Une Mort Indubitable

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Dans toutes les places autour de Coron, dans un coin isolé de la campagne française, là où les petits étangs d’eau verdâtre servaient d’abreuvoir aux bêtes des environs. La pluie très fréquente rendait le terrain plutôt marécageux, et il n’était pas rare de voir un animal glisser sur la terre boueuse. Au centre de cette campagne vivait, Monsieur Corgibus, le riche homme de Coron, tous les habitants de Coron travaillaient pour lui, il était comme leur chef, et s’ils partiraient il serait surement dans la misère. Un homme maigre, solide, lent, un des hommes qui semblaient faits pour être toujours en contact avec leur monde préféré : la campagne. Il avait de gros yeux bleus qui peuvent détecter les plus profonds secrets de la mer. À chaque fois qu’on le flattait, il sortait de la monnaie et devenait généreux avec tout le monde. Il était un monomaniaque, un homme qui n’avait qu’une seule idée dans sa tête, son unique rêve, était de devenir la personne la plus riche de la région (Pays de la Loire).
La plupart des bâtiments de la campagne, étaient de petites bâtisses, à peine solides, construites en vieux matériaux de construction. Les paysans travaillaient durement dans les champs, récoltant un maigre salaire de Monsieur Corgibus pour assurer la survie de leurs familles. Les mômes se contentaient de passer leurs journées entières à chahuter et à jouer dehors, ainsi qu’à s’occuper de quelques poules qu’ils possédaient, et au midi, ils accouraient pour dévorer le morceau de pain imbibé d’eau qu’on leur donnait, prenant à peine le temps de le mâcher, ils repartaient vite, courant et sautant comme des cabris.
Les enfants étaient bien loin d’imaginer la situation critique de leurs parents, se contentant d’avaler leur repas et de jouer à l’extérieur.
Tout commença dans une nuit sombre et orageuse, un vent qui s’engouffrait dans les branches et les faisait danser dans le noir, du tonnerre qui roulait furieusement et des éclairs qui zébraient le ciel. La nuit que Monsieur Corgibus découvrit qu’il eut un fils d’Elmire, sa servante. Celle-ci était dotée d’une immense beauté que l’on ne peut réprimer, une grande femme, mince de corpulence. Elle avait l’air d’être douce, mais à la fois d’avoir du caractère. Elle avait le visage très arrondi, avec un large front, des lèvres pulpeuses, de grands beaux yeux noirs comme des olives bien mûres, et des sourcils bien dessinés, un teint très pale comme blanc, et de longs cheveux ondulés. Cette servante, avait l’air d’une vénus, et paraissait agile, souple, vif et rapide.
Etant un homme qui détestait de composer une famille et d’avoir des enfants car il les considérait comme des obstacles devant ses rêves et ils menaient à la destruction et à la pauvreté. Monsieur Corgibus refusa l’idée de se marier d’Elmire, et surtout de sa servante car il avait peur qu’on lui rît dessus, et encore d’avoir un fils avec une chambrière. Le bourgeois décida alors de présenter son fils aux paysans étant un enfant qui l’a adopté et l’a trouvé auprès d’une falaise, et laissant alors la pauvre Elmire à son poste, mais l’enfant ne devrait pas savoir qu’elle était sa mère. La pauvre scène était mise alors comme cela, mais combien de temps cela durerait ? L’enfant fut nommé par sa mère : Rodrigue, en relation avec le héros espagnol Rodrigo Díaz De Vivar, pour qu’il soit le héros qui réaliserait ses vœux.
Dix années plus tard, le jeune Rodrigue eut alors dix ans, étant un être détesté par son père car il venait d’une servante, ce dernier était considéré par Monsieur Corgibus comme l’un de ces laquais, mais ne connaissant pas encore la vérité, il était traité comme un prisonnier, avec un visage sale et sur ses joues, on pouvait voir des sillons plus clairs, tracés par des larmes de fatigue.
Il semblait accablé d’épuisement et de chagrin, on le sentait prêt à s’effondrer à tout instant. Il lisait toujours les livres afin de découvrir le monde extérieur, car Monsieur Corgibus ne le laissait pas sortir de Coron, il perdit le gout de vivre, il avait le bourdon. Mais plus que la tristesse et le désespoir, il avait la volonté et la détermination grâce à Elmire qui le protégeait toujours et qui était pour lui comme son porteur de secrets et plus que ça, une mère. Même toutes les souffrances et l’angoisse qu’il endurait avec le bourgeois, il l’adorait et l’admirait car il l’a sauvé d’une mort indubitable d’après lui.
Des années se sont écoulées, et Coron ne changea pas d’un pouce, Elmire devint plus jolie qu’elle n’était, et de l’autre côté Rodrigue devint alors un jeune homme de vingt ans, son seul souhait était de composer une famille et d’avoir des enfants, il devint un homme, lucide, beau comme un ange, sage comme une image, il avait les yeux bleus vifs qui reflétaient sa sincérité, il offrait au premier aspect une vague ressemblance avec Cousteau qui découvrait les signes cachés d’un monde complétement différent du nôtre.
Un jour, il rencontra Junie, et ils devinrent follement amoureux l’un de l’autre, mais le problème était qu’elle était issue de la famille Hauchecorne, la plus riche famille de la région venue de la campagne d’à côté Vezins, encore la rivale de Monsieur Corgibus, mais celle-ci accordait plus d’importance à son fond intérieur qu’à son apparence extérieure, de forte personnalité, à la manière des Méditerranéens, souriante et généreuse, douce et affectueuse, elle était aimée et respectée par tout le monde. Elle avait un visage doté d’un front plat et d’un petit nez grec, des yeux en amande et verts, son regard était tout simplement brillant, pétillant, ces lèvres étaient minces à commissures relevées tandis que ses oreilles étaient courtes, petites. Pendant que son menton était effacé par sa beauté. Comme ceci, l’on pouvait voir que son visage était rond et est particulièrement lisse, épanoui, de couleur blanche avec les joues gonflées et rosâtres, elle avait les cheveux blonds comme les blés. Quant à sa partie intérieure, elle était une femme douce, modeste et bienveillante, elle était dotée d’une sagesse et intelligence, et aussi une personne rêveuse et créative. Quelle était belle Junie ! Cette jeune fille aux cheveux blonds !
Ils s'aimaient comme personne ne s'était jamais aimé, comme le monde naquit. Un amour entier, grand, infini mais surtout mortel. Ils ne pensaient qu'à eux, à leur bonheur, à leur futur. Un homme et une femme, dans la plus grande simplicité. Un homme, une femme et de l'amour, dans la plus grande complexité. Ce ménage s'aimait indéniablement, ils baignaient dans l’allégresse. Chez elle, dans son regard, tout exprimait cette envie de protection, d'amitié, de compréhension. Chez lui une simple envie d'aimer comme il ne l'avait jamais fait, leur joie était aussi profonde que l’océan, ils étaient aux anges. Involontairement, la foudre, le tonnerre s'abattirent sur leur bonheur et ce dernier se détournait obstinément des pauvres amants.
Un jour, une terrible nouvelle s’abattit : la guerre entre la France et les Maures était déclarée. Tous les hommes devaient se préparer à lutter, laissant leurs proches à leur triste sort. Et sur cette région une des deux campagnes Coron et Vezins devaient partir à la guerre pour défendre l’honneur de leur pays. Monsieur Hauchecorne sentit le danger, alors il envoya une lettre au roi de la France pour qu’il accepte de prendre les habitants de Coron à l’acharne bataille, car si les Vezinais allèrent à la guerre, la France perdrait le grand service de Monsieur Hauchecorne. Alors le roi ordonna d’emmener les Coronnais à la guerre.
Dans chaque famille, les hommes qui ne dépassaient pas les cinquantaines devaient partir à la guerre même dans les plus riches, c’était la loi qu’elle était appliquée dans ce temps à cause du manque de guerrier, dont la France souffrait, alors dans ce cas Rodrigue -y -devait partir, et la terrible scène commença.
Lorsqu’on vint chercher Rodrigue, Junie se jeta contre lui, le retenant, hurlant à travers ses larmes « Laissez Rodrigue ! Rodrigue mourra s’il part ! Laissez-lui tranquille ! ».
Dans ce temps, le sentiment paternel de Corgibus s’éveilla, il se souvint qu’il était un père, le bourgeois regretta à cet instant tout ce qu’il faisait à son fils et à la servante, mais c’était trop tard. Mais ne pouvant rien faire dans cette situation, il regarda avec perplexité la scène tragique.
À cet instant, Monsieur Corgibus et la pauvre Elmire se contentaient de le regarder et pleurant qu’il ne revienne jamais.
Junie s’accrochait désespérément à lui, tandis qu’Elmire tentait de la prendre pour la consoler. En vain, elle refusait de lâcher Rodrigue. La triste scène prit des conséquences dramatiques : devant l’affolement de Junie, les deux militaires chargés d’accompagner Rodrigue tirèrent sur Junie en arrière, l’arrachant brutalement, et la laissant s’écraser sur le sol dans un cri de douleur. Elmire se précipita, et Rodrigue essaya de la rejoindre. Mais bien vite, les deux soldats s’emparèrent de lui et l’embarquèrent dans une vieille voiture militaire, qui partit aussitôt, tandis que Junie continuait de pleurer et de hurler et la servante la consolait. Quant au père, il resta, interdit, ne pouvant rien faire pour les arrêter. Même son argent ne pouvait rien faire devant cette situation. Depuis, le bourgeois et la chambrière décidèrent qu’au retour de leur fils, ils allèrent lui raconter la terrible vérité.
La guerre commença. Les paysannes devaient se débrouiller seules pour nourrir leurs enfants, vivant dans l’angoisse terrible de ne jamais revoir leur mari. Les enfants jouaient moins souvent dehors, et couraient se réfugier à l’intérieur au moindre bruit.
Junie continuait chaque jour, de pleurer l’absence de Rodrigue. Elmire tentait de la calmer et de la rassurer, mais elle finissait par comprendre que sa démarche était vouée à l’échec.
Un midi, Junie reçut une enveloppe. Elle l’ouvrit, en sortit une lettre. Les fines lettres écrites à la plume se détachaient avec élégance.
Elle lut doucement....
Ma chère famille,
Je tenais à vous envoyer cette lettre, pour vous dire combien la guerre est rude : trois de mes amis sont morts, et ce n’est que le début. J’espère que de votre côté, vous tenez bon. Je sais que cette situation est terrible, et je ne veux pas vous accabler davantage, avec trop de détails. Cependant, vous parler me permet de me libérer.
Ma bien chère Junie, ne te fatigues pas pour m’écrire plus souvent que tu ne désires. J’aurais grand plaisir de te raconter ce que je fais et où je suis, mais cela ne se peut pas. On bavarde toujours trop sur les mouvements des troupes. Il y a tellement d’espions.
Je suis si heureux de causer quelques minutes avec toi. Pauvre petite Junie, toi qui m’aimes tant, combien cela doit être triste pour toi aussi de ne plus m’avoir auprès de toi. Un jour, peut-être, nous aurons de nouveau ce bonheur, s’il plait à Dieu.
Quant à mon père et à Elmire, je suis si triste de ne plus vous voir car vous me manquez tellement. Et je savais dès le début que mon père n’était pas mon vrai père « Que tu m’as adopté », je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi, depuis le jour que tu m’as trouvé auprès de la falaise. Quand j’arriverais sain et sauf, peut-être de la guerre, j’irais chercher ma vraie famille.
Quant à Elmire, j’adorais le temps que je te racontais mes secrets et mes aventures. S’il veut Dieu ! Quand je retournerais, je te parlerais de la rude bataille, et je suis sûr que quand je partirais pour découvrir ma vraie famille, tu partiras avec moi.
Ne vous faites pas de mauvais sang et à bientôt.
Je vous embrasse.
Junie sauta de joie, heureuse de recevoir des nouvelles de Rodrigue. Malgré tout, elle s’inquiétait, consciente qu’il risquait fort d’y laisser la vie.
Des années se sont écoulées, et les propositions de mariages de Junie augmentaient, et les obligations de ses parents augmentaient aussi, à cause de l’âge, et aussi l’un des amis de son père voulait demander sa main, et ça faisait maintenant plus que deux ans qu’il n’y avait aucune nouvelle sur Rodrigue, même plus de lettre ne parvenait depuis ce temps.
Elle prit alors la plus terrible des décisions, elle décida de mourir que de céder à un autre homme que Rodrigue. Elle voulut être fidèle à elle-même et à son amant, elle but alors du poison et s’allongea dans le lit en présentant l’incarne fidélité.
De l’autre côté, on trouvait Monsieur Corgibus, devint pauvre, ne trouvant personne travailler pour lui, tous ces employés partaient à la guerre, et l’argent qu’il économisait, était presque fini, même il était obligé de vendre sa chère maison car il ne trouvait plus l’argent, comme on disait il revenait à l’origine d’où il venait. L’argent ne fait pas tout dans la vie, même si tu en as, tu ne peux rien faire sans l’aide d’autres personnes. Mais cela n’était pas la seule préoccupation pour Monsieur Corgibus. Il devint une personne déplorable, il avait l’air si abandonné, si misérable, la tête baissée avec une expression pitoyable, il avait les joues creuses car il ne mangeait pas assez. Il était totalement différent d’avant, il ne se préoccupait pas assez des gens, de ce qu’ils allaient dire de lui, ou de ses habits, mais son unique préoccupation était son cher fils, il devenait pour lui une obsession, il regrettait du fond de son cœur ce qu’il faisait à son propre fils.
Vers la fin de mars, il s’alita.
Il mourut dans les premiers jours d’Avril, il mourut dans les tourments de la terrible hantise qui le dominait, et dans le délire de l’agonie, il répéta :
-Dés‘lé mon f’ls... Dés‘lé mon f’ls...J’aur’s dû êt’r’ un bon p’re, je va’s t’ suivre dans l’au-delà.
Quant à la pauvre Elmire, ne trouvant pas de l’argent, devint pauvre, désemparé, alors elle décida de partir à un chemin plutôt cruel : la prostitution, grâce à son immense beauté, de plus en plus qu’elle grandit, de plus en plus qu’elle devint plus belle et charmante et eut l’air d’une vénus, elle couchait avec des hommes en échange d’argent, elle s’imaginait qu’elle tournait un film, ce n’était pas difficile, elle n’avait que ça à faire.
Si on la croisait, on ne pouvait pas imaginer ce qu’elle faisait, la nuit tombée. C’était seulement le soir venu qu’elle travaillait et « se transformait » comme elle le disait elle-même en pute. Elle avait deux vies. La pute ce n’était pas vraiment elle, mais seulement un rôle, elle se rassurait avant de partir travailler, en se jetant un dernier regard dans la glace qu’elle n’était plus elle, d’après-elle, elle ne se reconnaissait pas, elle se déguisait. Un déguisement qui lui permettait de se nourrir et de payer son loyer. Selon elle, sans la prostitution, elle finissait une SDF, et ça aurait été bien pire.
Un jour, la belle Elmire coucha avec un homme dont elle ne devrait pas, un homme de loi et l’un des grands frondeurs, celui-ci n’était pas conscient, il sombrait dans l’alcoolisme, alors il lui confia tous ces secrets, et tous ces projets pour organiser une révolte contre le roi, alors évidemment ce dernier eut peur qu’on ne le démasque, donc il décida de la tuer. Ce dernier paya un groupe de criminels pour la sauver du supplice et du cruel monde, et la stratégie se déroula comme il voulait. La pauvre Elmire était déclarée dans les journaux qu’elle se suicidait.
Un midi, une voiture militaire stoppa, un petit chemin serpentait qui menait à une vieille maison. Un homme sortit, en tenue militaire, le bras droit prisonnier d’une écharpe. Il inspira vivement l’air frais de la campagne, un sourire radieux aux lèvres, il salua de la main le conducteur, puis marcha lentement se dirigeant vers la petite bâtisse. Il tenait un sac de toile, mais en arrivant devant la maison, il le laissa tomber à terre, il contemplait, interdit, le lieu déserté, le poulailler dévasté, les ronces qui s’emmêlaient et grimpaient le long des murs. À cet instant, il eut une sensation qui l’envahissait, incapable d’éprouver la joie, à montrer la gaieté, un regard sans éclats, il était triste comme un bonnet de nuit, il était maussade, une profonde amertume l’envahissait, il avait le cafard, et une tête d’enterrement. L’homme baissa la tête, une larme roula sur sa joue.
« Ma famille...Mon père, chère Elmire, Junie ! Où êtes-vous donc ? ».
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