Une histoire sans histoire

il y a
2 min
1 146
lectures
525
Lauréat
Jury
Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

On sait que vous pensez, là, à cet instant : « Mais alors, c'est une histoire ou pas ? » Oui, oui, c'est même une histoire en plusieurs

Lire la suite

Que ce soit fantastique, poétique, ou plus terre-à-terre, j'attache toujours une grande importance à la chute. Une bonne nouvelle c'est avant tout une fin surprenante et qui fait réfléchir. ... [+]

Image de Grand Prix - Hiver 2018
Image de Très très courts

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

En haut d’une page vierge, l’auteur improvisa une scène : un homme et une femme, immobiles, assis sur un banc.
L’histoire pouvait alors commencer.
Animé d’une étincelle de vie, l’homme se tourna vers sa voisine et engagea la conversation.
— Bonjour, qui êtes-vous ? demanda-t-il.
— Je n’ai pas de nom ! Je suis le personnage féminin, répondit la femme.
Interloqué, l’homme fronça les sourcils.
Autour de lui, tout était blanc.
Le sol, le ciel, tout.
Tout, sauf le banc vert sur lequel ils étaient assis. Il gratta une écaille de peinture qui se détacha facilement du bois gorgé d’eau.
— Savez-vous où nous sommes ?
La femme se leva et fit quelques pas assurés dans l’espace immaculé qui les enveloppait.
— Nous sommes dans une histoire. Vous êtes l’homme et je suis la femme. Pour l’instant il n’y a que nous deux, et ce banc de jardin comme seul mobilier.
L’homme tombait des nues. L’explication de la fille, aussi farfelue soit-elle, était criante de vérité.
— Comment savez-vous tout cela ? Je veux dire, si vous êtes un personnage et moi aussi, comment se fait-il que vous soyez au courant et pas moi ?
La jeune femme se tourna vers lui et haussa les épaules.
— C’est comme ça. L’auteur en a décidé ainsi.
Un sourire éclaira son visage.
— Vous êtes le bêta et je suis la savante, pouffa-t-elle.
Il la toisa des pieds à la tête. À en juger par ses baskets, la finesse de sa taille et sa poitrine fièrement tendue vers lui, il se dit qu’elle n’avait pas plus de vingt ans.
La jeune femme se pencha pour attraper son regard.
— Avant que vous n’alliez plus loin, je dois vous dire que je sais tout ce que vous pensez, au moment où vous le pensez. Donc pour votre information, j’ai vingt-deux ans. Raté.
L’homme secoua la tête.
— Comment ? Ce n’est pas ce que vous croyez, balbutia-t-il. Et puis, je suis bien trop vieux pour vous, enfin je crois.
En effet, l’homme approchait la cinquantaine.
— Oh oui, vous avez presque cinquante ans ! Vous pourriez être mon père... Mais rassurez-vous, vous ne l’êtes pas !
L’homme leva les yeux au ciel.
— Bon, et que devons-nous faire dans cette histoire ? Qu’a prévu l’auteur ?
— Il attend que l’inspiration lui vienne, dit la fille après réflexion.
— Comment ? Ce... cet auteur, comme vous dites, a osé commencer son histoire sans savoir quoi écrire ? Et nous, nous sommes coincés avec lui dans cet ersatz de monde ? s’offusqua-t-il en bondissant du banc.
— C’est cela. Et pour être exact, il n’y a pas que nous et l’auteur. Nous sommes quatre.
— De mieux en mieux !
Il fit un tour sur lui-même, mettant sa main en visière pour regarder au loin.
— Où est donc notre quatrième larron ? Il s’est caché sous le banc ?
La jeune fille prit un ton grave.
— Ne soyez pas moqueur, car c’est aussi grâce à lui que nous existons. La quatrième personne présente avec nous, c’est... le lecteur, dit-elle à voix basse.
Devant l’air imbécile de son vis-à-vis, elle ajouta :
— Un spectateur, si vous préférez.
— Oh, nous avons un spectateur ! Il doit sacrément s’ennuyer, ironisa l’homme. Lui aussi est retenu prisonnier de notre petit scénario ?
La jeune fille était fatiguée de devoir tout expliquer à un homme plus vieux qu’elle.
— Pas vraiment. Mais sur une chose, il est comme nous. Il attend de connaître la suite.
L’homme, lui, était tout sauf patient.
— Vous savez, je suis peut-être vieux et ignorant, mais pour le bien de ce « lecteur », je vais mettre fin à cette mascarade.
Il mit ses mains en porte-voix et beugla.
— Monsieur l’auteur ! Mettez un point final à cette histoire, c’est indécent !
Une grande déception envahit alors la jeune femme.
Elle aurait aimé voir le monde pousser autour du banc de jardin.
Elle aurait voulu rencontrer des gens incroyables.
Vivre des aventures.
Avoir un nom.

— Alors, que dit-il ?
— Il est d’accord.

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

On sait que vous pensez, là, à cet instant : « Mais alors, c'est une histoire ou pas ? » Oui, oui, c'est même une histoire en plusieurs

Lire la suite
525

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Oscar Tehna

Vous aimerez aussi !