Une Belle journée

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Une Belle Journée

Par cette si belle journée du 24 février, j’étais assis sur un banc, à l’est de la capitale, dans ce très beau jardin qui est le Jardin des Plantes. Le soleil resplendissait. Des enfants s’amusaient. Ils semblaient si libres et heureux. Sous le chant des oiseaux, je dégustais mon repas comme jamais. Mais très vite, j’ai senti une présence froide, du côté de mon épaule droite. J’ai tourné la tête. Et que vis-je ?
Il était là. Devant moi. Le buste bombé. Fier comme un chef d’une armée, observant ses troupes une dernière fois, avant l’assaut final. Habillé de sa robe noire, de la tête aux pieds, du regard à son cœur et de l’ombre à son âme. Il portait cette couleur. La couleur des ténèbres. La couleur de l’éternel à l’infini, de la solitude à l’oubli. C’était un Corvus Corax.
Je veux bien sûr parler du Grand Corbeau : Maître Corbeau.

Maître Corbeau, sur mon banc perché, me lançait un regard de rage,
Moi Simon, le cœur affamé, vis soudain le ciel bleu devenir orage.

Symbole de Victoire chez les Vikings. De Guerre chez les Celtes. De l’oiseau blanc, déchu, puis, devenu noir pour les Grecs. Il a été de tout temps, l’Oiseau de la dernière Heure. Personne ne l’aime, mais tout le monde le respecte, comme l’on respecte un homme qui tien un sabre entre ses main, prêt à vous trancher la gorge. Doué d’une extrême intelligence, il est le Roi, il est l’Ange Noir gouvernant le Ciel.

Il était là. Me fixant du regard. Ce regard qui vous pénètre jusqu’à l’abîme de votre âme, dévoilant ainsi vos mensonges et vos plus sombres secrets, révélant la petitesse de votre espèce.
En un clin d’œil, le ciel s’assombrit. Je regardai en l’air, et vis des dizaines de ses disciples, tournoyer dans le ciel cachant la lumière du soleil. Ils tournaient et continuaient de tourner, encore et encore, comme les aiguilles d’une pendule sans fin. Jusqu’à ce que, l’un, des volatiles se retira du cercle et vint se poser à quelques pieds des miens. C’était un éclaireur. Envoyé pour prendre les premières informations, élaborer le terrain, tenter une approche, des intimidations sournoises au départ, puis direct par la suite, avant une attaque frontale et sans pitié. Mon cœur commençait à prendre du rythme. Qui donc, ne l’aurait pas été.
Je tentai de le soudoyer avec un morceau de pain sec. Il s’approcha devant moi, prit le morceau de pain, et, d’un coup de bec, l’éclata avec rage et arrogance. Je lui lançai un deuxième : il fît de même la seconde fois.

Un croassement se fit entendre dans l’air.

Le Cercle Céleste s’arrêta de tourner. Venus un par un, rejoindre en piqué, l’éclaireur et leur Roi. Ils se posèrent tous devant moi. Ils n’étaient plus seulement une dizaine, mais des centaines. Des centaines ! Que dis-je ? Des milliers. Il y en avait partout : devant, derrière, sur les arbres, en l’air, sur le sol, sur l’herbe... Ecrasant ces fleurs d’hivers, pour laisser place à la noirceur de leur cœur.
Depuis fort longtemps, la lumière du soleil avait disparu sous l’épaisse couche sombre, ténébreuse, qu’avaient apportée chacune de ces Ombres. La gaîté, la liberté et la joie ont laissé place à un silence de tombeau.
Plus aucun bruit, plus personne. J’étais seul, face à cette armée, attendant le signal d’attaque de leur Roi. Ils n’osaient même plus bouger une once de leurs ailes.

Ils attendent...Ils attendent...Ils attendent...

Le Maître cligna du regard. C’est le signal d’attaque. Quatre d’entre eux qui patientaient, en haut d’un vieux chêne mort, s’envolèrent en ma direction. Deux venant sur ma droite, deux venants sur ma gauche. Je les esquivai de justesse.
L’éclaireur commença à croasser. Il croassait de plus en plus fort. Suivi d’un deuxième, d’un troisième...d’un dixième... Au bout de quelques instants, c’était l’armée entière qui criait. Ils étaient autour de moi, m’encerclant et se rapprochant, tout en CRIANT !
Mon cœur voulait sortir de mon corps-Mon corps voulait sortir de mon âme.

Tout à coup, sorti de nulle part, un garçon apparut. Un petit homme, au cœur vaillant, à tenté de venir à mon secours. C’était perdu d’avance. Il s’élança vers l’Assemblée, criant sa peur et son courage de toutes ses forces. L’armée se leva une fois. Petit-homme fait demi-tour et il s’élance de nouveau. L’armée se leva une seconde fois. Un des soldats tourna la tête en direction de son Maître. Il lui intima l’ordre de faire fuir Petit-homme sans le tuer. Le soldat s’élança dans sa direction, et un simple petit coup d’aile suffit à mouiller le regard de Petit-homme qui alla trouver protection auprès de sa génitrice.

Les Oiseaux se concentrèrent à nouveau sur moi.

Mais, un autre homme sortit lui aussi de nulle part. A l’allure exécrable, la démarche boiteuse, le dos courbé, le regard vide et les lèvres déchiquetées. Sans aucun doute, il était de leur côté. Le traître. De son immonde cape, il sortit un sac de grains qu’il s’empressa de leur lancer. Il était là pour les rassasier. Ils sautèrent tous sur la nourriture. Un traître, voyais-je au départ, mais j’étais loin d’imaginer la souffrance et la tragédie qu’allait endurer ce sinistre personnage. L’homme se coucha devant moi, sur le sol humide et glacial. Avec sa main droite, il sortit un second sac, qu’il versa cette fois-ci, directement sur lui-même, tout le long de son corps. Les Oiseaux sautèrent sur lui. Ils le dévorèrent. Lui. Ils lui déchiquetèrent le visage, la peau, le corps. Ils lui arrachèrent le regard. Et dans un dernier souffle de voix, il me lança : «  Fuis...fuis mon ami ».

Au moment où j’ai eu le courage, de fuir, le Maître donna l’alerte. Dix venant de face, dix venant par derrière, m’ont obligé à me rassoir.
Ils recommencèrent à crier. Ils criaient ! TOUS ! Ils tournaient autour de moi. Comment était-ce ? Je sentais la froideur s’emparer de mon corps et de mon esprit. C’est la fin.
De la Terre au Ciel, on percevait plus que leurs CRIS. Avec leurs pattes, il faisaient résonner la Terre comme des tambours. Et du son de ces tambours, ils dansaient autour de moi, comme on danse autour d’un arbre. D’un arbre qui brûle.

Maître Corbeau qui est, là. Toujours perché sur mon banc. Me fixe avec ce regard. Sans pitié, sans haine et sans amour, fait un pas en arrière. Il prend son élan. Et il vient avec les lames de sa bouche, m’embrasser au cou. Il me donne un long baiser. Les Oiseaux s’arrêtent de crier et de danser... Le silence revient sur cette place. Je râle. Je râle comme une misérable bête qu’on achève. C’est l’âme qui se bat. L’âme, ou jadis s’est battu pour ne pas rentrer dans ce corps, de peur de perdre sa liberté. Désormais elle se bat, pour ne pas sortir de ce même corps, de peur de retrouver sa liberté.
Une larme s’échappe.
Au regard sage, Maître Corbeau, sort de mes entrailles. M’offrant un baiser rouge. Rouge flamboyant. Dégoulinant le long de mon corps. Je ne sens plus rien, si ce n’est, qu’une légère brise, qui vient vous susurrer à l’oreille qu’il est temps de partir...
Au moment où mon esprit commençait à se détendre, j’ouvris les yeux brusquement. Mon cœur se remit à virevolter. « Où suis-je ? » Pensais-je. Ma respiration devenue trépidante, je rattrapai mon âme.

Où suis-je ?

J’étais là, sur ce même banc, je regardais autour de moi. Le soleil resplendissait. Des enfants jouaient dans ce très beau jardin. Je reconnus Petit-Homme parmi ces âmes innocentes. Et au loin, le marginal, donnant quelques graines à des mésanges.
Je scrutais le moindre recoin de ce jardin, mais pas une seule Ombre n’était présente.
Retrouvant la paix et le sourire, je m’assoupis sur ce banc, par cette si belle journée du 24 février.
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