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Une famille un peu étrange

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Vimpy

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La petite famille était attablée à la table de la cuisine, attendant que le repas fut servit. Mais personne ne se levait pour aller chercher la nourriture. Cela faisait maintenant des heures qu'ils patientaient, chacun toisant l'autre dans le silence assourdissant.
Enfin, dans cette maison où tout semblait mort, la vie reprit peu à peu. La mère, femme blonde élancée, se leva et, sautillant légèrement, s'en alla chercher un plat sur la cuisinière.
- C'est prêt ! lança-t-elle en revenant, toujours de son pas sautillant.
- Mmmh, ça a l'air rudement bon, répondit le père, en bout de table. 

Le père, était un gaillard bien bâti, brun et aux yeux verts mais à qui il manquait un bras. Selon ses dires, un homme cruel le lui aurait arraché. C'est qu'il avait vécu la guerre à une époque ! Et c'était suite à cette blessure qui manqua de lui coûter la vie, qu'il se résigna à quitter l'armée et à se reconvertir dans l’ingénierie.
De part et d'autre de la table, deux enfants et un bébé. Une fille, blonde comme sa mère et à laquelle il manquait un œil, était vêtue d'un pull rose et d'un pantalon bleu. En face, son frère, brun comme son père, était habillé d'une salopette et pourvu d'une cicatrice rouge sur le visage. Enfin, au coin de la table, entre la mère et la fille, siégeait une chaise haute pour enfant dans laquelle était placé le bébé de la famille, petit garçon raide mais rieur qui tendait les bras.
Malgré leur handicap respectif, tous souriaient. La petite famille semblait heureuse.

Lorsque le plat arriva sur la table, il fut accueilli par des exclamations et une querelle entre le frère et la sœur qui ne manquèrent pas de se donner des coups de poing dans leurs figures déjà fort amochées.
- A moi, à moi ! crièrent en cœur les enfants.
Les parents, pendant ce temps, ne bronchèrent pas. Enfin, la mère, s'écria :
- Du calme les enfants, ne vous bagarrés pas ! Il y en aura pour tout le monde.
Alors les enfants cessèrent, s’essayèrent en silence sur leur chaise respective et redevinrent sages et immobiles. La mère servit toute la petite famille qui se mit alors à manger au milieu de bruyants « miam miam ». Le bébé, pas servit, se contenta de regarder la scène, toujours rieur, les bras en l'air.

Le repas terminé, la mère se releva, emporta le plat de son pas sautillant pour le reposer sur la cuisinière. En revenant, elle s'adressa aux enfants :
- Allez, allez les enfants, c'est l'heure d'aller se coucher !
- Oh non, pas déjà ! s'écrièrent les enfants en cœur. C'est le week-end, on peut rester un peu plus longtemps debout ! S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît !
- D'accord, répondit la mère. Mais 30 minutes. Après, au lit !
Alors les enfants se levèrent.
- Viens, on va jouer au foot, lança le garçon à sa sœur.
- Ok, allons dehors. 
La fille et le garçon, sautillants, sortirent de la maison par l'embrasure de ce qui semblait être auparavant la porte d'entrée et dont les gonds étaient brisés. Manifestement, la porte avait disparu. Le ballon aussi manquait. Alors le garçon s'en alla le chercher et revint avec un ballon orange. À regarder de plus près, il sembla que celui-ci avait la forme même du fruit, d'une orange. Mais qu'importe la nature de cet objet, les deux enfants s'en souciant guère, jouèrent. Ils frappaient dans la balle, pieds joints, vraisemblablement dû à un quelconque handicap moteur impliquant pour eux une impossibilité de bouger une jambe sans l'autre.

Pendant ce temps, les parents étaient restés dans la cuisine, assis à la table en compagnie du bébé, sans mot dire. Enfin, le père prit la parole :
- Et si nous allions regarder la télévision ?
- Excellente idée, répondit la mère. 
Les parents se levèrent, laissant le bébé dans la chaise haute et, toujours en sautillants, se dirigèrent vers le salon. Là, ils s'assirent, bien droit, dans le canapé. La télévision était déjà allumée mais rien ne bougeait. Cela ne sembla pas intriguer les parents qui fixaient leurs yeux sur celle-ci, un sourire aux lèvres. Tout à coup, le père tomba du canapé. On entendit un « oups » et bien vite, il se retrouva à nouveau bien droit sur le canapé, au côté de sa femme qui n'avait pas bronché.
Les 30 minutes, qui semblèrent cependant des secondes, avaient passées et le père se leva pour aller chercher les enfants qui jouaient encore au ballon.
- Allons les enfants, ça fait 30 minutes ! Montez-vous coucher !
- Oh non, s'exclamèrent les enfants, encore un petit peu de temps !
- Non, c'est l'heure !
- Bon d'accord..., consentirent les enfants déçus, bien que le sourire sur leur visage n'avait pas disparu. Mais tu nous lis une histoire !
- Ok, accepta le père, je monte dès que vous serez couchés.

Les enfants s'en allèrent donc dans leur chambre pourvue d'un lit superposé, d'une commode et d'une grosse lampe disproportionnée par rapport au reste des objets et meubles qui composaient la pièce. Pendant ce temps, le père était resté, droit et immobile, à l'extérieur de la maison. Ce n'est que lorsque les deux enfants se furent couchés (bien qu'il n'eut aucun moyen de savoir que c'était bien le cas) qu'il daigna monter à leur suite. Arrivé dans la chambre, il s'assit sur le lit, ses jambes tendues dépassant largement. Il essaya, tant bien que mal, de tenir le gros livre dans sa main unique. Mais il n'y parvint pas. Alors, s'avouant vaincu, il le posa en équilibre sur ses genoux et commença à conter une histoire. Les enfants, eux, écoutaient sagement, tout sourire.
En bas, la mère était toujours assise sur le canapé à regarder la télévision lorsqu'elle remarqua qu'elle avait oublié de coucher le bébé. Ni une, ni deux, elle se leva et se dirigea dans la cuisine. L'enfant était toujours dans sa chaise haute. Il n'avait pas bougé, pas fait de bruit. Il se contentait toujours de sourire et de tendre les bras. Alors, la mère le pris et le porta jusqu'à son berceau. Le bébé se laissa faire tranquillement sans effacer son sourire ni baisser ses bras, qui, une fois l'enfant couché, semblaient demander à sa mère de le reprendre. Mais il ne pleura pas, ne broncha pas.
- Fais de beaux rêves, lui dit doucement sa mère en fermant les volets avant de sortir de la chambre de son pas sautillant.

Dans la chambre, le père semblait avoir terminé son histoire mais restait assis, immobile, sur le lit. Après avoir embrassé ses enfants il s'en alla dans sa chambre se coucher à son tour. La mère passa, elle aussi, dire bonsoir à ses enfants avant de rejoindre son mari.

La petite famille était au lit, tous les volets de la maison étaient fermés, bien qu'autour de celle-ci, le jour régnait. En bas, la télévision était allumée, toujours fixée sur la même image. Mais aucun bruit ne se faisait entendre. L’entrée de la maison, cassée, était restée ouverte, mais personne ne semblait s'en être soucié. Dans les chambres, les membres de la petite famille s'étaient couchés tout habillés. Tous étaient étendus, immobiles, silencieux, mais les yeux grands ouverts, à l'exception de celui de la jeune fille, qui manquait. Le bébé, quant à lui n'avait pas baissé les bras.

Bien que le soleil baignait la maison désormais silencieuse, une journée avait pris fin pour la petite famille.
Alors, c'est d'un air satisfait qu'une petite fille, d'environ 8 ans, se leva de sa chaise et quitta la table sur laquelle était disposée la maison de poupée et cette famille forte étrange qui la composait, pour aller jouer à un autre jeu.
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Lélie de Lancey · il y a
Une famille un peu étrange en effet.... Vous les décrivez parfaitement... et l'étrangeté prend toute sa place... Jusqu'à la fin.... C'est bien trouvé :)
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Image de Vimpy
Vimpy · il y a
Merci :)
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