Une histoire qui n'a jamais vraiment commencé

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J’aurais voulu te les dire ce soir-là. Le nombre de choses dont j’ai peur moi aussi. La vie à deux, la vie seule. J’ai eu peur de refaire l’amour, d’avoir mal. J’ai eu peur de te dire tout ce que je t’ai dit et que tu partes avec, ce que tu as fait. J’ai eu peur de te dire que je n’avais eu qu’un seul partenaire, j’ai eu peur que tu prennes peur. J’ai peur de la vie à deux parce que j’ai peur de me lasser. J’ai peur d’être quittée. J’ai peur d’avoir le cœur brisé. J’ai peur de trop me donner.

Ce lundi soir où tu as pleuré toutes les larmes de ton corps, où tu m’as dit que tu avais peur de plein de choses, qu’au fond même si tu avais 28 ans à l’intérieur tu en avais 16 et demi, j’ai essayé de te rassurer. On est tous encore des enfants. Je traine encore avec moi ma procrastination d’adolescente. Mais quand tu m’as dit que tu ne savais pas ce que tu avais fait dans une vie antérieure pour mériter aussi peu de bonheur, j’ai compris que c’était fini. Je ne pouvais rien pour toi. Parce que vois-tu le bonheur ça ne se mérite pas, ça se trouve. En faisant des choses que tu aimes, écouter de la musique, voir tes amis, se mettre à une activité sportive, artistique, quelconque, rencontrer de nouvelles personnes. C’est comme ça qu’on gagne sa part de bonheur, pas en se plaignant de ne pas l’avoir.

Et j’aurais pu te rendre heureux, crois-moi j’aurais pu. Je voulais tellement te donner, rendre tes rêves réalité. Tu n’as pas voulu. Tu t’es refermé. Ton cœur s’est ouvert l’espace d’un instant. Et s’est refermé juste après. Tu ne m’as pas laissé y rentrer. De peur que je te donne ce dont tu as le plus peur, être heureux. Tu te caches derrière d’autres excuses, la peur de retomber amoureux, de laisser quelqu’un rentrer dans ta vie à nouveau mais en fin de compte, il n’y a rien de tout cela. Ton bonheur tu l’avais sous la main, mais tu as pensé que tu n’en étais pas digne. Si on doit extrapoler et faire de la psychologie de comptoir, je crois que certaines choses ne sont pas réglées, la mort de ton père t’a profondément marquée et te marque encore aujourd’hui, certaines de tes peurs viennent de là. L’abandon, le manque d’amour, le manque, la recherche de soi, le fait que tu te sentes toujours dépassé par les événements, la colère. Oui parce que tu es en colère, contre le monde entier. Tu as l’impression d’être le bouc émissaire de tout l’univers et qu’il te punit en ne te permettant pas d’être heureux. Ne vois-tu pas que tu es le seul responsable de ta situation ? Si tu es malheureux, c’est à toi de changer, si tu es déprimé, c’est à toi d’aller voir quelqu’un. Parce que tu vas rencontrer une autre fille, d’autres filles et ce sera toujours le même problème. Ton mal-être sera toujours là. Peu importe si au début de tes prochaines relations, tu trouveras l’euphorie amoureuse, elle ne durera pas. Tu continueras à donner sans avoir l’impression de recevoir à la hauteur de ce que tu donnes. Tu te fourvoieras dans des histoires sans lendemain, dans des relations plus ou moins longues qui ne seront qu’illusion.

J’aurais pu, j’aurais voulu être cette personne, j’étais prête à donner, à tout te donner. J’aurais voulu partager mon quotidien, les personnes qui me sont chères avec toi. Alors oui peut être que mon engouement a fait que je donne tout trop vite sans aucune retenue. Je suis entière, je suis comme ça, je ne changerai pas. Je ne peux pas changer la manière dont je te regardais, pleine d’amour et d’affection. Je voulais te rendre ce que tu me donnais. Je voulais que tu te sentes rassuré quand je regardais ton buste, que tu n’aimes pas, avec ce regard enveloppant. Je voulais te dire que tu étais beau et que tu n’en avais aucune idée. Quand on s’est écrit le jour de l’anniversaire de ton défunt père et que je t’ai dit à quel point tu étais beau je le pensais. Tous les mots que j’ai écrits je les ai pensés. TOUS.

Je me souviens de ces quinze jours en corse, je ne passais pas une seule journée sans tes messages. Les journées étaient longues quand on ne pouvait pas s’appeler. Le son de ta voix me rassurait et m’apaisait. C’est cette notion de savoir que quelque part sur terre, quelqu’un pense à toi. Et chaque appel, chaque message me rappelait que toi tu pensais à moi. Quelle chance j’avais eu de tomber sur toi ! Moi qui ne voulais pas donner suite au premier rendez vous. Tu avais raison, des feelings comme le notre on n’en rencontre pas à tous les coins de rue.
Et je suis contente de savoir que ça existe. Je me demandais même comment j’avais fait pour vivre sans aussi longtemps.

Tu me manques, un peu chaque jour. Et c’est pénible, je dors mal, je mange mal, je passe mes journées à escamoter des plans pour te rendre jaloux de m’avoir quitté. Alors que tout ça ne sert à rien. Le temps est mon pire ennemi car je déteste attendre mais je sais aussi que seul le temps me guérira et qu’il faut que je l’accepte. Il faut que j’accepte que tu ne reviennes pas, que tu ne m’écriras pas de message comme avant, que mes espoirs de te voir réapparaitre dans ma vie resteront vains. Il faut que j’accepte que la partie de mon cœur que je t’avais réservée restera vide. Vide de sens, vide de toi et que ce sera quelqu’un d’autre qui posera son nom dessus.

Je ne crois pas en l’âme sœur, je crois qu’on a droit à plusieurs amours, et que chaque personne que l’on rencontre et dont on tombe amoureux et une partie de notre âme sœur. Je crois que toi tu aurais pu en être une.

Et me dire que je dois laisser passer ça, sans rien faire, parce que tu ne veux pas de moi et de mon amour alors que j’ai passé tellement de temps à te chercher, me déchire.

Après tout, c’est ça qui est difficile, c’est dire au revoir qui me transperce le cœur ce soir. Dire au revoir aux jolis mots que l’on s’est envoyés, dire au revoir aux photos quotidiennes, dire au revoir à nos « tu me manques », dire au revoir à nos messages de bonne journée et de bonne nuit, dire au revoir au futur que l’on se promettait, dire au revoir aux petits déjeuners au lit qui n’existeront jamais, aux surnoms que nous n’aurons pas, aux souvenirs de voyage que nous ne ferons pas, aux disputes à propos d’un achat inutile que nous n’achèterons pas, aux diners en amoureux que nous ne cuisinerons pas.

Ma chance c’était toi et c’est fini. Une histoire qui n’a jamais vraiment commencé.
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