Une hivernale soirée

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Pour moi, tout commence par l'image d'un personnage. Il m'inspire la suite  [+]

Une hivernale soirée.


J’erre dans les rues du centre-ville sans diriger mes pas. Ici, l’immeuble est joli. Là-bas, il est vieux. Il brise l’harmonie du paysage urbain. Autour de moi, tout est calme. Il n’y a personne. Le froid extrême encourage les gens à demeurer bien au chaud sous leurs couvertures et je les comprends. Mais, ce soir, je veux, de m’évader, de profiter du moment et d’éviter les remises en question.

Je tourne sur l’artère principale. En marchant, j’essaie de recréer l’ambiance estivale avec la musique, la danse et les terrasses rempli de festivaliers. Leur humeur est contagieuse, elle me donne envie de bouger. Quelques pas de cha-cha, un tour sur moi-même et c’est reparti. Le cœur léger, je déambule sur le trottoir, je saute, je bondis, je gambade et je patine. À ma droite, le caissier du dépanneur semble s’ennuyer. Sans client, son quart de travail sera long. En passant devant l’immeuble où je travaille, je songe aux défis que mes collègues et moi avons relevé au cours de la dernière année. Des changements, de nouvelles procédures ont donnés naissance à de nombreuses craintes. Hier, l’employeur a annoncé que notre secteur de travail vivra d’importants bouleversements. Le chemin sera peut-être long mais, le plaisir ne se prend-t-il au cours même d’un voyage? Le terminus : ce n’est qu’un mirage et la vie ne se mesure pas par le nombre de respirations que nous prenons mais par la quantité de moments qui nous couperont le souffle.

J’avance à petits pas. Le contact entre mes bottes et la neige me fait sourire et les craquements de chacun de mes pas m’enchantent. Au bout de la rue, le feu de circulation présente une lumière rouge. Cela m’oblige à cesser tout mouvement pensez-vous? Mais non, je gigote et effectue une gigue rigolote. Puis, j’imite un danseur à claquette. Dès que j’obtiens l’autorisation, j’avance sans crainte. Quelques enjambées et me voilà à la croisée du chemin. À ma gauche, j’aperçois les phares d’un gros véhicule, il s’est engagé dans le tunnel. Son arrivée m’indique qu’il est préférable de ne pas traverser la rue. L’arrêt obligatoire m’encourage à piétiner le sol au rythme d’une mélodie jusqu’ici inconnu. Elle circule aisément dans ma tête. En respectant la ballade, j’invente une chorégraphie sans arabesque ni pirouette. Je m’amuse au gré de la ritournelle. En passant devant moi, le chauffeur de l’autobus me salue. L’homme poursuit sa route. Comme moi, il est seul. Comme lui, je veux partir à la découverte de ce passage mais j’y renonce rapidement, sa structure sombre n’est pas invitante. Tout à coup, j’imagine que le corridor est recouvert par de jolis dessins colorés, des personnages historiques et par de superbes paysages. Bref, une fresque impressionnante et inspirante. Au centre, de la galerie souterraine, des enfants jouent au hockey dans la rue de leur quartier, leurs regards scintillent comme des étoiles. Ils sont d’ailleurs si étincelants que je perçois leurs intenses plaisirs. Un peu plus loin, des portraits représentants les couleurs régionales embellissent le couloir devenu moins lugubre. Cependant, des frissons d’angoisse me paralyse. J’ai le goût de donner un second souffle à ma soirée en allant voire ailleurs. Je ne sais pas où me mènera mon prochain périple, mais présentement, je souhaite rejeter tous les tourments. J’avance prudemment vers la grande allée.

Debout sur le bord de la rue, je regarde le fleuve, sous l’épaisse couche de glace, l’eau continue son chemin sans relâche, en bravant les obstacles de l’hiver québécois. Le courant traverse cette aventure avec courage, force et détermination. Il a entrepris un vigoureux voyage et ce n’est pas ici qu’il s’arrêtera. En route, il rêve probablement de cette bouffée de chaleur promise par son ainé.

Le vent, absent depuis toute à l’heure s’emballe. Il se diverti en faisant tout virevolter. La fine neige s’éloigne de son port d’attache. Je me demande si certains flocons ne deviennent pas bougons d’être ainsi, déplacés, sans permission. Je suis figé, mes pieds sont gelés, mes joues sont rougies par l’air plus que frisquet.


Il est presque dix-huit heures. La journée s’en est allée. Le soleil a terminé son horaire quotidien. La lune prend difficilement le relais. De toutes évidences, elle n’a pas envie de dévoiler toutes ces rondeurs. Les nuages jouant à cache-cache l’embêtent moins qu’hier, malgré sa peine, ces reflets sont fascinants et lumineux. Au sol, des millions de diamants brillent sur les blocs de glace. Ici et là, des arbres, dépouillés de leurs feuilles, sont étincelants. Les glaçons protégeant leurs branches les rendent resplendissants. Je regrette de ne pas avoir apporté mon appareil photo. J’aurais pu capter de merveilleuses images. La vue de ces scènes, croquée sur le vif m’aurait grandement aidé à franchir le seuil d’une quelconque transition. L’endroit est si féérique que la fiction dépasse la réalité à un point tel que j’oublie le vent glacial, la poudrerie et les engelures. Ici, j’ai envie de m’asseoir, de continuer à contempler le paysage mais, il est parfois préférable de renoncer à une activité pour notre sécurité et notre bien-être. Je fais demi-tour et entreprends le retour vers mon point de départ. Je retourne chez-moi avec une attitude enjouée rempli de cette saine et débordante imagination. Celle qui me caractérise tant.

Ma randonnée est presque terminée. La senteur du feu sortant des cheminées m’inspire. J’ai hâte de déguster une grande tasse rempli d’un somptueux chocolat chaud avec des guimauves fondues et pourquoi pas, une montagne de crème fouettée garni par des copeaux de chocolat. La totale pensez-vous? Effectivement, il vaut mieux prendre le temps de se gâter après avoir osé se balader par une hivernale soirée de janvier.


Josée Bellemare
Février 2018
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