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Une simple fin du monde

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Emma&Tapioca

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(bande originale, en boucle, version de Joe Cocker de "With a little hep from my friends")

Au « Fac et Café », 23 rue Françoise Dolto, Paris 13ème
« Y a plus de PQ ! »
Gérard a déjà entendu ça cinq fois depuis ce matin.
Et pour la cinquième fois, il répond : « oui, oui, ça va s’arranger».
C’est arrivé la veille, enfin tôt ce matin. Vendredi 12 février 2021. Pendant un soirée étudiante, vers deux heures du matin. La fin. Enfin une drôle de fin.
Gérard n’y croyait pas trop lorsque les medias l’avaient annoncée, cette fin du monde.
« A la mi février, entre le 10 et 15, cette année en 2021, ce sera fini. De nombreuses personnes mourront, la planète pourra être détruite, soit instantanément, soit en quelques semaines. Selon les récentes études, les personnes à l’extérieur, à l’air libre (vraiment, libre?), devraient mourir sur le champ. Nous ne pouvons l’affirmer pour le moment. D’autres études montrent qu’au contraire.... ».
En tout cas, quelque chose était arrivé à deux heures du matin.
On n’avait pas eu de nouvelles de ceux qui étaient sortis de son établissement avant deux heures... sauf ceux qui étaient rentrés chez eux et avaient pu téléphoner à quelqu’un toujours dans le bar après deux heures... étrange.
Il était maintenant 10h30, l’heure où habituellement, de nouvelles personnes, étudiants en majorité, venaient prendre un café, faire un pause entre deux périodes de cours, sécher un cours magistral qu’ils pourraient récupérer par quelqu’un... Pas ce matin. Ceux qui étaient dans le bar y étaient entrés cette nuit et ne pouvaient pas sortir.
Encore « With a little help from my friends » par Joe Cocker.
Maxime, alias Max, plongé sur son ordi à la recherche de solutions à mille problèmes en même temps, tenait le compte : « 102ème fois qu’on l’entend depuis que c’est arrivé. »
Tour de la salle des personnes restées au « Fac et Café » depuis la fin du monde, quelle que soit sa forme.
Gérard, 67 ans, gérant de ce bar depuis 1971, date de la création de l’Université Diderot. Bon vivant, d’une grande tolérance. Avide de savoirs, admiratif devant les hordes d’étudiants, de scientifiques qui ont croisé son chemin. Admiratif des vrais génies, adore Max qui vient se réfugier au F&C depuis une dizaine d’années.
Solange, 35 ans, pendue au plafond, au fond du bar heureusement, depuis 4h32 du matin. Morte donc. Personne n’a pu la retenir ni la sauver à cause d’un phénomène spatio-physico-temporel,
premier problème que Maxime tente de résoudre. Elle n’aurait pas réussi à joindre sa famille (un conjoint et trois enfants), on ne sait pas s’ils étaient à l’extérieur, ou si tout simplement son ami a
raté l’appel. Avait quand même l’air fragile. Elle est restée accrochée suite à une démonstration de Max selon laquelle, le même phénomène cité plus haut aurait figé la décomposition de son corps, dans cette position (pendue) et que le déplacement du corps pourrait lui, risquer, d’entraîner une décomposition rapide, une horrible odeur, d’affreuses conséquences sur l’air ambiant et la santé des personnes présentes... chose fâcheuse puisque il avait su prouver pour le moment que
personne ne pourrait être sûr de survivre dehors.
Maxime, 29 ans, héros malgré de lui de la soirée de fin du monde et peut-être sauveur prédestiné des client du bar. Réservé, curieux néanmoins, insomniaque, passionné de chimie mais aussi detant d’autres disciplines.
Sylvain, 31 ans, pote de Max, et toujours là pour l’assister dans ses recherches, son travail.
Meilleur en informatique que lui, ils sont complémentaires.
Manon, 25 ans, étudiante elle aussi, complètement bourrée cette nuit et venant juste d’émerger, allongée sur l’une des banquettes en velours du bistrot. Elle vient de se réveiller et a essayé de sortir du bar.
Liste des éléments donnés à Manon, après l’avoir retenue pour qu’elle ne mette pas une pied dehors :
- Oui, la fin du monde c’était bien cette nuit.
- Si tu sors, pas sûr que tu survives.
- Apparemment, tu peux joindre tes proches par téléphone si eux mêmes sont en lieu clos.
- L’eau n’est plus potable. Max et Sylvain tentent depuis ce matin de désalcooliser du cidre et du vin pour qu’on puisse boire sans alcool et avoir les idées claires.
- L’électricité marche une heure sur deux. Heureusement Gérard a un groupe électrogène et un stock de bougies chauffe-plat mais il va falloir travailler là-dessus. Il y a un chargeur dans le bureau de Gérard, dans la pièce d’à côté, il faut en prendre soin, apparemment personne d’autre
n’en a un. Toi peut-être ?
-Solange s’est suicidée mais tu dois t’habituer à la voir pendue au fond du bar. Bonne nouvelle, elle va rester assez jolie et ne va pas se décomposer.
-Oui il n’y a plus qu’une chanson qui passe dans le bar, «With a little help from my friends » par Joe Cocker. », c’était la chanson qui passait lorsque la fin du monde s’est produite. Gérard ne veut pas arrêter. Il préfère une seule chanson en boucle que le silence à tout jamais. Il a peur d’éteindre, par superstition. Comme c’est son bar et qu’il nous sauve un peu la vie à tous, on ne veut pas aller contre son avis.
Manon se rassoit et ne semble pas savoir quoi faire. Peut-être mieux d’être encore saoule que de prendre une décision.
Gilles, 62 ans, habitué du bar et confident quotidien de Gérard. Il a l’air heureux. Depuis son divorce, il ne trouvait pas trop de but à sa vie. Pas très futé, pas très joyeux. Il semble pourtant ravi aujourd’hui. Il s’est même mis derrière le bar avec Gérard. Il a décidé de lui-même de lui donner un coup de main et d’être solidaire avec son copain barman dans cette drôle de nouvelle aventure.
Un huis-clos de quelques semaines ?
Que se passe-t-il dehors, dans la rue Françoise Dolto ? Est-ce que les gens meurent vraiment ou est-ce juste qu’il n’y a plus de réseau et qu’il est impossible de le vérifier? Les gens ne peuvent pas sortir ? Ou en ont-ils tellement peur qu’ils préfèrent rester à l’intérieur, par précaution ?
Est-ce que les médias vont redonner des infos ? La fin du monde est-elle vraiment arrivée ou Est-ce juste la plus grande paranoïa mondiale qui a provoqué ce grand black-out lui-même à l’origine d’une rupture de ressources, de communication.... ?
Gérard attend patiemment d’en savoir plus, derrière son bar. Maxime reprend une tasse de café, tant qu’il y en a, et se creuse les méninges...
Tandis que Joe Cocker vit sa neuvième heure de gloire dans un bistrot parisien...
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