Une E-Stoire stupéfiante (part 4)

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Marc y jeta un coup d’œil avant de la mettre dans sa poche.
― Au fait, j’ai bien failli emboutir une voiture sur le parking. J’espère que c’est pas la vôtre.
― Aucun danger ! Je n’ai pas mon permis, répondit Harry. C’était quelle voiture ?
― Une Porsche ancien modèle, répondit Marc. Une antiquité qui vaut la peau des fesses à mon avis.
― C’est celle de Belding. Un idiot complet ! Mais un idiot qui dirige tout le département. C’est un fou du volant, mais avec son salaire il peut se le permettre. Ne vous gênez pas en repartant si vous voulez laisser une ou deux éraflures ! ajouta Harry avec un sourire en coin.
Marc s’apprêta à quitter la pièce, mais se retourna en atteignant la porte.
― J’ai un fils vous savez, un petit génie, et je...
― Je connais Cyril, dit Harry. J’enseigne depuis trois semaines dans son école pour surdoués. Votre fils ira loin c’est sûr. Peut-être dans l’informatique aussi.
Au moins maintenant je sais pourquoi Leboulanger m’a choisi pour venir ici.
― Juste par curiosité; est-ce qu’on gagne bien sa vie dans votre boulot ? demanda Marc.
― Ça dépend, pour tout dire. Je viens juste d’être augmenté. Je suis passé à 43000 euros par an ! dit Harry. Je prendrais bien quelques-uns de ces smarties.
Marc sortit le paquet et le lança à Harry.
― Gardez tout. À bientôt peut-être.
Sur ces paroles, Marc laissa Harry à ses jouets.
Incroyable. Ce type a sûrement bac + 12, il gagne à peine plus que moi, et il a l’air content !
Lorsqu’il revint au bureau, Galdini et Karen n’étaient pas encore rentrés. Marc en profita pour avaler un sandwich jambon salade et un café sans sucre. Puis il sortit le papier sur lequel Harry Base avait imprimé les deux mots. Juste par curiosité, il les recopia dans le moteur de recherche de son ordinateur.
L’écran se remplit aussitôt d’une multitude de sites.
Ouais, autant chercher un pixel dans une décharge d’ordinateurs !
D’ailleurs, Marc savait très bien qu’il n’aurait rien pu faire de cette manière. Mais puisqu’ils avaient chacun leur ordinateur personnel, autant s’en servir de temps en temps pour autre chose que les jeux de carte en ligne !
Il fixait toujours son écran quand Karen et Galdini débarquèrent. Galdini se mit à rire dès qu’il aperçut Marc.
― Oh ! T’as pris des cours chez ce type de Syber ?
Même Karen ne put s’empêcher de suivre Galdini cette fois.
― Va te faire voir ! répondit Marc en éteignant son ordinateur. J’espère que vous avez eu plus de veine que moi.
Mais ce n’était pas le cas. Galdini avait secoué Le Furet, Gartillon et les autres. Sans succès. Karen avait même failli assommer la vieille Barkela. Mais aucun d’eux n’avait téléchargé de stupéfiant de catégorie quatre, et aucun n’avait entendu parler d’une affaire pareille. Gartillon avait même cru que Galdini avait été muté aux stupéfiants normaux et qu’il cherchait de la cocaïne quand il avait parlé de catégorie quatre !
D’ailleurs, pourquoi le dealer serait-il dans cette ville ? C’était grotesque d’espérer ça. N’importe qui, dans n’importe quel pays, aurait pu envoyer cette saloperie.
― Tu veux mon avis, Marc ? demanda Karen à voix basse. Je crois que toute cette histoire c’est de la daube pour protéger Syber. Il a dessoudé Lamande, et maintenant il voudrait qu’on retrouve un stupéfiant électronique que personne n’a jamais vu.
Marc n’était pas loin de penser la même chose. Pourtant Harry Base avait semblé convaincant.
― Karen ! On vous a greffé un deuxième cerveau pendant le déjeuner ? Voilà que vous aussi vous vous mettez à réfléchir ? tonna la voix de Leboulanger. C’est génial ! Avec Lassy ça fait deux. Si Galdini vous rejoint, j’aurai une dream-team. Mais ça au moins, je suis certain que ça n’arrivera jamais, même avec tous les progrès de la médecine.
L’humeur de Leboulanger ne s’améliora pas quand Marc, Galdini et Karen lui firent leur rapport. Mais jusqu’à nouvel ordre, cette histoire devait rester entre les murs du BUSTE.
Quatre jours plus tard une troisième victime s’ajouta à la liste. Leboulanger, même s’il commençait lui aussi à paniquer, insista pourtant pour garder le secret. Il fallait protéger les pauvres petits actionnaires de SyberMonde ! Harry Base avait pu retrouver trois autres mots. Encore des mots très banals: plaque, baguette, courte. Même avec les deux autres, ciel et roue, il était impossible de remonter à l’histoire. Aucun des dealers de stupéfiants électroniques connus n’avait pu donner ne serait-ce que le bout d’une piste et aucun d’entre eux n’avait les épaules assez larges pour la catégorie quatre.
Pas envie de rentrer maintenant ! Un ciné plutôt.
Il arrêta sa voiture devant l’Hades Studio et jeta un œil aux affiches avant de se décider. Il prit un ticket au distributeur automatique. Le film était déjà commencé et Marc choisit de s’asseoir sur un des derniers rangs. L’écran s’illumina quand le vaisseau spatial KY345 explosa, et Marc aperçut Karen quelques rangs devant lui. Elle avalait des pop-corns en regardant le film. Assise à ses côtés, la tête posée sur son épaule, se trouvait Natacha, une fausse blonde que Karen avait rencontrée quelques semaines plus tôt. Karen n’avait jamais fait de mystère de ses préférences pour les femmes depuis le jour où Marc l’avait draguée, sans savoir. C’était juste après son divorce d’avec Caroline.
Inutile d’aller les déranger. Quand même c’est con ! Une fille comme Karen. En plus sa copine a au moins 20 ans de plus... Mais oui, bien sûr ! C’est ça.
Voilà pourquoi Syber connaissait quelqu’un comme Lamande ! Et c’est pour ça aussi qu’il se trouvait là quand Lamande s’était envolé par la fenêtre. La jalousie était un motif aussi bon qu’un autre pour un meurtre. Après tout Lamande était trente ans plus jeune que Syber et il était plutôt beau gosse.
Doucement Marc. Tu travailles pas pour la Crim. Et Boulanger te l’a dit: T’as pas été recruté pour être malin. La vie privée de Syber te regarde pas. Il faut trouver ce stupéfiant électronique, c’est tout !
Marc s’éclipsa avant la fin du film. Un navet de science-fiction. Même Marc savait que les vaisseaux ne font pas de bruit quand ils explosent dans l’espace.
Il passa à la Sorbonne, le bar de la rue Berthier, but un cognac et un jus de pomme comme d’habitude, puis rentra chez lui, fatigué. Bien sûr le frigo était pratiquement vide et Marc n’avait pas envie de sortir faire les courses. Il commanda une pizza aux olives et au jambon. La pizza arriva à moitié froide et il ne trouva pas le jambon. Mais avec une bière, ça passerait.
Il écoutait le dernier album des Pyramids pour la troisième fois cette semaine quand son téléphone sonna.
― Caroline ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu m’as fait peur... Hein ?... Oui, sans problème. Je passerai demain matin pour le prendre... Mais pas du tout ! Au contraire, ça me fait plaisir d’avoir Cyril ce week-end. À demain.
Enfin une bonne nouvelle.
Le lendemain matin Marc emmena son fils pêcher. Puis ce fut un tour au parc d’attraction de Matz et un détour par le musée des fossiles l’après-midi parce que Cyril avait insisté ! Un buffet chinois le soir parce que c’était simple, que c’était gras et qu’on pouvait manger sans fourchettes. Un film et au lit.

https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/une-e-stoire-stupefiante-part-5
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Image de Jeanne en B
Jeanne en B · il y a
E-stupéfiant pour une histoire "de fesse" ? Après-tout, les années passent mais les hommes ne changent pas
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un héros qui a une vraie personnalité.
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Elisabeth Marchand · il y a
Une enquête et une histoire familiale en parallèle ... de bons ingrédients pour captiver le lecteur... A plus tard !

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