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Une métamorphose peu ordinaire

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Marie Amina B

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Depuis que je suis revenue d'Ikaria située au nord-est de la mer Egée. - Mer intérieure du bassin méditerranéen-, l'île aux mille sensations, l'île où j'ai fait un vœu, je ne rêve plus que d'y retourner pour flirter à nouveau avec cette nature si somptueuse et communier avec cette eau si pure. Presque chaque soir, avant de plonger dans les bras de Morphée, je m'évade vers cette île paradisiaque, aussi fût-il tout à fait logique que je me réveillasse un beau matin, transformée en sirène !

Quelle surprise pour moi néanmoins, lorsque je sentis, recroquevillée sous ma couette en position fœtale, une certaine lourdeur dans mes membres inférieurs, comme des picotements d'endormissement !
Juste avant d'émerger de mon rêve où je nageais en compagnie de mes animaux aquatiques préférés, les dauphins, je ressentis une sorte de courant électrique, comme un éclair qui me traversa tout le corps en quelques secondes ; du bout des ongles à la racine des cheveux, sensation que j'ai déjà eue dans des circonstances beaucoup plus terrestres et humaines lors d'une injection d'iode avant de passer un scanner ! Dans le rêve, c'était le contact avec une méduse -l'ancêtre de la sirène dans la mythologie grecque- qui me le transmis.
Lorsque je voulus sortir de mon lit, la surprise céda sa place à la stupeur, car en m'asseyant sur le rebord de ma couche, je vis une énorme queue de poisson écaillée de couleur vert jade aux reflets turquoise ! Là, encore, ma couleur préférée pour les maillots de bain, - si je feuillette les albums de photos de mon enfance, d’adolescence et jusqu’à maintenant, je m’aperçois que les couleurs prédominantes des bikinis, étaient, et restent celles-là !- Je n'en croyais pas mes yeux ! Je replongeais dans mon lit pour finir le rêve, pensais-je : « Allez, encore 5 à 10 minutes ! » Mais en ouvrant les yeux de nouveau, la queue avait gagné du terrain, elle était montée jusqu'à la taille ! « Ce n'est pas possible » pensais-je, « Tu vas bien devoir te réveiller de ton sommeil, sortir de ta torpeur, et pourtant, hier soir avant de te coucher, tu n’as bu qu’une tisane digestive, mais avec un mélange d’herbes sauvages poussant sur les collines d’Ikaria. Peut-être qu’il y avait une plante hallucinogène, qui sait ? » Me dis-je, mais à chaque fois que je clignais des yeux, c'était pour constater une nouvelle métamorphose, toute petite fût-elle, mais changement quand même ! Après les pieds transformés en nageoire pendant le rêve, les jambes + bassin en suite de queue pendant les 10 minutes de sursis, ce fut au tour de ma peau de troquer sa texture de pêche, contre une peau plus poreuse, pas comme une éponge certes, mais beaucoup plus aérée avec des tout petits trous, un peu comme ceux d'une passoire ultra fine, des trous presque transparents par lesquels je ressentais le passage de l'air. Quelle drôle de sensation que de respirer par la peau de façon si nette ! Pour l'instant, j'étais contente du résultat, mais des détails d'ordre pratique vinrent encombrer mon esprit, des détails qui gâchèrent quelque peu ma joie matinale. Comment allais-je faire pour marcher ou plutôt pour me mouvoir jusqu'à la plage ? Celui ou celle à qui je devais cet aspect physique négligea cela. Je crois même qu'il ou elle n'avait pas terminé son travail, car j'aurai dû me retrouver directement dans l'eau ou à défaut, sur une plage, le milieu naturel d'une sirène, non ? Il faut dire que la sonnerie stridente de mon réveil brusquerait n’importe qui !
« Encore heureux que j'ai conservé les béquilles de ma fracture de la rotule », pensais-je ! « Il n'est pas question que je me décourage, je vais camoufler ma queue dans un pantalon, et... », Mais, je stoppai là, net ma pensée. Il n'était plus question de pantalon non plus ! Il me fallait un peu de temps pour m'adapter à ma nouvelle image, à ma nouvelle apparence qui me plaisait sur toute la ligne, mais il me fallait quand même du temps pour organiser mon départ pour l'autre monde, celui de ma nouvelle vie ! J'en étais restée donc, aux tracas vestimentaires. Pendant que je farfouillais dans ma tête pour trouver des idées pratiques pour l'habillement, je retombai sur le message que m'avait laissé l'être magique à qui je devais cette transformation, une voix limpide et cristalline m'avait dit, en répétant la phrase 3 fois de suite : « Si tu veux garder ton rêve réalité à jamais, personne de ton ancienne vie ne doit apercevoir, ne serait-ce que l'ombre de ta métamorphose, personne ! »
Je finis donc par trouver une solution, après mûre réflexion. J'enroulai une longue écharpe blanche en coton faisant penser à un énorme bandage autour de ma queue pour la cacher et l'immobiliser, heureusement que j’avais gardé la souplesse de mes 20 ans ! -J’avais remporté, deux années consécutives, le tournoi des lycées de ma région, dans la discipline de gymnastique-. J'enfilai une longue jupe, un pull à manches longues, saisis ma paire de béquilles, pris mon sac à main avec un peu d'argent, commandai un taxi qui me déposa au bord d'une plage déserte. Heureusement que le chauffeur n'était pas bavard, aussi ne me posa t’il aucune question indiscrète, ni sur l'heure tardive pour aller à la plage en plein hiver, ni sur mon accoutrement. Il m'aida même à débarquer de sa voiture - car Dieu sait que ce n'est vraiment pas évident de traîner la lourde queue en se hissant du sol avec des béquilles- pour m'asseoir sur le banc en haut de la jetée. Je lui réglai la course avec les dernières liquidités qui restaient dans mon porte-monnaie. J'attendis ensuite patiemment qu'il disparaisse de mon champ de vision pour me défaire de mes dernières membranes artificielles, et plongeai sans plus attendre dans mon nouvel univers.
Quelle sensation d'exaltations, une fois dans l'eau ! Elle était froide, normal pour un mois de janvier, mais je le sentis à peine grâce à ma nouvelle peau ! Désormais je pourrai rester dans l'eau autant que je le voudrai sans avoir peur que ma peau ne se plisse, ou que mes lèvres ne se gercent à cause du sel. Je pourrai plonger la tête la première sans craindre une sinusite, comme par le passé.
Quel bonheur de nager à toute vitesse, avec non pas, une paire de palmes classiques en caoutchouc, mais avec une vraie paire de nageoires, les miennes, située de part et d’autre de ma queue !
Au début, je tournoyais sans fin dans mon bassin, comme si je dansais, et faisais des sauts de joie en plongeant et replongeant comme un labrador qui s’esclaffe ! Après ces joyeux préliminaires, je pris le large car je me sentis un peu seule sans aucun être vivant autour. Je décidai de me laisser guider par mon cœur qui me conduisit tout naturellement à la mer Egée, plus exactement au nord de l'île d'Ikaria, mon amour d'île, ma nouvelle patrie. Je savais que j'allais y être heureuse en me faisant de nouveaux amis, entre les poissons, les oursins, les coquillages, les dauphins, les mouettes, et peut-être même les pécheurs ou les marins !
Mon rêve était de retrouver la méduse grâce à laquelle j'étais devenue ce que je suis, une sirène, libre. A force de chercher, je finis par trouver. Un jour, en me prélassant sur un rocher isolé, je vis une petite masse visqueuse violacée gigoter entre deux galets, je me penchai alors pour voir de plus près ce que c'était, et compris qu'il s'agissait d'une méduse prise au piège. Je m'empressai donc de la délivrer, et en la touchant, au lieu de recevoir une décharge électrique comme lorsque j'étais humaine, je fus touchée au contraire par un flux d'amour qui me réchauffa le corps tout entier, par une vive émotion qui me donna les larmes aux yeux, par des légers frissons de plaisir. Je compris à travers cette sensation de bien-être que j'avais retrouvé ma méduse. Je la remis au bord de l'eau en espérant qu'elle ne fût pas trop abîmée et là, je vis une métamorphose se produire en elle. Au fur et à mesure que je l'aspergeais d'eau, son apparence se changeait en homme dauphin, exactement ma réplique, mais au masculin, le haut du corps humain avec un bas en nageoire. Pour me remercier de l'avoir délivré de son long cauchemar, de la malédiction dont il avait été victime dans un temps très ancien où les Dieux de la mythologie régnaient sur la Grèce antique, il m'invita à le suivre pour me faire découvrir les trésors cachés dans les entrailles de son d'île. Et, c'est ainsi que débuta pour nous, une longue et belle aventure qui dura une éternité.

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Merlin28 · il y a
Belle histoire... à un détail près les sirènes ne supportent pas d'être hors de l'eau... elle n'aurait donc pas du survivre à sa transforlation ;).... mais bon en fantasy tout est permis ;p
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Marie Amina B · il y a
Oui, mais, c'est la magie de l'écriture et la fantaisie n'a pas de limite.
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Merlin28 · il y a
Oups transformation... le manque d'eau !
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Virgo34 · il y a
Je ne connais pas votre île mais je l'aime déjà comme j'ai aimé ce retour aux sources antiques.
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Claudine Lehot · il y a
Du rêve au cauchemar .... !
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Marie Amina B · il y a
pourquoi ? Plutôt du cauchemar au rêve, non ?
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Martine Cervera-Xénofontos · il y a
Très joli conte Marie Amina!!! Tu es un grande rêveuse amoureuse de la Grèce !!!!
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Christiana Katsarou · il y a
Super Marie Amina! Ikaria est la patrie "spirituelle" de bien de gens, étants amants de la liberté personnelle, de la créativité, du respect de l'un a l'autre, et de l'amour des petits plaisirs de la vie qui sont si grandes en fait!!!! merci!
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JPM · il y a
Un joli conte !
On rêve avec toi

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Marie Amina B · il y a
oui, je suis une grande rêveuse avec plein d'étoiles dans les yeux et de soleil dans le coeur
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