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une Ombre dans la nuit

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Momo69190

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Paris 5 février 2027, il est quatre heures du matin, j’arpente les rues de la ville, seul, le bruit de mes pas raisonne dans l’obscurité, une bruine froide me transperce le dos, la monotonie de ces rondes de nuit m’exaspère, déjà dix ans dans le même service, lieutenant de police à la BC, la Crim’, le 36 quai des orfèvres, je réponds aux ordres de mes supérieurs sans équivoque, un subordonné sans envergure un traine savate de l’ambition je n’en manque pas, mais je n’inspire pas confiance, le sale boulot c’est pour mézigue, comme d’habitude, j’entends encore la voix de Maurice :
- « Tu planque au 25 rue Ernest Renan à St Denis, note toutes les allées et venues de ce bâtard, je ne tolèrerai aucune bévue, c’est compris René, ou c’est trop te demander »
Je préfère même plus répondre, commissaire, je me la pète, pauvre con, un mois sur la même embrouille, pas foutu de dénouer cette morbide affaire, pourtant s’il me faisait un peu plus confiance, je torcherai cette énigme en moins de deux.
Je n’ai pas mal d’arrestation à mon initiative, et pas des charlots, des figures du grand banditisme, pour m’envoyer au casse-pipe ils sont là, bravo René, aucun respect, ils récoltent les honneurs, et moi walou makach, même pas un petit bifton.
Franchement, des types qui travaillent aux couteaux, de la sorte, ne trainent pas dans ce genre de quartier, ce connard se goure, moi j’irai plutôt du côté de Barbès, les détraqués pullulent dans des bouges merdiques, des baltringues assoiffés de sang, défoncés à l’héroïne, des haleines de bouc qui empestent l’alcool bon marché, des loquedus prêts à tout pour une misère.
Au lieu de ça, je surveille cet enculé, Patrick, un facho d’extrême droite, connu pour ses activités subversives, maintes fois arrêté, relâché le lendemain protégé par des politicards de troisième zone, il faut savoir que depuis mai 2022, la France est passé du côté des extrémistes, les lepénistes, ont eu la gagne facile, ils ont hérité, d’un pays au bord de la faillite, endetté jusqu’au cou, comme dans pas mal de pays européen, seul le marché de l’armement connait un regain d’activité, les conjectures internationales ont sont la cause, les contrats se signent à tour de bras, méfions-nous tout de même, à ne pas voir les missiles nous retomber dessus, ne parle plus de la suprématie des parties Droite, Gauche, longtemps maître du jeu, d’échecs en échecs, les poids lourd du gouvernement, ont laissé la place, à des groupuscules nazis, des arrivistes, manipulateurs, la situation économique est loin de l’amélioration promise.
Dans quelques mois, les prochaines élections législatives, deux camps face à face, les fachos et les cocos, les uns veulent une France à la Gauloise, halte à l’immigration, dont une bonne partie a fait les frais depuis bientôt cinq ans, les primes, et la garantie d’un retour avantageux, ont fait place à la valise ou le cercueil, toujours est-il que si la manière change le résultat reste le même, le travail, et les allocations aux français de souche, une mesure délicate à mettre en œuvre, plusieurs plaintes d’organismes sociaux ont été déposées à la cour pénale Européenne des droits de l’homme, l’Europe, parlons-en il s’est réduit à peau de chagrin, cinq pays en tout et pour tout (l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal), enfin nous concernant, un référendum pour le « Frexit » est prévue, en juin prochain, le retour au franc, pourquoi pas, de toute façon, la crise économique mondiale, n’épargne aucun Etat, pour le moment on n’est pas trop à plaindre.
Pour les autres le pouvoir populaire, la majorité laborieuse cher aux soviets, le rêve d’égalité dans un monde capitaliste, faut pas rêver, fais chier, je regagne ma caisse, je me pèle le jonc bordel de merde, encore deux heures avant la relève, je me remémore la macabre découverte.
Il y a un peu plus d’un mois plus précisément le 2 janvier 2027, on a découvert le corps de Mahmoud un épicier d’origine algérienne, âgée d’une trentaine d’années, son corps jonché nu, à la lisière du Bois de Boulogne, inconnue des services de police, lacérée au couteau, une lame affutée d’après le médecin légiste, le plus intriguant est le numéro 1 que le meurtrier a pris soins d’inscrire, à l’aide de son couperet sur le ventre, aucun indice du travail de pro.
La victime, un commerçant sans histoire, du quartier Barbés, l’assassin a transporté le corps, sur les lieux, une intrigue supplémentaire, le nombre, marqué sur l’abdomen laisse présager une suite, la vigilance est de mise.
Je fais tourner le moteur, ça caille les vitres sont gelées, on n’y voit rien, un temps de chien, il me reste un fond de whisky dans la boite à gant, putain ça réchauffe, un coup d’essuie-glace, ho ! mais qui voilà donc, drôle d’allure, ce quidam.
Regarde-moi ce guignol il longe les murs en lançant des regards autour de lui, son pas précipité laisse planer un doute, un imperméable et un galure, bizarre c’est passé de mode ce genre d’accoutrement, il n’a pas l’air net, un contrôle s’impose, j’aurai au moins rempli mes obligations de ce côté-là, bon mais en douceur, j’enlève le cran de sureté de mon P38, juste au cas où.
Il arrive à ma hauteur, je sors précipitamment de la voiture, arborant fièrement ma carte de police :
- « Vos papiers, contrôle de police »
Notre ami n’en mène pas large mon intrusion dans son espace vital semble l’avoir sorti de ses gongs, il profère des injures et gesticule dans tous les sens, un jet de bombe lacrymogène met fin à ses élucubrations, non mais, un peu de respect je représente l’ordre, j’ai peut-être forcé sur la dose, il s’est affalé sur le trottoir et gémi comme une trainée, je tente de le relever, je me baisse, un bruit furtif derrière moi, je n’ai pas le temps de me retourner, et une violente douleur à la tête, puis plus rien le black-out complet.
Qu’est-ce que je fous dans cette chambre d’hôpital, avec un mal de crane, je ne vous raconte pas, enturbanner comme un indou, j’ai dû rater la fin de l’épisode, coupure du son et de l’image, enfin dans mon malheur, j’ai droit à une petite infirmière, un petit boulet, il n’y a rien à jeter, je me fais cajoler, et profite de ce petit intermède :
- « Je m’excuse mademoiselle pourriez-vous m’éclaircir les idées, j’ai du mal à comprendre mon arrivée en ces lieux, pas que votre présence m’indispose, au contraire, mais un éclaircissement s’impose »
La donzelle me reluque l’air désabusé, et me répond sur un ton narcissique :
- « Ecoutez j’ai pris mon poste il y a un peu plus d’une heure, vous êtes arrivé hier soir, une perte de connaissance sujette à une agression, je vous envoie le médecin de garde il sera plus à même de vous renseigner »
Elle quitte la pièce avec un déhanchement à couper le souffle, ses longues quilles, en dise long sur sa silhouette, un mannequin en reconversion, elle me jette un regard malicieux, désolé ce n’est pas moi qui choisit les blouses, l’éclairage de la pièce laisse poindre ses courbures, je suis amoureux.
Dix minutes plus tard, le médecin de garde fait son entrée, un rebeu, propre sur lui, un libanais ou je ne sais trop quoi en tout cas pas de chez nous, pourvu qu’il parle français, il a l’air étonné de me trouver éveiller, il prend ma tension, note des gribouillis sur une plaque accolée à mon lit, et daigne s’entretenir avec moi :
- « Vous avez eu beaucoup de chance monsieur Laffont, vos collègues vous en transporter rapidement, votre état était critique une perte de connaissance dû à une commotion cérébrale, un violent coup sur la tête, vous souvenez vous de vos assaillants ? »
C’est le monde à l’envers, c’est moi qui pose les questions d’habitude, d’où il sort celui -là, carte de séjour et tout le toutime, non de dieu je vais l’asticoter ce bougnoule :
- « Vous êtes, habilité pour les interrogatoires monsieur... ? »
L’impétueux me prend de haut, il remonte sa charlotte en signe de dépit, l’aurai-je froissé dans son orgueil, un raton médecin ou pas reste un raton :
- « Monsieur Laffont, vous ne semblez pas en état de tenir une conversation intelligible, nous reprendrons ce débat plus tard, je vais cependant prévenir vos supérieurs, je ne vous salut pas »
Le malotru, je vais en référé au chef de service, il va retourner fissa dans son gourbi parole de flic, je ne suis pas raciste, mais la vue de ces gougnafiers me file de l’urticaire.
Tiens voilà Maurice, face de craie, je vais faire le mort pour éviter ses jérémiades, regardez-le-moi ce con, dans son costard à deux balles, et ses pompes vernis, commissaire ou maquereau je me demande, un pourri il doit arrondir ses fins de mois, je fais mine de ne pas l’entendre,
- « Alors René, tu as encore trouvé le moyen de te la couler douce, raconte c’est quoi ce traquenard, André et Jeannot t’en trouver allongé sur le trottoir, ils ont d’abord pensé que tu avais trop picolé, mais la bosse sur la tête les a laissés dubitatifs, enfin ils ont daigné te conduire ici, des âmes charitables, tu as de la chance »
Gros balourd, il trouve que je suis chatard, péquenot, baltringue, il manque pas d’air, j’ai failli y laisser ma peau, pour un peu plus de deux mille euros par mois, et lui il la ramène, de toute façon, je ne me souviens de rien, et j’ai bien l’intention de profiter de ce repos providentiel,
- « J’ai du mal à me rappeler chef, je me souviens d’une altercation avec un individu suspect, que j’ai copieusement arrosé de lacrymogène, un olibrius méchamment éméché, dont les effets du gaz ont provoqué manifestement un évanouissement passager, j’ai tenté de lui venir en aide et puis plus rien, c’est tout ce que j’ai à dire »
L’autre trompette de mort secoue la tête, il parle à un demeuré, il me prend vraiment pour une bille :
- « Ok tu t’es fait avoir comme un bleu, remarque ça ne m’étonne pas, mais dit moi l’abrutit que tu as sauvagement aspergé, tu peux me donner son signalement, parce que tes collègues n’ont vu personne »
Il en a de bonne cet empiffré, la dégaine du blaireau, éventuellement je peux la décrire mais sa tronche, j’ai du mal :
- « Ben ! il était fringué comme un détective, un borsalino et un imper, tu vois le genre, il avait des bacchantes, et un pif de chien, il baragouinait avec un accent rital, grossier avec ça, je n’ose même pas te débiter les injures je tomberais pour outrage, désolé je n’en sais pas plus »
Le voilà bien avancé, va te faire mettre tête de nœud, c’est ton enquête, moi je suis aux abonnés absent, un légume, au caduche, inscrit aux registres de la sécu bon pour un repos mérité au frais de la princesse,
- « Je vais m’en remettre à Dupont et Dupont, je te jure on est bien entouré, une équipe de bras cassé dans ce service, repose toi bien fainéant à bientôt »
C’est ça barre-toi, pignouf, elle est où mon infirmière je la saute moi, une putain de dalle, je vais sonner, ils vont se souvenir de moi foie de René bordel à cul de merde, pas que la bouffe soit digne d’un cinq étoiles mais je pèse cent trente kilos et je tiens à les garder, tout ce qui rentre fait ventre comme dirai l’autre.
La radasse se fait désirer, vingt minutes que je poirote, c’est quoi ça une blackos, trois cents kilos, ma parole elle porte une perruque, je ne le crois pas blonde en plus avec sa mouille cramée, ses lèvres de babouin maquillée à outrance, elle a du mal à se faufiler dans la pièce avec ses fesses d’hippopotame, et fière avec ça :
- « Vous avez sonné, c’est pourquoi »
Commence par dire bonjour et présente toi poufiasse :
- « Je n’ai rien mangé depuis ce matin, il serait temps d’assurer le service, dépêchons »
Ma parole elle me tchipe, en roulant ses gros yeux, quelle arrogance, remonte dans ton bananier :
- « Je suis aide-soignante, je vais prendre votre température, vous me paraissez très excité »
En attendant ce n’est pas toi qui m’émoustille, vieille roulure, vivement que je décarre d’ici, on se croirait en Afrique :
- « Vous ne me mettez rien dans le troufion, c’est au crane que j’ai mal, je vous préviens il n’est pas question de me faire tripoter le popotin »
Elle brandit, une espèce de machin chose, un thermomètre auriculaire, la technologie, n’a pas de limite, cette autochtone semble instruite en apparence, mais le retour à l’état sauvage de ces individus n’est pas à proscrire, méfions-nous !
- « 37,2, très bien, pour le repas mes collègues vont passer incessamment sous peu, bonne journée »
Elle quitte la pièce en me lançant un regard menaçant, j’ai pourtant été d’une politesse, glacée, certes, mais sincère.
Ce langage singulier, je le tiens de mon père un ancien maton, il n’est plus de ce monde aujourd’hui, une cirrhose du foie, la picole c’était son crédo il me manque parfois, pour lui un bon crouille est un crouille mort, il en a bavé dans sa chienne de vie, pour sûr, c’était un sacré boulot, un taf de merde, pour un salaire de misère, les crachats et les insultes, une population carcérale arrogante, une humiliation quotidienne ça vous use un homme.
Toujours est-il que je suis devenu flic, pas par amour du métier, loin de là mais pour le côté aventureux, les rencontres, je n’ai pas un physique ingrat, je me situe entre le cachalot et la baleine à bosse, non plaisanterie mise à part je suis plutôt beau gosse bien bâti, un mètre quatre-vingt-quinze, pour cent trente kilos légèrement enrobés je le conçois un grain soupe au lait, mais sympa, pour certain, en fait ceux qui ne me connaisse pas, je déborde d’ingratitude.
Laffont René, né le 22 juin 1995 à Aubervilliers, une enfance heureuse dans un climat tendu, moi et ma sœur Anne de deux ans ma cadette souffrions d’une absence d’éducation de qualité, mon père manquait de loquacité, imbibé d’alcool en permanence, et ma mère qui buvait ses paroles n’avait pas le choix, que de partager avec lui ce délicat breuvage, nous grandîmes dans l’insouciance, et l’indifférence de nos paternels, des études chaotiques, une jeunesse bercée de romance hasardeuse, au parfum d’échec, nous sommes tous deux célibataires.
Je vis seul dans un vieil appartement rue euh ! putain je déconne, je ne suis pas de la Jacquette flottante loin de là, on va dire un cœur à prendre, difficile de trouver une âme sœur, quand on a un caractère de merde, mais je ne désespère pas, l’espoir fait vivre, j’ai une collègue Nathalie, qui m’a tapé à l’œil, une jolie fille de bonne famille, adepte du calibre, et doué pour les arts martiaux, mais un charme fou, je ne lui suis pas indifférent, nous avons même flirté autour d’une bière, dans un rade à Montmartre, ça a fini en baston, une bande de ringards, qui se sont permis quelques familiarités, pas commode Nathalie, elle dégage comme on dit dans le jargon, ont étaient en civil, la tronche des collègues quand ils nous ont serré, le bar était méconnaissable, le patron chialait, nos états de service nous ont évité le gnouf, c’est déjà ça.
Tiens voilà la bouffe, enfin ça y ressemble, Zoubida enlève ton foulard, c’est une charlotte et pas à la fraise, qu’il faut mettre, je te mettrai tout ça au chômage, ni une ni deux, et ça baragouine, na ! na ! na ! bon ça se mange, voyons voir comme dirai l’aveugle on dirai du poisson à l’odeur surtout, et du riz, le cuistot doit être chinois, ça pue le travail au noir, une enquête s’impose, une vieille compote, bon, mal de tête ou pas je signe ma sortie, ils vont me tuer, non c’est dégueu, j’opte pour un bout de pain et du frometon, je vais roupiller, pour éviter d’être grossier.

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