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Une délicieuse soirée

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Greg Lauert

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Un verre de Sancerre à la main, Jonas traversa le séjour, contourna la table pour s’approcher d’une étroite commode. Les vinyles étaient là, rangés, triés, classés par ordre alphabétique. Et pour gagner le R. de Lou Reed, il fallait plier les genoux. Il opta pour Transformer, l’un de ses albums favoris, aussi versatile qu’apaisant. Catherine, superbe dans une robe noire très cintrée, passa alors dans son dos. Jonas sourit, descendit une gorgée de blanc et sourit encore. Distraitement, il posa les yeux sur la table du dîner, recouverte d’une nappe blanche immaculée. C’était l’œuvre de Catherine, qui s’était occupée de dresser le couvert quelques minutes avant d’aller passer sa petite robe.
Sur le chemin de la cuisine, Jonas fit une halte dans le couloir et glissa un œil vers sa douce et tendre qui mettait ses boucles d’oreilles devant le miroir de l’entrée.
Trop souvent, ceux qui découvraient leur duo pensaient que Jonas et Catherine étaient frères et sœurs. Longilignes, graciles, presque androgynes, les traits fins et le regard dur, ils ne rechignaient pas à laisser planer le doute. L’homme aimait la femme avec une indéfectible résolution. Elle et lui, ce n’était pas un couple comme tous les couples, comme ces êtres qui cohabitent un temps, qui tuent la solitude et atrophient leurs névroses dans les bras l’un de l’autre. Catherine et Jonas, c’était un fait, une vérité aussi immuable que l’écume par-dessus les vagues. Et comme il était inutile de déclamer de simples faits, il ne lui disait jamais « je t’aime ».

Tout en se déhanchant sur Vicious, premier morceau de l’album, il emplit deux verres de Sancerre. Son tablier l’attendait là, sur le dossier d’une chaise. Toutes ses préparations étaient disposées entre le frigo et la table. Il pourrait lancer les cuissons dès que Sandrine débarquerait pour raconter ses malheurs à la fière Catherine. Il portait une chemise pâle, un choix peut-être discutable en prévision d’une soirée face aux fourneaux. À cet instant, la chemise était parfaite, sans tâche. À cet instant, il était prêt.

Oh baby, you’re so vicious.

Catherine ouvrit la porte pour trouver son amie détrempée, le parapluie fermé mais dégoulinant. Sandrine avait les yeux rouges, ses joues étaient humides et la pluie n’y était pour rien.
Jonas ne pouvait entendre leur conversation. Elles chuchotaient, s’embrassaient. L’imperméable glissa au bas des épaules de leur invité pour révéler un chandail en laine couleur crème. Le genre de vêtement que Catherine réservait aux dimanches après-midis pluvieux, quand l’idée de quitter l’appartement ne l’effleurait pas. Jonas ne prit pas la peine de remonter le couloir, il attendrait près de la table et réserverait à Sandrine un sourire plus carnassier qu’accueillant.
Sans même le saluer, elle laissa échapper une remarque :
— Trois assiettes... Mais vous saviez ?
Catherine dispensa Jonas de répondre.
— On sait que c’est très compliqué, Nicolas et toi, récemment. Alors on s’est dit qu’on rajouterait finalement une assiette s’il se décidait à venir.
— J’avais dit qu’on viendrait ensemble, insista Sandrine.
Jonas observait la conversation d’un œil retors et amusé.
— Je sais, poursuivit Catherine. Mais tu vois, tu es seule.
Et Sandrine fondit en larmes, pour se confondre en excuses la seconde suivante.
— Je suis désolée, vraiment. Je... Je pensais qu’il était peut-être arrivé avant moi. Je pensais qu’il ferait l’effort.
Catherine l’enveloppa de ses bras, colla contre son pull disgracieux cette petite robe sublime. Jonas ne put s’empêcher de penser aux peluches merdiques qu’ils allaient demain devoir retirer de la tenue de sa compagne. Mais Catherine n’était déjà plus qu’empathie, compassion, chaleur.
— Ma chérie, je sais, je sais. Ça prouve une chose : tu ne peux rien attendre de lui.
Jonas voulut briser les sanglots et prit enfin la parole.
— Je te sers un verre de Sancerre.
— Je ne dois pas trop boire, Jonas.
— Un verre, tu as l’air d’en avoir besoin.

Lorsqu’il revint de la cuisine, le vin à la main, Catherine avait déjà attiré son amie sur le canapé pour finir le discours de consolation.
— Tu vas passer une bonne soirée, là, avec nous. Tu n’es pas obligée de penser à tout ça. Il faut te détendre.
Jonas tendit le verre, la regarda porter le breuvage jusqu’à ses lèvres frémissantes d’émotion et se dit que la soirée pouvait enfin commencer.
Le vin eut rapidement l’effet escompté. Les filles parlaient décoration ; l’unique représentant de la gente masculine faisant d’incessants aller-retours en cuisine pour s’assurer de la bonne progression des plats, jusqu’à crier, d’un ton de jubilation contenue :
— À table.
Sandrine prit place face à Catherine. Jonas s’assit sur le côté, décala légèrement sa chaise pour pouvoir, à loisir, caresser le genou de sa petite amie.
Il avait posé, au centre de la table, le plat qui ouvrirait les débats, une sorte d’émincé de viande mariné au soja, agrémenté de gingembre et d’une salade de graines germées. Sandrine était enfin disposée à parler d’autre chose que de l’homme qui lui tirait toutes ces larmes. Elle avait un choix invraisemblable de sujets, un océan de perspectives et elle opta pour le fait de société, la panique collective, le détail monté en épingle par tous les médias et assurément voué à l’oubli dans les jours à venir.
— Alors, je ne mange presque plus de viande. Je vais arrêter, je pense. J’ai encore vu un reportage sur la filière de la viande, la production, tout ça. C’est juste dégueulasse.
Catherine opta pour la réserve, pour le sourire policé. Sandrine se sentit ainsi confortée dans son argument.
— Le poisson, c’est pas mieux, mais je crois que, quand même, c’est plus sain. Je mange là, parce que tu l’as préparé, Jonas, et tu cuisines toujours si bien, mais franchement, je vais me passer de viande, je te le dis.
Jonas aimait laisser s’installer les silences malaisants. Et l’on entendait plus alors que le bruit des mâchoires de Sandrine, cette ennemie déclarée de la barbaque pourtant occupée à mastiquer frénétiquement le contenu de son assiette.
— Mais c’est bon, Jonas, vraiment, délicieux. Tu nous as refait un repas à thème ?
Catherine acquiesça :
— Je crois, oui.
Jonas poursuivit :
— Un thème simple : la joie d’être carnivore.
Et il partit d’un grand rire.

Lorsqu’il repartit en son temple, quelque part entre ses fourneaux, Jonas savait qu’elles allaient recommencer à parler de Nicolas, de l’amant absent. Il souleva le bouchon d’une carafe en verre, huma le Nuit-St-Georges. Il posa sur le feu une large poêle en cuivre, y lança nonchalamment un morceau de beurre. La matière grasse fondit, crépita, et des rondelles d’oignons vinrent se colorer dans le liquide jaunâtre. D’un geste expert du poignet, Jonas les faisait sauter d’avant en arrière. Il caressa un foie, entier, qui reposait sur une assiette à quelques centimètres de là. L’organe était d’un rouge très vif. Après quelques secondes, il le posa sur le lit d’oignons, inclina la poêle pour recueillir le beurre et arroser la viande tout au long de sa cuisson.
Jonas semblait bien. Il avait omis de remettre son tablier, mais sa chemise demeurait immaculée. Il dominait son sujet. Le feu, le gras, la carne étaient à sa merci, et pas une goutte de graisse ne serait projetée contre son gré.

Sandrine se vit présenter le foie. D’emblée, elle se raidit quelque peu sur sa chaise. Catherine découpa des tranches et l’on put prendre la mesure du talent du cuisinier. La pièce était rosée. La cuisson avait été admirablement maîtrisée.
— Oh, j’aurais dû vous le dire. Moi, les abats, c’est pas mon truc, vraiment, déclama la fille au grand pullover.
— Et si tu ne savais pas qu’il s’agissait d’un foie, demanda Jonas en versant une lampée de rouge.
— C’est un traumatisme d’enfance, je te jure, précisa-t-elle en souriant.
Catherine coupa, goûta, se redressa pour embrasser son homme. Elle sur-jouait quelque peu le plaisir.
— Sincèrement, c’est délicieux, chéri, vraiment.
Sandrine la regardait du coin de l’œil.
— Il faut que tu goûtes au moins. Ça n’a rien à voir avec un souvenir de cantine de l’école primaire.
Et l’invitée sentit qu’il fallait se justifier, au nom de l’amitié et de la politesse.
— Non, bien sûr, mais je le sais ! C’est sans doute délicieux.
Jonas prit son air le plus charmeur. Dans sa tête, Lou Reed revenait faire un tour. Baby, you’re so vicious. Il baissa le volume de sa voix :
— Si tu ne goûtes pas, je ne mange pas.
Bien sûr, Sandrine rompit la barrière du souvenir traumatique, porta un morceau de foie raisonnablement petit à ses lèvres, et avala, sans même une moue déplaisante. Elle aimait ça.
Jonas fit l’article de son plat.
— Je ne me fournis pas dans les filières habituelles, tu n’as pas à t’inquiéter. C’est un morceau exceptionnel. J’espère que tu aimes.
Catherine l’interrogea alors :
— Tu as utilisé le... ?
— J’ai déglacé avec le balsamique de cinquante ans qu’on a ramené de Modène, précisa le chef.
Elle se mordit la lèvre de plaisir. Sandrine enchainait les morceaux. Ses traits se détendirent, elle reprit un grand verre de Bourgogne. Les vagues tensions qui tiraillaient le petit groupe aux prémices de la soirée s’étaient enfin apaisées, et le trio put profiter d’un moment d’indolence. Sandrine aborda le sujet de son salaud adoré, avec un nouveau regard teinté d’humour.
— Finalement, c’est mieux qu’il ne soit pas venu.
— Pourquoi ? demanda Catherine
— Parce que je suis bien là, avec vous. Vous êtes mes amis. On ne peut pas parler avec lui. Mais il aurait apprécié ta cuisine, Jonas.
L’hôte ne releva pas.
— C’est un beau salopard. Vous savez qu’il est déjà parti chez elle deux fois ?
— Et revenu vers toi trois fois ? dit alors Jonas.
— C’est mon mec, je ne sais pas ce qu’elle lui fait. Il ne peut pas se la sortir de la tête. Et au bout d’un moment, je le récupère, avec ses regrets et ses larmes.
Catherine voulut tempérer :
— Ne fais pas attention à Jonas. Il réfute les concepts classiques, la fidélité, tout ça.
— C’est vrai, mon beau ? interrogea Sandrine.
— Je crois à la fidélité, je ne crois pas à l’appartenance.
Elle soupira longuement.
— Et dans les faits ?
Ses yeux allaient de Catherine à Jonas, de Jonas à Catherine.
La femme en robe noire couvait son compagnon du regard, et elle fut la première à prendre la parole.
— Il n’a personne, personne d’autre que moi.
— Et si tous les hommes étaient infidèles, Catherine ? Jonas comme les autres...
Jonas répondit avec assurance, et peut-être une pointe de fierté.
— Je ne vois et je ne veux personne d’autre que Catherine.
Sandrine jouait l’arbitre, le juge des passions.
— Tu le crois ? demanda-t-elle à son amie, soudain prise d’un frisson.
Catherine hocha longuement la tête.
— On partage tout. On partage trop. Je sais que je ne pourrai jamais la décevoir, dit Jonas en dévorant sa compagne du regard.
— Tu crois vraiment ça ? ajouta Sandrine, et une pointe de cynisme teintée de déception perçait alors dans sa voix.
Jonas se leva soudain, son verre à la main.
— Sinon, je t’assure que mes couilles seraient tranchées et servies là, au milieu de la table.
La plaisanterie déclencha chez les trois convives un grand éclat de rire.

Quand Jonas quitta à nouveau la table du dîner, ce fut pour poser sur la platine un nouveau disque.
— Fini le rock, clama-t-il. Vous en avez pas marre ?
Elles ne répondirent pas. Il leva un doigt sur les premières notes, fit volte-face au son des violons grinçants.
Sandrine l’interrogea :
— Un peu sinistre, non ?
— Danse macabre de Saint-Saëns... Sinistre ? ironisa-t-il.
— C’est dans le nom.
— Et qu’y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom, poursuivit-il, citant scrupuleusement Shakespeare.
Catherine leva les yeux au plafond. Sandrine changea de sujet :
— Bon, rassure-moi, il n’y a pas de viande au dessert ?
— Je crois qu’on en est pas encore au dessert, glissa la créature en robe noire.
Jonas emporta la carafe vide.
— Je crois que j’ai oublié de faire décanter le Montepulciano d’Abruzzo.

Il sembla aux femmes que Jonas avait disparu depuis un temps certain lorsqu’il revint dans le séjour, tenant à deux mains un plat cuivré. Il était tard, il était temps de passer au dessert, mais le chef leur présentait pourtant une viande nappée d’une sauce brune qui dégageait un fumet incroyable.
Catherine était un peu assommée, écrasée dans sa chaise, les épaules tombantes et les doigts enlacés autour du pied de son verre. Sandrine poussa un long soupir, brisé d’un vague sourire.
— J’ose à peine te demander ce que c’est.
Jonas servit le vin rouge et choisit de ne pas répondre. Sandrine se pencha sur le plat.
— Ca sent incroyablement bon. Attends... Ne me dis rien.
Catherine rit, lissa de deux doigts la joue de son amie, Sandrine, qui était alors au centre de toutes les attentions.
— Non ? T’as pas fait des rognons à cette heure-ci...
Jonas leva les yeux sur l’horloge. Il était plus de vingt-trois heures.
Catherine enchaîna avec un petit sarcasme :
— « La joie d’être carnivore »
— Ce ne sont pas exactement des rognons. Pas les rognons que tu as pu goûter, corrigea Jonas.
— Mais encore ?
Sandrine s’était reculée sur sa chaise. Elle était prise au jeu de la dégustation, de l’aventure culinaire sur un terrain qu’elle promettait de ne plus fouler quelques heures auparavant.
— Rognons blancs, lâcha le cuisinier.
— Animellles, ajouta Catherine.
— Je ne connais pas, dit Sandrine en détachant chaque mot.
Jonas emplit son assiette d’une belle portion de viande lustrée d’un jus appétissant.
Il servit sa femme, se servit enfin. Sandrine prit un petit morceau, sans le couper. Elle bougeait doucement les mâchoires. Sa langue passa sur ses lèvres et elle sourit.
— Oui, je n’avais jamais goûté ça.
Catherine fut prise d’une sorte de rire nerveux. Son regard plongea au fond de son verre.
Jonas se racla la gorge.
— Les rognons blancs, c’est aussi un abat, tu sais.
Sandrine lâcha un vague « OK » entre deux bouchées.
— En fait, ce sont des couilles, dit l’homme dans un souffle.
La fourchette de Sandrine s’immobilisa à mi-parcours.
— T’es pas sérieux ?
— Mais peu importe, Sandrine. C’est un plat très prisé en Espagne. Je l’ai servi à la manière de rognons classiques. Mais tu aimes, non ?
Sandrine hésita avant de confirmer.
— Je crois, oui.
Promenée de plat en plat par deux amis qui avaient à cœur de lui faire plaisir et de la surprendre, elle sentit qu’il était temps de rendre justice à ses hôtes.
— Non, mais oui, vraiment, Jonas. C’est super bon, et je t’assure, contre toute attente, j’aime vraiment. Vraiment !
Jonas et Catherine échangèrent un regard. Le repas se poursuivit quelques instants dans le silence. Ce n’était pas un de ces silences inconfortables que les convives voudraient briser d’un mot malhabile. C’était un silence apaisé et juste.
Il fut rompu par le son métallique d’une fourchette tombée sur le bord d’une assiette. Jonas tourna les yeux vers Sandrine. La jeune femme était alors plus pâle que son pullover. Son regard, vitreux, était focalisé sur un objet détourné vers le coin de l’assiette. Elle le fit bouger de ses doigts, pour le débarrasser de la sauce. Sa mâchoire pendait quelque peu, sa chaise crissa sous l’effet des spasmes qui agitaient ses jambes. Catherine prononça son nom, de la voix la plus douce qui soit.
— Sandrine ?
Jonas se pencha vers l’assiette de son invité.
— Ah merde...
Catherine était seule à ne pas comprendre. Jonas éclaira sa lanterne d’une phrase toutefois énigmatique.
— Ma faute. J’ai fait une bêtise. Elle a trouvé la fève.
Et il rit. Sandrine tenait alors entre ses doigts un morceau de métal arrondi qu’elle levait à la lumière d’une petite lampe. Catherine interrogeait son homme. Ils conversaient tous deux comme si Sandrine les avait quittés.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Je ne sais pas comment ça a pu se glisser là. C’est un Hafada.
— Un Hafada ? demanda la créature en robe noire visiblement intriguée.
— C’est un piercing. Il avait un piercing, précisa Jonas d’un ton badin.
— Aux ?
— Oui, aux couilles. J’ai été le premier surpris. Tu ne savais pas qu’on appelait un piercing aux bourses un Hafada ?
Sandrine parut les rejoindre enfin. Elle balbutiait et sa voix était ridiculement aiguë.
— C’est le... de Nicolas.
— Oui, dit Jonas d’une voix enjoué. Sérieusement, la première fois que tu as vu qu’il avait un piercing aux couilles, t’as dû te poser des questions, non ?
Et Sandrine posa sur Jonas un regard qui conjuguait terreur et dégoût.
— C’est le piercing de mon mec.
— Ce sont les couilles de ton mec, donc...
Sandrine recula sa chaise, lâcha l’objet, bascula en arrière. Elle se releva d’un bond. La crise de nerfs affleurait sous sa voix.
— On a bouffé les couilles de mon mec ?
Catherine se leva pour passer une main compatissante dans son dos.
— Le reste aussi. On ne te disait rien, on ne voulait pas que tu réagisses comme ça.
Et Sandrine vit, dans le regard de son amie, la banalité de l’horreur. Catherine savait, Catherine se régalait des monstruosités concoctées par Jonas.
— Non. Non, non, répéta Sandrine en refusant la main tendue, en plaquant son dos contre un mur.
Et elle se cambra brusquement pour vomir sur le sol, sur l’étagère, sur la collection de vinyles de Jonas. Ce dernier se leva d’un bond, révolté.
— Ah merde, non. Putain, mais fais gaffe ! Catherine ! Fais quelque chose.
Sandrine rendait toujours. Elle pleurait aussi. Catherine se détourna d’elle pour accuser son amoureux.
— Mais c’est ta faute, tu aurais dû faire attention. C’est un truc en métal, ça ne passe pas inaperçu.
— Et je n’ai pas droit à l’erreur, peut-être ? J’ai passé l’après-midi à préparer ça, je te trouve injuste !
— Mais comprends-la un peu, alors...
Catherine sembla alors véritablement concernée par le malaise de son amie. Sandrine leva les yeux pour observer ce couple monstrueux affectant la normalité. Ses jambes l’abandonnaient et elle tomba à genoux sur le tapis souillé. Aucun son ne passait plus le cap de ses lèvres. Catherine, tira sur sa robe avant de plier les genoux pour s’approcher de cette chose fragile, de cette femme brisée au centre de son séjour.
— Sandrine, c’était un salaud. On l’a invité un peu plus tôt. Jonas a eu l’idée de te libérer de cette relation. C’est amusant, non ?
Dans un demi-sourire, elle semblait penser les mots qu’elle proférait alors.
Jonas s’offusquait en grimaçant de la gerbe répandue sur ses disques. Sandrine était alors incapable de le quitter des yeux. Elle voyait bien plus qu’un hôte contrarié. Elle se représentait un couteau de cuisine, plongé dans les entrailles de Nicolas pour lui arracher son foie et son cœur. Elle visualisait la feuille de boucher venue trancher les couilles de sa moitié.
Jonas sembla se calmer. Il dit à Catherine :
— Elle a pas l’air bien, quand même. Je propose qu’on la garde ici, du coup. Non ?

PRIX

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Philshycat · il y a
Très fort !!
Mes textes en lice.
L'avenir de la justice :http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/reecriture
Portrait tragique :http://short-edition.com/oeuvre/poetik/jocaste

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Maryline Monteil · il y a
Carnassier, incisif et subtil à la fois ! Tout ce que j'aime... . Je me suis "régalée", merci !
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Malau.j · il y a
Goûtu et appétissant à souhaits ! Je me suis délectée de ces bons vins et de ces mets délicieux comblée par le Vicious de Lou Reed... quand j'ai compris, j'ai ravalé ma salive ! Excellent, je me suis régalée !!!
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Denis Lepine · il y a
un drôle de repas, j'ai voté, je vous invite à découvrir mon texte de chanson: 'dans mon cahier' sur: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/dans-mon-cahier
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Claudine Vautrelle · il y a
DECAPANT !
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Br'rn · il y a
Hop hop hop, je vais relire avec beaucoup d'attention les dernières invitations qui s'accumulent sur la petite table à l'entrée du vestibule, des fois que nous ayons des amis communs... Très drôle le coup du piercing !
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Keith Simmonds · il y a
Bon récit bien raconté! Mon vote!
Mes deux œuvres, ÉTÉ EN FLAMMES et BAL POPULAIRE, sont en lice
pour le Grand Prix Été 2016. Je vous invite à venir les soutenir si le cœur
vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire

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