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Une belle histoire

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Une belle histoire




Pour canaliser l’exubérance de ses petits enfants, au cours d’un après midi pluvieux, un grand père leur proposa de leurs raconter une histoire vraie. Des cris de joie saluèrent cette idée. Pendant que les trois enfants s’installaient sur le canapé du salon, devant la cheminée, le grand-père prit place dans son fauteuil préféré.
Les trois petits... Quentin 8 ans, Marc 6 ans et la dernière Lola 4 ans étaient là pour quelques jours pendant les vacances pour laisser,aussi, les parents souffler un peu.
– Alors papy... Tu commences, dit Quentin.
– C’est vrai, c’est long... ajouta Lola.
– Je vais vous raconter, mais je ne veux pas être interrompu !
– C’est quoi comme histoire.
– Chut ! Laissez moi me concentrer !
– C’est quoi se concentrer ? demanda Marc.
– Réfléchir ! reprit le grand père. Il faut que les souvenirs reviennent.
– C’était il y a longtemps, papy ?
– Quentin ! J’ai dit chût, répondit-il à l’aîné. Ne fais pas cette tête là, laisse moi raconter .
– Oui, papy.
– Donc , je commence.
– Papy, demanda Lola, c’est long ton histoire.
– Tu verras... Maintenant si ça ne te plaît pas, tu peux aller jouer avec tes poupées.
– Non, répondit-elle. Je reste. Je veux savoir.
– Bon, quand j’avais votre âge, il y a bien longtemps...
– L’âge de qui ? Questionna Quentin.
– Quoi de qui ?
– Ben oui, on est trois et on n’a pas le même âge...
– Peu importe, reprit le grand père qui commençait à s’énerver. Laissez moi raconter ! Donc quand j’avais la moyenne de vos trois âge, c’est à dire quand j’étais petit, j’étais très malade.
– Tu avais quoi ? dit Lola.
– Une sale maladie, des problèmes de croissance.
– Tu étais mort ? Demanda Marc.
– Mais non ! Mais il me fallait rester au lit tout le temps.
– Chouette, s’exclama Quentin.
– Oh non, mon pauvre enfant... Je reprends. J’étais handicapé et je devais être toujours allongé. De temps en temps pour me changer de ma chambre de malade, mes parents m’envoyaient à la campagne chez mes grands parents à moi !
– On les connaît ?
– Non, Marc, c’était il y a longtemps. Ils sont morts depuis. Mais moi j’aimais beaucoup aller chez eux. Ils étaient très gentils avec moi et je les adorais. C’était comme des vacances. J’avais une belle chambre au premier étage et en me soulevant un peu je voyais la campagne, un peu du village voisin et surtout le jardin de mon pépé.
– Il était grand comment ? Le jardin, pas ton pépé !
– Y avait des animaux ?
– Comment tu mangeais ? Dans ton lit ?
– Tu étais tout seul ?
– Y avait des ours ? demanda Lola.
– Laissez-moi finir mon histoire. Les questions seront pour plus tard ! Le terrain était très vaste, tout entouré de grands arbres. Devant la maison il y avait aussi une belle pelouse et dans un coin on apercevait un potager où poussaient de bons légumes.
– Des carottes ? Bah, déclara Lola.
– Oui des carottes, des salades, des radis. Mais il y avait aussi vous savez quoi ? Ajouta le grand-père.
– Non ! Répondirent les trois enfants d’une même voix.
– Des nains ! Des nains de jardin. Vous connaissez ces petits personnages...
Les enfants regardèrent leur papy fixement, la bouche ouverte. Le silence dura quelques secondes, puis les questions explosèrent.
– Calmez-vous ! Oui, il y avait beaucoup de nains. C’était rare à l’époque. Il y en avait des grands, des petits,des moyens. En plastique, en faïence, en bois, en plâtre. Certains jouaient d’instruments de musiques, d’autres étaient allongés, la plupart étaient souriants. Mais il y en avait qui me faisait peur car ils avaient l’air méchant. Et tout ça mettait de la couleur au milieu des légumes et sur les parterres de fleurs. Les plus beaux étaient exposés au centre de la pelouse et semblaient danser autour du faux puits. Mes grands parents adoraient les nains de jardins, ils les appelaient les pensionnaires.
– Et toi, tu les aimais aussi, demande Marc.
– J’étais pas habitué. Chez nous, à la ville, il n’y en avait pas. Mais je trouvais ça rigolo et cela faisait partie des vacances. J’adorai ma mémé, elle était très gentille et très patiente avec moi. Elle restait des après-midi entier à coté de mon lit. Elle lisait, me donnait à boire, de temps en temps elle restait dans la cuisine pour faire des gâteaux. Quelquefois, je faisais semblant de dormir et je la voyais pleurer.
– Pourquoi elle pleurait ? Demanda Quentin.
– Parce qu ’elle était triste de me voir comme ça, elle aurait préféré me voir courir dans le jardin avec des copains. Mais malgré ma maladie, j’étais au paradis. Le matin je l’entendais monter avec le plateau du petit déjeuner car la petite cuillère tintait dans le bol. Je m’enfonçais alors dans mon lit, sous les draps, et j’attendais.
– Tu restais souvent à la campagne, dit Quentin.
– Quelquefois un long WE, souvent deux ou trois semaines, surtout l’été. Mais j’avais besoin de soins et chaque fois il fallait changer d’infirmière. C’était pas marrant !
– Tu avais mal ? s’inquiéta Lola.
– Oui, souvent, mais j’avais un bon docteur et de bons médicaments.
– Tu avais mal où, papy ?
– Mon petit Marc, j’avais mal partout, surtout dans les jambes et dans le dos.
– Pas cool !
– Je reprends mon histoire. Ce sera plus gaie que de parler de maladie. Donc comme je vous le disais, mes grands-parents adoraient les nains de jardins.
– Tu l’as déjà dit... affirma Lola
– Chut ! Un soir d’été, il faisait encore chaud et ma mémé avait laissé la fenêtre de ma chambre ouverte. Juste après mon repas, il commençait à faire nuit et ma grand mère s’affairait autour de moi. Elle mettait de l’ordre et moi je lisais une bande dessinée. Soudain j’entendis de la musique.
– Mémé, tu entends ? Demandais-je.
Celle-ci se retourna et d’un air un peu bizarre, elle me répondit :
– Oui, j’entends. C’est drôle cette musique en pleine nuit. Que se passe-t-il donc? Il doit y avoir une fête au village...
– C’est dehors ?
– Mais non ! Écoute, ça vient du jardin !
– S’il te plaît, mémé, regarde par la fenêtre et dit moi.
– Ça alors, me dit elle, il y a de la lumière dans tout le jardin... Comme des guirlandes à Noël.
– Raconte moi...
– Non, je vais te soulever et je mettrai un coussin derrière toi, ainsi tu pourras voir de ton lit.
Aussitôt dit , aussitôt fait. Je me retrouvais à la hauteur de la fenêtre avec une vue plongeante sur le jardin. Et là ! Et là...Les trois petits enfants étaient suspendus à mes lèvres.
– Alors papy, continu...
– Je vis les nains se redresser lentement, un par un, et devenir plus grands . Une fois debout ils se mirent à danser sur place au son de la musique. Puis ils se rejoignirent et dansèrent en couples. Je reconnus Blanche-neige. A la fin, ils formèrent une grande ronde et à ma grande stupeur, je vis s’avancer l’épouvantail. Ses bras faisaient de grands moulinets et il perdait un peu de paille à chaque mouvement.
– J’ai peur, dit Marc.
– Moi aussi, ajouta Lola.
– Il ne faut pas avoir peur! S’exclama le grand-père en souriant. Les danseurs s’écartèrent pour laisser passer l’épouvantail qui prît aussitôt position au centre de la ronde. La musique devint plus forte, les nains tournèrent de plus en plus vite et les lumières se mirent à clignoter. Je ne respirais plus tant j’étais comme dans un rêve. Je regardais ma mémé, elle me souriait.
– Mais où est pépé, demandais-je soudain.
– Je ne sais pas. IL doit être à l’atelier en train de réparer la tondeuse. Elle était en panne.
– Tu crois qu’il voit ça ?
– Il a du entendre la musique et sortir de son cabanon .
– Quel dommage qu’il ne soit pas là . On lui racontera...
– Oui, me répondit-elle, ça lui fera plaisir que tu sois heureux.
Au bout de quelques minutes, les lumières commencèrent à baisser et la musique s’adoucit pour ne plus être qu’un murmure. Les nains se séparèrent alors comme à regret, avec des gestes lents ils reprirent leurs places au milieu des fleurs et des légumes. En dernier resta l’épouvantail qui fit une grande révérence avec son chapeau au même instant où les lumières s’éteignirent complètement. C’était terminé. Ma mémé m’aida à m’allonger
– C’est fini ton histoire, demanda Quentin.C’était bien ! Ça m’a plu !
– Moi aussi, ajouta Lola. Surtout le pouvantail !
– Non, ce n’est pas fini. Je dormi très bien cette nuit là, avec de belles images dans ma tête. Ma mémé est restée longtemps avec moi après, elle me tenait la main et je n’avais pas envie qu ’elle me lâche. Le lendemain matin, mon pépé est monté me voir et je lui ai raconté cette merveilleuse soirée. Il m’expliqua qu’il avait tout vu depuis l’atelier mais qu’il ne voulait pas déranger les danseurs en passant au milieu. Et là, il me vint une idée.
– C’était quoi ton idée.
– Je vais te le dire Quentin. Je demandais à mon pépé si le lendemain il voulait bien me porter sur son dos et m’emmener dans le jardin voir les nains de prés. Je les avais déjà vu souvent mais à présent l’idée que je m’en faisais avait été bouleversée par le spectacle. Mon grand père eut un moment d’hésitation, puis il me fit jurer de ne le dire à personne, surtout pas à l’infirmière et à mes parents.

Et me voilà au milieu du jardin parmi les nains. La plupart étaient souriants, joyeux, d’autres au contraire étaient grimaçants, laids. Je fus un peu déçu tant ils me paraissaient petits. Je demandais à mon pépé de me faire voir l’épouvantail et là aussi le charme fut rompu ? Ses vêtements étaient dispersés dans l’herbe et la paille en tas à coté du grand chapeau. Mon grand-père comprit ma déception et me réconforta en me rappelant ma joie de la soirée précédente. Il me ramena dans ma chambre.
– C’est fini ?
– Mais non enfin ! Je vous le dirai. Il reste le meilleur pour la fin.
– Alors on attend, papy, déclara Quentin.
– Quelques jours après, la veille du Week-end où mes parents devaient venir me chercher, je perçus un grand remue ménage dans le salon du rez de chaussée. Il y avait du monde et l’ambiance me semblait joyeuse. Puis j’entendis des pas dans l’escalier. Beaucoup de pas et des gens qui parlaient et riaient à la fois. Et là, à la suite de ma grand-mère arrivèrent des enfants. Sept pour être précis. Cinq garçons et deux filles. Mon grand-père fermait la marche. C’était la première fois que je voyais autant de monde autour de moi.
– Tu les connaissais ? Demanda Quentin.
– Oui ,je reconnus les enfants de plusieurs maisons voisines et je me demandais ce qu’ils faisaient là tous ensemble. Ils avaient l’air tout intimidé. Moi aussi . Je m’étais enfoncé sous les draps jusqu’au yeux.
– Hé bien, me dit ma grand-mère, tu ne leurs dis pas bonjour ?
– Bonjour, répondis-je avec quelques difficultés.
– Bonjour, reprirent-ils tous ensemble.
– Tu peux aussi leur dire merci, ajouta mon pépé.
Pendant quelques secondes , je me demandais pourquoi il me disait ça. Et d’un coup je compris, et je me mis à pleurer. C ’étaient eux les nains de la soirée. C’étaient eux qui avait fait le magnifique spectacle. Je n’en revenais pas, j’ étais abasourdi, vous vous rendez compte, un spectacle pour moi tout seul.
Et là ce fut une grande joie et des embrassades. Tous me parlaient à la fois, et j’arrivais tout de même à comprendre. C’était mon pépé qui avait imaginé tout ça et qui en avait parlé aux voisins. Les mères avaient cousu les costumes et les pères avaient aidé mon grand-père pour l’ éclairage et la musique. Ma grand-mère imposa le silence.
– Tu peux dire merci aussi à ton grand-père pour son rôle déguisé en épouvantail.
– Je me remis à pleurer. C’était trop d’émotions.
– C’est une belle histoire, me dit Quentin. Surtout si elle est vraie.
– Elle est véridique. Tu demanderas à ta mamy ... elle était là. C’est comme ça qu’on s’est connus et que nous ne nous sommes plus quittés.
– Papy, j’ai pas tout compris, ajouta Marc
– Moi non plus, c’est fini ?
– Non Lola, mais c’est presque fini. Pendant que je bavardais dans ma chambre, avec les enfants, il y eut un grand bruit au dehors. Des gens parlaient fort, criaient juste sous ma fenêtre. Ma mémé me souleva et me cala le dos avec un oreiller. En me penchant je vis tous les voisins, les parents des enfants, me faire de grands signes. Je répondis d’un geste de la main, mais l’émotion était trop forte. J’étais épuisé.
Ma grand-mère fit comprendre aux enfants qu’il fallait me laisser reposer et tous descendirent lentement en parlant à voix basse.
Voilà les petits ! Je n’ai jamais oublié ce jours là. Il est resté gravé dans ma mémoire comme un merveilleux souvenir et j’avais plein de copains que j’aimais retrouver aux vacances lorsque je fus guéri. Je passais alors des journées de rêves !
– Tu as eu de la chance, me dit Quentin.
– Je ne sais pas si l’on peut appeler ça de la chance car je souffrais beaucoup... Mais c’était le bon temps.
– Tu seras plus malade ? s ’exclama Lola.
– Ça... c’est une autre histoire, Vient plutôt me faire un gros bisous !



F I N
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Image de Marie
Marie · il y a
Adorable !
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Merlin28 · il y a
Je me suis retrouvée assise avec les trois enfants.... merci pour ce moment très touchant
Quentin si le coeur vous en dit allez lire ma balade entre deux mondes au nord de l'eau qui est en finale

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Quentin Saint Roman · il y a
Merci pour ce commentaire fort sympathique.... Je vais aller vous lire. QSR
·
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Abi Allano · il y a
Un histoire toute mignonne, une transmission de souvenirs touchante. Bravo.
·

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