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Une histoire de vengeance

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Topscher Nelly

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La jeune femme blonde troqua ses affaires de ville pour enfiler la tenue qu’elle venait de choisir pour ce rôle qu’elle devait jouer. Qu’elle avait décidé volontairement de jouer. Elle ajusta ses bas noirs et enfila des hauts talons. Toute de noire vêtue, elle se coiffa et se maquilla. Tous ces gestes étaient précis et assurés. Une fois prête, elle jeta un œil à son compagnon appuyé contre le mur du hangar désaffecté.


— Évangeline tu es certaine de vouloir faire ça ? questionna-t-il déjà bien plus nerveux qu’elle.


— Je vais le faire. Avec ou sans toi. Je pensais que nous étions d’accord.


Elle le toisa de ses yeux de biche. Il se contenta de hocher la tête. Il ne pouvait absolument rien lui refuser. Elle se saisit d’un petit cahier et se dirigea vers la pièce d’à côté. La porte en fer s’ouvrit en grinçant, son bruit résonnant atrocement dans la grande pièce. Le quinquagénaire, ligoté, assis sur une chaise s’agita. Évangeline l’écouta respirer fortement, en proie à une véritable frayeur. Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune femme. Il crevait déjà de peur essayant de comprendre ce qu’il faisait là.


Elle s’avança lentement vers lui, faisant exagérément claquer ses talons sur le sol. Il chercha sa présence dans la noirceur de la pièce où il était plongé depuis un long moment. Il avait d’ailleurs perdu la notion du temps. Il se souvenait juste avoir été embarqué dans une camionnette, qui sentait la pivoine, après sa sortie de son cabinet. Et après plus rien. Le trou noir, puis son réveil dans cette pièce aveugle. L’odeur de sa sueur acre arriva jusqu’à Évangeline. Elle jubila intérieurement. Elle trouvait ce pouvoir sur lui presque excitant.


Elle appuya enfin sur l’interrupteur et la lumière de l’ampoule au plafond éblouie l’homme, assis. Elle se planta devant lui. Il découvrit alors une bien belle jeune femme. Il la trouva très désirable et sentit poindre une érection malgré la peur qui lui tenaillait tout son corps. il la trouva également effrayante. "Une veuve noire " fût la seule pensée qui lui vint à cet instant précis.


Évangeline attrapa la seconde chaise qui trainait là et s’assit. Tous ces mouvements étaient lents, gracieux mais déterminés. Il se dégageait d’elle une confiance qu’il n’avait jamais rencontré chez une femme.


—Qui êtes-vous ? Et qu’est-ce que je fais ici ? tenta l’homme


La jeune femme porta un doigt manucuré devant ses lèvres rouge carmin.


—Chut ! Je vais simplement te lire une histoire.


Elle croisa les jambes et ouvrit le cahier qu’elle tenait à la main. Elle caressa la couverture prune, prenant tout son temps. Alors, d’une voix posée, elle commença la lecture d’un journal intime. L’homme s’agita à nouveau. D’un regard elle lui fit comprendre que ça ne servait à rien et que ça l’agaçait. Il stoppa net tout mouvement. Il essaya de se raisonner. Peut-être que c’était juste une blague, que ces collègues lui faisaient ça pour son anniversaire qui avait eu lieu deux jours plus tôt et que cette fille serait son cadeau. Il n’avait rien écouté des premières pages lues mais il sursauta quand elle prononça son prénom. Il se retrouva alors plongé 25 ans en arrière, dans le journal intime de sa petite amie d’antan.


Étudiant en droit, il avait jeté son dévolu sur Claire. Leur histoire avait démarré doucement puis , très vite, ils s’étaient découverts amoureux. Elle surtout qui ne voyait que par lui. Claire avait le droit dans le sang, lui s’était inscrit la faute d’autre ambition. Il enchaînait ses années sans réel attrait pour une carrière juridique. Mais ça ou autre chose ! Au moins il était inscrit quelque part et ses parents le laissaient tranquille, alignant tout l’argent dont il avait besoin. Elle voyait en lui l’homme idéal même s’il avait certains côtés qui lui faisaient parfois un peu peur. Il arrivait toujours à l’amadouer et à lui faire croire que ce qu’il disait, faisait était normal. Il avait pris un appartement où elle venait souvent. Il la façonnait, au fil des mois, à l’image de la maitresse qu’il souhaitait. Claire s’oublia complètement dans cette relation et se déclarait heureuse à qui voulait l’entendre.


Évangeline fit une pause dans sa lecture et alluma une cigarette. L’homme en face d’elle allait ouvrir la bouche mais, vu le regard noir qu’elle lui lança, il préféra à nouveau se taire. Cette jeune femme lui faisait peur et il ne voulait surtout pas l’énerver. Elle grilla tranquillement sa cigarette sans le lâcher des yeux. Il se racla la gorge très mal à l’aise. Elle sourit, écrasa son mégot et reprit sa lecture comme si de rien n’était.


La lecture de la jeune femme se fit beaucoup plus érotique. Claire avait versé dans ces pages tout ce qu’elle faisait avec lui. Toutes leurs relations sexuelles étaient exposées en détails dans ce journal, toutes leurs expériences également.


Enfin, il comprit où le récit les menaient. Il secoua la tête et chercha à nouveau à se dégager. Mais à part s’abimer les poignets avec le frottement de la corde il ne parvint nullement à bouger.


—Vous voulez quoi bon sang ? s’énerva-t-il presque hystérique. Évangeline l’ignora et poursuivit son récit.


Alors il se revit dans son appartement ce soir-là de décembre. Il avait convié un ami à se joindre à lui pour la soirée. Ce même pote qui l’alimentait en cocaïne depuis quelques mois. Évangeline arriva peu après. Elle fut mécontente de voir ce copain mais ne dit rien. Comme d’habitude pour ne pas le contrarier, elle avait préféré se taire. Elle avait refusé la ligne de cocaïne gentiment offert par le dealer. Ils avaient ensuite diné et elle avait accepté de boire le soda qu’il lui avait tendu. Elle avait trouvé le gout un peu amer mais avait fini son verre en confiance. Évangeline toujours d’un calme déconcertant, entama le récit de la soirée. Son prisonnier déglutit avec nervosité.


Claire avait tout condensé de ce jour où sa vie avait basculé dans l’horreur. La douleur d’abord, puis cette impression de n’être plus vraiment là. D’être complètement dissociée de son corps et de son esprit. De son impuissance à se défendre, à crier sous les assauts répétés des deux hommes complètement défoncés. Elle donna moult détails sur tous les outrages qu’ils lui avaient fait subir, sur ce viol qui allait la changer à tout jamais. Elle finit par la chaleur du sang qui s’échappait de son bas ventre. Ce sang qui avait, enfin, fait paniquer les violeurs, la poupée inerte qu’ils avaient alors dû conduire à l’hôpital et qu’ils avaient laissée devant les portes des urgences. A aucun moment ils n’avaient eu l’intention d’assumer leurs actes.


—On voulait juste s’amuser un peu ! dit l’homme.


Évangeline se crispa légèrement devant ce déni total même 25 ans après. Elle poursuivit un peu le fil de sa lecture. Elle relata l’hospitalisation de Claire, l’état lamentable dans lequel elle s’était réveillée, seule, dans cette grande chambre blanche. Elle lui raconta la sollicitude des infirmières puis son retour chez elle.


La jeune femme en noir lui annonça tranquillement que Claire était tombée enceinte lors du viol. Cette découverte avait ébranlé la jeune femme meurtrie. Le prisonnier, blême et choqué par ce qu’il venait d’entendre, essaya de prononcer un mot.


— Ferme-la et écoute-moi ! le coupa Évangeline agressive. Elle poursuivit avec l’état de profonde dépression qui avait envahi Claire au point d’essayer de mettre un terme à cette vie qui n’avait plus aucun sens pour elle. De sa décision finale de ne pas porter plainte car elle savait son violeur issu d’une famille de politiques et qu’elle se doutait que tout serait étouffé.


Elle continua encore sa lecture et raconta la fuite de Claire en Italie, sa reconstruction physique et psychologique au fur et à mesure que son ventre s’arrondissait. Elle lui expliqua comment elle avait aimé et détesté cet enfant à naitre qui lui rappelait chaque jour son drame. Comment Claire avait envisagé d’abord d’avorter puis d’abandonner cet enfant issu d’un viol pour au final se raviser. Elle avait refusé que cet enfant porte toute sa vie les stigmates du viol et prit la décision de l’aimer encore plus.


Elle lui narra aussi sa rencontre quelques mois plus tard avec un Italien issu d’une puissante famille. Cette nouvelle histoire d’amour avait été difficile à gérer pour Claire mais, grâce à la patience de son nouveau petit ami, elle avait pu se reconstruire un avenir. Cet italien s’était occupé de cet enfant comme si ça avait été le sien, lui donnant son nom et son amour mais ne lui ayant jamais caché qu’il n’était pas son père biologique.


Puis, elle lui raconta que la petite fille en grandissant avait commencé à poser des questions sur son père. Que sa mère n’avait jamais rien dit résumant l’histoire à une relation qui n’avait pas fonctionné. À une erreur de jeunesse.


La fille de Claire avait évolué dans un climat d’amour et de bonheur qui fut noirci par un invité indésirable répondant au nom de cancer. Évangeline lu alors les pages du journal intime relatant l’annonce de la maladie et surtout la victoire du crabe sur la volonté de Claire de guérir. Elle interrompit son récit au moment où Claire décidait de tout dire à sa fille sur son père biologique après avoir appris qu’elle était condamnée à moyen terme. Elle releva la tête vers l’homme attaché. Elle vu à son regard qu’il venait de comprendre. Enfin.


— Bonjour papa ! cracha-t-elle alors qu’il se liquéfiait. La jeune femme devant lui était donc sa fille.


— Je ne savais pas que...


— Pourquoi ça aurait changé quelque chose à ce que tu as fait à ma mère ?


— Rien ne prouve que ce soit moi le père. Nous étions deux je te rappelle ! tenta-t-il dans un effort presque pathétique de s’en sortir à bon compte, de rejeter les responsabilités sur son ami d’antan.


— J’ai bien la preuve que c’est toi.


Elle s’avança vers lui et vint le détacher. Il reprit espoir mais vit alors un homme habillé, lui aussi de noir, s’approcher de lui. Il jeta un œil au révolver qu’il tendait vers lui. Il oublia donc aussitôt toute idée de s’enfuir. Il prit le dossier remis par la jeune femme et le feuilleta longuement. La preuve qu’il était bien le père de la jeune femme lui sauta au visage sur une analyse ADN. Elle lui expliqua que grâce aux nombreux contacts de sa famille adoptive elle avait pu sans mal obtenir ce qu’elle avait désiré. Il était tombé dans le piège de son infidélité et la dernière fille d’un soir qu’il avait mis dans son lit était celle qui l’avait piégé au nom de la famille italienne.


Il haletait sous le coup de l’émotion. Évangeline pria qu’il ne succombe pas à une crise cardiaque car elle avait d’autres projets pour lui. Il lui demanda son prénom. Elle lui donna. Il essaya de la faire parler d’elle comme s’il voulait s’intéresser à cette fille qu’il venait de rencontrer. Il se heurta à un mutisme déconcertant. Aucune émotion ne venait trahir le visage de la jeune femme.


—Nous allons finir d’écouter cette histoire si tu veux bien ! dit-elle au bout d’un moment mettant un terme au monologue de l’homme qui commençait à sérieusement à l’énerver.


La voix d’Évangeline reprit la lecture du journal intime de sa mère. Claire avait aussi découvert que son violeur avait agressé sexuellement plusieurs autres femmes au cours de son existence. Femmes qui pour la plupart avaient reçu une forte somme d’argent pour se taire. Après tout il était un avocat renommé qui brassait pas mal d’argent. Claire les avaient toutes rencontrées. Jamais elle n’avait essayé de les convaincre de se retourner contre leur agresseur. Elle avait juste voulu recueillir leur récit comme elle avait écrit le sien. L’avocat perdit le peu de couleur qui lui restait. Claire faisait également part de la disparition d’une des petites amies répertoriées de l’avocat. Elle posait des doutes sur un meurtre mais avoua qu’elle n’avait pu avoir aucune preuve. Elle avait donc dû laisser tomber cette piste.


— Je suis marié maintenant ! murmura-t-il en plein désespoir. Tout avocat qu’il était, il se noyait dans sa peur, à court d’argument.


— Parlons-en de ta femme justement.


Évangeline prit l’enveloppe que son compagnon armé lui tendit. Elle prit le temps de l’ouvrir, de sortir les documents. L’avocat se demanda ce qu’elle contenait. Tout se mélangeait dans son esprit et il se sentait de plus en plus mal.


La jeune femme lui montra une déclaration de main-courante.


— En plus de violer les femmes tu les cognes aussi !


— Nous nous sommes juste disputés. C’est parti tout seul !


Évangeline échangea un regard entendu avec son compagnon. L’avocat perdait se sa superbe. Il n’avait plus la force de nier les faits.


— Tu les forces aussi à avorter


— Comment as-tu appris tout ça ?


Elle ne répondit pas, se contenta de lui sourire de manière machiavélique et de se délecter de l’aveu à peine déguisé contenu dans la dernière question.


— À croire que je suis aussi mauvaise que toi. Ton sang coule dans mes veines mon cher père !


—Si tu veux de l’argent je te le donne. Tu n’as qu’à demander, fixer ton prix.


C’était fou comme beaucoup pensaient que l’argent pouvait tout acheter, tout effacer. Elle ne daigna même pas lui répondre. Elle était au-dessus de ça. Elle le fixa longuement. Le quart d’une seconde, elle espéra des excuses, des regrets, un mea culpa qui pourrait l’attendrir. Mais seul le silence tomba entre eux.


— Je vais maintenant te parler de moi ! reprit la jeune femme.


Elle lui rappela rapidement son enfance en Italie. Lui parla de sa famille. Cette famille bien connue en lien avec la Mafia locale. Sa rencontre avec l’homme qui se tenait à côté de lui, fils d’un des clans maffieux. Des valeurs d’honneur dans lesquelles elle avait évolué. Son géniteur frissonna. À son regard, Évangeline réalisa qu’il venait enfin de capter qu’il ne sortirait pas d’ici vivant. Il fixa le revolver dans la main de l’homme en noir.


— Je peux renifler ta peur. C’est très jubilatoire, j’avoue. Mais je veux aussi que tu souffres comme tu as fait souffrir ces femmes.


Évangeline remonta sa jupe et retira d’un de ces bas un couteau. Elle s’approcha de son père. La lame du couteau trouva le chemin de sa joue. Très aiguisé, une goutte de sang perla aussitôt. L’avocat paniqua et se pissa dessus.


—Tu es moins courageux quand tu n’as pas l’avantage. Cette fois, c’est une femme qui a le pouvoir de vie ou de mort sur toi.


Le regard de la jeune femme était noir de colère et de folie. Sans sourciller, ni trembler, elle lui planta le couteau dans le genou droit puis dans le gauche. il hurla et manqua de tourner de l’œil quand elle remua le couteau dans la plaie et l’enleva avec une lenteur sadique. Évangeline sourit à son fiancé à côté. À la clarté de ses yeux, il comprit qu’elle était en train de jouir. Il frissonna la trouvant très désirable mais aussi d’une cruauté rarement rencontrée. À cet instant précis, il sut qu’Évangeline était devenue une tueuse. Que tout cela ne la rendrait pas meilleure mais au contraire bien plus dure et impitoyable.


— On va faire une petite pause. Je reviens Profites-en pour réfléchir à tes méfaits ! susurra Évangeline à l’oreille de son père. Il gémit effrayé.


Son fiancé rattacha l’avocat et le couple sortit tranquillement de la pièce. Évangeline embrassa goulûment son homme. Il la repoussa gentiment. Il ne se voyait pas l’aimer comme ça, ici et maintenant. Déçue, la jeune femme se rabattit sur une cigarette. Elle se fit très silencieuse et s’égara dans ses pensées.


Elle revit sa mère, son père adoptif. Elle repensa à tout l’amour qu’elle avait reçu. Elle remercia sa mère de lui avoir donnée la vie. Elle revécu les confidences de sa mère et le jour où elle lui légua le journal intime, l’histoire détaillée de sa vie. Elle se remémora ses réactions quand elle lut les pages du journal. De ses pleurs et éclats de rire selon ce que sa mère racontait. Dans l’ensemble, Claire avait été très heureuse même si l’ombre du viol l’accompagnait tous les jours de son existence.


Évangeline se souvint surtout de la crise de nerfs qu’elle avait faite en lisant qu’elle était l’enfant d’un viol. Puis de la décision qu’elle avait prise de venger sa mère malgré les réticences de sa famille. Elle se revit faire la promesse de sa mère. Cette dernière ne lui avait jamais rien demandé mais su qu’Évangeline ne serait épanouie qu’une fois sa vengeance accomplie. Elles en avaient longuement discuté et Claire avait juste demandé qu’elle ne fasse pas ça seule. Sa mère s’était surtout assurée que sa fille ne serait pas inquiétée et avait donné son aval.


Elle en avait alors parlé à celui qu’elle avait toujours considéré comme son vrai père et à la famille de son fiancé. Tous avaient cherchés à la dissuader de se lancer dans cette entreprise insensée. Têtue, elle avait tenue bon ayant fait de cette vengeance une véritable affaire personnelle. Ils lui avaient promis leur soutien mais tous avaient l’espoir secret qu’elle n’aille pas au bout de son projet. Son fiancé venait lui d’avoir la preuve qu’elle boirait sa vengeance jusqu’à la lie.


Évangeline écrasa sa cigarette d’un talon rageur et retourna dans le hangar. L’odeur du sang qui s’écoulait des blessures la galvanisa. Prédatrice excitée par la peur et la faiblesse de sa proie. Elle lui demanda s’il souffrait. Il hocha la tête. Elle reprit son couteau. Doucement, elle s’amusa à le taillader au visage. Plus il criait, plus elle le blessait. Son père était aveuglé par le sang. Il perdit connaissance au bout d’un moment mais elle le réveilla à coup de gifles. À chaque coup ou estafilade elle citait le prénom d’une de ses victime ou donner un exemple de ce qu’il avait fait. L’homme qui l’accompagnait commençait à être mal à l’aise de ce qu’il voyait. Elle était devenue comme folle, possédée par le gout du sang. Elle prenait plaisir à le torturer. L’avocat gémissait, balbutier des excuses, était prêt à faire amende honorable pour que cet enfer cesse. Juchée sur ses talons hauts, elle le regarda un long moment se vider de son sang après lui avoir enfoncé le couteau dans l’abdomen.


— Évangeline tu devrais mettre un terme à ça ! suggéra à voix basse son fiancé qui n’en pouvait plus du spectacle. Elle ne réagit pas se contentant d’allumer une énième cigarette. À aucun moment, elle ne quitta son géniteur du regard.


Enfin, elle tendit la main vers son compagnon et vers le révolver qu’il tenait. Ils avaient convenu que c’est lui qui finirait le travail mais après la barbarie qu’il venait de voir, il se doutait que tirer une balle ne serait plus un problème pour elle.


Elle demanda à son compagnon de faire mettre l’avocat à genou. Elle voulait une véritable exécution. Plus aucune once d’humanité ne baignait son regard. L’avocat souffrait un véritable martyre. Elle lut du soulagement dans ses yeux quand il comprit que ces derniers instants arrivaient.


Elle le visa mais ne tira pas immédiatement. Étrangement elle tremblait un peu. Elle se reprit et se perdit dans le regard de son père. La détonation envahie le grand hangar et son écho résonna contre les murs. L’avocat s’écroula mort d’une balle en pleine tête. Évangeline lui adressa son plus joli sourire. Elle prit le téléphone que son homme tenait et passa un appel.


— J’ai tué le père ! dit-elle simplement à son interlocuteur


De l’autre côté du téléphone sa mère éclata en sanglot. Pour la première fois depuis qu’elle avait été violée, elle ressenti un complet soulagement. Elle sut ce jour-là qu’elle pouvait mourir tranquille. Que sa fille avait lavé son honneur.


Évangeline regarda le cadavre de son géniteur et la mare de sang qui s’agrandissait. Ce sang qui était aussi un peu le sien. Elle fut prise d’un haut le cœur. Son compagnon lui demanda de sortir. C’était à lui et les amis qui viendraient le rejoindre de tout nettoyer, de s’assurer que rien ne pourrait être retrouvé, de protéger donc sa belle de toute poursuite.


La jeune femme respira l’air frais une fois dehors. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues. Elle n’avait aucun regret, juste le sentiment du devoir accompli. Elle pleura de plus belle au fur et à mesure que l’adrénaline diminuait dans son organisme. Elle commença à douter. Non pas de son geste mais sur elle-même .Elle réalisa que tuer avait été si simple, si naturel. Elle douta alors d’être une bonne personne. Elle repensa au récit de sa mère, revit le visage de son père. Alors elle sut que si c’était à refaire elle le referait sans réfléchir.


— Tuer le père pour continuer à vivre ! récita Évangeline tel un mantra. Elle jeta sa cigarette et fila rependre le cours de son existence.
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Christopher Olivier · il y a
Je retrouve ici ton texte avec plaisir
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Topscher Nelly · il y a
Merci
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