Une E-Stoire stupéfiante (part 3)

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― Comment peut-on envoyer un stupéfiant électronique sans qu’il reste de trace ? demanda Marc. Et pourquoi Syber était-il si nerveux quand il a rencontré Leboulanger ?
Harry s’assit sur une des chaises à roulettes et invita Marc à faire de même. Mais Marc préféra rester debout.
― Que savez-vous exactement à propos de ces stupéfiants ? demanda Harry.
― Je travaille au BUSTE depuis assez longtemps pour savoir qu’un stupéfiant électronique écrit sur du papier ne provoque aucune réaction. Alors que s’il est lu sur vos e-books, patatra ! Ce qui veut dire que sans vos gadgets, Lamande serait encore en train de faire le con à la télé.
Ce gars me cherche ou quoi ? Et ça lui écorcherait la bouche de m’appeler « officier » ?
― C’est juste. L’effet stupéfiant est une combinaison entre les mots et l’émission lumineuse de l’écran spécial de l’e-book. Je vous assure que les laboratoires Syber, et tous les autres labos, travaillent d’arrache-pied pour imaginer un nouveau mode écran. Moi-même...
― Il y a un macchabée à la morgue qui vous dira que les labos Syber ne travaillent pas assez, répondit Marc plus sévèrement qu’il ne l’aurait souhaité.
Cet Harry Base n’était pas le mauvais bougre, et lui aussi n’était qu’un employé, même s’il devait être payé une fortune pour ses talents. Quelques notes de You can’t be that dumb des Pyramids indiquèrent à Marc qu’il avait un appel sur son portable.
― Juste un instant, s’excusa t-il. Ouais, c’est Marc... Oh zut ! Et où ?... Oh ! Et ils savent déjà que c’est la même chose que pour Lamande ?... Je vois. Ça explique... Justement il est ici. Son patron va pas être content !
Marc se tourna vers Harry Base. L’informaticien regardait son portable en essayant de ne pas sourire.
C’est pas le dernier modèle. Et alors ? Tout le monde peut pas se balader avec une antenne dans l’oreille comme toi.
― Un problème, officier Lassy ?
Ah quand même !
― On peut dire ça, oui. Enfin c’est surtout un problème pour Syber. Une autre victime vient d’être identifiée, annonça Marc.
Harry ne sembla pas vraiment surpris.
― Et vous êtes certain qu’il s’agit d’un autre cas de catégorie quatre ? demanda-t-il presque par politesse. Si rapidement ?
― La victime a été retrouvée dans le congélateur de sa maison à Madrid. lui apprit Marc. Elle tenait encore son e-book SyberMonde dans les mains, avec l’écran allumé. J’imagine la tête de celui qui a voulu se servir une glace !
― La victime est espagnole ? s’écria Harry, le visage blanc comme un linge cette fois. C’est impossible ! Vous êtes certain de ça ?
Marc serra les mâchoires.
Zut ! Je viens de passer pour un branque.
― Je rappelle Leboulanger, dit-il. Il va pas aimer.
Leboulanger passa effectivement un savon à Marc qui en avait l’habitude. Il laissa donc passer l’orage avant de demander quelques précisions et de raccrocher.
― Au temps pour moi. La femme était française. Une certaine Nadia Coutrot. Elle habitait Madrid depuis sept ans. Elle avait déménagé juste après son divorce. Comment vous saviez que la victime n’était pas espagnole ?
― À vrai dire, j’espérais bien qu’elle était française ! dit Harry Base. Enfin, c’est une façon de parler. Voyez-vous, la probabilité que deux drogues de catégorie quatre apparaissent sur le marché en même temps, est quasiment nulle. Et les stupéfiants électroniques n’agissent que sur des personnes qui comprennent les mots qu’ils lisent. Alors à moins d’être parfaitement bilingue, ce qui est rare, il est impossible d’être affecté par un texte écrit dans une autre langue que la sienne. Heureusement, les stupéfiants électroniques n’ont pas encore sauté la barrière linguistique. Si cela devait arriver un jour, ce serait catastrophique. Lamande était français, les autres victimes seront également françaises.
Les autres victimes ?
― Vous pensez qu’il y en aura d’autres ? demanda Marc.
Harry ne répondit pas à cette question mais son regard en disait plus long qu’un discours.
― Vous n’avez malheureusement pas encore entendu le pire de l’histoire, dit-il.
― Envoyez ! l’invita Marc.
Il avala quelques smarties supplémentaires.
― Ce stupéfiant électronique catégorie quatre est aussi un stupéfiant fragmenté, dit Harry comme si cette révélation devait faire trembler le building sur ses fondations.
Marc ne réagit pas.
― Vous ne savez pas ce que c’est, n’est-ce pas ?
― Jamais entendu parler, dit Marc. Mais à voir votre tête, je dirais que c’est un truc pas cool.
― Pas cool du tout. Jusqu’à maintenant les seuls stupéfiants électroniques que je connaissais étaient linéaires. L’histoire était téléchargée, lue et hop ! On se prenait pour Tigerman. Au pire, on mettait la dinde de noël dans le micro-onde pour la transformer en montgolfière. Ce genre de stupéfiant électronique est assez simple à traquer sur un e-book. Mais le stupéfiant qui a envoyé Lamande ad patres, est une sorte de puzzle. L’histoire emprunte des mots à une autre histoire tout à fait inoffensive pour s’écrire elle-même.
J’ai décroché à « linéaire ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et c’est où ça, Depatresse ?!
― Je suis perdu là, avoua Marc.
― Moi aussi, dit Harry. Je vous donne un exemple: Vous lisez dans un texte les quatre phrases suivantes: Un dimanche de pluie; allons danser au bois; dans le tunnel du St Marin; et enfin, le printemps est vert. Aucune de ces trois phrases n’est dangereuse en elle-même mais en les lisant l’une après l’autre, vous lisez aussi: Dimanche, allons danser dans le tunnel vert. Et cette phrase devient un stupéfiant électronique. C’est ce qu’on appelle un stupéfiant électronique fragmenté. N’importe quelle histoire dans laquelle les mots que je viens de prononcer existent dans le bon ordre, peut servir de matrice pour un stupéfiant fragmenté.
― Et comment vous identifiez l’histoire de départ ?
Harry leva les bras en l’air.
― Oh je vois ! Vous pouvez pas.
Toutes les mêmes ces grosses têtes. J’espère que Cyril...
― C’est pratiquement impossible à moins d’être là juste au moment où quelqu’un est assez malchanceux pour tomber dessus. J’ai pu retrouver deux mots dans l’e-book de Lamande grâce à un nouveau procédé mis au point ici et qui peut détecter l’impression résiduelle sur le revêtement de l’écran. J’ai pu sauver ces quelques mots seulement parce que Syber m’a rapporté l’e-book juste après... Malheureusement ce sont des mots tellement banals qu’ils ne serviront à rien. Ce qu’il faudrait c’est un nom propre ou un nom vraiment spécial, pour pouvoir remonter à l’histoire originale.
Il connaît même pas le pluriel de « banal » ! Tant pis pour lui.
― Imprimez donc les mots que vous avez pu retrouver, demanda Marc. C’est pour mon rapport !
Il rangea, sans le regarder, le papier que lui tendit Harry.
― Vous aurez peut-être plus de chance avec l’e-book de cette femme en Espagne. Je vais vous le faire envoyer, dit-il.
― Faites toujours, répondit Harry, mais toute trace disparaît après seulement quelques heures. Je ne pense pas obtenir plus de renseignements de cette victime là.
De cette victime là ? Il me fout la trouille ce gars en parlant comme ça.
― Si vous n’avez rien de plus à m’apprendre, je vais retourner au bureau. Mes collègues auront peut-être eu plus de chance.
Harry lui donna une carte avec un numéro de téléphone et une adresse e-mail.
― Juste au cas où, lui dit-il.

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Jeanne en B · il y a
Un e-stupéfiant congelé, peut-être en trouvera-t-on des traces. Sympas les commentaires perso de l'officier. Et j'ai bien aimé sa perspicacité "pour savoir qu’un stupéfiant électronique écrit sur du papier ne provoque aucune réaction"
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Vive les livres papier !
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Robert Dorazi · il y a
.... :)
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Elisabeth Marchand · il y a
Voilà que ça se corse !! Et c'est toujours aussi drôle ...
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Robert Dorazi · il y a
Merci :)

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