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Une affaire en or

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Henny

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Comme tous les dimanches, en fin de journée, Georges et Madeleine Toussaint sortaient se promener sur le boulevard Haussmann. Ils se paraient de leurs plus beaux habits et quittaient leur somptueux appartement situé rue du Rocher.
Ce jour-là, Georges portait une chemise blanche discrètement ornée de petits boutons rouges avec un nœud papillon. Il avait un beau gilet et un ample manteau noir. Son pantalon gris tombait droit sur ses bottes vernies. Il était coiffé d’un haut-de-forme en soie qui lui conférait beaucoup d’élégance. Ses moustaches taillées avec soin s’étendaient vers le bas à chaque coin de la bouche. La belle Madeleine tenait le bras de Georges qui l’abritait sous son parapluie. Sa robe de dentelle et son petit manteau assorti soulignaient sa fine silhouette. Le voile de son chapeau tombait sur son visage et laissait transparaître son teint rosé, ses yeux couleur noisette et sa bouche rouge, bien marquée. Ses bijoux brillaient malgré le ciel gris et pluvieux de Paris. Quelques gouttes de pluie percolaient sur le bas de sa robe qu’elle relevait discrètement. Madeleine était triste et regardait au loin les gouttes d’eau tomber sur les trottoirs et les pavés.
Le couple Toussaint vivait un amour fou mais Georges était très possessif et il arrivait parfois qu’ils se disputent. Alors, par peur de perdre sa femme, il la comblait de cadeaux et de tendresse.
Le matin même, Georges s’était mis en colère. Sur le boulevard, il sentit une mélancolie envahir Madeleine. Ne supportant plus de voir sa femme dans cet état, il décida de lui offrir un bijou pour se faire pardonner.
Sur la place Vendôme, Madeleine contemplait les bijoux exposés derrière les vitrines. Georges était prêt à lui acheter le plus beau bijou pour lui exprimer son profond amour. Dans un hôtel particulier, un bijoutier-joaillier, Louis-François Richemont, les accueillit et conseilla Madeleine. Elle était émerveillée au milieu de tous ces bijoux et pierres précieuses. Monsieur Richemont était grand et fin. Il affichait constamment un grand sourire sans jamais lâcher sa loupe de diamantaire. Madeleine hésitait toujours. Monsieur Richemont arbora un sourire malicieux et disparut quelques secondes. Il revint avec un écrin en soie blanche dans les mains puis il ouvrit le coffret sous les yeux ébahis de Madeleine. C’était une magnifique bague en or blanc sertie d’un diamant ovale de couleur rose très intense. Monsieur Richemont leur présenta le bijou comme étant une pièce exceptionnelle d’une valeur inestimable : couleur rare, cinq millimètres d’éclat et trois carats de pureté. L’affaire fut conclue. Les Toussaint rentrèrent chez eux heureux et plus que jamais amoureux.
Le couple était loin de se douter que Monsieur Richemont venait de les escroquer en leur vendant une imitation de diamant. En effet, Monsieur Richemont était un homme malhonnête, sans scrupules et prêt à tout pour s’enrichir. De plus, il cachait à sa femme son activité frauduleuse qu’il tenait place Vendôme et la laissait croire qu’il était avocat.
Le samedi suivant, un grand bal avait lieu dans Paris. Les couples les plus fortunés étaient conviés à venir danser et déguster un grand banquet. Les Toussaint étaient invités à cet évènement mondain et Madeleine l’attendait avec impatience.
Au bal, des couronnes et la haute bourgeoisie parisienne étaient rassemblées dans des salons de réceptions dorés et luxueux. Le banquet était dressé sur une table de neuf mètres de long décorée par de magnifiques bouquets de fleurs. L’argenterie et le cristal scintillaient de mille feux. Le repas était un vrai régal des sens avec une abondance et une grande diversité de plats : du foie de canard aux épices, du homard, des côtes de veau fermières, du saumon Chambord et des fruits exotiques au dessert. A table, Madeleine fut ravie de faire la connaissance d’une jeune femme, prénommée Louise, assise à côté d’elle. Louise n’était pas accompagnée car son mari n’aimait pas ce genre d’évènement. Elles discutaient de littérature, de musique ou encore de gastronomie. Toutes les deux portaient de magnifiques bijoux. Madeleine agitait ses mains gracieusement sous les yeux de Louise qui la complimenta sur sa bague en diamant rose. Madeleine, elle aussi, était captivée par le bracelet en or de Louise, en forme de panthère parsemée d’éclats de diamants. Elles échangèrent leur bijou pour les essayer et chacune tomba sous le charme du bijou de l’autre à tel point qu’elles ne voulaient plus s’en séparer. D’un regard complice, chacune cédait son bijou à l’autre.
A la fin du repas, une musique joyeuse et entraînante invitait les convives à danser. Tout le monde dansait allègrement. Aux alentours de minuit, les couples prirent congé de leurs hôtes. Louise retrouva son mari, Louis-François Richemont, qui l’attendait dehors dans un fiacre. Louise, si excitée de sa rencontre avec Madeleine et par-dessus tout de sa nouvelle bague, montra avec fierté sa main à son mari et annonça :
« Regardez mon amour ! J’ai échangé ma panthère contre cette merveilleuse bague en or blanc et diamant rose.
- Mais vous êtes folle ma Louise. C’est une fausse ! s’écria Monsieur Richemont en reconnaissant la bague qu’il avait vendu récemment aux Toussaint.»
Le visage de Louise se décomposa. Elle devint livide et répondit :
« C’est impossible ! Je l’ai échangée avec mon amie Madeleine Toussaint. Son mari est extrêmement riche et je ne vois pas pourquoi il achèterait une imitation à sa femme.»
Mais Monsieur Richemont, furieux par ce qu’il venait d’apprendre, continuait à lui reprocher cette grave erreur. Louise, sereine, déclara :
« Dès demain matin, je demanderai à Madeleine d’où provient cette bague et je ferai expertiser le diamant rose si vous y tenez.»
Monsieur Richemont eut des sueurs froides. Il rectifia inconsciemment l’alignement de ses moustaches. Et, de peur que Louise ne découvrît la vérité sur son réel métier et ses manœuvres frauduleuses, il se résigna et balbutia :
« Après tout, vous avez raison. Il n’y a... Il n’y a aucune raison pour que cette bague soit une imitation. »
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