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Une béatitude machiavélique

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Donia Mossaad

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Toute histoire commence un jour, quelque part, dans une ville anonyme. Notre ville se donne sur la mer dont les gens mènent une vie monotone. Dans cette mer, un bateau de commerce dont figurent le personnel navigant et le capitaine prend la mer. La vue de la mer glauque, du sable coquillier et des maisons lointaines qui se disparaissent graduellement procure la joie du spectateur et laissent celui-ci goûter une paix profonde.
Après avoir passé des heures éprouvant de l’ennui, un des navigateurs aperçoit un écueil qui risque de briser le navire et fait avertir le reste du personnel. Un son harmonieux règne abruptement le large.
« Je suis lasse de vivre seule.
Viens siroter une tasse de tilleul
Avec cette femme veule.
Ne t’intéresses-tu pas aux sentiments de cette femme.
Pourquoi cette dureté d’âme ?

Le temps fuit.
Errons jusqu’au bout de la nuit.
Ton amour est une lueur d’espoir.
Ta présence auprès de moi est ma seule gloire. »
Ces vers sont chantés par la sirène d’une voix câline en cajolant son corps velouté pour aiguiser les sens des navigateurs. Cette sirène, aux cheveux blonds longs, aux yeux bleus, aux lèvres épaisses, à la chair laiteuse et à la queue couverte d’écailles dorées est d’une beauté à couper le souffle. Les contours du corps de cette créature rondelette manifestent la douceur et, de surcroît, son corps va de pair avec les vagues courbes de la mer. Cet être délicieux, sans rival, suscite la jalousie des autres sirènes. En entendant ce chant mélodieux et en remarquant la vénusté et les rondeurs de son corps, les marins, hypnotisés, se rincent l’œil et sautent du bateau afin d’atteindre l’écueil de la sirène. Cette créature enchanteresse tire vanité de l’acuité de sa beauté et savoure la victoire en voyant les hommes qui l’entourent. Son chant mortel conduit à la disparition tragique des marins. Brusquement, elle remarque un homme, immobile comme une statue qui ne lui accorde aucune importance. Par conséquent, elle s’efforce d’hausser sa voix pour qu’il puisse entendre son chant, mais en vain. Elle se pose maintes questions : « Comment ce marin a-t-il pu résister à mon charme ? Est-il aveugle ? Les accents magiques de mon chant ne lui plaisent pas ? Remplit-il ses oreilles de cire, comme Orphée dans la mythologie grecque, de sorte qu’il n’entende pas mon chant ? Est-il peut-être sourd ? ». Questions demeurent sans aucune réponse. La sirène, à bout de nerf, se sent humiliée devant les autres sirènes et s’éloigne promptement.
Le temps s’écoule et la scène se répète à maintes reprises. Le même bateau s’embarque devant l’écueil de la sirène dont la séduction puissante s’exhale et la réaction du jeune marin demeure toujours la même : l’indifférence totale. Le jour d’après, la sirène déploie tous ses efforts pour le séduire mais toutes ses tentatives sont vouées à l’échec. Face à la réaction de l’homme, elle commence à perdre confiance en elle-même et veut déchiffrer le mystère qui enveloppe cet homme bizarre.
Puisque la vengeance est un plat qui se mange froid, la sirène décide de tramer un complot pour séduire ce marin nonchalant. Un jour, des vagues scélérates se déferlent et une tempête se lève subitement. Ces vagues et cette tempête ne sont pas le fait du hasard. C’est la sirène, en remuant sa queue de poisson de toutes ses forces, qui est à l’origine de ces énormes vagues. Quant à la tempête, Anémoi, dieu des vents, devient l’adjoint de la sirène dans ce complot et une tempête fait rage. A la réunion de la divinité de la mer avec celle du vent, le bateau ne s’attarde pas à s’écouler et les navigateurs font naufrage. Elle feint la vertu tout en jouant le rôle du sauveur. En voyant Jean à l’article de la mort, elle fait preuve d’un héroïsme sublime et le sauve. Le jeune marin est sujet aux évanouissements pour deux jours. En ouvrant ses yeux, Jean contemple tranquillement l’harmonie du visage de la sirène en disant :
-Où suis-je ?
-Tu es au bord de la mer, affirme la sirène. Est-ce que tu es en bonne santé ? J’ai pansé ta plaie à l’aide des algues marines.
-Je vous dois un grand merci.
Jean était ému en voyant la mer jonchée des cadavres de ses copains et ses larmes coulent.
-Toutes mes condoléances. Malheureusement, je n’ai pas su sauver vos collègues, dit-elle en larmoyant.
Devant cette scène cauchemardesque, elle lui dit : « N’as pas-tu remarqué la beauté de mon corps et mon chant mélodieux ? Il n’y a personne qui a succombé à mes tentatives à l’exception de toi. Je n’arrive pas à croire l’excentricité de ton caractère ».
- Je suis misogyne. Toutes les femmes sont cruelles et traîtresses. Mon histoire d’amour est une preuve de cette réalité amère.
- Raconte-moi, je vous en supplie, rassasie ma curiosité.
- Depuis deux ans, j’ai aimé une fille nommée Sophia pour laquelle j’avais un coup de foudre. Un jour, je lui ai déclaré mon amour. En entendant ma déclaration, elle bondissait de surprise et sa joie atteignait son paroxysme. Nous avons vécu un grand amour. Nous avons formé un couple bien assorti. Après un an, j’ai décidé de demander sa main. Sophia a sangloté de joie et a accepté ma demande. Un jour, nous sommes allés au bal. Après une heure du commencement de la fête, apparaît un jeune homme vêtu d’une veste de costume et d’un chapeau à bords roulés, c’était le gentilhomme François Ramon. Toutes les femmes y comprises ma bien-aimée le lorgnent depuis son arrivée. Cet homme était ébloui par l’intensité de la beauté de Sophia. Depuis son arrivée, il ne cesse pas d’adresser des sourires à Sophia et ne s’attarde pas à l’inviter à danser. Le lendemain, elle m’a rencontré et elle portait une robe somptueuse et un collier de diamants et elle m’a dit qu’elle est devenue une des maîtresses de François. J’ai compris qu’elle s’est cédée à lui en contrepartie les bijoux qu’il lui a offerts. Je lui ai supplié de rester avec moi. Elle m’a dit d’un ton grave : « Tu es un fou à lier, c’est un homme qui a du bien au soleil ». Voilà pourquoi je t’ai dit le proverbe tout ce qui brille n'est pas or. La morale de cette histoire est que la beauté de la femme ne réside pas dans son aspect physique mais dans la noblesse de son âme et de son caractère.
- Je ne te partage pas le même point de vue à propos des femmes. Toutes les femmes ne sont pas trompeuses. Il n'y a pas de règle sans exception.
- Détenez-vous. Je vous vois le lendemain.
Après avoir parlé avec Jean, la sirène se recroqueville sur elle-même tout et se souvient de l’inquiétude de Jean à cause de la trahison de la bien-aimée. La sirène monologue tout haut : Est-ce que l’amour sincère existe vraiment ? Est-il une force ou une faiblesse ? Pourquoi je ressens de la pitié envers lui ? Je l’aime ? Non, ce n’est pas permis. Je suis une sirène. La méchanceté et la ruse constituent les traits attribués à n’importe quelle sirène. Pourquoi je ne l’aime pas ? Je suis une femme et j’ai le droit d’aimer et d’être aimée. Mais ça ne sera pas un amour partagé.
Le lendemain, la sirène attend Jean au bord de la mer, mais il n’est pas venu. Le jour d’après, l’attente longue a été anxieuse. Les jours filent comme l’écoulement de l’eau. La sirène décide donc d’aller à la sorcière pour l’aider à voir Jean et à connaître son adresse. La sorcière a accepté d’aider la sirène en échange d’accomplir quatre missions. En premier lieu, la sirène recueillera de millions de perles de Tahiti des huîtres d'eau de mer dans deux jours. En deuxième lieu, elle lui apprend son chant séducteur et à jouer de la lyre et de la flûte. En troisième lieu, elle veut devenir la propriétaire du miroir magique qui prédit l’avenir et du tapis volant qu’elle utilise comme moyen de transport aérien. En dernier lieu, elle veut devenir la dominatrice de la partie nord de la mer. La sirène accorde, en hésitant, son consentement et elle concède ses privilèges et exécute les missions qui lui sont conférées dans le délai fixé. Par conséquent, la sorcière tient sa promesse et, à l’aide de la baguette magique de celle-ci, la sirène ne s’attarde pas à devenir une jeune fille pour une semaine. Lorsque la jeune fille est rentrée chez lui, elle a trouvé Jean alité, d’une pâleur cireuse. Ce dernier saigne abondamment et n’arrive même pas à changer son pansement. Elle prend soin de lui : elle change son pansement, lui donne le médicament et cuisine des plats succulents. Après une semaine, Jean retrouve sa santé, d’une part, et la fille se transforme en sirène, d’autre part.
Le huitième jour, après la destruction du bateau, le héros commence à construire un radeau afin de lui faciliter la rencontre avec la sirène. Après l’avoir remarquée coiffant ses cheveux à l’aide d’une fourchette, il s’assoit auprès d’elle sur l’écueil face-à-face, les yeux dans les yeux et il lui pose un baiser sur sa bouche en disant : « Je t’aime de tout mon cœur. Tu as changé mon point de vue sur les femmes. Tu as raison : il n'y a pas de règle sans exception. Je t’ai choisie pour épouse. »
Pierre met la main dans sa poche et lui offre une bague à chaton allongé. La sirène, en hochant la tête, dit : « oui, je t’aime. Mais comment on se marie : moi, je suis une sirène et toi un homme ».
Je vais affronter tous les obstacles pour t’épouser.-
- Je veux que tu te transformes en animal aquatique pour se marier.
- « Un animal aquatique » marmonne Jean.
- Nous vivrons ensemble au fond de la mer. Tu iras à la sorcière pour t’aider à faire ce changement.
Les deux amoureux vont à la sorcière pour parvenir à leur but. La sorcière veut que Jean vole une rivière de diamants d’une vieille femme en contrepartie de la transformation de celui-ci en animal aquatique. Tout d’abord, il a refusé de voler mais, en fin de compte, il a accepté à commettre ce délit. Le soir, le héros pénètre dans la maison de la vieille par effraction. Le décor de la maison, le salon luxueux et les mobiliers Louis XV, montrent la finesse du goût de sa propriétaire. Le voleur cherche partout mais il ne trouve pas le collier en question. En cherchant dans la chambre à coucher, il a trouvé la rivière dans le coffre-fort de la femme. En sortant de la maison, le concierge le remarque et, sans réfléchir un instant, le héros le tue avec un poignard. Celui-ci passe de vie à trépas. L’assassin cache l’arme du crime et s’efforce de se débarrasser du cadavre. Il l’enterre dans le jardin de la maison tout en s’assurant de ne pas laisser ses empreintes digitales dans la scène du crime. Il court à toutes jambes tout en ayant les traits bouleversés par la peur. Il se sent coupable car il n’arrive pas à croire qu’il a volé et tué. Il ne cesse pas de faire des cauchemars qui l’empêchent de dormir pour des nuits.
Après avoir vaincu sa peur, il va à la sorcière et lui offre le collier sans lui mentionner aucun détail sur les obstacles affrontés. La sorcière, étant satisfaite de l’exécution de sa demande, le transforme en animal aquatique. Elle lui donne à boire un breuvage de son chaudron qui a un mauvais goût. En conséquence, il y a eu un changement radical dans l’aspect physique de Jean. Le héros devient un être aquatique pourvu d’une grande queue couverte d’écailles, des nageoires, d’une vessie natatoire et des branchies. De même, il devient capable de bondir hors de l’eau et de planer un instant dans l’air tout comme l’exocet. La joie du héros atteint son point culminant, il nage comme un poisson et arrive, en fin de compte, à ses fins. Toutes les sirènes s’interrogent sur cet être attirant.
Jean commence à chercher sa bien-aimée en tenant dans sa main la bague de fiançailles. Après avoir cherché son amour en fouillant presque toute la mer, il la trouve finalement. En s’approchant d’elle, il remarque que la sirène porte la rivière qu’il a volé. A sa grande surprise, il reste muet et immobile. Sa bien-aimée montre la rivière à ses amies tout en fêtant sa victoire. Le héros flaire qu’il est tombé dans un piège.
- En s’approchant d’elle, il lui dit d’une voix bouleversée : « D’où tu as apporté ce collier ? »
- Elle lui répond avec un ton ironique : « Merci beaucoup mon amour pour ce beau cadeau que la sorcière m’a offert. »
- Il dit d’une voix cassée : « Tu as trahi ma confiance ».
- Elle lui dit : « Est-ce que tu connais le proverbe la vengeance est un plat qui se mange froid. Je t’ai aimé mais l’amour, dans le monde des sirènes, est une faiblesse. Tout d’abord, j’ai voulu venger de toi parce que tu as résisté à ma beauté physique. Toutes les autres sirènes colportent des cancans sur moi en disant que j’ai enlaidi. Entendre tels mots constitue, pour moi, un scandale retentissant. Voilà pourquoi j’ai ourdi un complot pour que tu tombes amoureux de moi. J’ai tué tout le personnel navigant et c’est moi qui ai détruit le navire pour avoir l’occasion de te parler. Et j’ai remporté un succès foudroyant. »
- Jean lui dit naïvement : « Je t’absous parce que je t’aime, je ne connais personne dans le monde marin. Ne me quitte pas. »
- Elle lui répond : « Tu ne m’aimes pas, je pense que tu es encore sous l’effet de l’élixir d’amour. Lorsque je t’ai rendu visite, j’ai mis dans la soupe à l’oignon ce breuvage magique. »
- « J’ai tué un homme innocent ?», marmonne-t-il.
- A l’aide du miroir magique, nous avons su, la sorcière et moi, que tu as tué le concierge de la maison. Tu as agi par méchanceté, tu es devenu un criminel, un homme immoral. Je m’excuse je ne suis très occupée à piéger les hommes bêtes comme toi.
Le héros pleure à fendre l’âme et décide d’aller à la sorcière. Il veut se venger d’elle. Il éprouve de la haine pour cet être satanique. La sorcière, avec un sourire diabolique, crie : « Le caractère vindicatif ». Elle aperçoit que l’élixir d’amour n’est plus efficace. Elle lui révèle que cette vengeance coûtera les yeux de la tête. D’un ton décisif, Jean affirme qu’il est prêt à ses demandes. La sorcière lui donne une préparation liquide qui mènera à la vieillesse de la sirène. C’est ce châtiment que la sirène méritera puisque tout le monde connaît que la force de toutes les sirènes réside dans leur beauté physique. Cette préparation a un effet efficace, pervers qui conduira à la chute de sa bien-aimée. Cette dernière aura le dos courbé, la peau ridée, le visage halé et les cheveux blancs. Ayant toutes les marques de vieillissement, elle ne pourra plus séduire les hommes et toutes les autres sirènes se moqueront d’elle. Quant à Jean, la sorcière voit dans son miroir magique qu’il commencera une vie nouvelle. Il sera le dominateur de la mer et il filera le parfait amour.

PRIX

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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour cette histoire bien menée ! Une invitation
à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en
Cavale 2019 ! Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1

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Felix CULPA · il y a
Un magnifique récit portée par une talentueuse plume ! Mes trois voix pour vous, et une invitation à voter pour mes textes en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-droits-de-lame
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/apparition-disparition
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-braquage-poetique

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Dimaria Gbénou · il y a
J'adule la délicatesse avec laquelle le texte a été écrit. Mes voix et bonne chance. N'hésitez pas à visiter ma page. Trois textes en compétition.
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Ahmed Hassan · il y a
Je vous souhaite un grand succès, mademoiselle
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Hazem Awad · il y a
Bonne chance ya Dr
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Marwa Zeiny · il y a
Courage Donia, chérie.
Très bonne chance ❤️❤️

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Ihab Omar · il y a
Bravo
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Rim Selim · il y a
Bonne chance donia excellent ❤️🌷
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Menna Moustafa Amine · il y a
Bonne chance
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Salma Nasr · il y a
Excellent travail
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