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AUX CHAMPS (d’après Maupassant)

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Charles Dubruel

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AUX CHAMPS (d’après Maupassant)

Un couple de riches bourgeois, les Difan,
N’ayant pas d’enfant,
Quadrillaient en fiacre toute la région
Afin de trouver le jeune garçon
Qu’ils pourraient adopter.

Un jour, au lieu-dit Le Nichoir,
Ils demandèrent au cocher de s’arrêter.
-Oh ! Chéri, je veux voir
Les parents de ces deux mignons
Qui jouent devant cette petite maison.
Le mari ne répondit pas,
Habitué aux éclats
De son épouse, un reproche
Pour lui et pour elle, un calvaire.

Elle entra dans la chaumière toute proche
Et demanda le nom du petit au paysan
Qui grommela : « Jean Lemaire.»
-Comme nous n’avons pas d’enfants,
Accepteriez-vous que nous l’adoptions ?
-Ah ça non ! Ce s’rait une abomination.
-Nous vous servirions de belles mensualités
Et lui donnerions vingt mille
Francs à sa majorité.
Cela vous conviendrait-il ?
-Non. Alors, Mme Difan demanda :
-Et l’autre garçon là-bas ?
-Il est à nos voisins Dufour.
Elle traversa la cour,
Et demanda son prénom :
-Armand, répondit son père
Elle renouvela sa proposition
Les Dufour hésitèrent
Puis le mari s’enquit :
-C’ te rente, c’est du promis ?
-Oui. Mais c’est pas suffisant.
J’ dis cent quarante. Mme Difan
Accepta, et versa des arrhes.

Cinq minutes plus tard,
Les Lemaire agonisaient d’ignominies
Car les Dufour qui avaient accepté
De se séparer d’Armand :
-C’est une corromperie,
Une vraie saleté,
De céder ainsi son éfant. (*)
On n’est pas riche, nous
Mais on vend pas nos p’ tiots, nous !

Grâce aux généreuses mensualités
Versées par les Difan
Les Dufour vécurent aisément.
Tandis que les Lemaire végétaient
Dans leur triste pauvreté.

Une quinzaine d’années après,
Le fils Lemaire, sidéré
Vit un jour un dandy élégant
Entrer chez les Dufour.
C’était son ancien copain Armand !
Alors, il fit demi-tour
Et courut dire à son père : « Faut-il
Que tu ais été imbécile
Pour avoir refusé l’offre des Difan.»
-Nous, on n’abandonne pas not’ éfant
Même pour cent mille écus,
Vois-tu ?
-Des parents comme vous,
Ça fait le malheur de leurs enfants.
-Hé ben ! Tuez-vous
Donc pour élever des éfants !
-Hé ben ! Quand je vois aujourd’hui
Mon copain, je me dis :
Malheur, voilà ce que, peut-être,
J’aurais pu être !


(*) Enfant, en patois normand

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Image de Jarrié
Jarrié · il y a
Belle évocation mon frère. Un plaisir de découvrir un ''naturaliste'' (comme y disent) plus vrai que nature. Allez, encore un t'chio canon.à la tienne.
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Duje · il y a
J'ai vu cette nouvelle à la TV aussi
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Patricia Burny-Deleau · il y a
L'amour qu'on est sûr de donner ou une éducation qu'on nous promet seulement, le choix est vite fait ! Je ne parle même pas du paiement ignominieux !
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Charles Dubruel · il y a
oui, Patricia, c'est du vécu cru, comme sait le faire Maupassant assez souvent
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