnière, pourquoi elle ne voyait rien, pourquoi elle ne pouvait plus bouger, pourquoi elle ne ressentait rien. Elle savait au moins qu'elle était en vie, mais quand l'ambulance arriva enfin à l'hôpital, elle avait définitivement arrêtée de penser. Elle n'était plus, tout simplement.

C'était une simple soirée, en l'honneur d'une future mariée, qui a tout perdu. Elle fut bien obliger de raconter la réalité à Jean Marc. Pour lui ce fut un choc immense. D'abord soulagé de la savoir en vie, il fut profondément bouleversé de savoir à quoi avait tenue son salut. Elle avait survécu, oui, mais elle n'était plus la même à ses yeux. Pour lui, elle était quand même définitivement morte à ses yeux. Pour elle, cette trahison et même la perte de son fiancé n'était rien à côté de ce qu'elle avait déjà perdue. A cause d'elle, ses meilleures amies étaient au mieux décédées, au pire dans un état de végétation comme pour cette pauvre Hélène. Comment cela avait il pu arriver ? Si seulement elle était restée avec elle, si seulement ses amies n'avaient pas eu besoin de venir la chercher, si seulement.

Toutes ses amies étaient présentes. Elle les avait toutes exécutées. Et même de Jean Marc. Le pauvre Jean Marc. Pourtant elle l'avait aimé, du moins le croyait-elle. Mais si elle l'avait vraiment aimé aurait-elle voulu revivre cette nuit avec... comment s'appelait-il déjà ? Décidément, elle avait tout détruit pour rien.
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