4
min

Une nuit sur les bords de la Tamise

Image de Artus Pandelune

Artus Pandelune

0 lecture

0

Le jeune homme plongea son regard dans sa bière, hésitant. Le pub était rempli de crasseux, de casse-trognes, de femmes édentées, de prostitués sales ou trop saoules pour tenir debout. Lui-même faisait parti de cette vermine. C'est parmi ces vauriens qu'il avait grandi, dans les ruelles sombres et enfumées qui jouxtent les Docks. Ah ça, on y apprenait toutes les combines dès l'enfance. Pour survivre, il fallait connaître par cœur les alentours de la Tamise.
Comme tous les habitants du quartier, il entreprenait d'écluser le peu d'argent qui disparaissait, aussitôt gagné, dans des litres de Pale Ale. Notre marin, au visage épais et rude, avait toutefois à la mine avenante et buvait donc consciencieusement, méthodiquement même, avec la ferme intention de parvenir à oublier jusqu'à son prénom.
Il se soûlait avec détermination et tranquillité lorsqu'il échangea cette œillade à l'odeur de soufre avec cette rouquine. Comment était-elle arrivée là ? Elle se tenait sagement assise à une table, seule, sans que personne ne lui porte attention. La belle semblait sortir tout droit sortie des Enfers, avec ses cheveux du Diable. Le regard qu'elle planta dans les yeux de Jack était celui d'une succube, à coup sûr. Que faisait-elle là, au milieu de ce ramassis de cloportes ? Aucun d'eux, pourtant, ne l'approchait et elle jetait des charbons incandescents du regard sur notre homme, qui du reste prenait feu sans réagir. Il finit par décider. « Mon vieux Jack, se dit-il, c'est ainsi, et tant pis pour les conséquences. »
Après tout, ses yeux verts déchirant la grisaille valaient bien la damnation qui lui était promise. Il vint donc la trouver, lui payant un ou deux verres, parlant peu mais écoutant avec ravissement son rire si frais, éclat cristallin au milieu de la boue qui stagnait dans ce bouge malfamé. Il estima à son accent qu'elle venait de Dublin. « Une Irlandaise » se dit-il. Un frisson de peur lui parcouru le dos. Il le chassa, résolu à jouir pleinement de ce moment. De plus, il s'était engagé sur un clipper qui partait aux Amériques. Le départ était fixé au surlendemain. Avec un peu de chance, il serait parti avant que les ennuis ne viennent.
Enhardi, sentant son émoi grandir, il lui glissa à l'oreille quelques mots. Rien de bien romantique, notre marin, n'étant point poète. Mais enfin il tenta d'être poli et courtois, autant qu'il en était capable. Pas farouche, elle lui répondit par un sourire enjôleur et lui emboîta aussitôt le pas quand il se leva pour sortir du pub. En marchant, il réfléchissait à toute vitesse. Le bougre avait peut-être l'esprit épais, mais ce n'était pas un idiot ! Cette femme si troublante sortait de nulle part. Elle semblait débarquer de son île avec ses yeux rieurs et sa fraîcheur. Des doutes s’immisçaient mais son enthousiasme se montrait bien trop grand !
Repoussant donc ses pensées à plus tard, Jack emmena la belle dans un dédale de petites ruelles noires et de quais mal éclairés, dans le ventre des Docks. Elle riait doucement en courant à sa suite, grisée par l'air de la nuit, euphorique. Le brouillard et la nuit recouvraient la ville et ils débouchèrent bientôt dans un entrepôt, au bord des eaux sombres du fleuve. L'odeur du goudron était forte. Là au milieu des cordages éparpillés et des vergues entassées, elle l'embrassa goulûment, sans que la moindre parole ne fut échangée. Il lui rendit son baiser et se sentit devenir plus fort tout à coup. Collés l'un à l'autre, elle du le sentir. D'une main sûre, sans cesser de l'embrasser passionnément, elle libéra ce mât épais de sa gangue de tissu et commença à en éprouver la qualité. Les doigts de l'Irlandaise détaillaient cet attirail, se faisant de plus en plus pressant. Tant et si bien que le marin, si ému, se répandit bientôt dans un râle discret. Jack se sentit honteux, remerciant silencieusement la brume épaisse de cacher son visage penaud. Il avait rendu les armes à la première escarmouche. Si la belle étouffa un petit rire, elle fit bien vite sauter le panneau central de sa robe rouge, pour laisser apparaître, au bout d'un temps qui sembla une éternité au marin, deux petits seins ronds et fermes. Sitôt qu'ils jaillir de leur carcan, ils éclairèrent la pénombre Londonienne de leur blancheur laiteuse, guidant le marin en perdition vers des rivages familiers.
La brume semblait former un cocon autour d'eux. Elle le regardait toujours, sans mot dire, souriante et sûre d'elle, alors qu'il posait ses lèvres, tout doucement, sur le bout brun des tendres mamelons. Il s'attaqua à cette besogne avec humilité, comme pour se faire pardonner sa jouissance prématurée. Les petits tétons de la belle se dressèrent bientôt dans la fraîcheur de la nuit.
Elle ressentit d'abord comme une chatouille, puis une légère tension alors que le plaisir montait, jusqu'à laisser échapper quelques soupirs alors qu'il commençait à titiller délicatement de ses dents les sommets de ses deux îlots de sable blanc. Estimant que le séjour en cale sèche avait assez duré, elle le repoussa alors et s'agenouilla. A ses pieds, les yeux dans les yeux, elle prit le bout de chair mou et gluant qui pendouillait piteusement entre les jambes du gars et le mit dans sa bouche. Patiemment, sans le quitter des yeux, elle s’employa à lui faire recouvrir sa vigueur. Bientôt, elle fut satisfaite de la force du marin, tout revigoré. L’Irlandaise se cala alors dans les cordes épaisses et rugueuses qui étaient stockées là, retroussant ses jupons pour laisser apparaître un ventre palpitant, bien que légèrement masqué par une fine toison rousse.
Et toujours elle avait ce regard étrange. Le marin le comprit quand il rentra dans le port et s’amarrer, et ce malgré la qualité du mouillage. La rouquine fit de son mieux pour masquer son triomphe, mais de toute évidence elle avait gagné quelque chose ! Voilà qui changeait les choses, mais il en savait pas quoi et il fut aussi délicat que possible, refrénant ses coups de boutoir de matelot mal fagoté. La navigation fut un peu chaotique au début, elle débordant d’une puissance étonnante, dessinant des choses étranges dans l’air, et lui manœuvrant plus finement qu'il ne l'avait jamais fait. Il tirait de petites bordées, avec un vent d'abord brise légère. Celui-ci se fit bientôt plus soutenu et il en fallut de peu que le marin ne se laisse emporter par un ouragan. Prudent, voulant prolonger le voyage, il essaya même de remonter un peu le vent, mais celui-ci soufflait trop fort. Il n'y tint plus. Ne voulant point risquer d'engendrer un marmot, il se retira pour se répandre au creux de l'archipel, entre les deux îles. Puis il s'allongea aux côtés de la femme, l'embrassant doucement.
Alors qu'ils se délectaient doucement, toujours sans un mot, de la tranquille félicité que suit un accostage à bon port, il détailla longuement ses tâches de rousseur, ses yeux clos, ses mèches folles et sa petite bouche.
Lorsque l'aube vint, ils échangèrent quelques mots et ce fut tout. Une belle nuit se terminait, jamais ils ne se reverraient. Elle disparut dans le fog sans un mot, dans un souffle.
A la seconde où elle fut hors de sa vue, il ne se souvint de rien. Il se retrouvait là dans la rue, ne se rappelant plus comment il avait échoué ici. « Encore une nuit à trop boire » se dit Jack. Et il se mit en quête d’un endroit où dormir. Mais il ressentait tout de même une sensation dans le bas-ventre. Il se mit dans un coin et découvrit sa chemise. Sous sa peau il découvrit, dessiné, quelques runes et signes des plus compliqués. Dans son esprit le vide total, et la sensation que son âme lui avait été volé...
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,