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Une histoire belge

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Petite fleur

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1990 : mille neuf cent nonante.
Bruxelles, près de l’Atomium, un vendredi soir vers 19 heures, au Delhaize de l’Arbre Ballon. Après une longue journée de calculs, qui finissait le travail d’une harassante semaine, Il avait fallu clôturer en temps voulu la comptabilité de l’année comptable. Maintenant il y avait les courses à faire pour la semaine à venir en tentant de ne rien oublier : Noël tombait un mardi cette année.
La population se pressait dans les allées, la liste de courses à la main ou, comme moi, scotchée sur le bord du chariot, mais se laissant quand-même tentée par les têtes de gondoles. Têtes de gondoles ! Têtes de gondoles ! Est-ce que j’ai une tête de gondole, moi ? Ce n’est pas l’Italie et c’est bien loin de Venise, les chariots qui se croisent, s’entrechoquent et les blaguent qui fusent souvent remplacées par des invectives quelque peu gaillardes. Invective ! J’aurais préféré invectivations ; mais cela n’existe pas. Après tout il n’y a qu’un pas à faire pour le lancer dans la conversation et en faire un mot que d’aucuns diront sorti du dictionnaire et le glisseront au plus vite dans leurs propos. Oh, après tout, qu’est-ce que cela vient faire dans mes achats. Donc, c’est la course pour remplir le chariot avant de passer à la caisse. Encore heureux que les enfants ne soient pas avec moi car alors c’est :
Le 1er « maman, on prend ça, ce n’est pas cher ». Le 2ème « Oh oui et puis ça c’est bon ». Et enfin le dernier « Et celui-ci je l’ai vu à la télé et »....ah non. Je suis déjà passée par là. Quand on croit acheter pour 1000 FB on se retrouve avec un ticket de caisse long comme un rouleau de papier toilette et un total qui frise les -1500 FB en rouge sur le compte bancaire. Donc je préfère faire les courses seule.
Donc, je suis mon bonhomme de chemin et barre sur la liste le nom de l’objet que je viens de déposer dans le chariot. Et la voilà enfin, LA chose dont j’ai absolument besoin et....pas d’étiquette, donc pas de prix !
« Où se trouve la borne ? » je me suis posé la question tout haut et une dame me répond :
«  C’est au bout du 3ème rayon sur votre gauche ».
«  Merci ».
Je prends LA chose et je fonce vers la borne. Heureusement il n’y a personne qui fait la queue. Je présente le code barre et rien. Je recommence en manoeuvrant l’objet pour que le code barre se trouve juste sous la petite lumière qui va lire les traits et me donner le juste prix....rien. Je comprends la raison de ce peu d’enthousiasme pour avoir un prix. J’avise une vendeuse ! (Tient il y en a encore, cela se fait si rare). Elle refait ce que j’avais fait et en vient à la même conclusion que moi :
« Cela ne fonctionne pas madame, mais il y en a une autre près du rayon des vins, à l’autre bout du magasin, la dernière rangée, sur le côté gauche (ma conclusion est claire : pfff !!!!) Et si cela ne fonctionne pas, allez à l’accueil, quelqu’un pourra vous renseigner sans difficulté. » Et re-pfff ! Sans difficulté, mais pas sans courir ! Après avoir hésité entre la borne qui risque de ne pas marcher à un bout du magasin et l’accueil à l’autre bout mais où, au vu de la foule qui se presse dans le magasin, je vais peut-être devoir attendre mon tour pendant je ne sais combien de temps, je file vers la borne. Oh bonheur, elle me donne le prix sans faire d’histoire. Non ! C’est si cher. Et bien je ne la prends pas cette chose, si nécessaire, je m’en passerai. Donc je remets La chose en place, je recherche mon chariot.
« Bon sang où est-il passé ? »
Je l’avais pourtant bien laissé près du rayon des fruits et légumes, des agrumes pour être plus précise. Bon je ne peux donc que me lancer à la recherche de ce maudit chariot, quand j’avise une dame poussant un semblable engin avec MES courses. Je lui adresse gentiment la parole lui demandant si elle est sûre, que ce qu’elle a dans son chariot, est bien ce qu’elle voulait acheter. Elle semble d’abord étonnée puis en y regardant de plus près, elle me dit que........NON.
« Mais alors où est mon chariot ? » se lamente-t-elle en tremblant.
J’attrape la poignée du mien, bien décidée à ne plus la lâcher et j’aide la brave grand-mère à rechercher son bien. Cela nous prend quelques bonnes minutes et après avoir bien vérifié qu’elle n’a pas rajouté parmi mes achats, ce dont elle avait besoin, nous repartons chacune de notre côté. Rayon poisson et un sac de trois kilos de moules de Zélande, encore deux ou trois bricoles et je me dirige vers les caisses.
Là ce n’est plus la foire d’empoigne mais il faut une bonne dose de patience. Avec ma chance habituelle, j’ai choisi la bonne caisse, là où tout se passe bien.
Le premier client a oublié de peser ses fruits, patience, patience ! Il tient à son raisin italien. Il file vers le rayon des fruits.
Le deuxième a pris un article qui ne se vend que par deux. Discussion, appel du chef de rayon, retour au dit rayon pour reprendre deux articles et j’espère que c’est tout.
Eh bien non. Le client qui me précède regarde les prix qui s’affichent sur la caisse et tout à coup s’écrie :
« Ah non, ce n’est pas le bon prix, c’est 10 FB pour les deux et non 6 FB chaque. C’est la réclame de cette semaine dans le journal du magasin ».
«  Vous avez le journal demande la caissière ? »
«  Ma foi non « dit le client. Et la caissière interpelant sa collègue
«  Micheline tu as un journal de la semaine »
« Non, mais demande à l’accueil, ils vont t’en apporter un » sitôt dit mais pas sitôt fait car ça se bouscule à l’accueil. Enfin le journal permet de démêler le problème du prix mais il faut encore rappeler l’accueil pour que la personne qui a la petite carte permettant d’annuler un prix tapé par erreur vienne et fasse son travail. Voilà c’est fait. Pendant ce temps j’ai pu mettre sur le tapis tous mes achats et c’est mon tour ! Je pousse le chariot de l’autre côté de la caisse et m’apprête à faire passer chaque objet du tapis de caisse dans le chariot.
Mais, Non, ce n’est pas vrai !
« Excusez-moi madame mais mon rouleau de caisse est terminé je dois en mettre un autre. »
O rage, O désespoir !
Je jette un coup d’œil sur ma montre. Cela fait 20 minutes que je poireaute à la caisse ! Je poireaute ? Zut ! J’ai oublié les poireaux ! Eh bien tant pis, ce sera pour la semaine prochaine le potage poireaux- pommes de terre. Maintenant c’est automatique et cela va vite pour changer un rouleau de caisse plein contre un rouleau vide. Mais en ce temps-là il fallait décoller le début du rouleau de papier après avoir réussi à en soulever un bout en essayant de ne pas se casser un ongle ; le couper bien droit, l’introduire dans la fente du rouleau en plastique quand il voulait bien y entrer et faire avancer le tout en espérant qu’il aille droit.....Ouf, une seule tentative a suffi et tout passe rapidement d’un bout à l’autre jusqu’à la fin.
« Cela vous fait un total de 1752,28 FB»
Je tique un peu sur le total qui me semble plus élevé que prévu mais je n’ai peut-être pas tenu compte de tout ce que j’ai acheté. Suis-je une si piètre comptable ! Je verrai à la maison en rangeant. Au moment de payer je sors un chèque quand la caissière me dit :
« Je suis désolée, Madame, mais à cette caisse nous ne prenons que de l’argent liquide. Pas de chèque, pas de carte ; c’est écrit au-dessus de la caisse. »
Je lève les yeux, fais un pas en arrière pour pouvoir lire le panneau. Eh oui, c’est vrai ! C’est la triste réalité.
Panique ! Est-ce que je vais avoir assez d’argent pour tout payer. Si oui cela sera parfait, si non je laisse tout là et je m’en vais. Je fais les fonds de porte-monnaie, portefeuille, poches et à 5 francs près, qui restent dans le coin du porte-monnaie, le compte est bon ! Et....Je...Sors ! Ouf !
Tout est mis rapidement dans la voiture et à la maison les enfants sont rentrés de l’école et de leurs cours de musique, chant, etc..... pour m’aider à tout sortir ; mais je les préviens qu’il faut vérifier tous les articles avec le ticket de caisse. Par acquit de conscience, avant de commencer à cocher chaque objet, je jette un coup d’œil sur la liste et cela me saute aux yeux. 24 bouteilles de Leffe. Ca, c’est impossible !
Donc il faut regarder ce que la bière remplace. Je ne sais pourquoi je me souviens que le dernier article était le sac de 3 kg de moules à 129 FB. Je cherche et ne trouve pas les moules. La différence la voilà ! 692 – 129 égal 563 FB. Je saisis le téléphone et explique à l’accueil du supermarché ce qui s’est passé en leur disant bien que je ne peux pas revenir le soir même.
« Gardez votre ticket de caisse et le conservez le sac de moules. On verra l’erreur avec le code barre. Désolée, mais cela arrive parfois. Ils oublient de changer la dernière étiquette en changeant d’article. Ne vous inquiétez pas nous vous rembourserons la prochaine fois que vous viendrez. Excusez-nous et passez une bonne soirée. Au revoir Madame »
« Le sac de moules sans les moules je suppose ! »
«  Oui bien sûr. Et Bon appétit. »
Ah les codes barre il faut les surveiller, ce sont de petits farceurs ; mais 3 kg de moules pour 692 FB ! C’est de la super moule. Plus cher que chez « Léon de Bruxelles », vous savez le restaurant belge de Bruxelles. Ah oui....et de Paris !
Avec les codes, c’est comme avec un bateau, il faut savoir tenir la barre.

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