Une paire de seins de toute beauté

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J’écris avec les pieds. Ils sont la pointe de la pointe de mon bic sur le tapis que la planète couche sous mes semelles chaque jour. Ils sont mon saphir plongé dans le disque du monde. On  [+]

Image de Automne 2015
Librement inspiré d’une nouvelle de Topor

Bien sûr, Simon avait déjà repéré cette fille à la poitrine superbe... Seulement, quand elle jaillit hors de la cabine de l'ascenseur qu'il avait appelé pour descendre dîner au restaurant de l'hôtel, la surprise lui coupa les jambes... La fille dut le bousculer pour se frayer un passage. Puis les portes se refermèrent, elle disparut au détour du couloir... Un petit cliquetis attira l'attention de Simon. Il baissa les yeux et vit un de ses boutons de chemise qui roulait sur le tapis, après avoir heurté la porte métallique. C'est quand il voulut vérifier de quel bouton il s'agissait qu'il ressentit le choc de sa vie. La fille lui avait refilé sa poitrine. Simon avait hérité d'une paire de seins de toute beauté.

L’ascenseur commença sa lente descente tandis que les pensées de Simon, elles, tournaient à toute vitesse. Lui qui n’était pas particulièrement réputé pour la puissance de son cerveau, mit seulement deux étages pour se remettre de sa surprise. Privilège des âmes simples ou des imbéciles heureux selon le côté où l’on se place. Mais une question angoissante monta soudain en lui. S’était-il véritablement transformé en femme ou bien ?... Il glissa la main droite dans la poche de son pantalon et explora avec inquiétude son entrejambe. Soulagé de constater que tout était bien en place, confortablement calé dans son slip kangourou, il se remit à contempler sa nouvelle paire d’attributs mammaires.

Il fut bien obligé de reconnaitre que, si la situation était incongrue, voire critique à bien y réfléchir, il avait été quand même bien servi. Cette poitrine était véritablement de toute beauté. En amateur éclairé de la chose, il reconnut tout de suite une mécanique grand luxe, digne de son panthéon personnel : apesanteur et robustesse, souplesse et fermeté. A mi-chemin de l’obus et du traversin. Un modèle de compétition, sans aucun doute. A vue de nez, il aurait dit Hollywood, années 50, Jayne Mansfield, période bleue.

Cette championne hors catégorie, il en avait rêvé maintes fois. Et voici qu’il l’avait sous la main, pour ainsi dire à demeure. Une partie de son esprit devait bien se douter que la situation allait forcément s’obscurcir mais il était encore tout à l’excitation d’avoir un tel attirail à disposition. De nouveaux horizons s’ouvraient devant lui. Il commençait à échafauder des stratagèmes alambiqués, des positions acrobatiques. Mais allait-il être assez souple ?

Il en était là de ses pensées quand l’ascenseur toucha le sol, envoyant une légère secousse qui fit doucement trembler ses seins tout neufs. Les portes s’ouvrèrent sur le hall d’entrée de l’hôtel, juste assez lentement pour que Simon puisse cacher sa poitrine débordante et son érection fulgurante en rabattant brusquement les pans de son manteau.

Il balaya le hall du regard, s’assurant qu’il n’y avait personne de sa connaissance, puis le traversa tête baissée et sortit dans la rue. Il devait réfléchir à ce qu’il allait faire maintenant. Et pour réfléchir, il lui fallait prendre l’air et marcher. De toute manière, il était impossible qu’il se rende au restaurant dans cet état-là. Il décida de remonter la Croisette en direction du port. Le soleil rasant éclairait encore l’avenue qu’arpentaient nonchalamment touristes et retraités, indifférents à la marche du monde et à la poitrine de Simon.

Celui-ci, par contre, commençait à trouver quelque inconvénient à ses nouveaux attributs. Il lui fallut d’abord redresser son dos et remonter ses épaules pour faire contrepoids. Cet effort nouveau lui pesa très vite après qu’il ait parcouru une centaine de mètres. Il se rendait compte qu’une telle charge nécessitait quelque effort. Mais surtout, chaque pas qu’il faisait envoyait une onde de choc qui se répercutait dans tout son corps et jusqu’à sa poitrine. Ses seins ne tenaient pas en place, ballotés de haut en bas, de la droite vers la gauche. Ils tombaient, rebondissaient en arcs de cercle, s’écartaient l’un de l’autre pour mieux se percuter ensuite, élastiques, farceurs et incontrôlables. Ce mouvement perpétuel de houle mammaire l’amusa un court instant mais finit par lui peser et lui donner mal au cœur. Après quelques minutes, chaque pas était devenu une épreuve pour Simon et il se rendit très vite à l’évidence : il allait lui falloir acheter un soutien-gorge dans les plus brefs délais.

Au moment où la porte du magasin se referma derrière lui dans un discret bruit de clochette, la vendeuse fit son apparition depuis l’arrière-boutique. Simon venait de passer une dizaine de minutes dehors à contempler la vitrine, les différents modèles de culottes, soutiens-gorge et combinaisons présentés sur des mannequins en plastique irréprochables. La femme qui lui faisait face maintenant n’était d’ailleurs pas mal du tout, pensa Simon. Elégante dans une jupe courte mettant en valeur des jambes longues mais bien galbées, brune à la peau bronzée, elle lui demanda dans un large sourire ce qu’elle pouvait faire pour lui être agréable.

Simon retint in-extrémis la première réponse qui lui passa par la tête. Il hésitait, hypnotisé par ses lèvres pleines et son sourire généreux qui éclairait sa peau mate. Un silence gêné s’installa. La vendeuse fit passer d’une main élégante la masse de ses cheveux bruns d’un côté à l’autre de son cou, ce qui ne fit rien pour dissiper le trouble de Simon. Son regard descendit vers le chemisier de la femme qui laissait entrevoir une dentelle fine et noire, plus décorative que véritablement fonctionnelle à en juger par la platitude de sa poitrine. Ce constat ramena Simon à l’objet de sa.

— Heu.. Oui... Bon.

La vendeuse qui semblait avoir l’habitude des messieurs hésitants demanda avec une grande douceur :

— Vous venez pour un cadeau, Monsieur ?
— Et bien, non. C’est pour moi.

La vendeuse ne cilla pas. Professionnelle aguerrie, elle n’en était pas à son premier farfelu. Simon, surpris de son absence de surprise, hésita quelques secondes sur la façon dont il allait bien pouvoir lui présenter sa requête. Il opta pour une solution radicale en ouvrant bien grand son manteau, avant de le refermer très vite. Elle écarquilla de grands yeux surpris, dans lesquels Simon crut déceler une note d’admiration.

— Alors ça, dit-elle, c’est une première. Que vous est-il arrivé Monsieur ?

Il lui expliqua tout, l’hôtel, la fille, l’ascenseur, et sa soudaine métamorphose.

— Bien, dit-elle. C’est un ensemble qu’il vous faut alors. Soutien-gorge et culotte.
— Ah non, répondit Simon, touché dans sa fierté. Non, au-dessous de la ceinture, tout va bien ! Je reste au chaud dans mon slip. Mais il me faut un soutien-gorge, et un costaud comme vous avez pu le constater.
— La robustesse n’exclue pas l’élégance, cher Monsieur. Je vais vous trouver quelque chose de beau. Et puis, il faut la mettre en valeur cette magnifique poitrine, allons... Ne faîtes pas votre timide et veuillez entrer dans la cabine s’il vous plait.

Quelques instants plus tard, Simon en sueur, se débattait avec le soutien-gorge en dentelle rouge et noire qu’elle lui avait fait passer. Décidément, il n’y arrivait pas. Lui qui se vantait de pouvoir les dégrafer d’une main dans le noir... Impossible de fermer cette satanée agrafe dans son dos ! Au bout de quelques minutes, la vendeuse tapa délicatement à la porte :

— Alors, cher Monsieur, cela vous convient-il ?
— Ecoutez, je vous dirais ça quand je serai arrivé à le mettre. Ça n’est pas si facile, figurez-vous !
— Souhaitez-vous que je vous aide à le fermer peut-être ?

Découragé, Simon répondit que oui. Il ouvrit la porte de la cabine, se retourna vite dans un accès soudain de pudeur pour présenter son dos à la vendeuse. Celle-ci lui agrafa le soutien-gorge d’une main experte et lui demanda de se tourner vers elle.

— Attendez un instant. Il faut régler les bretelles. Retournez-vous de nouveau.

Placée dans son dos, elle entreprit les réglages nécessaires. Une fois ceux-ci effectués, elle se rapprocha de Simon, passa doucement les bras sous ses aisselles, et sous prétexte de vérifier l’ajustement des bonnets, se mit à malaxer ses seins avec une grande application et beaucoup de douceur.

— Hé ! Non mais, vous gênez pas surtout ! s’écria-t-il en se retournant

Elle se recula brusquement, tremblante et le rouge au cou.

— Excusez-moi, je... je suis confuse... réussit-elle à balbutier. Ça n’est pas moi. Je... J’ai craqué ! Je ne fais pas ça. D’habitude, je veux dire.
— Mais qu’est-ce qui vous est passé par la tête ?

La vendeuse se mit alors à pleurer, partit dans un long monologue entrecoupé de sanglots et reniflements, dont il ressortait en substance que la vie était trop injuste. Lui qui n’en avait nul besoin se retrouvait doté d’une poitrine affolante, alors qu’elle... Elle en avait toujours rêvé, et puis ça lui ferait un bien fou, pour son égo, sa féminité ! Sans même parler de ses affaires qui périclitaient. Pensez-donc, une boutique de lingerie avec une poitrine pareille !

Simon était touché, ému. Et puis, se dit-il, c’est vrai qu’ils lui iraient bien ses seins. L’ensemble serait même absolument magnifique, à vrai dire. D’ailleurs...

— Ecoutez, je... Comment vous appelez-vous ?
— Julie
— Bien, Julie. Moi c’est Simon. Voilà, je vous propose un deal. Si ça a marché dans un sens, ça devrait marcher dans l’autre n’est-ce pas ?
— Vous croyez, renifla-t-elle
— Oui, j’en suis certain. On va simplement refaire le coup de l’ascenseur mais cette fois-ci, c’est moi qui rentre dedans avec mon 90C, et vous qui ressortez avec.
— Oh ! Ce serait tellement magnifique !
— Et ensuite pour fêter ça, je vous invite à diner – proposa Simon qui n’était pas du style à perdre le nord mais de celui à mélanger le plaisir et les affaires – Mais il faut tout reproduire à l’identique, au même endroit. Alors, quand nous nous croiserons devant l’ascenseur, il faut absolument que vous me regardiez comme j’ai regardé cette fille tout à l’heure. C’est ça le déclencheur : le regard ! Mettez-y beaucoup de désir dans ce regard. Mais masculin le désir, hein. Viril si vous voyez ce que je veux dire
— Oui, je vois à peu près. C’est un peu mon métier, je vous rappelle dit Julie qui retrouvait doucement ses esprits
— Bien, allons-y. Ne perdons pas un instant de plus.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent lentement devant la plantureuse poitrine que Simon avait pris soin de mettre en valeur. Julie sortit de l’ascenseur, son regard fiévreusement fixé sur le généreux décolleté de Simon. Elle jouait son rôle à la perfection pensa Simon. Ils se croisèrent sans un mot, puis il s’engouffra dans l’ascenseur. Au soulagement musculaire de ses épaules, il comprit tout de suite que son stratagème avait fonctionné, qu’il retrouvait sa poitrine de mâle.

Il se retourna, et vit alors Julie s’éloigner dans le couloir. Alors que les portes de l’ascenseur se refermaient, Simon eût tout juste le temps de zoomer sur sa chute de reins. Ses yeux manquèrent tout juste de jaillir de leurs orbites. Il en avait les jambes coupées. Cette fille avait un cul absolument stupéfiant, le plus beau de la Côte d’Azur ! Et dire qu’il venait juste de lui refiler la paire de seins du siècle ! Deux moitiés de femme parfaites assemblées en même pas deux heures de temps, voilà une belle journée finalement, se dit-il. Et en plus, je vais maintenant passer la soirée avec cette merveille ! Tout pour le bonheur de l’honnête homme, décidément.

Simon était aux anges. Rêveur, il se repassait en boucle cette ondulation charnelle et hypnotique, seulement entrevue mais encore solidement accrochée à sa rétine. Il se sentait pousser des ailes alors que l’ascenseur entamait sa descente. Tout à son bonheur du moment, il ne sentit pas tout de suite son bassin basculer, ses hanches s’élargir, ses fesses se cambrer et s’assouplir. Ce n’est qu’arrivé à l’étage du restaurant, qu’il se rendit compte que la poche de son kangourou était vide.

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