Une E-Stoire stupéfiante (part 1)

il y a
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Protégé par Kantikman, le super-héros imprimée sur sa couverture, Cyril ne craignait personne. Il fixait son père.
― Lis-moi une histoire ? demanda-t-il.
Marc Lassy fit une grimace, et leva les yeux sur l’étagère encombrée de livres de toutes les tailles.
― Tu peux lire ces livres tout seul, répondit Marc.
― J’aimerais que tu en lises un pour moi. Pour une fois ! insista Cyril.
Marc approcha une chaise du lit.
― Je vais plutôt te raconter une nouvelle histoire. Ce sera plus intéressant.
Il s’installa confortablement sur la chaise. Il ne lui fallait jamais très longtemps avant de s’endormir quand il racontait une histoire à son fils.
Au petit matin, après un petit déjeuner douteux, Marc conduisit Cyril à son école, empruntant le même chemin qu’il parcourait déjà plus de vingt ans auparavant.
D’abord la rue des Saules, puis la rue des Grands Ormes à gauche après le kiosque à journaux. Cette rue n’avait pas beaucoup changé depuis le début des années 2000. C’était là que Marc avait embrassé Brigitte pour la première fois. C’était le 13 juin 2014. Il s’en souvenait très bien. C’était le jour de la naissance de sa sœur.
― Il faut pas que j’oublie ! On n’a pas tous les jours vingt ans, dit-il à haute voix.
Il s’arrêta au feu rouge de la rue du Fresne. Cyril le regardait d’un air étonné.
― C’est bientôt l’anniversaire de tante Nadia.
― Mais papa !
Le feu passa au vert.
― Je sais, je sais. Ne fais pas attention, dit Marc.
Il arrêta sa voiture devant un bâtiment circulaire gris et bleu, laissant le moteur tourner.
― Ta mère est déjà là. N’oublie pas ton sac. Et n’embête pas tes profs avec des questions trop difficiles pour eux !
Caroline attendait devant l’école. Après s’être assuré qu’elle viendrait rechercher Cyril, Marc prit la direction du bureau.
Une dizaine de minutes plus tard il poussa la porte du Bureau des Stupéfiants Électroniques, le BUSTE.
Marc était à peine assis à son bureau, qu’un homme qui s’habillait chez XXL entra sans s’annoncer. Sa chemise, à moitié sortie de son pantalon, était une publicité ambulante pour les laveries automatiques.
― Leboulanger nous cherche, dit-il dans un bâillement. Y paraîtrait qu’il est furax. Eh Lassy ! On est dans l’pétrin... Leboulanger... Dans l’pétrin. T’as saisi la blague ?
― J‘ai saisi, j’ai saisi. Bientôt tu pourras passer à la télé. Et puis tu pourrais changer de fringues de temps en temps, Galdini !
― Ah d’accord ! J’ai compris. T’as r’vu ton ex ? C’est ça, hein ?
― C’était mon week-end de garde. Mon gosse a sept ans, il lit des bouquins que même Caro trouve difficiles à comprendre, hier soir il m’a fait remarquer que je lui avais déjà raconté la même histoire la veille de son sixième anniversaire, que la voiture volante était une Peugeot blanche, pas une Renault bleue, que je m’étais planté dans les numéros d’immatriculation et que la copine du héros s’appelait Chantal et pas Crystal. Cyril a une mémoire photographique, il a un Q. I. à quatre chiffres, et moi je travaille ici avec Karen et toi !
― Leboulanger nous attend toujours, répéta platement Galdini. Et il est furax.
― Leboulanger est toujours furax ! Qu’est-ce que c’est cette fois-ci ? Un Père-Noël a piqué un sac de bonbons à un mioche ?
Mais cette fois les choses étaient sérieuses. Et Leboulanger était vraiment furieux. Cette fois il y avait un cadavre ! Et la victime était bien connue !
― Qui c’est ce Gérard Lamande ? demanda Galdini.
― Je le crois pas ! répondit Karen, la femme de l’équipe. Qu’est-ce que tu fous de tes soirées Galdini ? Tu r’gardes pas la télé ou quoi ? Gérard Lamande c’est celui qui a gagné la finale de Debilestory. Bon sang, j’arrive pas à le croire. Lamande a cané. J’avais voté pour lui jusqu’au bout. J’avais jamais entendu quelqu’un raconter des histoires aussi nulles. Il a écrabouillé tous les autres candidats.
― C’est bon ? Vous avez terminé Karen ? demanda Leboulanger.
Karen avait terminé et secoua la tête de dépit.
― Pour en revenir à notre affaire, je vois pas bien, sans jeu de mot, en quoi cette affaire nous concerne, dit Marc. Si c’est un meurtre c’est le boulot de la Crim et si c’est un suicide... Ce Lamande a bien pu s’envoyer en l’air avec un truc normal.
Karen lança un regard noir à Marc, qui s’en moquait comme de sa première chemise.
― S’envoyer en l’air, c’est bien le mot, répéta Leboulanger. Mais Lamande n’avait pris aucun truc normal, Lassy. Le labo a analysé tout le sang que ce gars avait encore dans ses veines. Et après une chute de treize étages, il n’en restait pas lourd !
― Le treizième étage ? Eh Boss, ça lui aura pas porté bonheur ! déclara Galdini avant d’éclater d’un rire qui fit trembler toute sa carcasse. Oh mince ! J’suis vraiment en forme ce matin.
Leboulanger laissa échapper un soupir. Il oublia donc cette dernière blague douteuse, et tâtonna sur sa gauche avant d’ouvrit un tiroir.
― On a retrouvé ça dans l’appartement, dit-il en jetant une sorte de livre plastifié sur la table devant lui. Je me suis laissé dire que c’est un des nouveaux modèles. Le dernier cri en matière de livre électronique. Il était encore activé quand on a retrouvé le corps.
Ce que Leboulanger appelait livre électronique, c’était un e-books souple, très populaire chez les plus jeunes.
Ces ebooks souples avaient bien fonctionné pendant une dizaine d’années. Et puis les premiers incidents étaient apparus. Personne n’avait fait le lien au début. D’ailleurs ce n’était rien de grave. Quelques maux de têtes ou quelques comportements étranges. Pas de quoi fouetter un chat. Et puis l’e-book souple était incontournable. Le marché des histoires écrites et des histoires filmées représentait des milliards de dollars. La seule mesure concrète qui avait été prise était un avertissement à l’achat: Ne pas lire plus de trois heures par jour.

https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/une-e-stoire-stupefiante-part-2
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Jeanne en B · il y a
Un début prometteur. Le nom du jeu Debilestory m'a bien amusée et j'aime bien le nom de la brigade. J'ai un peu de mal à imaginer un stupéfiant électronique... j'espère que votre polar ne dure pas plus de 3 heures :-)
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Robert Dorazi · il y a
Non pas 3 heures :) Mais j'aurais bien aimé pouvoir en faire un roman il y a 12-13 ans quand j'ai écrit cette courte nouvelle. J'aurais été un précurseur dans plusieurs domaines ! ;)
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De Margotin · il y a
Belle découverte. Ma ville de naissance est sur la liste des finalistes si vous voudriez le soutenir à nouveau. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ma-ville-de-naissance
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bon début !
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Les Histoires de RAC · il y a
Je découvre... En route pour la suite...
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Elisabeth Marchand · il y a
ça démarre fort ... vite à la suite ...
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Robert Dorazi · il y a
Merci Elisabeth. La dernière partie (6) est imortante car elle donne tout son sel au reste de l'histoire :)
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Elisabeth Marchand · il y a
Je vais tout lire, bien sûr ... et j'avoue que cela m'arrange que ce soit en plusieurs épisodes. Je peux vaquer à mes occupations journalières entre deux !
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Zut Alors · il y a
Un QI à quatre chiffres... Virgule comprise ?
La souplesse d'un e-book... Pour une lecture en bateau ⛴ ? (Pour la chute libre, ça doit être moins pratique...)
Voyons le deuxième épisode... :)

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Robert Dorazi · il y a
Pas de virgule :)
Les écrans flexbles semblent intéresser les fabriquants. J'étais très en avance :)

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