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Une nouvelle chance

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Kubrick69

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Il est un peu après minuit et je suis encore vivant... Aucune contemplation d'un quelconque environnement olfactif pollué, aucun besoin d'un quelconque dégrisement, pas de cervelle déversée sur un quelconque capot d'une quelconque berline...
Et ouais, c'est encore moi. L'ex vendeur de monte escaliers violenté par la voyance, surtout celle de villégiature, groupie de Cloclo et aussi courageux que ses Claudettes. Vous vous souvenez de moi ? Vous feriez bien de vous habituer parce que je suis en passe de devenir un personnage récurrent. Pour le moins, un second chapitre mérite amplement une narration.
Il faut vraiment que je vous raconte. C'est incroyable la manière dont tout ça c'est passé. En fait, l'ingénieur-monteur du film sur ma vie a dû méchamment se gourer sur la bande son. En effet, au moment du choc fatal avec la tire meurtrière, je n'entendis pas un bruit de freinage, de collision ou de verre éclaté. Non, rien de cela. Juste une petite musique qui m'avait déjà accompagnée toute la journée... Juste avant que ma boîte crânienne ne s'ouvre, mes esgourdes perçurent le fameux : « PA LA PAM PAM ». Et vous me croirez si vous voulez, mais juste avant de traverser le pare brise, j'ai traversé une faille spatio-temporelle, pour me retrouver dans mon bain, un peu avant 5 h. Mes mains qui essayaient de protéger mon visage se retrouvèrent directos crispées sur un bouquin. Elles étaient toutes fripées. Le CD de Duke Ellington venait de se terminait, et le poste venait de basculer sur MFM...
Au début je captais rien de ce qui se passait. J'étais très étonné d'être là. Je m'disais que p't'et, j'étais en train de délirer dans une piaule d'hosto et que mon subconscient était tellement pervers qu'il voulait absolument me faire revivre cette horrible dernière journée, comme si j'étais enfermé dans son déroulement, comme si j'étais un rat courant sur une roue lenticulaire... les événements s’enchaînaient exactement comme ce matin. Je posais sur mon sèche linge le polar de Manchette avec l'impression d'avoir lu le dénouement l'instant juste avant , l'eau était devenue vraiment froide. Je me masturbait, finissait de me laver puis sortit de la baignoire.

Je m'habillais avec ce sentiment très étrange de revivre à l'identique les mêmes secondes de la journée que je venais de quitter sur les chapeaux de roue (c'est l'cas d'le dire). Pas très original quand on y réfléchit. Quiconque a déjà maté « Un jour sans fin » voit très bien où j'en suis rendu. Mais de l'intérieur, c'est pas pareil. Y a une période de latence avant de réaliser. Il vous faut plusieurs : «  mais, c'est dingue, je mets exactement les mêmes vêtements que ce matin alors que je n'ai pas du tout réfléchit à la tenue que j'allais porter ; j'me souviens qu'à ce moment précis, je faisais exactement la même chose lorsque j'ai regardé l'heure sur cette satanée pendule ; et pis le téléphone sonne sans que personne ne réponde, les éboueurs s'ébrouent tout pareil, les noctambules gardent la même déambulation et les lèves tôt continuent de se tonifier comme s'ils avaient eu besoin d'une journée entière pour se sortir leur tête de leur cul... Vous êtes comme un robot qui répète les même tâches répétitives ou comme une caméra qui a rembobiné sauf qu'on se souvient pas de la phase retour rapide. Le sentiment d'être spontanée reste très fugace et très vite vous sentez qu'une machinerie implacable et incontrôlable a pris le relais sur votre conscience.

Pour ma part c'est les images d'autres chefs d’œuvre du 7ème art qui me sont revenu en mémoire et m'ont permis de comprendre ce qui m'arrivait vraisemblablement, genre « Retour vers le futur » ou « Code Quantum ». La théorie du héros de cette série, Sam Beckett s'inscrivit dans mon cortex frontal presque instantanément, ainsi que la phrase qui mettait un point final à chaque épisode : « Oh Bravo !». Cette théorie stipulait que le temps était linéaire comme un fil sur lequel chaque épisodes de chaque vie y former une chaîne. Pour poursuivre dans la métaphore on pouvait donc concevoir chaque événements de chaque existence comme les éléments d'un collier. Mais une fois cela considéré, pourquoi ne pas imaginer que l'on pouvait tout aussi bien emmêler le collier, de sorte que chacun de ces événements se touchent et qu'ainsi on puisse passer de l'un à l'autre quelque soit l'espace temporelle qui les séparent ?
Tout le soucis, et c'est un peu la trame de toutes ces histoires, c'est que du coup, on peut influer sur ces événements que l'on connaît déjà, et si on se démerde pas trop mal, recomposer à notre guise notre collier perso en changeant l'avenir. Après, bien sûr faut faire gaffe à ne pas faire de boulettes, genre rencontrer sa maman qui ne l'est pas encore puisqu'elle n'a pas encore rencontré votre papa, et comme votre future maman tombe amoureuse de vous, parce que dans ce cas là, ben vous existez pas en vrai. Vous saisissez ? Bref, c'est le bordel, et en plus on s'en fout un peu.

Moi apparemment, j'ai voyagé de moins de 24 h, donc aucuns risques de ce côté là. Mais maintenant que je me suis rendu compte de tout ça, faites moi confiance, des changements somme toute fondamentaux vont s'opérer ! Rien à voir avec mes darons, c'est certain. Quoique..., les montagnes russes apoplectiques pour vioc en mal de sensations pas fortes,... je vais laisser ça, bien derrière moi. Je m'en vais te l'transformer moi, mon futur!
La prise de cette décision me libéra, et bizarrement, je quittais totalement cette sensation de déjà vue, d'agir machinalement, d'être au radar. Je saisis cette nouvelle chance pour reprendre ma vie en main en écartant les questions inutiles. Finalement, j'en avais rien à foutre de savoir pourquoi ça m'arrivait à moi, tout ça. J'ai bien pensé que ça pouvait être le sorcier rwandais qui avait été sympa, mais aujourd'hui ça n'a plus la moindre importance...

Au lieu d'appeler le voyant paysan, j'appelais mon taf pour démissionner et je descendis mes escaliers 4 à 4, (j'avais presque l'impression de voler au dessus des marches, comme si j'étais dans le Space Moutain du monte escalier) et je me présentais illico presto à Pole Emploi.
Lorsque ma conseillère me demanda la raison de ma visite, je lui dit que je voulais me reconvertir. Lorsqu'elle me demanda pourquoi, je lui rétorqua en lui disant que j'en avait marre des monte escaliers et qu'en plus les courbes du marché stagnaient après une ascension vertigineuse et qu'il n'était pas certain qu'elle reparte vers les hauteurs pour dessiner une nouvelle marche . Lorsqu'elle me demanda mes compétences, je n'en énonçât qu'une: ma capacité à vendre de la glace à des esquimaux. Pour illustrer mon propos, je lui raconta mon exploit d'avoir réussi à convaincre les propriétaires d'une maison de plain pied de construire un deuxième étage pour pouvoir leur vendre mon monte escalier révolutionnaire. Elle en fut impressionnée. Lorsqu'elle me demanda dans quoi je voulais me reconvertir, je lui fit part de mon envie de mettre mon don et mon talent au service d'une noble cause. Elle me sortit et me tendit tout un listing d'entreprises qui proposaient à ces clients des produits révolutionnaires dits d'utilité publique en cela qu'ils résolvaient soi disant tout un tas de problèmes et qui pouvaient changer soit disant la face du monde. Je lisais tout un florilège d'industries pharmaceutiques, militaires et autres mutuelles. Elle vendaient pèle mêle des pilules coupe-faim et nutritives à la fois, des voitures fonctionnant aux excréments de taureau (même si c'était dans une autre vie, mon dégoût restait intact), des assurances dernier enfant pour éviter la surpopulation ainsi que des viagers jeunes actifs, des puits à creuser soit même à la main, des mines anti-personnelles intelligentes car leur puissance augmentée n'engendrait pas des cul de jattes mais des morts à coup sûr, des clopes Tagada pour les gosses pour réduire l'espérance de vie des fumeurs en les faisant commencer le plus tôt possible et pis « parce que c'est beau la vie, pour les grands, mais aussi pour les petits »,... et j'en passe. Je m'en allais, désespéré, en me disant que ce monde immonde et trash va au clash, court au crash, comme moi dans cette autre vie qui n'est plus la mienne, et qu'il faudrait peut être que lui aussi se fasse renverser pour avoir à son tour, sa nouvelle chance.

De retour chez moi, impossible d'avaler quoique ce soit. Tout cette merde me donna de nouveau l'envie de me laver. Une fois à poil, le téléphone sonna. J’allai décrocher le combiné de l'appareil dans mon plus simple appareil à moi. Cette fois-ci, un téléconseiller me répondit me vantant les mérites d'un sèche cheveu « new génération ». AHHHHHH l'argument du révolutionnaire qui revient tout l'temps, imparable. Son discours fut tellement convaincant, malgré l'absence d'un seul poil sur mon caillou, que je me dis qu'elle était p't'être bien là, ma nouvelle chance. Je lui demandais si je pouvais être livré au plus vite et paya le surplus en énonçant doucement les chiffres de ma CB à qui je devais prêter ma voix pour qu'elle ne reste pas muette. Une fois l'appel terminé, je la détruisis frénétiquement sachant que je n'en aurais plus l'utilité, chopa, non pas du Chopin mais ma complète de Cloclo, et regagna ma baignoire pour y attendre mon livreur... Je regardai mon épilateur, songeur, puis mon sexe qui ne s'érigera plus... Lorsqu'il arriva, je ne pris même pas l'temps de passer une serviette. Rien à foutre de l'choquer. J'savais bien qu'ouvrir la porte en présentant ma zigounette à un inconnu pouvait être vu comme un outrage, mais en même temps, si le commun des mortels s'offusquaient pour ce qui en vaut vraiment la peine... Habillé par cette pensée, je ne fis attention qu'au carton qu'on me tendait. Je le pris, le défonça, pris l'objet comme si c'était un flingue, le brancha, et m'immergea ainsi dans l'eau glaciale. Cloclo chantait « Laisse une chance à notre amour »... Finalement, je ne deviendrais jamais un personnage récurrent...
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Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Tout le monde a droit à une deuxième chance! Bravo! Mon vote!
Mon haïku,“En Plein Vol” est maintenant en Finale et je vous invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous en dit! Merci d’avance! Bonne journée! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/en-plein-vol

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