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Kaimeng

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Comme tous les soirs à la même heure, George se prépare une tasse de thé, se met sous la couette et allume sa télévision.
Il attend le début d’A Vous de Juger, la célèbre émission de procès télévisés dont il ne rate jamais un seul numéro.
Tout a commencé à la mort de sa femme il y a quelques années. Il a trouvé dans cette émission le refuge dont il avait besoin. Regarder le malheur des autres, voir que l’on est loin d’être celui qui a subi les pires épreuves dans la vie, sont certes des moyens assez douteux de se remettre de ses épreuves, mais le résultat est là : cette émission lui a servi à remonter la pente, progressivement. Jusqu’à devenir une sorte d’obsession qui a mis un peu de sel sur sa vie qui était devenue fade.
Il n’est bien entendu pas le seul, tous les soirs des millions de téléspectateurs l’accompagnent.
Une intense excitation commence à l’étreindre quand il entend les premières notes du générique. Ce soir n’est pas un soir comme les autres. Dans quelques secondes le visage du célèbre animateur de l’émission, Marc Plafonnier, va faire son apparition à l’écran et le procès va commencer. Ce qui explique l’état dans lequel se trouve George à cet instant est très simple. Il lui suffit de jeter un œil par sa fenêtre pour voir les voitures de télévision, et les dizaines de personnes qui ont les yeux braqués vers la maison à côté de la sienne.
Ce soir l’émission traite du meurtre de ses voisins.


— Bonsoir à tous, bienvenue pour un nouveau numéro d’A Vous de Juger.
Changement de caméra, l’animateur se tourne vers la droite.
— Merci à tous d’être toujours aussi nombreux à être les jurés de notre émission. Je me trouve actuellement en direct de la maison où des meurtres atroces ont eu lieu il y a quelques années. Nous allons appeler des témoins et examiner des faits. Vous aurez ensuite la lourde tâche de décider si l’accusé est coupable ou non.
Il fait une petite pause afin de planter intensément ses yeux dans ceux des spectateurs, le genre d’effet dont il raffole.
Marc Plafonnier aime la caméra, et celle-ci lui rend bien. Il est de ceux dont le physique et la prestance le prédestinaient à être vu par le plus grand nombre. Déjà petit, il réussissait à hypnotiser tous ses camarades de classe et obtenaient d’eux tout ce qu’il voulait. Personne ne pouvait lui faire d’ombre, et c’est encore le cas aujourd’hui.
Le décrire en parlant de ses yeux marron profonds, de ses cheveux millimétrés, de son allure athlétique ou de sa voix profonde ne ferait qu’esquisser le charisme qu’il dégage, et qui hypnotise aussi bien les hommes que les femmes. Il attire les spectateurs comme le miel attire les guêpes.
— Depuis que le Ministère de la Justice a décidé de téléviser les procès et que je présente cette émission, c’est sûrement l’une des pires affaires que je n’ai jamais vue. Une famille a été décimée.
Nouveau changement de caméra
— Nous allons d’abord raconter l’histoire de cette famille.
Tandis qu’à l’image la régie s’occupe d’intercaler des photos et documents vidéo, la voix de Marc Plafonnier raconte.
Elle raconte l’histoire de la famille Duponin. D’abord le mariage de Christine Loiseau et de Jean-Christophe Duponin, le 22 février 2002 à Rouen. Puis la naissance de leurs trois enfants : David, Louise et Emilie. Respectivement nés en 2004, 2006 et 2010. Leur déménagement à Reims en 2012, et leurs relations qui commencent à se ternir peu après. L’histoire banale d’un couple dont les relations s’effilochent comme un habit passé trop de fois à la machine. Jusqu’au soir du 14 avril 2019 où l’horrible découverte est faite : les corps sans vie de Christine, David, Louise et Emilie, massacrés chez eux.
La régie remet l’animateur à l’écran.
— La suite, ce n’est pas moi qui vous la raconterai le mieux. Je vais faire appel au premier témoin de ce procès. Nous appelons tout de suite l’inspecteur Ludovic Meurtre. Un nom comme cela dans la police, ça ne s’invente pas. Lançons tout de suite l’appel vidéo.
A l’écran s’affiche le visage d’un homme dans la trentaine, cheveux coupés courts, sans aucun signe distinctif. Le genre de visage que l’on voit et que l’on oublie juste après. Il a l’air visiblement mal à l’aise de passer à la télévision.
— Bonjour à vous inspecteur, commence Marc Plafonnier. J’aimerais que vous me décriviez plus en détails comment les corps ont été retrouvés, et les premières constatations que vous avez faites sur place.
— Ce ne sera pas difficile pour moi. Cette scène de crime est surement la pire que j’ai vue dans ma carrière. Le corps de la femme a été retrouvé dans la cuisine. Elle était pleine de sang. Le couteau était à côté d’elle. Elle a été surprise pendant qu’elle faisait à manger. Un rôti de porc si mes souvenirs sont bons.
— Nous allons essayer de nous en tenir aux détails significatif, l’interpella l’animateur, visiblement agacé par la façon de parler de l’inspecteur.
Celui-ci est comme en apnée à chaque phrase qu’il prononce.
— Oui, bien entendu. Veuillez m’excuser.
Il lui faut un petit instant avant de reprendre, l’intervention de Marc Plafonnier l’ayant un peu déstabilisé.
— Louise et David ont été retrouvés chacun dans leur chambre. Emilie dans la salle de bain. Louise a été étranglée. David a été frappé à mort à la tête. Quant à Emilie...
— Oui ?
— Elle a été noyée dans les toilettes. Le meurtrier lui a maintenu la tête dans la cuvette. On a retrouvé quelques traces de luttes dans la salle de bain.
— Qui vous a appelé ?
— C’est le père de la famille qui nous a appelés, l’accusé de ce procès.
— Pouvez-vous nous donner plus de détails.
— Oui, il s’appelle Jean-Christophe Duponin.
— Nous le savons. Je demande plus de détails à propos de l’appel à la Police.
L’animateur est une nouvelle fois agacé.
— Oh oui. Veuillez m’excuser. L’accusé nous a appelés à 19h38. Il est mystérieusement parti du travail plus tôt qu’à son habitude, vers 17h. Il ne lui fallait qu’une demi-heure pour rentrer chez lui. Il s’est d’abord montré évasif sur cet intervalle, avant d’évoquer une maîtresse.
Marc Plafonnier reste silencieux quelques secondes pour que ces premières informations soient bien mémorisées par les spectateurs.
— Avez-vous d’autres choses à dire sur le jour de la découverte des corps ?
— L’attitude de l’accusé nous a également paru plutôt étrange. Il était absent. Comme si il s’en fichait. Alors que toute sa famille venait d’être tuée. Ce qui nous a mis la puce à l’oreille, si vous me permettez l’expression.
Marc Plafonnier acquiesce
— Je vous permets.
Pour accompagner les mots de l’Inspecteur, des images de la scène de crime apparaissent à l’écran, ainsi que l’adresse du site internet où les spectateurs peuvent télécharger le dossier complet.
— Que pouvez-vous nous raconter sur la suite de l’enquête ?
— On a commencé à creuser un peu. On a vite découvert qu’il avait effectivement une maîtresse. Il la voyait souvent. En fouillant ses dossiers on a découvert l’assurance vie qu’il a achetée. Il pouvait gagner beaucoup d’argent avec la mort de sa femme. Nous avons aussi eu le rapport d’autopsie qui nous indiquait que la mort avait dû se dérouler vers 17h-17h30, donc l’heure à laquelle le mari était censé rentrer.
Un message à l’écran indique l’adresse internet où les spectateurs peuvent télécharger le rapport d’autopsie complet.
Marc Plafonnier fait mine d’être troublé.
— Ce genre d’affaire d’adultère peut finir en meurtre, nous avons effectivement déjà beaucoup traité ce genre d’affaires dans A Vous de Juger. Mais comment expliqueriez-vous la violence avec laquelle les enfants ont été tués. Car cette famille a été tuée avec une véritable haine. Pensez-vous qu’un père pourrait faire cela à ses propres enfants ?
— Je le pense sincèrement. Les psychologues qui l’ont examiné ont découvert un narcissisme et un égocentrisme démesurés chez lui.
L’inspecteur s’arrête pour réfléchir quelques secondes.
— Je pense qu’il avait besoin de liberté. Pour pouvoir vivre avec sa maitresse. Lors du meurtre, dans sa tête, il ne tuait pas sa famille. Il tuait seulement les amarres qui l’empêchaient de prendre le large.
— Merci beaucoup M. l’inspecteur, je n’ai pas d’autres questions.
La transmission disparaît de l’écran.
L’animateur prend alors son sourire de présentateur télé, ce genre de sourire que l’on ne croise jamais dans la rue. Il a dans les mains une bouteille de boisson rouge, sur laquelle la caméra se met à zoomer.
— Le procès de ce soir est sponsorisé par Caco Laco, la boisson au goût inimitable depuis 1897. Vous pouvez dès demain vous rendre à votre supermarché le plus proche pour découvrir le nouveau Caco Laco goût abricot.
L’animateur repose la bouteille.
— Nous allons maintenant avoir notre première page publicitaire. Nous nous retrouverons juste après pour la suite de ce procès.


C’était une très gentille famille les Duponin, se dit George en se levant pour aller aux toilettes. Une fois fini, il va dans la cuisine, se sert une autre tasse de thé et retourne s’assoir sur son canapé.


— Nous allons maintenant accueillir le deuxième témoin de ce soir, une amie de Christine. Je vous présente Mme Delphine Templier.
Apparait à l’écran le visage d’une femme très maquillée, aux lèvres rouge écarlate et joues roses. Ses cils sont pourvus d’extensions jaunes, et ses cheveux, visiblement teints, tendent vers le rose pâle.
— J’vous arrête tout d’suite. C’est Delphina, d’accord ? N’écorchez pas mon nom.
A ses oreilles pendent deux grosses pierres visiblement très lourdes.
Contrairement à l’inspecteur, elle n’est pas du tout gênée de passer à la télévision et semble même ravie de se montrer à des millions de spectateurs.
— Je vous adore Mr Plafonnier, commence-t-elle en insistant bien sur chaque mot. On peut aller s’boire un verre ensemble si vous avez l’temps.
L’animateur reste stoïque.
— Nous sommes en plein procès, alors je vous demanderais de ne pas parler d’autre chose que l’affaire que nous sommes en train de juger en ce moment.
Qu’est-ce que j’irais faire avec une greluche comme toi, se dit-il intérieurement.
— Parlez-nous de vos relations avec la famille Duponin, et de ce que vous saviez des relations entre les deux époux.
— Jean-Christophe, c’est un con, répond-elle sans y réfléchir.
— Pas d’injures s’il-vous plait, je vous demande encore une fois de respecter la solennité de ce procès.
Elle remet ses cheveux en place.
— Il faisait tout l’temps la gueule, il était jamais content. Et il avait une maitresse, une espèce de conne qu’il est allé chercher je sais pas où.
Marc Plafonnier fait en sorte de conserver son calme. Difficilement néanmoins car l’attitude de son interlocutrice l’exaspère au plus haut point.
— Je vous demande très sérieusement d’arrêter avec vos vulgarités. Est-ce que sa femme était au courant de cet adultère ?
— Vous voulez rire ? Même le Pape était au courant j’suis sûre. Il s’est même pas donné la peine de faire ça discrètement. Il s’en foutait de ce que Christine pouvait ressentir. Et il s’en foutait d’ses gosses. Je pense qu’il voyait sa famille comme un poids. Tout c’qu’il voulait c’était baiser sa putain et s’casser j’sais pas où.
Elle sourit, croyant amuser les spectateurs qui la regardent.
— Que pouvez-vous nous dire d’autre ?
Marc Plafonnier contrôle sa respiration pour ne pas s’énerver. Il a abandonné la bataille.
— Christine me disait qu’il voulait divorcer. Mais elle, elle voulait pas. Elle résistait. J’lui disais tout le temps d’le lâcher ce gros con mais elle refusait. J’sais pas pourquoi.
— Merci beaucoup pour votre intervention remarquable, je n’ai pas d’autres questions.
L’animateur est impatient que cet entretien s’arrête. En quelques phrases seulement, cette femme a réussi à se faire détester par son idole.
Mais elle sourit, n’ayant visiblement pas compris l’ironie de l’animateur.
Dès que son visage disparait de l’écran, Marc Plafonnier se sent mieux et continue l’émission comme si de rien n’était.
Après Christina, divers autres amis de la famille et collègues se succèdent et tous disent à peu près la même chose qu’elle, en utilisant néanmoins un langage moins ordurier. Puis la deuxième page de publicité commence.

George en profite une nouvelle fois pour aller aux toilettes. Puis il ouvre la fenêtre du salon et passe la tête pour regarder tous ces gens à côté. Attirés comme des insectes par les lumières des caméras et le grand écran rediffusant l’émission dans la rue. Ils discutent, rigolent, en regardant cette maison où une famille entière a été anéantie. Il les observe un instant en repensant à ce 14 avril, date du meurtre, qui est aussi la date anniversaire de la mort de sa femme. Et alors qu’il commence à penser à elle, il entend le générique de reprise de l’émission.

Plan de l’extérieur de la maison.
— Une maison tranquille dans un quartier habituellement calme, ne gentille famille détruite et un père de famille qui a une maitresse. Ce sont les ingrédients du procès Duponin dont commence maintenant la troisième partie.
Plan intérieur sur l’animateur.
— Vous l’attendiez tous, il est maintenant l’heure de laisser la parole au dernier survivant de la famille, l’accusé de procès, Jean-Christophe Duponin. Il a décidé de ne pas prendre d’avocat. C’est donc lui-même qui va témoigner ce soir devant vous.
La transmission en direct de la prison montrant l’ancien père de famille apparait à l’écran. Il a les yeux vides et l’air hagard : comme si quelque chose en lui était débranché, comme si son esprit était à des années lumières de la petite cellule de prison dans laquelle il se trouve en ce moment.
— Bonjour Mr Duponin. Vous avez vu le début de notre audience et il appartient à vous désormais de convaincre les téléspectateurs que vous n’êtes pas le coupable du meurtre de votre famille. Il s’agit de votre seule et unique chance d’éviter la prison à vie.
Jean-Christophe Duponin hoche légèrement la tête.
— Pouvez-vous nous raconter votre version des faits ?
— Je jure que je n’ai pas tué ma famille, jamais je ne leur aurais fait...
— Ceci n’est pas la question que je vous ai posée, le stoppe immédiatement Marc Plafonnier. Nous savons déjà que vous niez être le responsable de ces crimes. Les spectateurs le savent également. Ce que nous voulons savoir, c’est que vous nous racontiez votre version des faits. Le reste est inutile car n’apporte aucune information.
L’accusé hésite un petit instant. Il n’a évidemment aucun problème pour se souvenir du déroulement de cette journée, il n’a tout simplement pas envie de dire une seule bêtise.
— Je suis effectivement parti du travail à 17h comme mes collègues l’ont affirmé.
Il laisse encore passer quelques secondes, comme s’il tentait d’atermoyer le plus possible ce qui arrive ensuite.
— Vous le savez déjà alors il est inutile de mentir à ce sujet : j’avais une maitresse. Je n’aurais jamais pensé en arriver là un jour. Je sais que c’était une erreur. Mais c’est chez elle que je suis allé ce jour-là. J’y suis resté deux heures avant de rentrer chez moi. Et c’est à ce moment que j’ai trouvé toute ma famille tuée. Est-ce que vous vous rendez compte de ce qu’on peut ressentir ? Cet inspecteur qui dit que mes réactions étaient bizarres ce jour-là mais existe-t’il une bonne façon de réagir ? J’ai tout perdu ce jour-là. Et maintenant me voilà devant vous tentant de vous convaincre que je n’ai pas tué ma famille. Tout ceci est un cauchemar.
A cet instant apparait à l’écran la photo d’une femme blonde, la trentaine, jolis yeux bleus.
— Reconnaissez-vous cette femme ?
— Bien entendu.
— Pouvez-vous nous dire qui est-elle ?
— ...
— M. Duponin ?
— Mon ancienne maitresse.
— Effectivement, ceci est la photo de Mme Sylvie Guenard. Elle a déclaré qu’elle ne vous avait pas vu ce soir-là. La retranscription de sa déclaration est disponible sur notre site internet pour les spectateurs.
— Elle ment... C’est parce que ce soir-là j’ai décidé de rompre avec elle alors elle se venge. Je...
Mais les mots refusent de sortir. Comme s’il savait d’ores et déjà que son sort était scellé.
L’animateur reprend :
— Avez-vous d’autres informations à nous donner ?
— Non... je ne crois pas, répond-il d’une voix hésitante. Seulement qu’avoir une maitresse a été erreur, je le sais. C’est pour cela que j’ai voulu y mettre fin. J’aimais ma famille, jamais je ne...
La transmission se coupe, ne le laissant pas finir sa phrase.
— Voilà, chers spectateurs, vous avez toutes les informations en main. Avec ce que nous vous avons montré durant l’émission et toutes les informations supplémentaires disponibles sur notre site internet, il est l’heure de prendre votre décision.
Changement de plan.
— Comme d’habitude, la procédure est très simple. Il suffit d’envoyer « COUPABLE » ou « NON COUPABLE » au 79022. Examinez attentivement les preuves. Votez selon votre intime conviction. Durant les quelques prochaines minutes de publicité les voix vont être comptabilisées. Grâce à celles-ci nous rendrons votre verdict.


Les publicités n’ont même pas encore commencé que George se précipite sur son téléphone portable et vote « COUPABLE ». Puis il attend impatiemment la reprise de l’émission.


— Nous revoilà pour la dernière partie de notre émission. L’heure du résultat a sonné.
George entend la foule entrer en transe dehors. Tout le monde est scotché aux lèvres de Marc Plafonnier.
— Avec 89% des votes, l’accusé a été déclaré... coupable.
Dehors la foule laisse éclater sa joie.
George, lui, sourit.
Ils y ont cru, pense-t’il. Ils pensent vraiment que c’est lui qui les a tués.
L’animateur continue, ignorant la scène de liesse qui se déroule à l’extérieur.
— L’accusé va donc finir sa vie en prison. Merci chers spectateurs d’avoir une nouvelle fois fait parler la voix de la justice. Nous nous retrouvons demain, pour un nouveau procès.


George se met à rire tandis que le générique de fin de l’émission commence.
Il repense une nouvelle fois à la mort de sa femme et aux premières années difficiles où la vie n’avait plus aucune valeur. L’obsession pour la mort et les meurtres qui a commencé à naitre en lui, obsession qu’il a tout d’abord nourrie en regardant A Vous de Juger. Puis cette famille est arrivée. Ils avaient l’air tellement gentils et parfaits. Ils lui balançaient leur bonheur à la figure.
Alors il a commencé à plonger dans la jalousie.
Il les a espionnés, des mois. Cette monomanie a momentanément effacé sa douleur. Rien qu’un peu, mais c’était suffisant pour lui donner une nouvelle raison de se lever le matin.
Ses envies de meurtre ont grandi, comme un ballon qui gonfle de plus en plus.
Jusqu’à ce fameux 14 avril, date anniversaire morbide pour lui. Le trop-plein a été atteint, le ballon a éclaté.
Il a profité de l’absence du père pour tuer cette famille trop heureuse.
Ensuite il attendu ce procès et cette attente a continué à donner un peu de sens à sa vie.
Le père a été condamné, la famille a été complétement fauchée, son plan a fonctionné.
Mais maintenant que tout est fini, il a peur de replonger dans l’affliction et la désespérance, car plus rien ne va garnir son esprit désormais.
Il est effrayé. Il ne sait pas comment va être sa vie à partir d’aujourd’hui.
Alors son rire s’éteint tandis qu’un sentiment de profonde solitude commence déjà à se faire sentir.


Quelques jours plus tard, George s’ennuie. Il passe ses journées à tourner en rond chez lui. Il ne sait pas quoi faire. Même regarder A Vous de Juger ne le satisfait plus maintenant que le procès qu’il attendait le plus est fini.
Alors, il se résout à faire le grand pas.
Puisque plus rien ne le retient désormais, il s’est convaincu qu’il devait mettre fin à sa pathétique existence.
Il a le couteau en main. Ironiquement, celui-ci est du même modèle que celui qui a servi à tuer Christine Duponin.
Il le tient fermement et appuie le bout de la lame sur son poignet. Il est sur le point de se tuer lorsqu'il entend quelqu’un toquer à la porte.
Il est surpris car cela fait bien longtemps qu’il n’a pas accueilli quelqu’un chez lui.
Lorsqu’il ouvre la porte, il se retrouve en face d’une femme, visiblement dans la trentaine, cheveux blonds, plutôt mignonne. Derrière elle il y a un homme et deux enfants.
— Bonjour Monsieur, dit la femme. Nous sommes vos nouveaux voisins. Je m’appelle Ludivine, et voici mon mari Bastien, et nos deux enfants Martin et Louise. Nous emménageons à deux numéros de chez vous.
Les enfants sourient et disent bonjour également. Le mari lui serre la main.
— Enchanté, je vous souhaite la bienvenue dans le quartier, dit George, accompagnant ses mots d’un sourire fausset.
— Merci beaucoup, répond la femme. Je dois dire que nous appréhendions un peu d’habiter ici avec ce qui s’est passé il y a quelques années, cependant...
— C’est un très joli quartier, complète son mari.
George acquiesce.
— Oui, vous verrez, c’est très calme ici. Si vous avez le moindre problème, vous pouvez venir me voir.
— Merci beaucoup, répond la femme.
— C’est très aimable de votre part, complète une nouvelle fois son mari. Nous allons continuer le tour du quartier, à bientôt.
Les deux enfants lui font un signe. Puis tous les quatre font demi-tour pour continuer leur découverte du voisinage.
Ils ont l’air gentils, pense George en refermant la porte. Ils ont vraiment l’air très gentils.

PRIX

Image de Printemps 2018
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Chantal Noel · il y a
Se méfier des voisins, tel est mon crédo désormais. J'aime beaucoup votre nouvelle qui m'a tenue en haleine et tout ça en douceur, mine de rien...
Puis-je vous inviter à lire mon TTC http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/un-deux-trois-soleil-2

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Geny Montel · il y a
Aïe ! Cette brave famille ne sait pas ce qui les attend... Décidément ce Caco Laco sponsorise beaucoup de choses !
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Jarrié · il y a
Du plaisir à vous découvrir. Bonne chance.
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Jarrié · il y a
Du plaisir à vous lire. Bonne chance.
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Flore · il y a
Ma lecture matinale m'a conduite dans un texte très bien mené...et c'est la chute, j'aurais bien lu encore un moment. Bravo, d'avour su entraîner le lecteur , et les voisins....on a le loisir d'imaginer, bravo.
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Virgo34 · il y a
Un texte qui tient en haleine jusqu'à la chute.
Je vous invite à aller découvrir mon sonnet dans le Prix de la St Valentin. Merci.

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Marco · il y a
Comme quoi, quelquefois les apparences sont parfois trompeuses + 5
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Thomas Clearlake · il y a
Une seul défaut à ce texte : c'était trop court !
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Kaimeng · il y a
Merci beaucoup, tellement gentil, j'aurais voulu que votre commentaire soit plus long aussi :)
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
De mon côté, je suis en compétition pour Imaginarius 2017 (sujet : la brume) : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Kaimeng · il y a
Merci beaucoup pour vos votes
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Azvax · il y a
Super histoire très original de décrire une émission de télévision. Si vous voulez voir un univers différents, je vous serez reconnaissant de jeter un coup d'oeil à mes textes
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Kaimeng · il y a
J'irai y Passer un coup d'oeil avec plaisir, merci beaucoup
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